‹ Le pessimisme: (histoire et critique)Chapitre 6 sur 33 · Livre IX, sect. III · texte numérisé non relu

Livre IX, sect. III

et les illusions de la fortune, alors nous sommes forcés de dire qu'aucun mortel n'est heureux ; car, n'y en eût-il aucune autre, tout au moins y a-t-il la crainte que la fortune à la fin ne vienne à nous trahir. » Avec une expression d'ironie farouche qui nous fait souvenir de Schopenhauer, il grossit tous les désavantages que la race humaine souffre en comparaison des animaux inférieurs : « Chez aucun, la vie ne tient à une existence plus frêle ; aucun être ne subit plus l'influence de désirs effrénés pour toutes choses; aucun être n'est poussé par une rage plus frénétique et plus violente; aucun n'est plus sensible à des craintes déraisonnables. »

Un exemple de pessimisme qui méprise la vie comme éphémère et qui, comme la philosophie pratique d'Horace, amène à la poursuite de la jouissance actuelle, se trouve dans les poèmes astronomiques du Persan Omar Khayyam. Dans le passage suivant, nous avons une expression belle et poétique du désespoir intellectuel qui saisit celui qui considère l'origine humaine et sa destinée dernière :

Avec eux j'ai semé la graine de la sagesse,

Et j'ai travaillé de mes propres mains à la faire pousser;

Et voici toute la moisson que j'ai récoltée.

« Je suis venu comme de l'eau et je m'en vais comme le vent »

Dans cet univers et pourquoi, je ne le sais point,

Ni d'où, semblable à l'eau coulant bon gré mal gré ;

Et, hors de ce monde, semblable au vent qui traverse le déser

Je ne sais où, soufflant bon gré mal gré *.

Dans la littérature moderne, ces lamentations sur le vide et l'instabilité de la vie augmentent et deviennent de plus en plus amères. En dépit des influences optimistes qui appartiennent au christianisme, nous trouvons des écrivains qui, personnellement, nourrissent les plus sombres conceptions de l'existence. Une large part de ces lamentations prend la forme d'antagonisme contre quelque idée optimiste mise en avant

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