Comment le mal est possible? La tentation
Nous sommes maintenant en état d'aborder l'étude du mécanisme de la tentation : tout ce que nous avons dit jusqu'ici n'est qu'une préparation à cet examen qui nous découvrira l'œuvre la plus merveilleuse de la sagesse divine.
Nous savons ce qu'est le bien. Qu'est-ce que le mal? Quelle est son origine? Comment est-il possible? Comment est-on tenté?
A quel titre la jouissance existe-t-elle dans ce monde? Elle y est d'institution divine, comme les actes que nous devons faire et qui sont destinés à l'appréhender. Elle fait partie du bien. Les actes déterminés par Dieu, créés par lui, qu'il nous a donnés à exécuter, sont la forme du bien et de la jouissance, le mode de jouir.
En outre, à certains de ces actes, Dieu a ajouté artificiellement un plaisir matériel, un salaire touché par les sens pour nous inciter à les faire^ pour mettre à l'unisson de l'âme le corps qui participe à l'acte, et qui ne peut recevoir que ce genre de satisfactions; la nourriture, la reproduc-
pies. Voilà le monde tel
du Créateur, dont on peut
monde avec le bien seu-
que
l'homme mérite. Le
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THÉORIE ils
mérite consiste dans le sacrifice. Le sacrifice ne peut être que la privation d'une jouissance. La jouissance à son tour ne peut être que la possession d'un bien. C'est une première difficulté, car il paraît contraire au bien de se priver d'un bien.
Tel est le premier problème. Pour mériter, nous devons nous priver: nous ne pouvons nous priver que d'un bien, et non seulement il n'y a pas d'obligation, mais encore il n'y a pas de bien à se priver d'un bien. Alors de quoi nous priver? Du mal ? Est-ce donc là se priver ?
Reste une dernière alternative, à savoir, que nous nous privions d'une jouissance, d'un bien attaché au mal. Mais cette condition paraît la plus difficile de toutes. Le mal lié au bien, n'est-ce pas la plus grande des impossibilités, la plus monstrueuse des suppositions, la plus blessante pour l'honneur de Dieu ? L'on se rend compte des difficultés que son œuvre a présentées au Créateur
Quel moyen a-t-il donc employé ? — Le troisième, celui qui nous paraît si difficile, et de manière qu'il n'y a rien à reprocher à sa sainteté et à sa justice.
[Ici nous allons voir comment on fait le bien et comment on fait le mal : l'homme va s'avancer, étendre la main, s'emparer de la jouissance mauvaise en présence de Dieu immobile. Et si nos yeux étonnés se lèvent jusqu'au visage de la
justice divine, il nous semblera voir le plissement du mépris remuer les lèvres d^airain de cette bouche muejte : Thomme ne tient rien et retire sa main vide.
Dans Tœuvre divine, le bien et la jouissance sont plus qu'attachés; ils sont un : la jouissance est la perception du bien ; il n'y a de jouissance que du bien . La morale est la loi du bien et la loi de la jouissance puisqu'ils sont un. Il ne peut y avoir une jouissance du mal, un objet mauvais créé avec sa jouissance propre. Dieu n'a pas créé des objets bons avec une jouissance, des objets mauvais avec une jouissance, en permettant les uns, en interdisant les autres. Il n'a pas fait d'abord du bien et du mal, en prenant le mal on ne sait où, puis dans une seconde journée de création, il n'a pas joint à l'un et à l'autre de la jouissance, en la tirant de lui ou du néant.
Il n'a pas fait des objets mauvais, il n'a pas fait le mal. Comment se reconnaîtrait-on entre les objets bons et mauvais créés par Dieu, offerts par la même main, et laquelle croire de la main qui les montre comme bons et de la bouche qui dit qu'ils sont mauvais ?
Tout objet créé par Dieu est bon. Le même
itre difficulté jt-il devenir îen du mal,
comment faire le mal, s'il n'y a que du bien ?
En nous interrogeant nous-mêmes, nous allons retrouver la voie qui mène à la solution : c'est ce chemin trop battu où la tentation jette et pousse la volonté. Que lui montre-t-elle ? La jouissance. Que lui dit-elle ? « Détache-la. » — « Mais elle est attachée au bien : le bien a sa loi difficile, effrayante, unique. » — « 0 volonté, pourquoi faire ce circuit pénible, pourquoi t*obliger à cet acte laborieux, quand tu n'as qu'à étendre la main : au lieu de prendre le bien avec la jouissance, détache la jouissance du bien. »
Mais par quel effet d'optique peut-on les voir isolés ? Comment peut-on les détacher, démembrer le bien ?
Nous avons déjà montré le rôle de la matière dans le plan de l'épreuve : elle cache Dieu, elle occasionne l'ignorance, elle prépare l'erreur, elle borne notre connaissance, notre puissance. Bornet-elle aussi notre jouissance ou l'augmente-tellc ?
Il semble qu'elle l'augmente, car la sensation emplit la vie de presque tous les hommes qui n'ont que de rares moments à donner au sentiment. Toutefois la même sensation paraît aussi nécessaire à la pensée, car sans elle l'esprit ne perçoit rien ou cesse de percevoir, tombe dans le sommeil, la syncope : n'avons-nous pas reconnu
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cependant que la matière a été créée pour borner la connaissance. La sensation qui semble l'augmenter, la diminue. Il en est de même pour la jouissance : la matière a beau présenter de tous les côtés la sensation, elle diminue notre jouissance. Nous ne voyons que la matière, parce qu'elle est toujours entre Dieu et nous, parce qu'elle nous empêche de voir la vérité. Nous ne sentons que la matière, parce qu'elle nous sépare toujours de Dieu, parce qu'elle nous empêche de jouir du bien.
Nous sommes devant la maîtresse pièce de la création : tout aboutit là, à la jouissance. Or, nous sommes esprit et nous avons un corps. Les actes institués pour le bien procurent la satisfaction morale et un plaisir physique ou sensation, rétribution pour l'esprit et le corps de leur coopération à l'acte. La première ne fait qu'un avec le bien, le deuxième ne lui est attaché qu'artificiellement : l'illusion consiste à croire qu'en saisissant le plaisir de la sensation qui est le plus apparent, on s'empare de la satisfaction qui ne fait qu'un avec le bien ; le mal consiste à détacher le plaisir du bien, contre la loi du bien, c'est-à-dire à le méconnaître, à l'outrager.
Seule, la matière, par son inanité, pouvait se prêter à cet artifice. Comme elle n'est rien, comme elle n'a rien, comme elle est indifférente.
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elle porte tout ce qu'on lui donne à porter, elle continue ses eflets physiques et physiologiques, pourvu que ses propres lois ne soient pas méconnues : la même vibration répète la même sensation. Quand l'acte vicié outrage la loi du bien, le contact avec le bien ne donne plus de jouissance, le contact avec l'objet donne la même sensation. Un morceau de pain arraché par la violence ne nourrit pas moins bien que celui qui est acquis par le travail. La loi de l'amour est l'union absolue, éternelle : le vice qui ne voit que ses difflcultés, ses peines et non sa dignité, cherche à détacher dans une liaison temporaire un plaisir momentané : il insulte la nature morale ; mais la nature physique est insensible à l'outrage, et la .matière indifférente laisse prendre son plaisir.
Voilà le mécanisme du mal. Deux lois se dégagent. Si le sentiment existait seul, le mal ne serait pas possible : en effet, le bien et la jouissance sont un ; le bien, hors de sa loi, ne livrerait jamais sa jouissance au sentiment, qui dès lors n'aurait ni la possibilité, ni la tentation de l'obtenir hors de la loi. La matière a donc été créée pour souffrir, pour permettre le mal. La jouissance dans le mal, — c'est une conséquence, — ne peut dépasser la sensation^ cette part menue de jouissance isolée du bien, déposée dans la matière, comme le salaire des actes.
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Il nous restera à voir si celte sensation ellemême qui, bien que venant de la matière, n'est jamais recueillie que par l'esprit et tombe comme une goutte dans le vaste sentiment, lui donne une jouissance véritable. Un membre détaché du corps n'a plus la vie : il y participait plutôt qu'il ne l'avait, car Ton ne peut dire qu'il meurt, mais qu'il se corrompt. La sensation participe à la jouissance plutôt qu'elle ne l'a, et, détachée du bien, elle se corrompt. Que l'on n'objecte pas que l'homme la ressent réellement. La vérité existe seule: l'homme qui a pris pour la vérité une erreur croit bien posséder réellement la vérité. De même la jouissance existe seule, et l'on peut être persuadé qu'on l'obtient véritablement quand on no tient qu'une vaine impression qui est un néant pour la jouissance, comme l'erreur est un néant pour la vérité. Le sentiment peut être une dupe comme l'intelligence.
Nous reprenons maintenant le problème afin d'ajuster aux données la solution. Pour mériter, nous devons nous priver. Il n'y a de privation que d'une jouissance. Il n'y a de jouissance que du bien. Le problème n'est résoluble qu'à la condition que, selon l'apparence au moins, une jouissance, originairement liée au bien seul existant, se détache et reste attachée à l'acte mauvais, fait contre la loi morale, contre la loi du bien qui est
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aussi celle de la jouissance. Le mal consiste à s'efforcer de le détacher, ce qui ne peut se faire sans méconnaître le bien. Le mérite consiste à se priver de cette jouissance.
Avec la matière, avec la satisfaction isolée dans la sensation, le mal et le mérite sont possibles.
Le sacrifice, la privation se proposent j à notre volonté, partout et toujours. Nous pouvons faire les distinctions suivantes dans la vie morale: nous cherchons un bien positif, la nourriture, la société des hommes, l'amitié; ou un mal positif nous assaille, douleur physique,^njustice; ou, sanslutter soit pour nous étendre, soit pour nous défendre, nous avons encore à faire effort pour nous soutenir, pour subsister.
Ces trois divisions correspondent à agir, souffrir, être, et aux trois grands besoins, le but de l'être, la manière d'être, l'être.
Rien que pour persévérer dans l'être, pour être, il faut faire des efforts. Nous en sommes à ce point que nous ne pouvons soulever 'notre bras de matière pesante sans effort. Notre corps exige un continuel renouvellement, un travail incessant pour l'alimenter, le réparer, le préserver. Nous devrions avoir la puissance. La puissance ne connaît pas l'effort. L'inertie, la paresse sont les protestations de notre ancien droit. Le Travail constitue le sacrifice, la privation de notre puissance.
de la tranquillité qui est la jouissance de la puissance.
Notre manière d'être comporte toutes les grandes qualités qui font la dignité de notre nature humaine. Nous devons nous étendre pour les acquérir, pour obtenir la science, l'autorité, la force et le reste. En essayant de nous étendre, nous sommes continuellement refoulés ; on nous conteste nos qualités, on nous dispute nos biens. L'injustice nous dépouille de notre réputation, nie notre valeur, emporte notre fortune. Dans la lutte, les maux physiques se jettent sur nous par derrière. Ici la forme du mérite est la* Résignation.
L'être et la manière d'être ne sont que des moyens. On est d'une certaine manière pour un but. Ce but est de jouir du Bien lui-même, de Dieu, ou du bien qu'il a mis dans le monde, amour du prochain, contemplation du beau. Tout nous manque. Dieu se voile, le reste nous fuit ou nous est disputé. Là est la terrible épreuve de la Privation.
Voilà le mérite. Voici le mal]: ne pas'faire l'efort, ne passe résigner, ne pas se priver L'homme ^di cède à la tentation plutôt que de faire l'effort pour obtenir selon la loi, la réputation, l'amour, plutôt que de se résigner, de se priver, détache là jouissance du bien, l'obtient par l'injustice, la fraude, le mensonge, le libertinage. Il a tous les
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bonheur et la gloire éternels, qu'il était le bien propre à Thomme. Nous avons vu Dieu préparer répreuve, créer la matière pour se voiler pendant sa durée, pour limiter notre connaissance, notre
prête.
jouir à les
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lésor-
acore.
londe, est-il séàla 3 sont jouiss sont t hors lis les ament , mais . posmmes lorons biens, •iver.] tiable.
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rien trouver qui nous contente prouve que notre capacité de bonheur est immense. C'est un lit d'Océan vide, où quelques gouttes qu'on se dispute sèchent dans la main avant d'avoir atteint les lèvres. Cette inquiétude, ce tourment de l'infini sont notre gloire. Aussi la mélancolie et le dédain sont une joie pour les grandes âmes, car, à leur souffrance, elles jugent de la dimension de leurs désirs et de l'immensité de leur bonheur futur.
En faisant l'homme trop grand, en établissant cette disproportion entre lui et le monde, Dieu a fourni une première tentation d'un ordre supérieur, à l'usage des esprits assez élevés pour embrasser l'ensemble des choses. C'est en contemplant le monde de cette hauteur que les pessimistes passent par l'épreuve du découragement, de la colère, de la haine, du mépris, qu'ils blasphèment contre Dieu. Il leur est seulement permis de dédaigner cette vallée de larmes qui se déroule à leurs pieds, et d'adresser leur désir à Dieu seul.
Mais les cimes ne sont pas habitables : la plupart des hommes n'y montent pas : descendons. L'on ne contemple pas toujours l'ensemble des choses , c'est à chacune d'elles que l'on a affaire et à chaque instant. Il faut agir; le désir et le besoin nous poussent par les épaules et ne souffrent
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pas que nous sortions de la mêlée, que nous quittions le champ de l'épreuve. C'est donc entre nous et chaque objet, être ou chose, que la tentation doit se placer. Nous avons vu ce que Dieu a fait pour le sujet, pour nos âmes; il leur a donné un désir incommensurable. Comment a-t-il préparé l'objet?
En second lieu, il a fait des objets insuffisants. Ce n'est pas seulement le fini qu'il livre à un désir de l'infini, mais il a brisé à plaisir ce fini, il a émietté le morceau de pain de l'affamé. Le seul objet digne de l'homme, Dieu, pendant l'épreuve, se défend contre notre amour en jetant devant nous les objets créés qui ne font que révéler sa beauté, irriter le désir, non le rassasier.
Mais ce monde de la lumière et des ténèbres, du plaisir et de la douleur, demande un plus long regard. Nous étudierons sa jouissance et nous verrous que, si elle est insuffisante pour les bons qui savent se priver d'elle, elle est nulle pour les mauvais qui ne cherchent qu'elle.
Ce que l'on désire, c'est la jouissance, et c'est par là même le bien, car l'un et l'autre sont indissolubles, tout autant que la qualité et la substance, la forme et le fond. Pas de bien sans jouissance, ni jouissance sans bien. La morale est la manière de posséder le bien et en même temps l'art de jouir.
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ressorts du mécanisme de la tentation. Quant à l'effet moral, il est manqué : l'homme qui a fait le mal par une erreur coupable, ne jouit que par illusion, car Terreur et le mal sont indissolubles comme le sont le bien et la jouissance. Celle-ci a résisté et ne s'est pas séparée du bien.
Il [n'échappera à personne que nous avons entrepris de prouver deux propositions bien distinctes : en premier lieu, nous voulons faire voir dans l'ordre du monde une disposition débuts et de moyens, un agencement de toutes les parties si bien déterminé, que l'on ne pourra s'empêcher d'en reconnaître l'intention, qui est de soumettre rhomme à une épreuve, ce qui explique le mal et même sa prépondérance. Ensuite nous essayons d'aller jusqu'à établir que le mal est vain, illusoire, une sorte de néant, quant à la jouissance et à un bien quelconque.
Nous prenons nos précautions contre le doute en faisant remarquer que notre échec sur ce deuxième point n'entraînera pas la ruine de notre première démonstration. Nous déclarons d'avance quenous n'espérons pas pousser la seconde proposition jusqu'à l'évidence. La découverte de l'inanité du mal déjouerait tout le plan divin. Dieu a trop bien attaché un voile sur sa face hideuse pour que ce ne soit pas une folie d'annoncer que
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de nos qualités, de notre dignité par les autres. L'amour-propre, l'ambition en sont les manifestations désordonnées. Ce n'est encore qu'être et étendre son être. — Au degré suprême est l'amour.
Ce sont les trois besoins de l'humanité. Être et connaître ; êfre dans l'intégralité de ses qualités intellectuelles et morales, le paraître; aimer. Le premier besoin est le fondement de la construction; le deuxième, les degrés; le troisième, le temple. Là où. est l'amour est le seul lieu habitable.
Le premier et le troisième besoin sont les seuls qui aient des fonctions, des organes dans le corps. L'amour m^TÎte le non deôien moral : les objets des autres besoins sont les biens. Ses lois sont positives ; celles des autres sont cette morale inférieure que Ton appelle ordre et justice.
Nous sommes destinés à être parfaits ; nous pouvons reconnaître à travers les imperfections voulues de notre monde terrestre, le dessin de ce qu'il serait s'il était parfait, tel qu'il n'a pas existé et qu'il ne se réalisera jamais. 11 est très utile d'en faire le rétablissement, pour le comparer avec le nôtre, et pour tirer de ce monde idéal, véritablement naturel, des enseignements sur l'accidentel où nous vivons.
Les hommes ayant la plénitude de la perfection
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de bruit et deviennent trop audacieux ou gênants. Le mérite est l'œuvre exclusive de la spontanéité, de la liberté. L'État ne pénètre pas jusqu'à la pensée, ne peut rien sur l'initiative, et il met la main sur la liberté. Sa raison d'être est de Parrêter. Il n*estpas la persuasion, mais la force brutale, une violence collective supérieure aux violences individuelles. Plus on s'améliore, moins il aurait besoin de se montrer : un temps où il se mêle de tout, oîi il met la main sur tout, doit donc être bien mauvais. 11 est la force ajoutée à la loi morale pour la servir et quelquefois opposée à cette loi morale pour lui nuire.
Le regarder comme le patron de la liberté est donc un non-sens. Il n'a a son service que la force. Tout ce qu'il saurait faire serait de contraindre à être libre, et il ne réussit guère qu'à empêcher de l'être. Le pessimisme n'a aucune tendresse pour l'État et ne place pas sur lui ses illusions. Espérons qu'il fera contre-poids, en Allemagne, à l'optimisme des socialistes ^.
Dieu qui préside l'examen est plus tolérant que l'État, cet appariteur avec sa verge et sa hache. Il permet que la matière prête son concours au mal. Il laisse ruiner les empires et disparaître les
1. Pensées de Schopenhauer, p. 206. « Partout et en tout temps, etc. » M. de Hartmann croit au progrès et prédit que l'Etat fera finir la lutte pour l'existence. {Philosophie de Vincotiscient, l, page 430 . )
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peuples qui Tont mérité. Il souffre qu'on l'insulte et qu'on le nie. Il n'avertit que discrètement e sa providence se cache si bien qu'elle permet au3 méchants de la méconnaître.
Lorsque l'on veut connaître la valeur des choses, il faut se reporter à. ce tableau idéal : on les voit les unes s'élever, les autres s'abaisser, d'au très disparaître : le moyen s'y distingue du but, le transitoire du permanent. Là prennent la première place les lois immuables de l'amour qui se manifestent dans l'union de l'homme et de h femme, dans lafamille.
Si le mal moral n'existait plus, l'État disparaî trait, mais la famille subsisterait toujours i.
On peut juger de l'importance des choses pai la place qu'elles occupent dans le plan divin : elle indique l'ordre, la suprématie. Du premiei regard sur le monde on est frappé de la distinc tion des sexes. C'est la disposition la plus remar-
1. L'État n'a pas d'organe. Ses 'actes sont dérivés : ce sont les actes de la vie ordinaire détournés de leur destination. Il es factice, il n'est qu'un expédient pour se garantir du mal le plu: grossier, la violence, la mauvaise foi. Il n'est qu'un moyen, cl le moyen d'un but très inférieur, qui est celui que nous venons dt^ dire et autres menus services. Il est donc fait pour la famille et la famille n'est pas faite pour ce subordonné. Conclure à sî suprématie de ce que la famille lui fait des sacrifices dans le: nécessités publiques, serait se tromper gravement : on fait auss des sacrifices à une caisse d'assurances qui aurait tort d'en tirei la conclusion de sa supériorité naturelle sur les assurés. L'individu fait le Sacrifice de sa vie pour un motif supérieur à celu du code militaire, par amour pour les hommes ses frères.
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quable, la plus étendue par ses conséquences, la plus féconde en résultats. Elle est le fait dominant du mode d'être. Elle ne se borne pas à établir une loi, elle a placé là la source de toutes les lois. Elle n'a pas seulement préparé quelque ressort, un organe, une fonction; elle régit tout l'être, corps et âme; bien plus elle fait une unité de doux êtres, et l'union de tous les individus ; toute rJmmanité ne fait plus qu'un *.
Il semble que Dieu ait donné à choisir à tout homme d'être une individualité ou une dualité, de concentrer son amour sur un autre être égal et différent, ou de le remplacer par tous,'d'opter entre l'amour et la charité. Seul, il n'est pas encore ; il n'est pas seulement incomplet, il n'est pas. On voit dans cette disposition non seulement l'être, la manière d'être, mais encore la reproduction de l'être.
Toutes les relations humaines, tout, l'ordre, la composition de l'humanité, désirs, pensées, besoins, les biens et les maux sortent de là.
Les hommes auraient pu naître isolément, directement d'un peu de matière pétrie par Dieii, comme le premier. La suite de la création a été
1 . « Cette loi de la nature, qui subordonne toute génération à la dualité de sexe, m'a toujours frappé d'étonnement et me parait un abîme pour la raison humaine. » Kant. — Ce ne sont pas seulement les nouvelles écoles, les pessimistes, les positivistes, ]os évolutionistes qui n'aperçoivent rien de ce qu'il y a de fondamental dans la nature humaine, de principal dans le bien.
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primer le devoir. Pour être tenté de faire cette séparation, il faut queThomme découvre un intérêt. Comment organiser le monde de sorte que le bien nous coûte, qu'ayant sous les yeux la seule chose bonne, le bien, nous le soupçonnions, nous l'évitions, nous mettions toute notre pensée à faire la séparation impossible du bonheur et de sa loi ?
Dieu a tracé sur son plan deux traits qui vont changer la face des choses : dans les hommes, rinégalité ; dans les objets, Pinsuffisance.
La nature a été invitée à faire sortir de ses moules des corps sains et des malades, les infirmités, les laideurs, des intelligences vives et des lentes, la diversité des esprits et des. caractères.
Alors sortirent de l'abîme la hideuse théorie des maux, les chairs rongées, les membres tremblants, les peaux pustuleuses, et la dernière, la mort pressée qui pousse devant elle ce troupeau horrible et puant pour s'abattre tout d'un coup sur la jeunesse, sur l'enfant dans le sein de sa mère. La folio la devance quelquefois et saisit l'espritavant que la mort n'ait touché le corps. L'idiot regarde le spectacle d'un œil hébété *.
1. Pensées de Schopenhauer, p. 75. « Si l'on mettait devant les yeux de chacun les douleurs et les tourments épouvantables auxquels sa vie est continuellement exposée, à cet aspect il serait saisi d'effroi; et si l'on voulait conduire roptimiste le plus endurci à travers les hôpitaux, les lazarets et les chambres de torture chirurgicale, les lieux de supplice, les écuries d'esclaves, sur les champs de balaille... alors, assurément, lui aussi fini-
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Tous les êtres humains vont courir d'un pas inégal vers des biens en trop petit nombre pour la faim, pour le besoin d'estime, pour l'amour. On entend des cris effroyables, les gémissements de ceux qui soufiFrentj les plaintes des affamés; la haine, l'envie, le mensonge se précipitent, écrasant les faibles; les champs de bataille se couvrent de morts. Les bons sont vaincus.
L'inégalité des hommes a été conQée au mal physique : les avantages de notre nature humaine, beauté, santé, force, inteUigence, durée de la vie, ont été différemment répartis au moyen du jeu des lois physiologiques, qui sèment sur la foule humaine les imperfections, lesmaladies, les misères.
L'insufGsance des biens pour le nombre des hommes, le maintien de la balance hors de l'équilibre, la stabilité de la disproportion des demandes et des objets, sont dus à la population. Elle est la question mère de toutes les autres.
C'est à l'homme qu'a été abandonné le soin d'entretenir ses maux au même niveau, de garnir le cirque de combattants, d'en fournir assez pour les tigres. C'est le besoin le plus fort qui a mission de donner naissance aux autres, de pourvoir à notre misère.
rait par reconnaître de quelle sorte est ce meilleur des mondis possibles. »
« Il y a plus de maisons que d'hôpitaux, » a dit de son et lé Leibuiz.
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L'infîni de nos désirs, Timmensité de nos besoins, d'une part, de l'autre la limite et l'insuffisance des objets, la répartition des qualités qui nous rend inégaux pour les saisir, sont les facteurs grâce auxquels l'innombrable variété de nos misères et do nos tentations se produisent. Là est la cause des antinomies si connues qu'il est inutile d'en parler, les petits et les grands, la misère et la richesse, la population et la subsistance, le salaire et le capital, enfin la matière de toutes les questions morales, économiques, politiques.
Au fond il n'ya qu'un mal, l'inégalité. L'instinct plus que rintelligence le reconnaît bien maintenant : il y a cent ans que l'envie est devenue le vice dominant.
Seulement l'inégalité est invincible. Les réformateurs qui la critiquentsous toutes ses formes, ne se doutent pas qu'elle est une condition nécessaire (le la vie morale, que ce n'est pas un vice de construction du monde, mais une forme de cette construction qui durera autant que lui. Autant invectiver l'obliquité de l'écliptique parce qu'elle cause l'inégalité des jours et des saisons, autant espérer (|ue l'État peut, par une constitution et des lois, (branler les pôles, et ramener l'axe de la terre à une ligne parallèle à celui du soleil.
L'égalité est impossible, et cependant rien ne paraît plus facile : i| faut qu'il en soit ainsi pour ne
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pas décqjirager tous les hommes et pour exciter les sages à améliorer leur sort, pour tenter les fous de renverser l'ordre afin de supprimer le désordre. Le bonheur est à notre portée, non à une hauteur désespérante, mais distant de la main de l'épaisseur d'un cheveu; toutefois on ne peut qu'y toucher, sans le prendre.
La répartition des biens matériels semble aisée, mais elle ne s'est encore vue que dans les sociétés religieuses, en compagnie du renoncement dont la présence n'est pas faite pour séduire. Cependant, comme les socialistes et autres font aujourd'hui des projets par centaines, ne désespérons pas que la patrie du pessimisme ne résolve la difficulté et ne commence par l'Allemagne, à faire de notre terre le meilleur des mondes possibles.
Le besoin d'estime est plus facile à satisfaire : tout est dans notre main : nous n'avons pas à compter avec le sol, les saisons, le vent, la pluie ; il n'y a pas une pincée de terre à remuer. Quoi de plus simple que de reconnaître le mérite connu, de ne point nier celui qui n'est pas connu, de ne juger personne, de ne peser que les qualités personnelles et non les accidents de l'extérieur, de la fortune? — Nous ferons encore bien des tours dans le désert, avant d'arriver à cette terre promise. La justice est le remède de l'inégalité; elle apaise la douleur, sans guérir le mal. Mais l'envie est l'antagoniste
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de la justice. Tout est si bien ageacé pour perpétuer répreuve que les malades haïssent moins le mal que le remède.
Nous ne dirons rien du troisième besoin, le plus élevé, celui de Tamour. C'est celui au sujet duquel Thomme fait le moins de plaintes, parce qu'il méconnaît la loi avec moins de scrupule. L'opinion est plus accommodante. Elle montre plus de rigueur pour celui qui dérobe le bœuf du voisin que pour celui qui lui dérobe sa femme : elle n'a que des complaisances pour le commerce des personnes libres.
Elle tient beaucoup plus à la justice qu'à la morale. La loi elle-même ne se refuse pas de violer celle-ci.
Il est bien de lutter contre l'inégalité; c'est le devoir, c'est la matière de l'examen. Mais il est naïf de croire que Ton en viendra à bout et que nos neveux n'auront qu'à dormir sur des feuilles de rose. N'entreprenons pas de corriger l'écliptique ; mais abritons-nous du froid et du chaud des saisons extrêmes, comme si elles devaient revenir encore longtemps.
Supprimer le mal ne serait pas rendre service à l'humanité*, car ce serait la priver du moyen
1. Pensées de Schopenhauer, p. 54. « De môme qu'il faudrait que notre corps éclatât, s'il était soustrait à la pression de l'atmosphère, de même si le poids de la misère, de la peine, des revers et des vains efforts, était enlevé à la vie de l'homme»
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de grandir, de mériter. Toutefois rassurons-nous : il y aura toujours deTinégalité. Plutôt que délaisser s'épuiser le programme de Texamen, Dieu inventera de nouveaux maux physiques, à mesure que la science aura vaincu les anciens : nous venons de voir des fléaux inconnus : de petits êtres presque invisibles ravagent les vignes, les aliments. L'humanité, devenue grande, subit de nos jours l'assaut des infiniment petits, tandis que nos pères de l'âge de pierre, si misérables, luttaient contre les bêtes gigantesques et n'avaient pas de moindres ennemis que les ours des cavernes. Autrefois, les héros se battaient contre les héros ; aujourd'hui Ton a affaire à la multitude armée du sufirage. Quant aux maux moraux, Dieu n'a rien à faire : ils s'alimentent très bien tout seuls.
Quelle catastrophe si Ton supprimait seulement la mort 1 Y pensez- vous, mortels? Quedeviendriezvous quand la terre disparaîtrait sous la marée montante de la population? Supposez que Fange sonne de cette fameuse trompette qui doit ressusciter les morts, et qu'au moment où tous les hommes qui ont vécu depuis le premier jour seront debout, il s'en aille. -Comment nourrir cette
l'excès de son arrogance serait si démesuré qu'elle le briserait en éclats, ou tout au moins le pousserait à l'insanité la plus désordonnée et jusqu'à la folie furieuse. — En tout temps, il faut à chacun une certaine quantité de soucis, de douleurs ou de misère, comme il faut du lest au navire pour tenir l'aplomb et marcher droit... »
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multitude de nouveaux convives au banquet de Teudé monisme? Le 6oir ne serait pas arrivé sans qu'une effroyable bataille ne fasse appeler de nouveau à grands cris la mort par tous les vivants.
Ne demandons pas Textinction des maux. Profitons-en.
Maintenant nous pouvons nous rendre compte du mécanisme de la tentation, et regarder Thom me s'agiter dans les engrenages.
24. — L'épreuve consiste à travailler^ se priver^ . se résigner. — On ne peut reprocher à Dieu d avoir fait le mal. — Le mal moral est négatif. — Le mal physique est précieux.
La créature humaine n'apparaît pas tout à coup sur la terre dans sa force. Elle débute par l'enfance. Elle sort du sein d'une femme, dénuée, incapable de continuer seule son souffle dévie: il faut qu'on la réchaufie, qu'on l'allaite. Elle a tout à acquérir, même son corps, car elle n'en a que le rudiment. Elle a tout à apprendre, n'ayant au commencement que l'instinct de sucer la mamelle. Chaque homme ne peut obtenir, à mesure qu'il se développe, la satisfaction de tous ses besoins, à cause de la compétition des intérêts, de la bataille de la vie, avec des forces inégales pour des biens insuffisants. On n'a ni tous les objets nécessaires ni toute l'estime à laquelle on
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a droit, ni un être parfait pour apaiser le désir de l'amour.
En outre, la distribution n'a pas lieu justement selon la proportion avec les efforts. Il y a des riches et des pauvres, des glorieux et des dédaignés. Et il arrivée que celui qui prêche Terreur a la réputation, et que celui qui défend la vérité a le mépris, que ce ne sont pas les meilleurs qui détiennent les biens, les succès, l'amour, mais ceux qui les prennent par tous les moyens. L'on n'a pas tout ce qu'on doit posséder et on se le voit enlever par les inférieurs : on souffre doublement delà privation et de l'injustice.
Résultat admirable! ce sont les plus forts qui subissent l'examen le plus difficile : à mesure qu'ils deviennent meilleurs, les questions deviennent plus pressantes. Du reste, le monde ne sait pas cela : il n'a d'yeux que pour les succès extérieurs, bruyants, futiles. Il ne se doute pas que les plus forts, les premiers, sont les misérables, ceux qui souffrent le plus, les plus inconnus, les méprisés. Ce sont ces épaules écrasées par le poids des misères qui, comme Atlas, soutiennent le monde moral. Le reste ne compte pas, et, après ses petites satisfactions fausses, ses succès menteurs, il disparaîtra. Il a échoué et sera englouti dans la Géhenne.
Comme un général choisit les plus braves pour
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toi LE PESSIMISME
le poste le plus périlleux, les pauvres, les déshérités ont été choisis par Dieu pour subir l'assaut des misères. Ce ne sont pas les premiers dans le monde par leurs richesses, leurs honneurs, mais depauvres êtres sansnom, bravement malheureux, qui sont les premiers aux yeux de Dieu. « Beati qui lugenty Beati qui persecutionempatiuntur. » (Math.,v. 5, 10.)
L'homme peut donc souffrir horriblement. Il est frappé dans son intelligence par les maladies mentales, dans ses sens, dans ses membres. Il peut être méconnu, calomnié, trahi par sa femme, repoussé par ses enfants. Examinons-le : nous allons reconnaître le mode de la tentation, la nature du mérite, le caractère du mal.
Celui à qui manquent les biens matériels, qui convoite une femme, est tenté : il voit le bonheur attaché à des actes qu'il lui est interdit de faire : il doit se priver. Un autre est en proie à la maladie qui démolit pièce à pièce son corps : il n'est plus question pour lui d'aller vers des biens à sa portée : il est cloué : il n'a pas seulement à se priver, mais à supporter le mal ; il ne s'agit pas uniqucmentde s'étendre vers les biens, mais de se défendre contre les maux : il doit se résigner.
L'épreuve consiste donc à acquérir avec peine la jouissance du bien, à se priver delà jouissance mauvaise, c'est-à-dire isolée du bien, à lutter
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contre le mal, et à se résigner si celui-ci est le p fort. CTest le travail, la privation, la résignatic
Le mérite s'acquiert à la condition de se sac fier, de souffrir pour gagner le bien permis, soufifrir encore pour ne pas outrager le bien, prenant la jouissance indignement, d'aimer le b jusqu'à la souffrance.
Tout le bien est de Dieu : nous n'avons à no que la soufirance. Elle est le prix que l'on don du bien. Nous prouvons que nous l'estimons sa valeur, puisque nous donnons pour l'avoir to ce qui dépend de nous, tout ce que nous pouvo faire, la volonté, tout ce que nous pouvons su porter, lasouflFrance. Le bien ainsi gagné est bi à nous, est acheté ; nous l'avons mérité.
L'homme peut être considéré d'abord comr agissant. Dans ce cas, il peut quelquefois posî der le bien avec sa jouissance : par exemple, jouit du fruit de son travail dans sa famille, prei la nourriture qu'il a gagnée, sous un abri, en coi pagnie de sa femme et en caressant ses enfan Toutefois, ce n'est que par son effort ou celui ses auteurs, qu'il a obtenu ce bien, attendu q l'on ne peut rien faire sans travail, même selev et étendre le bras.
Ce tableau de la vie la plus simple, l'abri, 1 ustensiles, la nourriture représentent une qua tité d'efforts très grande. C'est le travail.
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L'homme agissant, résolu à se procurer ce qu'il désire, rencontre rarement le bien avec sa jouissance; mais la jouissance sans le bien l'entoure de tentations.
Il n'a droit qu'à une femme : celle-ci ne se présente pas toujours, ou souvent mieux eût valu qu'elle ne se fût pas présentée. — S'il succombe à la tentation, s'il se procure la fortune, la femme contre la loi, il a la jouissance sans le bien. Nous disons qu'il n'a pas le bien; et peut-être n'a-t-il pas même la jouissance. — S'il est vaillant, il se prive.
Mais l'homme n'est pas seulement agissant, il subit. Il reste en dehors de la mêlée, il se contente de peu ou dédaigne; il est cependant encore exposé à être attaqué lui-même : l'injustice, la calomnie, l'envie nous poursuivent partout, s'en prennent aux faibles, s'acharnent sur les meilleurs, frappent les forts par derrière,^ n'épargnent pas les médiocres et les humbles ; les mauvais ne craignent que ceux qui sont plus mauvais. Une fois tombé au milieu des hommes, nul n'a pu éviter les coups. D'ailleurs, le mal physique sait bien nous trouver, et, de peur que quelques-uns n'évitent répreuve, il est aveugle et frappe tout le monde. Les persécutés, les martyrs, les malades, s'ils se résignent, ont le bien sans jouissance, mais le bien différé quoique réel, plus réel que la jouis* sance sans bien.
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Le cycle deTépreuve comprend tout, jouissance avec bien, jouissance sans bien, bien sans jouissance.
Le mal consiste à cherchei^ à jouir contre la loi éternelle de jouissance. C'est le mal formel.
Mais le mal réel est Tinsulte au bien. La fausse jouissance outrage la vraie. C'est de même que la dernière offense à l'épouse est de demander le plaisir à une concubine.
Le rtial n'esl pas dans la jouissance. Y a-t-il plus insigne erreur que celle qui représente Dieu comme préparant pour l'homme un acte agréable et lui disant: « Je te défends d'y toucher. « Il met le plaisir à côté de sa main, et quand elle s'avance, illa frappe. La jouissance en elle-même est bonne ; elle fait partie du bien. Dieu ne demande qu'une chose, c'est que l'homme soit heureux : il Ta créé pour cela. Mais il veutque sa créature en soit digne, qu'elle voie le bien, qu'elle l'apprécie; si elle le méprise en lui préférant une basse et vaine ombre de jouissance, si elle le méconnaît au point de croirequ'elle peut en séparer la vraie jouissance , Dieu la déclare déchue pour toujours; il la punit non pour avoir joui, mais pour n'être pas montée jusqu'à la jouissance.
La souffrance est une mauvaise chose. Est-ce que Dieu nous la demande pour le plaisir de nous voir souffrir? C'est un blasphème. Il nous l'aim-
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posée à regret, parce qu'il n'en pouvait être autrement. Il nous fallait prouver que nous aimons le bien,quenous en sommes dignes. Quel bien avonsnous en nous pour acheter le Bien ? Tout bien vient de lui, même notre existence, notre intelligence. Quelle marque d'amour donnerons-nous en échange de l'amour ?
Le vouloir jusqu'à la soufifrance.
L'opinion fait reconnaître la souffrance comme l'unique preuve de [notre valeur^ de notre connaissance du bien. On ne donne son estime et sa confiance qu'à celui qu'on répute capable de souffrir, c'est-à-dire de se priver, plutôt que de livrer l'honneur ou l'argent qu'on lui remet. Les vertus les plus nobles, dévouement, courage, désintéressement, ne sont pas autre chose que la capacité de souffrir. La fiction même, la poésie, le roman, ne savent faire valoir leurs héros imaginaires qu'en les faisant passer par toute sorte de traverses.
D'autre part, le libertinage, les plaisirs faciles choquent par leur facilité même : l'homme, au commencement, n'a que l'instinct de l'animal et est ignorant : les grossiers ne s'en tirent pas et se jettent naïvement sur les premiers objets venus. On éprouve une peine profonde à voir qu'ils ne font pas plus d'effort pour arriver à une conception plus élevée, qu'ils rabaissent l'idée de l'amour, qu'ils salissent le plus cher bien de tout le monde.
Le mal physique a été créé visiblement par Dieu, ce qui n'a pu avoir lieu pour le mal moral, afin de servir de fondement au système de l'épreuve. A la matière est due l'ignorance : à elle est due encore l'inégalité.
Dieu a négligé la matière minérale qui ne sent pas. Il a fait faire notre demeure par la vie et la mort : les infusoires ont construit des montagnes, les mousses ont étendu l'humus sous nos pieds. Nous vivons sur un charnier. N'ayant plus besoin de cadavres, Dieu nous force à nous manger tout vivants les uns les autres, entre animaux : les vers etles corbeaux dévorent ceux qui échappent à la mort violente : l'agneau qui boit engloutit un millier d'êtres dans une goutte d'eau*,
lia fait une énigme delà créature animale, il a créé sans nombre des figures étranges, bêtes utiles ou nuisibles-, effroyables ou d'une beauté ravissante, les monstres de la mer et de la goutte d'eau, le papillon et l'oiseau, les gigantesques dragons des premiers âges, les lions, les serpents qui devaient mettre à l'épreuve les défricheurs du globe jusqu'à ce que les hommes fussent devenus assez méchants pour les remplacer dans leur mission et leur permettre de disparaître, puis l'armée des insectes qui défendent les pays chauds, ceux qui dévorent nos vignes, nos grains, les