CHAPITRE II
Variétés de ces croyances. — Formes rudimentaires. — Formes pins élevées. — Rôle de l'idéal dans ces croyances opposées. — Optimisme poétique : Wordsworth. — Pessimisme instinctif. — La Bible. — La littérature grecque. — Littérature romaine considérée comme élément personnel chez les philosophes romains. — Littérature persane : Omar Khayyam. — Ecrivains du xvm c siècle : Diderot, Jonathan Swift. — Poésie moderne : Shell ey, Byron, Heine, Lenau, Leopardi, Lamartine. — Philosophes .: Veillées Nocturnes de Shelling.
Les variétés de l'optimisme et du pessimisme instinctifs, dont nous allons brièvement passer l'histoire en revue dans ce chapitre, roulent entièrement sur le contenu ou sujet de ce système. Le mobile de la croyance est le même dans tous les cas ; seulement elle s'attache tantôt à un objet, tantôt à un autre. La vie humaine présente de nombreuses divisions et de nombreux aspects dont chacun peut devenir le sujet d'une théorie consolante ou attristante. Des différences de développement intellectuel mènent aussi à des différences dans l'étendue de l'objet compris dans la conception. De là les diverses expressions de ces convictions instinctives.
Et d'abord avant tout l'optimiste et le pessimiste qui ne raisonnent point peuvent envisager au leurs propres intérêts, ou bien ceux d'une portion de l'humanité qui leur touche de près, ou enfin ceux de la race humaine tout entière. De cette manière se produisent ce qu'on peut appeler les variétés d'optimisme et de pessimisme individuelles, particulières et univer-
selles. Ainsi un homme peut entretenir une idée consolante de sa propre existence individuelle ou de celle de sa nation ; il peut encore étendre davantage ses vues et comprendre dans son verdict favorable l'humanité tout entière.
D'un autre côté, il y a des objets d'une valeur fort différente dans la vie humaine. Nous pouvons choisir quelque branche spéciale de cette vie, par exemple celle de l'effort politique et social, et en faire l'objet d'une heureuse confiance ou d'un sombre désespoir. Dans ce cas, nous sommes optimistes et pessimistes comme on l'entend dans la langue ordinaire des journalistes. Ou bien nous pouvons embrasser l'ensemble de la vie et la considérer sous différents aspects. Ainsi nous pouvons regarder la nature humaine comme un objet d'appréciation morale et esthétique , et soit nous élèvera une estimation favorable et flatteuse de la valeur et de la dignité morales de l'homme, ou tomber à une estimation basse et entraînant sa condamnation. Encore une fois, nous pouvons tourner notre attention moins vers la vie elle-même que vers ses conditions externes, vers les sources de ses biens dans la nature. Ainsi il est possible d'accorder à la nature la gloire et la beauté, d'en faire une mère bienveillante et nourricière ; d'un autre côté, nous pouvons considérer la nature comme remplie d'imperfections, de laideur, de discordance, ou comme un être hostile et cruel. Enfin l'objet de notre estimation peut être la vie ellemême, comme composée de joie et de tristesse, de plaisir et de peine.
Passons maintenant brièvement en revue l'histoire de l'optimisme et du pessimisme non raisonnes, tels qu'ils se présentent sous ces aspects variés.
Du point de vue de ce qu'on appelle le sens commun, un bon sens bien sain, toute recherche de la valeur de la vie humaine semble indubitablement tout à fait inutile et même ridicule. La masse de l'humanité poursuit sa destinée diverse comme une chose qui va de soi et ne soulève jamais la question de savoir si le résultat compensera tout le labeur. L'enfant plonge son regard dans l'avenir qui se déploie au loin et ne voit que
des excitants de son activité et des jouissances toujours grandissantes. L'homme d'affaires étend, chaque jour, sa main avide pour saisir quelque nouveau bien ou pour combiner quelque nouvelle entreprise, et, dans son sentiment intime si bien rempli, il n'y a pas de place pour cette question : « Quelle est la valeur de tout cela? » Dans cette condition, les hommes ne sont ni pessimistes ni optimistes. Ils ne se sont jamais sentis appelés à réfléchir sur. la valeur de la vie. Et cependant nous pouvons en parler comme d'optimistes inconscients ou pratiques, d'autant plus qu'ils agissent comme s'ils croyaient en la bonté de la vie.
Mais cette phase d'irréflexion ne peut pas durer toujours. Il doit y avoir des pauses dans la vie la plus occupée, et l'enfant impatient trouvera bientôt des moments où le bien qu'il poursuit d'une allure si prompte reculera pour un moment devant son étreinte et deviendra un objet de vues contemplatives. Le mode le plus simple de ce genre de réflexion est visible lorsqu'une impulsion active se transforme en une jouissance anticipée, quand l'objet de la poursuite brille au loin, attirant sur lui des regards épris, et lorsque le sentiment de l'activité» instinctive prend pour ainsi dire conscience de lui-même et qu'il est assuré de pouvoir atteindre son bien. Le monde se présente comme beau et riche en trésors et le cœur se réjouit en présence de sources de joies intarissables. On peut appeler cette condition la phase naissante de l'optimisme conscient. L'esprit ne pose pas encore distinctement la joie sous forme d'antithèse subtile avec les chagrins de la vie. Il ne se soucie pas de mesurer l'étendue exacte des rayons dorés de son bonheur. Il est seulement sûr que la terre abonde en sources de délices, que la beauté et l'amour réchauffent l'air qui l'entoure et le rendent ensoleillé pour ainsi dire.
Mais un petit nombre seulement ont le rare bonheur de conserver intacte cette confiance naïve. L'intrusion d'une peine que Ton ne soupçonnait point, d'un sentiment de lassitude dans la poursuite, de cruelles blessures faites par le désappointement troublent bientôt l'heureux rêveur par un choc violent
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et lui font forcément sentir l'impression de désordre et de mal discordant. C'est aussi de cette manière que la réflexion s'éveille et qu'une première et vague estimation de la vie prend forme quand ces sombres expériences se fixent puissamment dans l'imagination. Nous avons donc semblablement une forme naissante de pessimisme conscient. C'est-à-dire que l'esprit jette un regard sur l'ensemble de la vie du sein de ces ombres épaisses que ces images de la misère ont accumulées sur elle.
La première réflexion encore grossière sur le monde prend ici naissance dans un échec subi par l'espérance instinctive et non point, comme dans l'autre cas, de la simple exubérance de cet espoir.
Ces formes rudimentaires d'optimisme et de pessimisme sont très fréquemment mises en lumière dans la vie de tous les jours. Lorsqu'il est plein d'une joie nouvelle, d'un amour payé de retour, par exemple, l'homme appelle instinctivement le monde une chose bonne et belle. D'un autre côté, lorsque nous sommes entourés par les ombres attristantes de l'affliction, nous sommes disposés à voir toutes les choses de travers et comme cruellement hostiles. Dans les pages de la littérature, il en est de même : les premières manifestations non encore mûries du tempérament optimiste apparaissent souvent. De quelle manière frappante elles se révèlent par exemple dans les formes alternées qui caractérisent les exclamations spontanées des Psaumes ! Tantôt le ton est celui d'une louange joyeuse : a La terre est pleine de la bonté du Seigneur! » « Que les cieux se réjouissent et que la terre soit dans la joie. » D'autres fois, tout est découragement et tristesse : « L'homme n'est que vanité, ses jours ne sont qu'une ombre! » « Combien de temps les méchants triompheront-ils? » C'est encore ainsi que le poète dramatique a de fréquentes occasions de présenter ces tendances opposées de l'esprit humain sous les deux influences contraires que i'on vient de décrire. Chez les tragiques grecs, le dénouement heureux évoque de la part du héros ou du choeur une exclamation optimiste relative à la justice des dieux et au triomphe permanent du bien sur le mal. Un exemple frappant de
l'effet correspondant de l'adversité présente se trouve dans les réflexions de Hamlet sur les maux de la vie :
Car qui voudrait supporter les coups de fouet et les railleries du temps, Les torts de l'oppresseur, et le mépris de l'homme orgueilleux, etc. ?
Voilà donc la première expression vague des tendances opposées de l'esprit humain vers l'optimisme et le pessimisme. Mais les idées ainsi engendrées sont les filles de la plus étroite et de la plus spontanée des réflexions. La connaissance croissante de la vie nous familiarise promptement avec son caractère mêlé et varié; et toute réflexion digne de ce nom doit reconnaître les alternatives d'ombre et de lumière qui forment l'ensemble de la vie. Cependant nous trouvons, même quand les hommes ont complètement appris à comprendre cette double nature de la vie, que leur manière de réfléchir continue à tendre vers l'un des deux pôles opposés. Elle ne peut plus être maintenant une image de pure délice ou d'une misère qui étreint tout; il y a la question de quantité relative ou de proportion qui surgit, bien que tout d'abord celle-ci ne soit pas nettement formulée. L'homme qui incline vers le pôle de l'optimisme ne dit point que le bien l'emporte sur le mal, il insiste simplement sur le bien, le met en évidence, le grossit, traitant le mal comme quelque chose d'accidentel et de secondaire. Il en est de même du type contraire. Il conçoit le mal comme le seul fait de l'existence qui fasse impression, tandis que le bien ne se présente plus maintenant que comme un élément accidentel et insignifiant.
Ici encore, nous pouvons trouver des exemples dans la poésie . Tous les poètes chantent la peine et le plaisir ; cependant les uns appuient de préférence sur la première, les autres sur le second, et il est aisé de noter les écrivains qui, tout en reconnaissant le double aspect de leur vie, accentuent habituellement l'un plutôt que l'autre. Dans notre littérature, Keats et Byron peuvent peut-être servir comme exemple de ce contraste.
A mesure que la réflexion sur le monde s'accroît en étendue et en précision, l'antithèse entre l'optimisme et le pessimisme atteint une phase supérieure de développement. L'œil de l'observateur ne considère plus seulement le monde comme existant pour son propre individu, mais il reconnaît en lui une patrie et une destinée pour les hommes ses frères. L'objet qu'il s'agit de juger n'est pas maintenant l'expérience individuelle, et, suivant le penchant de l'esprit d'après lequel se forme l'estimation, surgit une nouvelle et plus vaste forme de pessimisme ou d'optimisme. L'homme se conçoit maintenant pour une sorte d'observateurs, comme un être heureux en somme qui rencontre des obstacles et des chagrins, il est vrai, mais qui a avec lui des myriades de sources de consolation et de joie. Les observateurs du type opposé le décrivent à leur tour comme l'enfant de l'adversité et de l'affliction, que le plaisir vient seulement réjouir pour de courts instants, tandis que la douleur est son lot quotidien. Il n'y a point eu de tentative soigneusement faite pour comparer les faits de la vie humaine, de manière à arriver à un jugement d'une étude approximative. La réflexion est toujours spontanée, sans règles, sans esprit scientifique.
Ce contraste fondamental dans l'estimation de la vie humaine collective se manifeste non seulement dans la contemplation de l'objet comme un tout, mais aussi dans l'estimation de certains de ses départements ou aspects. Parmi ceux-ci, un des premiers qui arrêtent l'attention et qui doive faire l'objet d'une double appréciation, c'est la région de la vie sociale contemporaine, avec ses idées, ses manières, ses institutions. De tout temps, nous pouvons reconnaître deux classes bien tranchées d'observateurs des affaires nationales, à savoir : ceux qui penchent vers une théorie favorable et complaisante de l'état social existant, et ceux qui sont disposés à le critiquer pour en exposer les défauts cachés et produire plus d'humilité et chez les autres et chez eux-mêmes. D'un côté sont ceux qui se forment une idée pleine d'espérance de la société actuelle, qui ont une vaste confiance dans la nature humaine et dans l'organisation sociale; d'un autre côté, il y'a ceux qui cyniquement
tournent en ridicule les vaines momeries de la vie sociale et se font les censeurs sévères des mœurs contemporaines, très semblables aux laudatores temporis acti, esprits gourmés et prophétiques qui, au milieu d'un semblant de prospérité, arrachent le voile qui recouvre des plaies grandissantes, quoique latentes. Ces deux classes mettent bien en lumière le tempérament optimiste et le tempérament pessimiste de l'esprit.
Cependant il faut faire ici une distinction : un homme peut grossir un mal, obéissant à une pure impulsion de pessimisme, ou il peut le faire dans le but d'éveiller l'attention sur quelque bien véritable à la place duquel il pense qu'on a substitué un bien méprisable. L'ascétisme pratiqué au milieu d'une sensualité corruptrice, comme il se peut bien que cela ait eu lieu à de certaines époques des premiers siècles, peut ne pas signifier la négation pessimiste du bonheur de la vie, mais la nette perception d'éléments plus précieux. C'est ainsi que le satirique, en dénigrant à l'excès les biens superficiels, ne se montre pas pessimiste, pourvu qu'il ait en vue des intérêts d'un ordre plus élevé et d'un bien idéal. Même M. Carlyle, qui de tous les écrivains anglais contemporains est le plus vraiment pessimiste, ne manque pas, du sein des choses factices qu'il anéantit sans pitié, de faire sortir l'excellence et la valeur de certains objets, bien que l'on doive confesser que cette vérité n'est pas toujours distinctement conçue, ou tout au moins n'est pas toujours présentée d'une manière lumineuse.
Ces observations suggèrent une distinction importante qui sert à différencier certaines formes d'optimisme et de pessimisme. L'optimiste, aussi bien que le pessimiste, peut avoir ses conceptions idéales de ce qui est parfait, beau ou satisfaisant. La différence entre les deux gît dans leur manière d'envisager leur idéal. L'optimiste croit en ses conceptions, comme en une possibilité et une certitude ; aussi la réalité présente, bien que loin d'être satisfaisante, n'est point envisagée avec découragement. Le pessimiste, au contraire, use de son idéal simplement comme d'une conception, pour placer sous un jour plus brillant le manque de valeur de la réalité présente. Avec
l'optimiste pratique, ce qui existe est temporaire et changeant; avec le pessimiste, c'est une chose définitive et inaltérable. Cette distinction devra plus tard nous revenir à l'esprit, en classant ceux qui ont fondé l'optimisme et le pessimisme raisonnés.
D'autres champs plus larges, bien que circonscrits encore pour l'essor de ces tendances opposées, sont les progrès humains ou perfectionnement de la civilisation, et la constitution du monde physique considéré comme lieu de séjour de l'homme. Cependant l'optimisme et le pessimisme qui se présentent dans la discussion de ces aspects de l'existence se relient communément à quelque idée religieuse ou philosophique et par conséquent seront mieux examinés plus tard, alors que nous aurons à traiter de formes plus raisonnées de ces opinions opposées. Nous allons donc essayer maintenant de mettre en relief les contrastes tels qu'ils se manifestent par rapport à la vie humaine considérée dans son intégrité.
Dans la littérature de tous les temps, nous rencontrons ces vues antithétiques du sort humain. Du côté de l'optimiste se trouve le fréquent éloge du ciel et de la terre, comme étant les magnifiques demeures de l'homme, un honneur pleinement rendu à l'homme, roi de la création, doué de facultés qui Télévent au-dessus des autres animaux. En tant que tempérament ou attitude dominante de l'âme plutôt que comme croyance définie, l'optimisme se manifeste par l'éloge poétique de toutes les relations sociales du foyer de la maison, des liens de famille, de la patrie ; il transforme et métamorphose les aspects plus tristes de notre condition commune, tels que la séparation certaine des cœurs par la mort. Parmi les poètes qui ont le plus distinctement fait ressortir les traits heureux et consolants de notre vie collective, on doit compter les écrivains chrétiens de la littérature anglaise. Et, parmi ceux-ci, il est suffisant de nommer Wordsworth, qui, avec le sentiment qu'il avait de la vanité de beaucoup des biens du monde et sa tendre compassion pour les chagrins de l'humanité, s'élève instinctivement à des vues consolantes. Pour Wordsworth, la souffrance hu-
maine est chose précieuse; on pourrait presque dire que, dans son esprit, elle était unie à la plus profonde félicité :
Si l'existence était un sommeil sur un lit de duvet, Si le travail n'était pas imposé, l'avenir inconnu, Triste serait notre lot.
Dans la réflexion et dans une communion sympathique avec la nature, Wordsworth trouva une existence qui, bien différente de celle d'une fiévreuse ambition, remplit son esprit de satisfaction :
Nous avons des ailes, et, aussi loin que peuvent aller nos pas,
Nous pouvons trouver du plaisir. La solitude et les forêts,
Le morne Océan, le pur ciel soutiennent cette disposition d'esprit,
Qui, par le sublime, sanctifie ce qui est bas. [on le sait,
Les livres, les rêves sont chacun des mondes en eux-mêmes, et les livres,
Sont des mondes substantiels, à la fois bons et purs, [et de sang,
Autour desquels, avec des rejetons aussi forts que s'ils étaient faits de chair
Grandissent nos passe- temps et notre félicité .
La phase opposée de croyance instinctive touchant la valeur de notre condition humaine demande un examen plus complet, puisqu'elle forme la base naturelle de ce pessimisme moderne qui doit occuper notre attention dans la suite. Cette idée décourageante de l'humanité et du monde, comme celle de la vie individuel^ ne se borne pas à un siècle ou à une race. Nous la trouvons à toutes les périodes de l'histoire du monde, et elle forme un élément dans chaque littérature développée.
On ne peut faire mieux que de commencer par cette littérature ancienne qui nous est familière, par tous les livres sacrés des Hébreux. Bien que le caractère dominant chez les auteurs du vieux Testament soit décidément optimiste, le monde en général et la nation juive en particulier étant considérés comme sous l'œil et la tutelle d'une divinité sage et bienveillante, cependant des plaintes pessimistes viennent de temps en temps frapf»r distinctement l'oreille, comme dans le livre de TEcclésiaste. « Vanité des vanités, y lisons-nous, tout est vanité. Quel profit retire l'homme de tous les labeurs qu'il
accomplit sous le soleil? » et plus loin : « J'ai vu toutes les œuvres qui se font sous le soleil, et j'ai vu que tout est vanité et vexation d'esprit. Car ce qui arrive aux enfants des hommes échoit aussi aux bêtes... de même que' l'un meurt, l'autre meurt aussi; oui, ils ont les uns et les autres un même souffle. »
Passons maintenant à la littérature grecque. Les Grecs, dans la période de leur épanouissement et de leur maturité nationale, étaient, somme toute, disposés à se former une idée joyeuse de l'humanité enrichie par la nature et amicalement traitée par les dieux. Cependant les plus tristes plaintes sur la vie humaine se trouvent à toutes les périodes et avec une fréquence qui nous frappe '.
Hésiode, par exemple, écrit en un endroit : « La terre et la mer sont pleines de maux ; jour et nuit errent des maladies spontanées qui apportent des maux aux mortels 2 . * Même Homère au front radieux tombe de temps à autre dans une veine pessimiste, comme quand il dit :
Car il n'y a rien, quoi que ce soit, de plus misérabls(oïÇvp<oTepov)que l'homme, De tous les êtres qui respirent ou se meuvent sur la terre 3 .
Quand nous considérons les poètes lyriques ou tragiques, nous trouvons de fréquentes expressions d'un sentiment semblable. Dans les élégies de Théognis, par exemple, la conclusion finale du pessimisme est exprimée avec une précision vraiment surprenante : « Il vaudrait mieux pour les enfants de la terre n'être pas nés... Ensuite ce qui après serait le meilleur pour eux, quand ils sont nés, ce serait de passer les portes
1. Dupont, dans sa Gnomologie d'Homère, dit à propos d'une remarque d'Homère que l'on citera tout à l'heure : « Les anciens ont un luxe d'expression admirable pour dépeindre les misères et les calamités de la vi»* humaine, au point que je n'en finirais pas si je voulais rapporter et accumuler toutes les épithètes et tous les qualificatifs qui sont attribués par les auteurs, et surtout par les auteurs grecs SetXofoi ppoxowxi.
2. IIXétY) tiàv yàp yaîa xaxtbv x. t. X. (Opéra et Dies, v. 101 seq.J