‹ Le pessimisme: (histoire et critique)Chapitre 22 sur 33 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

LA BASE SCIENTIFIQUE DU PESSIMISME : (A) INTERPRÉTATION DE LA NATURE PHYSIQUE PAR LES PESSIMISTES

De l'extension de la volonté inconsciente au monde physique. — Rapport de l'esprit avec la conscience. — Signification de la conscience. - Conscience en général et conscience de soi-même. — Conscience et attention. — Doctrine de Helmholtz sur les influences inconscientes. - Sensations partielles considérées comme phénomènes de l'inconscient mentale. — La conscience aussi vaste que l'esprit connu en nous-méni£ — La conscience considérée comme agrégat ou comme séries. — Ea quoi il est faux d'inférer la présence d'événements mentaux isolés. - Critique de l'argument en faveur de la volonté dans les processus physiques. — Conception scientifique de la force. — Erreur d'inférer une volonté inconsciente dans les évolutions organiques. — Rapport de U science biologique moderne avec le problème de la finalité. — Rappor de la doctrine de la conservation de l'énergie avec nos inféreuces co& cernant la portée de la conscience. — Les limites de la vie conscient* sont inconnues. — Opinion d'Oscar Schmidt sur Hartmann comme naturaliste.

Le pessimisme de Schopenhauer et de Hartmann est baît sur la conception de la volonté comme réalité du monde. Cette idée, bien que métaphysique dans son état de complète formation, est une idée scientifique dans les premières phase? de son observation. Schopenhauer et Hartmann font tous deuî profession de fonder leur réalité ontologique sur les donnée? de la science, et tous deux considèrent comme certain qu'il e*i possible de démontrer pour les faits scientifiques connus qu> la volonté s'étend d'un bout à l'autre de la région des phénomènes dans toute son étendue. L'examen de ce point est doiK la première partie de notre tâche : l'estimation de la base scientifique du pessimisme.

Pour le moment, je ne rechercherai pas ce que c'est que la volonté et jusqu'à quel point est exacte l'idée que s'en fait le pessimiste. J'admets que par volonté on signifie l'origine ou source ou l'une des origines ou sources de l'action consciente, en tant qu'elle se peut découvrir dans nos propres esprits, et je demande seulement si cette volonté, telle qu'on la comprend communément, a laissé des traces visibles dans les faits et les lois du monde physique.

Or la première chose qui nous arrête dans cette extension de l'idée de la volonté à la nature inanimée, c'est que cette volonté est un élément de l'esprit conscient, tandis qu'on ne considère pas les phénomènes purement physiques comme ayant une conscience : Schopenhauer et Hartmann voient tous deux la difficulté et cherchent à l'écarter par l'hypothèse d'une volonté inconsciente, d'une volonté qui est en dehors et au-dessous de toute conscience. Le problème devient donc maintenant celui-ci : Existe -t-il une chose telle qu'un phénomène mental inconscient, existe-t-il des faits quelconques qui ressemblent à ceux de nos esprits conscients, au point qu'on puisse les appeler mentaux et qui cependant manquent de cet élément de la conscience ?

Afin de répondre à cette question, nous devons déterminer ce qu'on entend par esprit et ce qu'on entend par conscience. Par esprit dans le sens scientifique du mot, on entend les différents états sensibles, intellectuels, volitionnels, les faits, changements et opérations que nous distinguons de ceux du monde matériel et dont nous sommes, comme on dit, conscients. Ce point semble assez clair. Nous ne pouvons jamais sentir aucune hésitation à appeler une sensation de peine ou une inspiration quelque chose de mental, ou un mouvement d'arbre ou les vibrations de la lumière quelque chose de physique. Mais sommes-nous toujours conscients des changements et des événements de l'esprit? Ceci nous amène à examiner ce qu'on entend par conscience.

Il y a une définition de la conscience que Ton propose souvent et qui paraît spécialement favorable à l'hypothèse de

C^MI lUi »

Page 1