Epistolario I, p
2. Pour un compte rendu intéressant de la vie et des écrits de Léopard voyez l'ébauche mise en tête de Giacomo Leopardi's Dichtungen, en aile mand, de Gustave Brandes, Hanovre, 1869.
nous sommes en train d'examiner. Cet ouvrage, publié sous le pseudonyme de Bonaventure, appartient à une date critique du développement moral et intellectuel de Schelling. Il montre le philosophe dans un nuage temporaire de doute et de désespoir universels. Il nous donne une peinture singulièrement puissante de la vie humaine, telle qu'elle est vue à travers le milieu assombri du pessimiste. Dans une série d'images fantastiques qui semblent le produit d'un cerveau troublé, l'écrivain fait passer devant nos yeux nombre de scènes typiques de la vie humaine, accompagnant son panorama des plus amers sarcasmes contre l'homme et contre le monde. Ici, la vie de l'humanité se présente comme une tragi-comédie qui ne vaut pas la peine d'une représentation et où les rôles les plus importants sont assignés aux plus faibles acteurs. On dit que nous sommes tous de vaines entités couvertes d'un masque. Puisque chacun, s'il voulait montrer son moi in puris naturalïbus, fuirait devant son néant et son inutilité, il s'orne des oripeaux du costume théâtral et veut les masques de la joie et de l'amour devant son visage, afin de se donner une physionomie intéressante. Et ainsi le moi abaisse enfin ses regards sur ses vêtements déguenillés et se figure qu'ils forment son être réel. La tête de la mort ne manque jamais derrière ce masque qui regarde avidement, et la vie n'est autre chose que le bonnet et les grelots que la vaine entité a justement revêtus pour faire un cliquetis et après cela pour le déchirer en pièces et le jeter loin de lui (p. 148 seq.). On peut ajouter que le Sartor Resartus de M. Carlyle est tout à fait plein de gaieté et amusant quand on le compare avec cette impitoyable dénonciation du néant humain. A la fin de l'ouvrage, l'écrivain se représente lui-même comme se tenant debout près du tombeau, et avec une farouche ironie qui semble s'être mise à l'unisson avec les tristes observations de Hamlet réfléchissant sur le néant de tout ce qui se passe dans le cerveau : a Quel est ce palais qui enferme dans son enceinte tout un monde et tout un ciel; ce château féerique où les miracles de l'amour accomplissent leur jonglerie à l'aide de
sortilèges ; ce microcosme où tout ce qui est grand et glorieux, tout ce qui est horrible et terrible se trouve en germe côte à côte, qui porte des temples, des dieux, des inquisitions et des démons ; cette queue de la création — la tête humaine? La demeure d'un ver ! Qu'est le monde si ce qui l'a conçu n'est rien et si tout ce qu'il contient n'est qu'une fantaisie passagère?.... Que font les fantaisies de la terre, le printemps et les fleurs, si le souffle de la fantaisie disparaît dans ce petit globe si là, dans ce panthéon interne, toutes les déités tombent de leur piédestal, et si les vers et la corruption s'y introduisent ? » (P. 290 seq.)