‹ Le pessimismeChapitre 12 sur 79 · Schopenhauer donne un rang honorable au sentiment et · texte numérisé non relu

Schopenhauer donne un rang honorable au sentiment et

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16. — Le bien est absolu. — La morale est la science la plus élevée.

Nous n'avons encore rien dit, puisque nous n'avons pas parlé du bien: nous ne savons rien encore. Dans ce monde] immense, il n'y a que le bien à voir. Lui seul existe. Tout le reste n'est que pour lui, n'est rien en soi.

11 n'y a que le Bien ou Dieu, puis nous, pour en jouir. Nous en jouirons pleinement quand toute cette fumée d'un moment sera dissipée.

Qu'est-ce que le Bien? Y a-t-ilrien de meilleur? Non. Y a-t-il rien de meilleur que Dieu? Non. Dieu et le bien sont donc une même chose. Mais comme nous ne comprenons que les rapports, nous sommes portés à ne voir dans le bien, que des rapports, une abstraction, au lieu d'en faire le Dieu vivant. Le bien est en quelque sorte la nature de Dieu, sa manière d'être.

Et qu'est-ce que le bien en ce monde? C'est aussi la nature des êtres, la manière suivant laquelle ils doivent être, car Dieu a fait la créature pour le bien, et, comme il n'y a pas deux biens, la diffcr ence entre lui et elle est de degré et non de nature.

lui altribue plus de valeur morale qu*à la raison; en effet, il a la lucidité et rinfaillU)ililé de la connaissance intuitive qui marquent à la raison.

Quanta M. de Hartmann, il attribue le sentiment à Tlnconscient, attendu quMl n'est pas éclairé par l'intelligence. — Cependant on a autant conscience de son sentiment que de sou intelligence.

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Il n'y a pas d'erreur plus douloureuse à contempler que celle des hommes les mieux intentionnés, des philosophes, des moralistes, qui se demandent ce qu'est le bien, et qui ne trouvent que des solutions indignes. Qu'on ne le comprenne pas, rien que de naturel, puisqu'il est divin. Mais ne pas le connaître, prendre pour le soleil un grain do poussière sur lequel il brille..., quoi de plus désolant ? Y a-t-il donc rien déplus précieux ? Quand vous avez fait du bien une chose insignifiante, que vous reste-t-il ?

C'est l'utilité. — Ce n'est que cela! — C'est la sympathie. — Une petite étincelle sans flamme, de l'amour.— C'estTordre, une certaine disposition dos choses. — Mais que valent cette disposition et ces choses? — C'est la liberté pour la liberté. — De quoi faire?Toutindifiéremment?S'iln'yarien de bien, à quoi bon? S*il y a du bien et du mal, c'est le bien , l'objet, et non la liberté, le moyen, qu'il faut voir. — C'estl'impératif catégorique. C'est ledevoirpour le devoir. — On doit donc faire une certaine chose et non une autre. Mais pourquoi ? Qu'est-ce qu'elle signifie ? Rien 1 A quoi bon le devoir ? Elle est bonne ? Alors c'est donc ce bien que vous devez obtenir et il n'y a qu'un devoir que parce qu'il y a un bien. — Enfin pour Schopenhauer et M. de Hartmann, le bien ce n'est rien. 11 n'existe pas.

Je veux que le bien soit aussi grand que possi

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bJe, que j'en aie le plus possible en mon être, et que j'en jouisse le plus possible dans les autres êtres .

Comment ceux qui méconnaissent le bien jugent-ils la morale? Ils lisent, comme tout le monde, dans la conscience, les commandements, et les observent, mais n'en ont qu'une conception basse. C'est la pitié, ce pauvre diminutif de l'amour, c'est l'ascétisme. Ou ilsTexpliquent par les circonstances prochaines; on est heureux quand ils ne prennent pas ces commandements pour des préjugés transmis par l'hérédité, ou qu'ils ne se croient pas le droit de faire la morale de toutes pièces. Étant donné des faits, des besoins, on s'arrange pour en tirer le meilleur parti possible.

Le Bien, c'est l'absolu : et ou entreprend d'y faire des changements pour mieux l'accommoder!

C'est l'essence : et ou n'y voit qu'une combinaison à former, à l'aide delà raison, de choses qui se sont trouvées juxtaposées sans raison I La loi vient de la nature des choses : s'il est en notre pouvoir de leur faire une loi, c'est que leur nature était assez nulle pour n'en pas connporter. La chose n'avait en conséquence aucune valeur et notre loi ne peut lui en donner.

Notre loi morale vient de notre nature : l'une fait juger l'autre : si nous faisons la loi, notre nature est insignifiante. Si notre nature participe

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à l'absolu du bien, la loi est '^immuable. C'est la marque de notre valeur.

On est confondu quand on pense à la place petite et modeste qu'occupe la morale dans la science. Il n'y a cependant pas d'objet que l'on devrait être plus pressé d'étudier que nousmêmes, et le premier soifi, dans cette étude, ne serait-il pas mieux consacré à la recherche de notre but qu'au fonctionnement de nos prganes ? L'i mporlant est ce qu'est le bien et ce que nous en pouvons posséder. La clef du mystère est dans notre nature, et la loi morale nous la fait connaître. La morale n'est pas une partie de la science, mais le dernier mot, l'objet de la science. Les hommes, qui recherchent les difficultés, devraient se persuader qu'il en est d'elle comme de l'astronomie, parmi les sciences : il faut savoir tout le reste pour l'aborder.

11 semble que nos actions n'offrent que l'intérêt relatif et momentané de relations accidentelles avec les objets qui nous entourent, vivres, vêtements, habitations, et avec les autres hommes qui s'en partagent avec nous la possession : la loi riiorale nous prescrirait la manière de bien nous comporter avec nos semblables dans les circonstances difficiles que font naître ces conipétitions. Si c'est là toute la loi morale, nous demanderons maintenant pourquoi les hommes

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s'alimentent, s'habillent et s'abritent, car c'est là le but, et la morale n'en est que le moyen ou plutôt qu'un des moyens, comme l'économie politique et la technologie. On répondra sans doute que c'est pour vivre, sans souffrir du froid et des intempéries. L'aliment, l'habitation deviennent à leur tour des moyens, et la vie, le but. Mais pourquoi vit-on ? Il ne reste plus qu'à répondre que c'est pour passer le flambeau de la vie à une autre génération. Et celle-ci pourquoi vitelle. — Pour la suivante et ainsi indéfiniment ? Les générations auront la satisfaction de se procurer des aliments déplus en plus facilement, et d'édifier des maisons de plus en plus commodes et ornées. — C'est tout ? Le rêve est bien pauvre. Mais puisque le bien est épuisé par cette loi morale qui n'est qu'un moyen de ce but médiocre, que reste-t-il donc pour vous faire croire que votre vie conserve un agrément quelconque? Pourquoi ne niez-vous pas franchement le bien et n'êtes- vous pas pessimistes * ?

Qui croira que Dieu a créé le monde avec tous ses êtres, puis seulement alors se soit avisé de trouver une loi morale pour accommoder l'homme avec les circonstances, ou encore qu'il n'y ait pas songé, ou qu'il n'aitpas voulu s'embarrasser de

i. Pensées de Schopenhauer^ p. 68. « Ce qui occupe tous les vivants, etc. »

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ce soin et en ait laissé le souci à l'homme ?

N'est-il pas plus probable qu'il a vu ce qu'il voulait faire de l'homme et ce qu'il voulait que Thomme fît, avant de le créer. Il a voulu le faire participer au bien. Il a donc faitsa nature tellequ'il pût en jouir; les actes de l'homme sont l'exercice de cette nature ; la loi morale, la règle de ces actes.

La morale n'est pas née des circonstances, n'est pas un résultat imprévu, une combinaison accidentelle. Ce sont ces circonstances, ce milieu, ce monde qui sont un accessoire, un moyen de mettre en œuvre, pour le moment fugitif de la vie, notre nature éternelle.

17. — L'acte, — La loi morale est la manière de jouir, — L'existence^ V intelligence^ la volonté^ la liberté ne sont que des moyens, — Le but est la jouissance, Vunion de Vâme et du bien pur l'acte.

L'acte est notre principal : notre nature n'est que notre puissance de jouir du bien. L'acte est la forme donnée par Dieu à notre jouissance.

Il nous en indique la mesure, il nous révèle doncnotrebut,ledegré que nouspouvonsatteindre dans la possession du bien. La loi morale^ ou la loi de l'acte, est la manière de jouir.

Nous ne comprenons que par les rapports ; c'est par leur aide que nous obtenons l'idée de ce qui est

principal. Les rapports du but et du mode désignent, constitueut ce qu'il y a de principal. C'est l'acte qui montre ce but et qui est lui-même ce mode; le but est de jouir du bien.

Les lois de ces actes sont les lois éternelles du bien. Voilà ce qui fait l'horreur du mal, ce qui justifie la sévérité de la punition.

Dieu a tracé les voies à notre activité, a moulé nos actes. Ils ont un sens profond, une valeur immense, quelque insignifiants qu'ils paraissent, car la nécessité de Tépreuve les dénature pour ainsi dire; ils ne sont qu'une esquisse de notre puissance future. Nous conservons la vie par le travail, nous apprenons avec peine, nous luttons avec la nature, nous donnons l'existence à d'autres êtres, nous nous aidons; ces pauvres actes indiquent que nous vivrons éternellement, que nous aurons la science, la puissance, que nous aurons l'amour.

Nous n'en avons encore qu'une étincelle, mais nous savons qu'elle grandira et dépassera le soleil en splendeur. La loi de la chaleur est la même pour l'étincelle et pour le soleil. Dieu a réglé les actes de notre amour de l'homme et de la femme: sa loi morale est donc éternelle, granile et sacrée.

On a peine à reconnaître le bien, même dans la vertu. C'est lui pourtant : tout défiguré qu'il est

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par la nécessité de l'épreuve ; on y découvre encore sa qualité et la promesse de ce qu'il sera. La résignation à supporter les misères laisse apercevoir la puissance. La charité, qui ne s'exerce que dans les circonstances humiliantes ou douloureuses, le pardon des injures, le soin des pauvres, des malades, est toujours l'amour.

Notre nature est écrasée' par les maux, mais nous ne changerons pas de nature, dans la vie future. Le bien est caché, séparé de sa félicité, même effrayant à voir, pourtant le bien ne changera pas. Donc tout ce que nous désirons aujourd'hui, nous sommes sûrs de l'avoir: c'est aimer qui nous fait plaisir : nous aurons l'amour. Il n'y aura que sa grandeur qui nous paraîtra changée, car nous ne la concevons pas.

L'acte est le principal. C'est par lui qu'on possède le bien, dans ce monde. Il nous indique ce que nous sommes destinés à en posséder plus tard, lorsque nous serons relevés de notre imperfection temporaire, au jour de la restauration.

Le reste n'est qu'une préparation, la série des moyens qui n'a de valeur que d'amener au but, l'acte.

Etre n'est rien en soi : c'est un moyeu. Ce qui a de la valeur, c'est la manière d'être. Une pierre, un brin d'herbe, un nuage mouvant ont l'être; depuis qu'il y a des hommes et de la matière, il y

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a l*erreur et le mal, qui, eux aussi, ont une existence. Ce qui importe n'est donc pas Têtre, mais les qualités. Le singulier genre de bonheur que Spinoza suppose à toute chose, et qui consiste à persévérer dans Tètre, n'a de signiflcation qu'autant que le mode d'être est bon; c'est donc celte bonté et non plus l'être qui dî^it préoccuper, et Ton désire persévérer dans la bonté plutôt que dans l'être, qui no mériterait pas ce souci, si l'on était malheureux. Être sans qualité équivaut à ne pas être.

L'homme est et pense. L'intelligence n'est rien: €'cst un moyen. Elle voit le bien, mais tant qu'on n'a pas passé à l'acte, c'est comme si l'on n'avait rien. L'âme qui verrait le bien, le beau et ne pourrait agir, c'est-à-dire les posséder, aimer et jouir, soufirirait. D'après la doctrine chrétienne, lès damnés voient, au Jugement, la vérité, reconnaissent enfin le bien, et c'est leursupplice de lesavoir vus et de ne plus pouvoir en jouir, de ne plus pouvoir agir. Sans sortir de ce monde-ci, nous savons trop que la cause de noire malheur est la vue des biens désirables, sans le pouvoir de faire les actes delà possession.

L'acte est tout .

Qu'est-ce que cette liberté dont on nous fatigue les oreilles? — Un moyen. Un voyageur afiamé arrive dans une hôtellerie et entre dans une salle

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OÙ se trouvent deux tables, l'une chargée de me I s, l'autre nue. L'hôte Tinvite à prendre place. Le voyageur reste immobile entre les deux tables, les regardant tour à tour. — « Voici le dîner servi et une place. Que voulez-vous? » — « Je veux la liberté de choisir entre Iqs deux tables. » — « Ce n'est pas le pain et le sel que vous voulez, mais la liberté? Eh bien! vous l'avez. Puisque c'est tout ce que vous désirez, vous êtes satisfait. Adieu. »

Quand serons-nous débarrassés de cette liberté! JC'est à elle que nous devons l'injustice, le mensonge, la bassesse, la trahison, l'ingratitude.

Quand verrons-nous le bien si clairement que nous ne pourrons plus ne pas l'aimer? Quand aurons-nous la paix et la grandeur, la jouissance du bien et la gloire de l'avoir méritée? Quand la volonté, toujours suivie de sa liberté, cessera-telle d'avoir besoin et de s'occuper de sa compagne, jadis infidèle, maintenant inutile ?

Qu'est-ce que cette volonté ? Voulons-nous le malréel? Voulons-nous le bien réel? Puisque c'est lui que nous voulons, il est le but; la volonté n'est que le moyen. C'est parce que nous SQmmes ignorants, parce que nous ne pouvons pas nous entendre, que nous tenons à notre liberté, à notre volonté.

S'il nous était donné de voir le bien, nous ne

nous demanderions pas si nous allons le vouloir librement.

Lorsqu'on a Tactc, on a la liberté, la volonté : ce ne sont pas des choses ajoutées, ayant une existence propre, ce ne sont pas des dons particuliers distribués un à un : il suffit que Dieu ail créé rame et lui ait assigné l'acte ou la manière de posséder le bien.

L'acte implique la liberté de le faire. L'àmo simple contient la volonté du bien qui est dans sa nature. La liberté, la volonté sont de droit, elles sont des conditions tellement simples, primitives, qu'elles échapperaient au regard, qu'on n'y ferait pas attention, si Ton ne tenait à la prérogative d'en user pour le mal.

Et aussi, reconnaissons-le, c'est par elles que nous méritons ; nous n'avons de vraiment à nous que cela pour acquérir le reste. Nous les aimons comme un soldat ses armes dont dépend sa vie.

L'acte est tout. Mais il n'a de valeur que parce qu'il procure la possession d'un bien; il n'est encore qu'un moyen, mais supérieur à ceux que nous avons émimérés, qui ne sont que les premiers degrés, la préparation à Tacte. Celui-ci donne le bien à l'àme qui éprouve le sentiment. Cette union par l'acte produit le dernier terme, le but définitif, le sentiment. Il est l'impression du bien, la jouissance.

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L'âme qui Ta sentie, la désire, appelle le bien qui la cause. L'acte a produit le circuit du double courant de Tainour, en rattachant le bien à la jouissance, Dieu à 1 ame. L'amour unit deux êtres, et réunit entre eux la totalité des qualités et des modes d'être : chacun d'eux est à la fois et corrélativement actif quand il désire, quand il donne, passif quand il reçoit.

18. — Le sentiment a-t-il un objet réel? — Question pessimiste : la douleur est- elle seule positive ?

Le sentiment a-t-il un objet? Est-il réel? Oui. La sensation a un^objet, le feu qui échauffe et brûle, le fruit qui désaltère. A la vérité, la sensation n'est pas objective, en ce sens que le goût du fruit serait en lui aussi bien que dans la bouche, l'odeur aussi bien dans la rose que dans les narines : mais ce n'est pas une objection à la réalité, car il y a dans le fruit et la fleur de quoi produire l'odeur et la saveur. lis sont des causes, et, pour le nier, il faudrait nier toutes les causes qui ne sont jamais semblables à Teffet et n'en existent pas moins.

Il n'y a d'exceptions à cette dissemblance que pour l'amour dont la condition est d'être identique dans les deux êtres qui s'aiment. L'étincelle électrique produit des effets qui ne lui ressemblent pas : mais l'amour produit l'amour.

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De même le sentiment a un objet. Est-il de nature uniforme, soit positif, soit négatif? Cette question nous amène à examiner la proposition de Schopenhauer, à savoir : que la douleur seule est positive *. Uniforme négatif n'a pas do sens; c'est une redondance de deux expressions équivalentes : ce qui n'existe pas est uniforme. Autant dire que le sentiment ne correspond à rien de réel, n'est qu'une illusion.

Est-il uniforme ou non, mais positif dans l'une tou l'autre alternave ? Cherchons une analogie dans la sensation . La chaleur produit le bien-être dans notre économie, lorsqu'elle est dans une juste proportion, la souffrance, lorsqu'elle est en excès ou lorsqu'elle manque. On reconnaît l'uniformité de l'objet dans les deux premiers cas, le défaut d'existence de l'objet, dans le troisième; mais il y a une difiérence de sensation dans le sujet, aux deux premiers cas, malgré l'uniformité.

La conclusion est très importante; c'est que, si la sensation a un objet réel, elle n'a pas de relation avec lui, attendu que l'uniformité, dans l'objet, ne correspond pas à la variété des états dans le sujet ; le feu est toujours le feu, mais l'homme est réchauffé ou brûlé.

D'autre part, les aliments nous donnent une abondance d'exemples d'objets variés produisant

i. Voir cette théorie, vol. I, p. 5!0.

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une diversité bien exacte d'impressions. La plus riche des sensations, la vue, ne peut pas même compter ses trésors : heureusement elle est aussi la plus noble.

Nous sommes donc amenés à admettre deux grandes divisions dans la sensation, suivant que le corps vit, on jouit de la vie : pour l'être, Tàme est prévenue par la souffrance de ce qui nuit au corps, mais ne sent presque pas ce qui lui convient; pour le mode d'être ou la jouissance, elle a des sensations fortes et variées. L'uniformité dans l'objet suffit pour le premier cas : le deuxième mérite la variété.

Quelque chose de semblable se trouve dans le sentiment. 11 y a aussi une grande distinction à faire, en ce qui concerne l'âme, entre l'être d'abord, puis la qualité de Têtre. De même que le corps n'existe pas sans une réunion de fonctions, ou]^du moins est mal, d'une façon insuffisante si elles sont altérées par les infirmités, la maladie, de même l'âme n'atteint la plénitude de l'être qu'à la condition d'obtenir tout ce qui doit laçonstituer en état de jouir; c'est le premier degré inférieur, l'être. Ensuite elle jouit: c'est le deuxième degré, la qualité de l'être ; c'est le seul qui compte. Les deux grands besoins que nous con-

ic parties ; ns ce qu'il

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nous faut, se réjouit de l'avoir, excite à Tacquérir, souffre quand on nous le conteste, quand on nous refuse rintelligence, la science, la moralité : Tamour, au-dessus, réclame bien davantage, la jouissance du bien et du beau : le sujet, une fois en état d'obtenir la jouissance, veut l'objet qui la lui donnera.

Il y a deux sortes de sentiments comme deux sortes de sensations, suivant que c'est l'être ou la qualité de l'êlre qui est intéressé. Ce n'est que dans le deuxième cas que l'objet et le sentiment sont positifs : dans le premier, le sentiment est douloureux, non parce qu'un objet réel le produit, mais parce que le sujet manque de ce qu'il doit avoir : c'est ainsi que le corps souffre du froid, non que le froid existe, mais parce que la chaleur fait défaut.

Nous signalerons une différence entre la sensation et le sentiment. Le corps est prévenu par la faim qu'il a à faire un acte pour maintenir son être. Une fois repu, la sensation de souffrance s'évanouit.

L'àme n'a pas de ces discontinuités : il lui faut un état permanent de plénitude de l'être et de la jouissance : sa nature est de sentir : elle ne peut so passer un instant de la satisfaction d'être complète, et de la jouissance de posséder tout. C'est dire que sa souflrance n'a pas de relâche.

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La chaleur peut manquer, car c'est un objet créé qui est ici, qui n'est pas là. Mais le Bien, le Beau, TAmour, Dieuenfin, est partout et toujours. Comment l'Objet peut-il donc se dérober, ne pas produire parfaitement et continuellement son sentiment dans Tâme? C'est Fétonnant problème que nous nous efforçons de résoudre.

La conclusion de cette analyse a une portée considérable : elle ne répond pas seulement à la proposition de Schopenhauer : « La douleur est seule positive,» mais à une question qui la dépasse. Le sentiment agréable a seul un objet. Donc si la douleur physique en a un, ce qui ne fait pas injure à Dieu, la douleur morale n'en a pas.

En^ attendant que nous prouvions que le mal moral ne lui est pas imputable, nous pouvons dire que la souffrance morale n'est pas son œuvre. En tout Tunivers, il n'a pas créé un seul atome mauvais pour l'âme. Sentir, c'est connaître le bien et il n'y a que du bien à connaître, à sentir.

Nous souffrons de l'injure, de l'injustice, de la mort de ceux que nous aimons : c'est une partie nécessaire de notre âme qui nous manque tout à coup, c'est, dans notre monde intérieur, des abîmes qui se creusent, des régions qui s'effondrent. Le sentiment douloureux est réel, 'mais sans objet réel; il est négatif; c'est la privation, la privation momentanée. Nous montrerons qu'il n'y a

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pas UQ objet de douleur physique, pas une cause de douleur morale, pas un être dans la nature, pas un fait des hommes qui puisse nous nuire et qui ne tourne à notre bien, si nous le voulons.

Résumons en peu de mots la différence de cette théorie et du système de Schopenhauer.

Les maux eux-mêmes sont précieux, sont un moyen utile de mériter, peuvent passer pour un bien. En outre ils sont négatifs. Le bien est positif, et même la seule chose véritablement positive. Tout le reste, l'homme lui-même, n'existe que pour en jouir.

Pour l'être, la jouissance, le bien-être se sentent peu : mais Ton est averti de ce qui nuitparune souffrance assez vigoureuse pour vous bien avertir, et qui est causée par une privation, par le défaut.

En ce qui concerne le mode d'être, la sensation agréable ne peut être que momentanée, et il n'y a pas lieu de s'en plaindre, surtout si Ton écoute M. de Hartmann, qui range parmi les maux la fatigue d'une sensation agréable prolongée. Quant au sentiment, comme la jouissance devrait être continue, éternelle et qu'elle est rare et jamais complète, la souflrance est continuelle.

Ces propositions : « La douleur est seule positive. — Le plaisir est la cessation d'un besoin * »

4. Pensées de Schopenhauer ^ p. 71 . « Nous sentons la douleur, mais non Tabsence de douleur; nous sentons le souci^mais non

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léO LE PESSIMISME

ne trouvent nulle part une confirmation *.

19. — Le dernier terme n est pas l'acte^ tnais la jouissance, — Relation de Vacte et de la pensée.

L'acte a des bornes.déterminées par la matière, pour la forme et pour le temps. La courte durée vient de ce que le corps exécute sur la matière une opération, qui peut être sans doute recommencée, mais qui est bientôt finie.

Le sentiment ne lui survit pas longtemps, mais ce n'est pas pour la même raison, cïir sa nature est d'être permanent, comme celle de l'acte d'être momentané. 11 est convoqué par l'acte. Mais une fois qu'il a répondu à l'appel, qu'il est présent, pourquoi s'en va-t-il? Il devrait rester,' car il est un état, tandis que l'acte ne doit pas durer, parce qu'il n'est qu'un acte. Nous en avons expliqué la raison, quand nous avons traité de l'habitude. C'est ici le lieu d'ajouter que nous pressons le départ de ce fugitif par notre agitation, en faisant de nouveaux actes, en suivant de nouvelles pensées^ La fragmentation de notre intelligence en pensées,

l'absence de souci ;la crainte, mais non lasc^curité. Nous sentons le désir et le souhait comme nous sentons la faim et la soif, mais à peine sont-ils exaucés, tout est fini, ainsi que la bouchée qui, une fois avalée, cesse d'exister pour notre sensation. Ces trois plus grands biens de la vie, santé, jeunesse et liberté, aussi longtemps que nous les possédons, nous n'en avons pas conscience, nous ne les apprécions qu'après les avoir perdus, car ce sont là aussi des biens négatifs... »

1. Antisthènes disait que la douleur est seule positive, et Platon que le désir violent est une douleur.

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de notre, puissance en actes, a cette utilité prévue pour l'épreuve, de donner à notre volonté l'occasion de persévérer dans le bien, de revenir de Terreur, de prolonger Texamen, de ne pas se faire condamner sur une seule question.

Ce qui est à expliquer, c'est que nous ne sachions pas tout, que nous ne puissions pas tout. Pourquoi n'exerçons-nous pas notre puissance sur la matière universelle jusqu'aux confins des mondes, où finit la rive baignée par Téther pur, comme nous faisons sur notre sol, sa boue et'ses pierres, tH, ne construisons-nous pas des soleils comme nous bâtissons des maisons ?

C'est parce que Dieu a créé cette matière pour borner notre puissance comme pour limiter notre science : elle est une chose neuve et contingente dont il a gardé le secret du mouvement. Ainsi il a ramené momentanément notre juridiction, de la longueur du rayon del'unrvers à celle d'une petite mesure qui est à peu près la moitié de notre stature, le bras. Notre corps, nos mains étant matière ne peuvent agir sur elle que conformément à ses lois, lois qu'il lui a plu de lui donner et de nous cacher. Il n'a mis nos corps au milieu des corps que pour nous enfoncer dans le limon de la terre, pour restreindre notre puissance d'action qui était naturellement illimitée.

Si réduit qu'il soit, l'acte est notre principal :

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tout le reste ne fait qu'y préparer. Est-il le dernier terme, le but? Pas encore. Il est la dernière chose que nous faisons, nous, mais, con^me nous n'avons rien de notre propre fond, ce que nous faisons n'est qu'un moyen d'obtenir le bien de celui qui le possède ou des créatures qu'il a chargées de nous le donner.

L'acte procure le sentiment, et celui-là est enfin la jouissance.

De même que la vision n'est que la vue de quelque chose et que ce que l'on voit est le principal, dans le sentiment, c'estce qui le cause ou le bien, qui est tout.

Quel rapport y a-t- il entre l'acte etle sentiment ? Il n'y en a pas [de réel; il est factice. L'acte est physique ; or, la matière ne peut avoir rien de ce qui appartient à l'esprit, ni pensée, ni sentiment^ ni bien. Point d'analogie, point de relation entre les deux. Nous avons vu que la matière, dans son organisation, n'était qu'un signe du bien. Dans l'action de l'espri* sur elle, elle n'est que le signal qui convoquele sentiment. Elle estcomme la cloche qui amène une prière à la pensée du fidèle. Le bien dans lamatière, à l'état statique, c'est-à-dire la forme, est comme un symbole; à l'état dynamique, en l'acte,, il est comme un appel. Celui-ci ne contient pas le bien, n'est pas la cause suffisante du sentiment^ il est la condition, l'occasion de sa production.

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Il y a bien des degrés de dignité dans les actes, car il en existe pour toute la hauteur de notre destinée^ depuis ceux qui ont pour but de conserver l'être, jusqu'à ceux qui sont le prix de la vie : à mesure qu ils montent, la part physique est moindre et la part spirituelle augmente. L'homme qui tue un animal pour sa nourriture fait un acte presque tout physique, avec une parcelle de sentiment. Le baiser de la mère à son enfant est presque tout sentiment, avec un simple contact physique. Aux bas échelons, la sensation supplée le sentiment qui ne s'abaisse pas ainsi. Plus on s'élève, plus domine la pensée, ce qui montre bien le défaut de rapport entre l'acte et le sentiment.

Sans doute, l'acte est indispensable, mais comme une formalité de la nature : c'est ains que, dans la vie civile, on n'arrive pas à une dignité, par exemple celle de général, sans une nomination. L'acte est nécessaire pour être époux et père.

Mais la pensée est plus utile : l'acte sans la pensée ne donne rien. La pensée sans acte peut donner un bonheur éthéré et pur, comme l'espérance, le dédain, la contemplation. Les contemplatifs méprisent presque tous les actes. De la réunion d'une pensée complète et de l'acte dépend le bonheur.

L'acte est un momentdu temps, quelques points de l'espace.

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La pensée les contient tout entiers. Si nous savions tout et bien, nous aurions une pensée immobile et identique» L'acte est simple, et peut être fait facilement, avec perfection : en d'autres termes, nous ne pouvons rêver de 1 améliorer dans sa nature et dans sa durée. L'ambition des hommes est seulement de le répéter. Les actes seront changés, amplifiés dans une vie future supérieure, mais, commenous sommes, nous nepouvons les faire mieux; on peut, il est vrai, les faire mal ou être empêché de les faire. Quant à la pensée, elle est sans mesure, et nous pouvons travailler à l'étendre, sans arriver à lui faire embrasser la vérité tout entière. C'est elle qui est l'objet de notre perfectionnement par l'éducation, la science. L'intérêt^ la valeur de nos actes tiennent à nos pensées présentes. C'est à cause d'elles que l'artiste, l'homme de goût font le même acte qu'un rustre avec un plaisir différent *.

On a lieu d'être surpris de [nous voir placer l'acte, une chose physique, au-dessus de l'intelligence qui n'est que son moyen, et au-dessous du sentiment, dont il n'est que la condition. Cette

1. La sensation n'est rien sans la conscience, par exemple dans l'anesthésie, et est soumise à la pensée qui la grossit ou la diminue par la distraction, l'attente, l'imagination, la fait dompter parla volonté comme ont fait les martyrs.

Personne n'a le même sentiment, la même sensation : on ne les a jamais deux fois semblables.

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séparation de l'intelligence et du sentiment, que nous avions 'déclarés de même nature, semble une inconséquence. Nous ne les cantonnons de chaque côté de Tacte qu'en apparence. Précisément parce que Tacte n*est qu'une condition, et n'est que momentané, il disparaît entre les deux quand il a joué son rôle, et les laisse en présence. Il ne reste que Tintelligonce des rapports et le sentiment du bien, le premier éclairant le second.

Pour ne pas prolonger cette analyse, nous ne remonterons pas l'acte jusqu'au moteur, la volonté, et nous ne regarderons passé former dans cetteprofondeur, ledésir.larésolution, qui peuvent nepas réussir à produire l'acte, mais qui sont imputables pour le mérite. Nous nous contenterons de rappeler que l'acte est une fragmentation de l'état et lui est inférieur. Que seraient la pensée parfaite, la puissance parfaite, arrivées jusqu'à l'état ? Nous n'en avons pas l'idée. L'état n'est pas l'immobilité. L'acte devrait même alors rester supérieur à la pensée, car une fois qu'on sait tout, on est à jamais dans le même état, mais on peut encore user de sa puissance, et, si elle est infinie, faire un nombre infini d'actes neufs. On peut penser àla fois tous les possibles, mais on ne peut les exécuter à la fois. Mais il est plus prudent de ne pas aborder ces régions mystérieuses.

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La réflexion qui va suivre n'est pas déplacée ici. Notre pensée dépasse la matière et voit Dieu : notre acte n'agit que sur le monde.

Nousavonsdes actes pour jouir de lanature et des êtres, actes pour l'entretien de la vie, pour l'amour : l'homme communique avec tous les hommes, s'unit à une femme, perfectionne son milieu, travaille la nature, jouit de ses beautés. Mais il n'y a pas d'acte de l'homme à Dieu.

Cette disproportion entre l'idée qui va à Dieu et l'acte qui n'agit que sur la matière du monde est cause delà tristesse humaine. C'est la Religion qui emplit ce vide immense et met en contact la créature avec Dieu par des actes. Quand la Religion n'est plus écoutée, est-il étonnant que cette tristesse augmente? Il faut ces actes. Celui qui n'a pas le malaise de ce vide, qui ne sent pas le besoin de cetacte, n'a pas toutes les dimensions de l'âme humaine; elle se mesure à ses désirs; s'ils ne sont pas satisfaits, elle souffre d'autant plus qu'elle est plus grande.

L'acte est la possession du bien qui produit le sentiment, avec le [concours de l'intelligence. Il est le mode de la jouissance.

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