Pensées de Schopenhauei\ p
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est senti ; nous n'avons qu'une émotion sans cause.
En comparant la jouissance bonne et la mauvaise, il ne faut pas perdre de vue ces distinctions. La première peut être presque nulle, la deuxième est généralement plus forte. L'épouse peut donner moins de plaisir que la concubine. N'en concluons pas tout de suite que la jouissance mauvaise est supérieure à l'autre, car il nous reste à examiner si elle n'est pas fausse. L'acte illégitime ne procure qu'une illusion ; il ne peut pas donner ce qu'il n'a pas.
D'autre part, le légitime peut ne pas donner ce qu'il a : l'action est peu de chose sans l'esprit qui, par sa faute, n'est pas assez ouvert pour recevoir la vue de la vérité.
A ceux qui trouveront audacieuse et déraisonnable l'entreprise de prouver que les plaisirs vantés des libertins ne sont pas ce que l'opinion les croit, criminels, sans doute, mais plus émouvants que les modestes satisfactions d'une vie régulière, nous répondrons que les juger d'après l'émotion e^t une erreur, que mesurer seulement la force des impressions est une expérience défectueuse. Ce n'est pas la force, même la force réelle de l'émotion qu'il faut voir, mais sa vérité. On ne peut surtout comparer celui qui ne voit rien, ne sent rien, même en présence du vrai, avec celui qui
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faussement. Ils sont entre eux comme Tigno- .6 est à Terreur : la dernière est encore plus à adre.
i jouissance parfaite ou le sentiment parfait, que nous avons dit que celui-ci est la consance du bien, demande le concours de Tâme B l'objet ou du bien, la réunion de ces deux litions, présence de Fobjet, présence de l'âme. |u'on pourrait appeler sa présence d'esprit. Ile n'est pas disposée ou en état d'apercevoir randeur de l'objet qui se donne, elle ne senpas comme elle le pourrait, n se rend compte maintenant de l'importance otre théorie du sentiment : l'intelligence comid les rapports au contingent de la qualité néaire, éternelle, incompréhensible, et le sentit connaît la qualité incompréhensible, le bien, ord elle explique pourquoi notre jouissance toujours obscure et imparfaite ; c'est que le
ne se fait que connaître et non comprendre. 1 elle comporte une conséquence également e d'attention ; c'est que le sentiment ayant perception, tout comme l'intelligence, si l'obl'a pas d'existence et de communication tive avec l'âme, celle-ci ne sent pas en é. De même qu'il faut un arbre devant l'œil
que l'on voie un arbre, un objet devant l'injence pour qu'on le perçoive, sans quoi ce
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n'est que par erreur qu'on croit voir l'arbre, qu'on croit entendre le récit d'un événement que personne ne raconte et qui n'a pas eu lieu, de même il est nécessaire que le bien existe et se communique pour qu'on sente. Le sentiment est l'effet du bien comme l'image sur la rétine celui de l'arbre. Or. le bien est la seule cause du sentiment. Donc le mal ne peut le produire. Celui qu'il procure est vain, est un produit factice du souvenir et de l'imagination.
Dieu, après avoir créé une âme, n'a pas à y ajouter quelque chose pour lui faire voir ce qui est : il est naturel que l'âme connaisse. Au contraire il a quelque chose à faire pour l'empêcher de voir. Quant à la matière, il a décidé que nous ne verrions rien si ce n'est à certaines conditions: nous di&ons conditions^ non causes. Un marchand s'engage à payer une somme d'argent, si tel bateau chargé de laine entre au port, un jour déterminé : le bateau n'apporte que de la laine et pas la somme : c'est le marchand qui la donnera, si la condition se réalise. Dieu a réglé que toutes les fois que l'appareil visuel sera en bon élat, de manière que l'image se forme sur la rétine, l'homme verra, que toutes les fois qu'une gouUe de sang parviendra à telle cellule du cerveau, l'homme mourra, et ainsi du reste. L'esprit et J<i matière ne sont pas de même nature : leurs rap-
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ports ne sont que des conditions, et ne peuvent être comme le sont entre eux la cause et Teffet, qui supposent un lien nécessaire .
11 n'est pas de nécessité éternelle que l'âme ne voie un objet que par l'image sur la rétine ; la formation de l'image n'est qu'une condition qui pouvait être tout autre, n'est que la condition, non la cause de la vision.
Elle n'est pas cause, car il n'y a pas d'effet sans sa cause, et Teffet existe très bien sans sa prétendue cause pour les purs esprits. Dieu ne s'est pas créé un œil pour voir rouler ses soleils sur sa rétine. Il a créé la matière, non pour nous faire connaître, mais pour nous empêcher de connaître, pour que notre âme enfermée dans son petit cerveau ne sache que ce que les rayons de Féther, qui arrivent aux ouvertures du crâne, ont rencontré sur leur chemin.
L'impression agréable de la sensation a la même explication. A l'occasion du contact du jus de l'orange, se produit une sensation agréable. Mais n'avons-nous pas dit que le bien seul produit la jouissance? Cependant Je jus de l'orange ne contient pas le bien. Aussi l'orange n'est-elle que la condition dont l'avènement produit une impression du bien.
De même que l'image n'est que la condition do la connaissance, l'orange n'estquela condition
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de la jouissance; la sensation n'est que condition pour ses deux résultats, connaître, sentir. La cause estrintelligence elle-même, le sentiment lui-même en contact avec Tobjet, avec la vérité et le bien.
La condition neproduitrien seule, sansla cause. La sensation ne produit pas la jouissance, sans le sentiment et le bien. Donc, quand on voitl'homme faisant le mal obtenir une sensation, il n'en faut pas conclure qu'il obtient la jouissance *.
Ne nous étonnons pas que la sensation s'explique plus difficilement que le sentiment, car le bien est absolu, éternel^ tandis que la matière, qui est une nouvelle venue dans l'éternité, a dû être accommodée à l'absolu par des modes compliqués.
La sensation n'est qu'un sentiment qui ne diffère que par sa petitesse infinitésimale, non par sa nature ni par son origine. La matière ne la cause pas, mais la transmet ; la matière n'est pas la source mais un réservoir, n'estpeut-être pas mémo un réservoir, mais seulement un canal.
En résumé, l'agrément de la sensation est emprunté au sentiment : il ne vient pas d'ailleurs, attendu qu'il n'existe pas deux sources de la jouissance. Il participe donc à sa nature comme la goutte d'eau à la mer : il est assujetti à sa loi.
1. Voir p. 231-232. L'agrément de la sensation vient du bien, mais a deux çarts, l'une inférieure, fixe, ne dépendant que do l'acte, par exemple le goût de l'orange, la vue de la couleur sans son plaisir esthétique.
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En d'autres termes^ c'est le sentiment du bien qui fait la valeur de la sensation et des émotions de la matière.
Ces préliminaires ont préparé la solution.
Nous voulons prouver que le mal ne contient pas de jouissance et par conséquent n'en peut pas donner. C'est donc l'acte qu'il faut étudier, puisque nous l'avons défini le mode d'appréhender l'objet de jouissance, la manière de jouir.
Une philosophie honnête, mais un peu banale, se contente d'examiner les vices, les passions, et de faire remarquer leurs inconvénients, leurs conséquences éloignées, leurs désagréments extérieurs.
Sénèque observe que la colère fait faire des grimaces. La perte delà considération, la ruine de la santé ne sont pas oubliées. On apprend aussi quele bien mal acquis ne profite pas. Bien entendu, en outre, le mal offense Dieu. Ces vérités sont utiles, mais nous essaierons de creuser le sujet davantage.
Ce n'est pas le vice à l'état de repos qu'il faut voir, ni le désir, ni la disposition, ni l'habitude, mais l'acte. Ne regardons pas le vice dans l'âme, s'emplissant de désirs, rêvant à ses jouissances, comme une bête féroce dans sa caverne, mais attendons le moment où il sortira pour saisir sa proie. Si l'acte qu'il va faire pour saisir la jpuis-
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sance est vain et ne lui rapporte rien , tout son travail d'imagination dans la caverne, convoitises, espoirs, souvenirs, est comme rien.
Il est facile de s'en rendre compte par des exemples.
Prenons une nomenclature familière, celle des péchés capitaux.
L'origine des espèces paraît être la suivante. Au point de départ nous trouvons la division de l'inertie et de la force : la première branche ne contient que la paresse. Celle-ci consiste à ne pas faire d'acte : il est donc manifeste qu'elle ne peut fournir de jouissance.
La seconde branche se partage en deux rameaux, conformément à la distinction que nous avons faite des deux besoins, l'amour-propre et l'amour. Au premier appartiennent l'orgueil, l'envie, la colère ; au second, la luxure. Le premier est le plus riche.
L'avarice et la gourmandise sont des espèces difficiles à classer, comme celles qui font le passage du règne végétal au règne animal.
L'on reconnaît tout de suite que ces vices sont dénués de jouissance, tant qu'ils ne passent pas à l'acte. La gourmandise demande la sensation : la luxure ne veut guère qu'elle.
L'amour-propre souffre de l'inquiétude tant qu'il n'a pas prouvé à soi et aux autres par des
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actes, sa supériorité, depuis ceux des ambitieux qui bouleversent des nations jusqu'à la misérable calomnie. L'avarice est condamnée, puisqu'elle n'a pas d'acte ; elle consiste à jouir de ne pas jouir.
Étudions de plus près la nature de l'acte.
Nous avons fait la distinction de la morale proprement dite et de la justice. Dieu nous a créés pour participer à la jouissance du bien. A la vérité nous sommes soumis d'abord, à notre début dans la vie heureuse pour l'éternité, aune épreuve temporaire. Nous sommes exposés à mal faire. Il n'en est pas moins vrai qu'une partie du bien et ce qu'il faut pour le posséder, nous sont donnés dès maintenant. Dieu n'a fait que cela, l'homme, des objets bons et des actes pour les saisir ; c'est là l'œuvre positive de Dieu et elle est entièrement bonne ; le mal moral ne vient que de nous.
Ces actes sont soumis à une loi, la loi de la jouissance. Si aucun homme ne faisait le mal, nous ne verrions que ces actes qui composeraient la vie active et heureuse dont nous avons dit plus haut qu'il est utile de faire le tableau. Posséder, parcourir la terre, connaître, admirer, aimer, se oeroétuer. voilà les actes primitifs, les seuls ins-
ces actes, s actes une
fois institués, la justice a pour mission, non pas de les faire faire normalement, ce qui est le rôle supérieur de la morale, mais de veiller à ce qu'on ne nuise pas à ceux qui les font. Tout individu a son cercle d'action où des biens lui sont préparés. Mais, pour l'épreuve, Dieu a fait les biens insuffisants et lès individus inégaux : ils sont donc tentés d'entrer en lutte et de se nuire. La justice est préposée à la garde de cette barrière.
La morale est positive, éternelle, car lorsque l'humanité aura oublié dans une autre vie jusqu'au nom du mal, elle continuera à faire des actes bons. La justice est négative ; elle suppose la morale toute faite et n'y ajoute rien \
La morale seule a des actes : cultiver la terre, se nourrir, rechercher la conversation des hommes, la société d'une femme, voilà des actes primitifs, véritablement institués par Dieu, ce que prouvent les grains, la fécondité du sol, les charmes et les secrets de la nature, le langage, la conformation des sexes. Que la justice montre donc un seul acte institué pour elle, primitif.
Tous ceux que la société a été obligée d'employer pour se préserver des violences, des excès, sont dérivés, empruntés à ceux de la morale.
1. Pour Schopenhauer, la justice est aussi négative, mais le positif qu'il lui oppose est Finjustice, non la morale.
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Le chanvre et le bras n'ont pas été faits pour qu'un bourreau pende un assassin.
Quant aux actes mauvais, ils sont non préparés, mais prévus par Dieu. Telles sont les trois classes d'actes.
En quoi consiste donc la nature du mal? Envisageons d'abord la morale positive. En observant la distinction de l'inertie et de là force, nous reconnaîtrons le défaut ; tels sont l'ingratitude, le manque de charité, d'amour, de religion; puis l'excès : il suffit de citer l'ivresse. La loi morale peut être méconnue en elle-même sans défaut ni excès, par exemple dans le concubinage.
L'excès n'est pas contraire à lajustice : l'ouvrier a payé l'alcool dontil s'enivre. Le défaut lui paraît contraire, mais ce n'est qu'un côté secondaire. L'époux qui n'aime pas manque sans doute à un engagement, mais il manque bien plus à la loi de l'amour.
En ce qui concerne la justice, le mal consiste à prendre ce qui appartient aux autres ou à les empêcher simplement d'en jouir, par exemple en détruisant la vie, la réputation.
Ici le mal est double, il implique les deux immoralités : l'adultère viole la loi morale et la justice. On peut cependant ne blesser que la justice : tel est le cas de celui qui vole et ne fait pas en suite un mauvais usage de l'objet volé.
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Nous sommes en état maintenant de voir si le mal apporte de la jouissance.
Prenons ce dernier exemple de violation simple de la justice. Un homme, pour faire fortune, écarte un rival d'une place par la calomnie, et d'ailleurs n'emploie pas mal le bien mal acquis. Il a fait deux sortes d'actes : l'un a été le moyen, la calomnie ; l'autre, le but, usage de la fortune. Observons qu'en général cette contradiction idu moyen et du but est ce qui cause le tourment des économistes et l'illusion des utopistes. Elle est invincible, car elle est dans la nature ; c'est le canevas de l'épreuve. Ils no voient que le but et tentent de faire vertueusement, pour la jouissance générale, ce que les individus font sans illusions, pour leur bonheur particulier, employer de mauvais moyens, pour combler la lacune prévue et voulue par Dieu des moyens légitimes.
En 15e reportant à ce que nous avons dit plus haut, on voit de suite que l'acte qui sert de moyen n'est pas institué par Dieu, mais détourné de sa destination. On ne pourrait faire à Dieu de reproche que s'il avait attaché la jouissance à un acte mauvais : or, il n'a pas institué l'acte, par exemple, il n'a pas institué la parole pour calomnier. De plus, la parole employée à la calomnie ne confère pas de jouissance ; il n'a donc pas même permis que celle-ci y fût jointe.
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Considéré seul, l'acte du moyen ne contientpas de jouissance ; mettre la main sur l'objet volé peut préparer des satisfactions, mais ne les confère pas encore. Calomnier, c'est-à-dire imputer une faute imaginaire, qu'on sait fausse, est hors d'état de procurer un plaisir digne de ce nom.
Passons à Pacte du but. Celui-ci est susceptible de deux effets, l'un moral, l'autre physique, l'un et l'autre devant amener la jouissance ou au moins l'utilité. L'acte bien caractéristique de l'amour, par exemple, a pour effet moral l'union des âmes avec sa félicité, pour effet physique la procréation avec une sensation. Des actes inférieurs, intéressant particulièrement le corps, comme la nourriture, n'ont que le résultat matériel et la sensation.
Nous avons à voir si l'acte mauvais donne le résultat matériel, puis la sensation, et enfin l'effet moral, le sentiment.
En ce qui concerne le premier, la réponse est affirmative. Comment pourrait-il en étr^ autrement ? L'épreuve deviendrait impossible si la matière résistait à l'homme qui fait le mal, si elle rendait la faute inutile. L'or dérobé devrait-il se changer en plomb, le vin du débauché en fiel, la porte doit-elle se fermer devant le voleur, la bouche de la femme adultère brûler comme un charbon?
Il en est ainsi parce qu'il est impossible qu'il en soit autrement.
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Dieu a prévu que le mal serait dans Temploi du moyen, emploi qui n'est pas institué par lui, et moyen qui est dépourvu de jouissance, et il a décidé qu'il ne changerait pas la nature de l'acte, qui en lui-même est bon matériellement, parce qu'on y aurait accédé par un chemin interdit.
Il a réglé que le mal serait possible et qu'il serait utilisé pour l'épreuve, comme le fumier dans la vigne du seigneur, pour que rien ne soit perdii et que les mauvais servent aux bons.
Le couteau de l'assassin entre très bien danj la chair de la victime. La concubine ne reste paj stérile. On peut recevoir la vie d'une source honteuse et la mort d'une main indigne, car il convient, pour l'épreuve, que l'existence et toutes leî qualités que Dieu n'était obligé de donner à personne soient distribuées inégalement et reprises à tout instant et inopinément.
La sensation est obtenue avec l'effet physique la matière l'occasionne ; l'âme, si elle ne la fai pas, lui donne une valeur, l'augmente par la pré sence des idées. La mesure de la sensation, c'est à-dire le rapport de l'ébranlement des nerfs et de la satisfaction de l'âme, est difflcileàobtenir; cett( dernière grossit ou diminue indéfiniment le plaî sir ou la douleur de la sensation, par l'imagination ; la défiance, le mépris, la distraction peuven aller jusqu'à les annihiler. Les animaux, moin
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soumis aux variations de Timagioation, sentent plus exactement l'impression que doit occasionner la blessure, et d'autant plus que leur degré d'abaissement dans l'échelle des êtres les soustrait au pouvoir de l'imagination : la souHrance d'un animal stupide, sans prévoyance, est sans doute plus exacte que celle du chien.
Tout ce qui dépasse cette dernière est le produit de l'imagination ou d'une idée. C'est la part noble, la part humaine de la sensation, puisée au sentiment infini lui-même. C'est donc à l'idée qu'il ifaut renvoyer pour en estimer la valeur. Distinguons donc, dans la sensation, les deux couches de formation, l'une occasionnée par la matière, l'autre produite par Tidée. La première peut être abandonnée sans regret à l'acte mauvais. La seconde atteint des proportions considérables. Toute sa valeur vient de l'idée. Le problème n'a à s'occuper que de l'acte positif, et, dans cet acte positif, non de l'effet physique, non même de la sensation courte telle que la matière animale la ressent à tous les degrés, quand la bête a un système nerveux, mais de l'émotion de l'âme, de l'idée et du sentiment.
Nous voici amenés à l'effet moral, au sentiment, jusqu'auxquels nous avons reculé la jouissance digne de co nom.
Le mal la donne-t-il ? Non. Elle tient à Fidée et au sentiment du bien : quiconque fait le mal ne Ta pas et n'a qu'une jouissance trompeuse. Le bien est absent, bien plus il est méconnu : comment produirait-il son effet I La grandeur du sentiment et l'avilissement de l'objet sont contradictoires. Il n'y a plus de vérité. L'émotion est plus fausse que celle du rêve, car dans le rêve, l'objet n'existe pas davantage, mais au moins l'émotion est proportionnée à son image.
Le vol est une action qui suppose une bassesse d'àme incompatible avec les jouissances élevées que peut procurer ensuite la fortune mal acquise. Nous ne parlons pas du tout des remords qui empoisonneraient le plaisir, observation trop connue. Nous disons que leur absence suppose elle seule l'indignité, qui rend incapable de jouissance.
Cette règle ne cesse pas d'être vraie, même pour les raffinés d'une vie facile et libertine, qui peuvent aiguiser leurs sensations fausses, multiplier leurs plaisirs vains, et n'avoir jamais atteint la jouissance, misérables qui ne la cherchent tant, qui ne la varient sans cesse, que parce qu'ils ne la trouvent jamais. On peut avoir une intelligence très cultivée, une honnêteté éprouvée, des connaissances étendues, et demeurer impuissant, incapable des jouissances élevées et désintéressées
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le l'objet, e dans la 5 montrer ue la néelajouis- )nservent
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toutes les dimensions de l'idée ; selon le temps, elle est indissoluble. Le devoir est la fidélité, et elle est effectivement le plus grand hommage que Ton puisse rendre à Tamour, la plus haute preuve de sa grandeur.
On ne peut pas diminuer davantage Tépouse que de la juger incapable de rendre heureux, elle seule et pour toujours, que de lui laisser ce pouvoir pour un temps seulement, pour un moment.
Une des passions dont la voix est la plus forte, la jalousie, nous le dit assez. Les liaisons éphémères, de passage, sont un outrage au plus grand bien appartenant aux hommes. Les âmes élevées le ressentent profondément. C'est une diminution de l'idée de l'humanité, toute pareille à celle de l'idée de l'amour, qui rend l'esclavage odieux.
Sans doute deux êtres achevés se donnant un bonheur durable ne se trouvent jamais. Cela n'est pas, mais cela doit être. Les conditions de l'épreuve ont voulu que les individus fussent inégaux en qualités, imparfaits. Mais ce n'est pas une raison pour méconnaître la loi. Ces imperfections sont préparées précisément pour que nous observions la loi du bien avec mérite. C'est là la vertu. Ces utopistes, ces législateurs auxquels nous reprochions de ne pas voir la contradiction entre les moyens et le but, pour alléger quelques
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individus de maux qu'ils n'ont pas la vertu de supporter, ruinent le bien lui-même, et avilissent ridée de l'amour, au préjudice de tous, en rompant le lien conjugal, en le niant, par le divorce.
Tout actuellement est imparfait, mais si vous voulez connaître la perfection, interrogez l'idée au moment oii elle vous possède, dans toute la ferveur du désir. C'est cette femme seulement, étroitement et pour toujours, que l'on veut.
Cette vie est le commencement de l'éternité. Notre nature sera-t-elle donc changée de telle sorte que nous devenions autres dans une autre vie, ou plutôt n'avons-nous pas dès maintenant notre nature pour toujours, imparfaite aujourd'hui, parfaite plus tard?
Donc ce qui est principal en nous actuellement est essentiel éternellement. En considérant nos plus chers désirs, nous apercevons notre jouissance future. L'amour de Dieu, l'amour du prochain, l'amour, sont cet essentiel. Le consentement universel nous en apporte une preuve : un désir enraciné jusqu'au fond du cœur est celui de retrouver dans l'éternité ceux qu'on a perdus, désir si grand qu'il nous fait bénir la mort. La famille est la forme de l'amour. L'union des époux et des enfants est donc vraiment indissoluble, perpétuelle et donnera les pures joies de Tamour,
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convenables à un état de perfection supérieure à toutes nos idées.
Comprendrait-on que Dieu ait fait une prescription aussi rigoureuse de cette forme, si elle n'avait une importance fondamentale, si elle n'était la loi même de l'amour? Pourquoi ne pas laisser la liberté qui n'est pas nuisible au but ostensible, matériel, de l'entretien de l'espèce? Il est certain que l'indissolubilité du lien des époux sans enfants est nuisible à la propagation, est contraire au but, s'il ne consiste qu'à perpétuer l'espèce.
11 existe une grande variété de beautés, de caractères. N'est-il pas monstrueux de refuser à l'homme et à la femme d'expérimenter une vie neuve, de les borner à un seul être? L'on recherche en tout, avec raison, la variété, puisque la variété existe et sollicite : l'on a droit d'en jouir. Réduire à un seul époux, c'est comme si la loi défendait de quitter une maison pour habiter ailleurs, de sortir de sa ville pour en visiter d'autres, d'avoir plus d'une fleur dans son jardin, de se nourrir déplus d'une sorte d'aliment. Pourquoi n'avoir pas en amour la liberté qu'on a pour tout le reste? Cependant la loi est certaine et se maintient tant bien que mal dans les codes des nations, malgré les objections de la raison, les plaintes de la nature, les mœurs mêmes qui se font honneur de la violer, malgré certaines législations.
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Dieu ne fait rien sans raison; il n'a pas imposé
de prescriptions qui n'aient pas de sens. Il voulait
r^r.«o rr^r.f>«.^À I '^^rx^^^^e, et il a donné certaines dis-
lans ce dessein, mais il n'a
il l'a utilisée : il a voilé le
tacles entre l'homme et lui,
au bien absolu ; il n'a pu
de nous l'offrir, et n'a pu
'e que selon sa loi éternelle.
lit, non changer sa forme.
î est donc la loi éternelle et
ille ne nous paraît dure que
nous est voilé.
irimitif, Dieu unissait deux
a beauté achevée emplissait
as place au regret d'un autre
lé pour la nécessité de l'é-
acun de quelques avantages,
en principe, ils sont parfaits
it. Il a noirci le tableau de
is il les effacera. Que l'époux
pas, la beauté de l'épouse qui
jtes les femmes, et qu'il ne
t, les difformités ou les rides
érité idéale, considérer chaayant droit aux qualités de us faisons au fond : le jeune
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homme se forme un idéal de celle qu'il attend, avec les charmes de toutes : quand il met la main dans sa main, ce n'est pas elle, c'est le fantôme qu'il épouse, et il a tort, non de se faire une illusion, mais de la perdre.
C'est par un usage raisonnable, non par erreur, qu'en tout homme nous voyons les qualités de l'espèce, non de l'individu. Tout homme est l'homme. Intelligence, génie, courage, les vertus de tous les héros, les actions que rapporte l'histoire, tout ce qu'ont fait les hommes et les femmes célèbres pour montrer les qualités de notre nature est un héritage qui ne se divise pas, mais qui appartient tout entier à chacun. On souffre de ce que l'individu, par les défauts de sa volonté, non ceux de sa nature, le répudie; on doit respecter tout homme, comme pouvant le recouvrer.
C'est un exemple des idées théologiques dont jouissent même ceux qui ne croient plus à Dieu parce qu'ils les ont reçues de la tradition spiritualiste : ils en jouissent, mais elles ne leur appartiennent pas, et ils n'ont pas le droit de les conserver. Pour eux il ne doit y avoir dans chaque individu que ce qui s'y trouve physiquement, car il n'existe pas d'intelligence suprême qui fasse deviner un dessein contraire aux apparences, supérieur au fait; et il n'y a pas àespérerune restauration de la royautédont l'homme est momenlanémentdéchu.
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Cette femme, c'est la femme. La femme, c'est toutes les femmes. Toutes les feuilles sont nécessaires pour faire un arbre, tous les vers d'un poème pour faire le poème : chaque vers n'est rien. Au contraire, l'ensemble des femmes sert à en faire une seule, à faire chacune d'elles : l'ensemble n'est rien. Une seule réunit le type idéal, absorbe les beautés de toutes.
Il y a une bourse commune des beautés des femmes. Aucune n'a ce qu'elle doit avoir, mais elle a son droit à toutes. Chacune porte provisoirement un fragment de la beauté complète, qui ne lui appartient pas plus qu'aux autres. Les unes en seront dépouillées au jour du jugement, les autres revêtiront une splendeur dont les rayons de beauté de toutes les femmes de la terre, réunis en un seul soleil, n'égaleraient pas l'éclat.
Voilà la conception de l'amour, de l'univers. La perfection des êtres qui est notre but, qui est notre état désirable et possible, justifie la perfection et la rigueur des lois morales, du lien indissoluble. Nous n'avons suivi parmi les idées qui émeuvent le sentiment que celle de la grandeur. Qui osera dire que l'homme qui voit la femme avec cette idée ne sentira pas mieux que celui qui ne la regarde que comme un appareil à sensation? N'y
d'effets
et de causes? Si Terreur n'a. pas le même effet que la vérité, comment le mal donnerait-il la même félicité que le bien? Faut-il démontrer que Tocéan est plus grand qu'un bourbier et qu'il n'y a que les grands vents qui agitent les grandes vagues du sentiment de Tinfini?
On ne jouit pas de Tamour contre la loi de Tamour. L'adultère, le fornicateur n'obtiennent ni l'union, ni la jouissance.
La jouissance dépend non du contact de la matière, mais de l'idée. Le libertin n'a qu'une idée inférieure, fausse, comme opposée à la loi, et sa jouissance est vaine, est une illusion. Il fait profession de mépris de la femme, puisqu'il la diminue ; il manifeste qu'il ne comprend pas l'amour, puisqu'il en viole la loi; il ne voit pas la grandeur; comment jouirait-il de ce qu'il y a de plus grand?
Il n'a que la sensation : qu'est-elle sans l'idée? Ce qu'elle est pour l'animal, ce qui le fait agir, soulagement d'un besoin ou coup de fouet de l'instinct. Il n'a pas la satisfaction divine ni la satis faction humaine.
La jouissance est inséparable du bien ; la sensation peut s'en détacher et elle est destinée à séduire et tromper ceux qui veulent prendre la jouissance sans le bien et ne conquièrent qu'un tremblementde nerfs. Ainsi est donné du champ au mal,
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ainsi se creuse au-dessous de Thomme un espace vide où, après avoir détaché la sensation, il tombe avec elle, et marque le degré de son abaissement.
Quiconque fait le mal est donc une dupe. Le mal sorti de Terreur est, comme sa mère, une erreur. Il n'y a pas de mérite à l'éviter; il n'y en aurait pas pour les sages qui en seraient convaincus; mais on ne va pas jusqu'à cette sagesse. Être dupe, ce sera l'humiliation des mauvais devant les bons, ce sera la confusion des habiles de cette vie, au grand jour de la Réparation.
0 dérision I C'est pour jouir que l'on fait le mal, et il se trouve que la nature du mal est de tromper, de priver de la jouissance. Schopenhauer, qui aimait tant à voir de l'ironie dans la nature, n'a rien imaginé qui approche de celle-là.
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