Vo'r M. de Hartmanr, Les sou/frarcjs des anin aux
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icrobes qui entrent dans nos veines, ces infiment petits encore assez grands pour tenir le à notre progrès.
Il a disposé des contrées plus riantes où il a stalle sesfléaux, tremblements de terre, cyclones, in d'établir un équilibre de maux avec les réons sombres du Nord. Où est le pays à l'abri 5 la maladie et de la tempête ? 11 y a quelques uns de terre plus tranquilles, comme quelques 3mmes heureux, pour nous donner l'idée de îtte félicité qui nous est défendue. Dieu montre bonheur et donne le malheur : il nous tient ujours en haleine.
Les lois physiologiques on tété chargées de conlire l'examen, d'en marquer la fin par la mort. La douleur est une remarquable partie du pro- •amme. Si elle avait manqué, notre condition Tait impossible. Elle n*est pas seulement laconepartie de la sensation agréable, le négatif qui it paraître le positif, l'ombre qui fait valoir l'iage : elle existe par elle-même et elle est avangeuse,tout horriblequ'elle est. Que l'on conière seulement quel changement se produirait Ton pouvait impunément se jeter du haut d'une ur, se percer. C'est à elle que beaucoup hommes sont redevables de leur sérieux que ne îutleurprocurer l'idée delà grandeur des choses laquelle ils sont incapables darriver. Si la crainte
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et la tristesse ne pesaient sur tous ces êtres vides et légers, ils tourbillonneraient comme la paille au vent, heurteraient les sages et leur feraient perdre Téquilibre. Si, dans un rêve contraire à celui que nous avons fait, quand nous avons supprimé la mort, qui fait assez de vides au banquet pour que les nouveaux arrivants ne soufifrent pas trop de la faim, nous supposions maintenant le mal de la faim détruit, qu'arriverait-il ? Toute la nature vivante perdrait sa stabilité : les tigres et les requins s'adouciraient peut-être. Mais rhomme? Il n'aurait pas même de quoi s'occuper, fixer sa pensée, alimenter son activité. Aussitôt la folie agiterait l'humanité : on verrait les grands et les petits, les magistrats et les serviteurs monter et descendre comme les petites fignres qui tourbillonnent dans un ludion. Ainsi que ces suppliciés que l'Orient fait périr en leur chatouillant les pieds, l'espèce mourrait dans les spasmes du rire *.
Il est facile de comprendre que la régularité et la justice ne sont pas nécessaires dans la distribution des maux, qui sont une bonne matière d'examen pour chacun, sans avoir égard à d'autres considérations. La Providence a donc pu s'en décharger sur les aveugles lois matérielles. Une
1. Pensées de Schopenhauer, passage déjà cité, p. 198 : a De même qu'il faudrait que notre corps éclatât... »
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main inconsciente sème au hasard les fléaux, les maladies, les calamités sur les tètes humaines. Ils [l'épargnent pas le champ du juste et passent juelquefois à côté de celui du méchant. C'est donc ï tort qu'on nie qu'il y ait une Providence, parce ]ue les honnêtes gens sont accablés et que les nauvais ne sont pas punis.
Dieu, aussi soigneux de se cacher que de se montrer, n'a pas négligé d'envelopper d'ombre chaque question, de disposer sur le chemin de la vie des carrefours avec une voie libre pour ceux ]ui veulent lui échapper. Ne voit-on pas que, si les méchants étaient toujours punis, Dieu ruinerait son œuvre, en rendant l'épreuve impossible ?
L'on peut remarquer encore que le mal physijue est utile en ce sens qu'il économise le mal moral pour l'épreuve, en dispensant d'autant les [lommes de pécher pour se faire juger.
Nous avons vu que le mérite consiste dans la )rivation. Mais il est évidemment déraisonnable le sacrifier un bien, si ce n'est comme le moyen l'en obtenir un plus grand. L'homme ne doit pas ^tre une dupe, il ne peut être joué par Dfeu. Aussi loit-il compter que son créateur lui réserve une 'élicité qui sera bien grande, étant calculée sur les privations de ce monde : il n'a plus par conséquent de motif de se plaindre de Texcès de ses Tiaux.
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THÉORIE âiî
S'il croit que Dieu n'existe pas, ilag*irait contre la raison, en se privant. L'estime publique et l'approbation de la conscience ne seraient dans ce cas qu'une indemnité dérisoire, car elles n'ont de valeur que celle qu'elles empruntent à l'espérance d'une récompense future : c'est une monnaie fiduciaire que Dieu seul peut échanger contre des espèces sonnantes. Si nous nous privons pour rien, la conscience et l'opinion ont grand tort de nous féliciter *.
Continuons de parcourir et de sonder le monde en éliminant le mal sous toutes ses formes, pour la justification de Dieu. La privation, avons-nous dit, est douloureuse, mais n'est pas mauvaise quand elle est faite en vue du bien. Regardons maintenant le mal lui-même, physique et moral : il va reculer devant nous et rentrer dans l'abîme du néant.
Les maux, quand ils planent sur l'humanité en un noir tourbillon, sont épouvantables à voir : cependant ils ne peuvent rien.
1 . Un grand philosophe a dit qu'il y a absence de moralité à agir dans toute autre intention que celle de satisfaire sa conscience. — n ne faut pas confondre le mérite et le bien. Le bien est tout ce qu'il y a de bon, et nous ne pouvons avoir d'autre but que lui: le mérite n'est qu'un moyen.- Or, l'on ne doit pas s'arrêter au moyen: on se prive non pour se priver, mais pour Famour du bien. Si l'on n'a pas le bien en vue, l'action ne vaut rien et n'a pas de sens : se priver ne peut plus être que mettre sa volonté au-dessus de sa volonté, ce qui est impossible en théorie et en pratique. Cette doctrine est séduisante parce; qu'elle a une grande apparence de désintéressement. En effet, être dupe est le comble du désintéressement.
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Tous ensemble, la faim, la pauvreté, le mépris, la calomnie, l'injustice, la souffrance, la mort, se réuniraient pour fondre sur le plus faible d'entre nous : il les vaincra. Rien ne peut rien contrôle juste. Pour lui, pas de mal. On voit tous les jours un enfant, une pauvre femme ignorante lutter et vaincre. C'est sans doute le plus beau des spectacles, 'ce serait incroyable, si nous ne savions que les maux sont destinés à l'épreuve, sont faits pour être vaincus et non pour nous vaincre.
Que peuvent contre le juste le mépris, la calomnie? Rien. L'opinion des hommes vaut ce que valent ces hommes : s'ils sont bons, elle est pour les justes; s'ils sont mauvais, à quoi sert-elle? — Que peut l'injustice? Rien. 11 a pour lui le bien absolu. — Que peut la mort? Rien. Il a la vie éternelle. Qu'il tombe entre les mains de bandits d'une Commune, ou qu'il paraisse devant le tribunal d'honnêtes gens trompés, qu'il soit abandonné, renié par sa femme et ses enfants, condamné, supplicié, il restera inébranlable : voyant les choses comme elles sont, il mourrait dans les délices. Supposition plus horrible, si, aulieu d'espérer de trouver la réhabilitation et l'amour des siens devant le tribunal suprême, il mourait persuadé qwece sont ceux qu'il aime que ce tribunal sépa-rera à jamais de lui pour leurs fautes, il lui resterait Dieu lui-même. Tous les êtres peuvent lui
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être arrachés, le monde lui-même peut s'abîmer; ses ruines crouleront sur lui sans atteindre son espérance. Pas de perte qui soit irréparable^ pas de perte qui ne soit proOtable : le bien perdu fait place à un plus grand.
Si un seul des biens que nous sommes exposés à nous voir enlever était essentiel, Dieu serait coupable. Il n'en est pas ainsi. Donc aucune des satisfactions de ce monde, ni la vie, ni l'amour même, hélas! ne sont essentielles.
Puisque le mal est profitable, l'insuffisance des biens et surtout l'invincible inégalité des conditions, objet de stupéfaction et de colère, cessent d'être mauvaises. Le monde inégal apparaît admirablement disposé pour l'ordre et pour la justice.
Mais s'il n'y a pas de mal pour les bons, il y en a pour les mauvais. Les maux sont comme les loups qui poursuivent les voyageurs et ne dévorent que ceux qui se laissent tomber. Les morsures du mal physique sont cuisantes; le mal moral est un poison enivrant, mais funeste. Et toutes les misères de cette existence ne sont encore rien auprès de la réprobation dans la vie future. L'âme immortelle, à jamais privée et souflFrante, est ce que la philosophie du xvn« siècle avait devant les yeux quand elle s'interrogeait sur la bonté de Dieu. Si, prévoyant la faute, il a créé le coupable, il est cause de la faute et de la peine. —
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Notre réponse ne peut être différente : mais nos préliminaires doivent la faire paraître plus satisfaisante.
Ceux qui accusent Dieu devraient prouver au préalable que prévoir et faire sont une même chose, ce qui paraît assez difficile, surtout quand c'est un être qui prévoit et un autre qui fait.
Si Dieu n'avait créé l'homme libre, il n'y aurait pas de coupables; sans doute, mais la création n'est que l'occasion et non la cause de la faute. Une âme libre n'est pas comme un atome matériel qui touche à tous les autres jusqu'aux confins, et est toujours ballotté par des causes. Un vide parfait entoure l'àme libre et l'isole complètement, même de Dieu : le mouvement y est initiatif. L'homme ne peut s'en prendre qu'à lui-même. La liberté admise, il n'y a plus à se préoccuper de la prévoyance qui ne peut lui faire échec, puisqu elle n'a pas de contact, puisqu'elle est la seule chose qui se suffise à elle-même, unicum illud naturœ miraculum, disait Herbert de Cherbury. Il n'y a pas de contradiction entre la liberté et la prévoyance à expliquer: la contradiction n'existe pas.
Tous les hommes ne pouvaient profiter de la liberté pour faire le bien. Nous espérons avoir prouvé, par l'examen de l'organisation du monde, que nous sommes destinés à subir une épreuve.
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Une épreuve qui réussirait à tout le monde ne serait pas sérieuse. Il est absolument impossible à Dieu, qui voulait obtenir un bien supérieur, la félicité de Thommo gagnée par le mérite, de faire en sorte qu'il n'y eût pas de mal. Il a donné la liberté à l'homme ; cette liberté ne dépend pas de Dieu : il n'est pas possible qu'elle en dépende et qu'elle n'en dépende pas à la fois.
Dieu est donc irréprochable, quoique les mauvais aient été créés pour qu'il y eût des bons. Pour tirer une statue d'un bloc de marbre, il faut détacher avec le marteau des éclats qui sont perdus.
Vous regardez avec étonnemeht des puissants et des heureux qui ont pris la terre pour eux, et des misérables sans nom et souvent sans pain qui souflFrent du mépris et dç l'injustice. Vous vous demandez pourquoi ces petits sont au service de ces grands. Or, c'est au contraire ces grands qui servent aux petits. De deux hommes, l'un qui a pris au second sa réputation, sa fortune ou sa femme, le plus fort est celui qui est sous le pied de l'autre. C'est lui qui a l'énorme puissance qu'il faut pour étouflfer le désir de vengeance, pour se résigner à l'humiliation, à la privation, plutôt que de se défendre par l'injustice : c'est lui qui tient le bien, le bonheur, et c'est l'autre qui les lui fait gagneret les perdlui-mème. Des personnages qui
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216 LE ra:SSIMISME
emplissent l'histoire de leur fausse gloire se sont agités pendant leur vie pourdouner la gloire véritable et éternelle à d'obscures victimes. Le monde qui appartient aujourd'hui aux oppresseurs n'est pas même fait pour eux : ce monde et eux-mêmes sont faits pour les opprimés, leur appartiennent comme le sable qui fait briller les armes du soldat et qu'il jette au vent quand elles ont acquis leur éclat. Eux-mêmes ont choisi leur sort, servir à Texaltation de ceux qu ils foulaient et méprisaient, puis disparaître dans la Géhenne.
25. — Le mal ne donne pas de jouissance, — L'horreur du mal vient de ce qu'on outrage le bien^ en méconnaissant sa grandeur^ par insuf^ fisance^ indignité. — En faisant le maU on commet la plus grande des erreurs^ et^ quant à la jouissance^ on n'a rien ; on est une dupe.
Nous ne devrions donc pas leur envier leurs plaisirs, leurs succès de ce monde si chèrement achetés. Cependant, nous allons essayer de prouver, comme nous l'avons promis, que le mal n'a pas de jouissance. Il ne nous suffit pas qu'il n'ait pas de puissance sur les bons. Qu'il ne donne pas même de jouissance aux mauvais ! Qu'il soit complètement mauvais, négatif, et que Dieu soit absolument tout le bien, toute la jouissance.
Entendons-nous d'abord sur la valeur de la
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jouissance. Le fou qui s'imaginait que tous les vaisseaux entrant au Pirée lui appartenaient avait-il une vraie jouissance ? Non. Le pauvre, dormant dans son galetas et qui rêve monceaux d'or et palais, n'a que de vaines satisfactions. L'erreur, l'illusion, le rêve, la folie, tout ce qui n'est que subjectif ne vaut rien.
Il ne faut pas confondre la réalité avec la vérité. Ces pauvres jouissances sont réelles; le songe, l'erreur le sont bien aussi. Tout est réel dans ce monde, et rien n'est vrai, car nous ne connaissons la vérité de rien. Nos yeux ne la voient pas, nos oreilles ne l'entendent pas. Toutes les magnificences de l'univers, les astres perdus dans l'immensité, ne sont que comme les décors d'un théâtre. Qu'est-ce que cela auprès de la vérité, de la splendeur de Dieu? La réalité est comme rien : la vérité est inaccessible. Quels noms donner à ces ombres qui errent entre les deux ?
Est-ce que le mal n'est pas condamné à rester loin de la vérité ? Cette jouissance qu'on appelle l'espérance, n'a-t-elle pas le droit de s'en approcher ?
La part la plus considérable du bonheur de chacun de nous est en espérance : comparez l'espoir et la possession, et vous serez effrayés delà proportion. Nous n'avons que le moment présent, étroit comme la place du pied, entre les deux
)îmes du temps, le passé derrière nous, devant, ivenir, emplis Tun du souvenir, l'autre de Tesîrance; la possession est à celle-ci comme la inute à la vie. Et combien peu trouvons-nous î ces heureuses minutesi 1 On ne peut se passer de bonheur : il nous en ut à chaque instant, comme, à de certains interalles, de la nourriture au corps : la nature ne eut pas attendre. Tout le monde, bons et maulis, satisfait cette faim incessante, jouit autant, s uns avec sagesse, les autres avec folie. L'âme, [us facile à tromper que l'estomac de chair, se )ntente d'illusion ou d'espérance. L'espérance est qu'une jouissance lointaine de la vérité, et icore n'est-elle une jouissance que quand elle est •ndée, que quand elle est tournée vers la vérité. Tout le monde se procure de la jouissance en lantité suffisante pour alimenter son âme. Reste savoir quelle est sa qualité.
Nousne l'avons pas complète. L'amour lui-même 3 l'a jamais donnée. Dieu se cache : le bien ne îut donc nous rassasier. Incomplète, elle peut re fausse ou vraie. Nous ne devons faire aucun Ls de la fausse, c'est-à-dire de celle qui n'existe le dans l'esprit, sans que l'objet y corresponde; le n'est pas l'effet de l'objet, mais de notre usion intérieure : ce n'est pas l'objet bon qui