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La jouissance est seule positive

D'abord qu'est-ce que la jouissance; qu'est-ce que la souffrance? Avons-nous deux dieux à adorer, le plaisir et la douleur, tous les deux positifs? Y a-t-il deux forces contraires ? L'équilibre produirait l'indifférence ; un léger excès de plaisir le bien-être.

La lutte de deux forces contraires n'éclairerait pas plus notre problème, en métaphysique, qu'en physique elle n'expliquerait celui de la variété des

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zedbyGoOglne

états. Les physiciens n'imaginent pas deux forces en guerre. Il est vrai qu'ils n'expliquent pas tout parla seule force positive, mais du moins ils s'en contentent.

Nous l'avons déjà dit, le plaisir seul est positif. Il est possible qu'il y ait beaucoup plus de maux que de biens : le système de l'épreuve rend compte de cette anomalie. Mais ce nombre des maux et des biens est une question toute diflférente de celle de leur nature.

Il est vrai encore que les maux se comprennent très bien, ce qui n'a pas lieu pour les biens. Un homme épris d'une femme est traversé par un rival qui lui crée des obstacles, le noircit, l'évincé, lui cherche querelle, le blesse et lui enlève sa maîtresse : tous ces mécomptes, cette souffrance, ce sont des faits qui n'ont rien de mystérieux, dont l'infortuné se rend bien compte. S'il avait au contraire réussi d'emblée, il aurait dû à l'amour quelques moments de satisfaction, mais il n'aurait rien compris à l'amour lui-même. Le mal, parce qu'il est mal, se comprend. Le bien, parce qu'il est bien, est incompréhensible. C'est un des principes du système de l'épreuve : « Le Bien est connaissable au sentiment, non compréhensible à l'intelligence. » Il n'est pas nécessaire d'être grand philosophe pour s'apercevoir que nous comprenons l'erreur, non la vérité. En effet, la première est notre

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œuvre, la seconde Tœuvrede Dieu. De mêmenous connaissons le bien sans le comprendre, parce que sa nature est divine ; les circonstances du mal sont très intelligibles, parce qu'elles sont humaines.

Schopenhauer ne réussit pas à prouver que la douleur seule est positive.

La sensation est agréable et désagréable : la bouche sent le fiel avec déplaisir, le miel avec satisfaction. La douleur n'est donc pas seule positive, objecte M. de Hartmann à ^ Schopenhauer.

Mais il y aurait donc deux forces positives? Nous croyons plutôt que l'argument qui arrive à cette conséquence ne vaut rien. Il ne prouve pas que le plaisir est, lui aussi, positif, que deux contraires, le plaisir et la douleur, sont positifs, mais que la sensation ne peut rien prouver. En eflfet, la sensation n'est qu'une circonstance du plaisir et delà douleur; les muscles déchirés, le nerf qui avertit de l'événement, pas plus que le couteau qui a causé la blessure, ne sont la douleur : il ne faut pas s'arrêter aux moyens, aux circonstances, mais remonter jusqu'au sentiment; le problème reste entier.

Rappelons-nous le principe fondamental. Ce qui est étonnant n'est pas que l'âme connaisse, mais qu'elle ignore; ce n'est pas qu'elle agisse, mais qu'elle n'ait pas la puissance. Nous dirons de même que sa nature était de jouir : ce qui doit

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surprendre c'est qu'elle soit privée. Dieu a vouru, pour répreuve, qu'elle n'eût que des pensées, qu'elle n'eût que des actes, qu'elle n'eût que des satisfactions momentanées, un bonheur morcelé au lieu d'un bonheur durable : il a créé la matière pour nous empécherde connaître tout, de pouvoir tout, de jouir de tout. La jouissance est seule positive : la douleur n'est qu'une privation, une suspension du plaisir. Il suffit que l'objet se recule, se dérobe, disparaisse pour que nous souffrions.

L'on affirme que, ss,ns besoin /il n'y a pas de satisfaction, que celle-ci n'est que l'extinction du besoin, la suppression de la souffrance. Nous disons que, sans le besoin de jouissance^ il n'y aurait pas de souffrance. La jouissance, au lieu d'étrepleine, durable, est partielle : celasuffîtpour expHquer toutes les angoisses de la pauvre âme humaine. Dieu a voilé son infinie beauté. 11 n'a mis que quelques lueurs qui brillent à la surface des choses comme des objets flottants sur l'onde ; on ne peut ies saisir; le mouvement qu'on fait pour les prendre suffit pour les éloigner.

On ne concevrait pas la souffrance, si'on n'avait l'idée de jouissance : on tiendrait dans sa main un fer rouge qui dévorerait la chair fumante, sans le s entir.

La sojiffrance physique, comme la douleur morale, n'est qu'une privation. Donc on ne peut aller

jusqu'à dire que Dieu o'a pas créé le mal physique: il rentre dans la privation. Dieu n'est pas l'auteur du mal moral, il n'a pas eu besoin de faire le mal physique. Il est le Bien, l'objet de la jouissance ; il s'est caché, voilà tout.

La jouissance est seule positive, parce qu'il n'y a de positif que Dieu : il est celui qui est ; il est le Bien. Le bonheur est sa possession, la douleur son absence.

L'erreur, l'impuissance, le mal sont négatifs . L'on se demande comment il se fait que l'àme naisse ignorante, puis qu'elle connaisse. L'objet se montre à elle par la sensation : mais il y trouve donc quelque chose qui le saisit ou un autre luimême qui s'éveille? C'est que l'âme a déjà l'intelligence, lapuissance, lajouissance, mais refoulées, comprimées, au lieu d'être dilatées jusqu'à l'infini, et qu'elles sont comme rien tant que leur objet leur manque; leur objet c'est l'infini ; en naissant elles ne trouvent d'abord que la matière et ont de la peine à la rapporter à l'infini, à le reconnaître. D n'est pas plus difficile d'imaginer la passage de l'ignorance à la connaissance que celui de la puissance à l'action, et il n'est pas moins inutile de recourir à des sentiments innés qu'à des idées innées pourexpliquerlajouissanceetlaconnaissance.

La jouissance est naturelle; dès le premier instant, elle devrait ne pas avoir de borne. Cette gran-

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deur de notre jouissance nous fait prévoir une conclusion fâcheuse. Puisqu'elle devrait être pleine, quelle immensité impossible à combler nous manque I Ce n'est pas un petit souffle de gaz qu'il nous suffirait d'aspirer, mais toute l'atmosphère que nous devrions faire entrer dans nos poumons, Tant qu'il nous manquera seulement un atome, nous souffrirons. On pourrait ne pas aller plus loin : le bilan est mauvais, le bonheur impossible I

3. — Mesure du plaisir et de la douleur : idée et réalité. — L'idée de lajouissance.

Connaître la nature du plaisir et de la douleur n'est encore rien. Le principal à savoir c'est leur mesure. Comment mesurons-nous ce que nous avons ou ce que nous croyons avoir? Cela nous amène à étudier un nouvel aspect des choses et à introduire dans notre analyse une grande division, la réalité et l'imagination ou l'opinion, ce que sont les biens ou les maux, et ce qu'on croit qu'ils sont.

Le monde est disposé de manière que nous puissions nous tromper, voir la vérité et concevoir Terreur. Un nombre immense d'objets reliés par les rapports est en notre présence. Si nous les voyions exactement comme ils sont, notre pensée et la réalité, le monde et son image se confondraient. Il n'y aurait pas entre Tâme et le monde ce tableau qui a la prétention de représenter sur ses deux faces, du côté tourné vers

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le monde, celui-ci ; du côté tourné vers Tâme, celle-là. C'est à cette dernière face que To donne le nom de conscience, dans une de ses si gnifications. Il y aurait unité par exemple entr Dieu et nous, entre sa pensée, sa puissance, s jouissance et la nôtre. Notre pensée serait complè tement transformée et ne serait plus des pensée de fragments. La matière a été créée pour qu'il eût une multiplicité d'objets qui nous fournît l'oc casion de nous tromper sur leur ordre : il eî plus difficile de maintenir dans leur vraie dispos tion, de ranger dix objets qu'un, des myriades d myriades que dix.

Nous formons donc un tableau intermédiaire tant bien que mal, jamais bien, et c'est d'aprè lui, non d'après la réalité, quenous agissons, qu nous sentons. La pensée peut être une erreur, 1 sentiment une illusion, faute de conformité à 1 réalité. Nous avons vu, lorsque nous avons trait de la tentation, que la jouissance du mal eî fausse.

En conséquence, il y a deux jouissances e deux souffrances, la vraie et la fausse : en outn la vraie n'est jamais complètement vraie. E d'autres termes, nous jouissons, nous souffron selon l'idée que nous nous faisons des choses, no d'après elles. Il importe donc de dégager la loi d cette mesure.

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La soufirance n'est qu'une privation : la plénitude de la jouissance est donc le niveau inaccessibleà partir duquella jouissance va en diminuant, la souffrance en augmentant.

La mesure est la distance que nous croyons voir entre ce niveau idéal tel que nous l'imaginons et notre état tel que nous le concevons.

Cet intervalle n'est mesuré avec un peu d'exactitude que par le petit nombre, de même que ceux-là seulement qui ont quelques notions de science sont capables de'calculer l'altitude audessus du niveau de la mer. Le reste juge de la hauteur du lieu d'après les objets voisins qui tombent sous ses yeux, et selon qu'on se trouve dans une plaine, au fond d'une vallée ou sur un coteau.

Si l'on a, à ce moment, l'idée de la jouissance et que tout vous manque, on souffre: si l'on s'imagine que l'on souffre beaucoup, on souffre effectivement beaucoup : si l'on ne pense ni à la jouissance ni à la souffrance, on se rapproche de l'état d'indifférence. Mais ce dernier ne peut durer; la réalité ou le malaise du vide vous ont bientôt réveillé. L'imagination exagère plus qu'elle ne diminue. L'exacte proportion ne se trouve pas. C'est pourquoi l'on peut dire que nulle souffrance ' ' " a au moins le sentiment

jouissance est fausse, car à l'objet réel.

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Qu'importe que l'objet soit vain, si Ton a souffert ;. qu importe qu'on ait joui, si l'objet était vain.

Pourquoi l'imagination exagère-t-elle ? Parce que le vide nous cause un insupportable malaise ; il faut l'emplir, il nous faut des émotions quelles qu'elles soient. Les âmes basses en cherchent de détestables : on avait le cirque autrefois ; on se contente aujourd'hui du récit de crimes, de scandales, de turpitudes. Les âmes élevées se repaissent de douleur: puisqu'elle est une privation, on aiguise le besoin pour mieux jouir de la satisfaction. La douleur arrive aussi à ceux qui ne la cherchent pas et leur donne une émotion salutaire.

Ce sont des moments choisis, car on trouve, comme dansuntrésor cachéjusque-là, du courage, des désirs, de l'espérance. Sans cette chaleur do la lutte, l'homme ne résisterait pas à la douleur. Elle est contraire à la nature. Dieu ne la montre que pour le mérite et il ne fait que la montrer. Il la suspend d une main sur notre tète et il la retient de l'autre parce qu'elle nous écraserait.

Notre jouissance, notre souffrance varient avec la réalité et aussi avec nos jugements, avec le cercle des objets qui tourne comme le ciel et son soleil, ses étoiles, ses météores, et aussi avec les nuages de la pensée mouvants et

changeants, qui le cachent, se colorent de tous les rayons de la lumière, épaississent les nuits. L'erreur est inconsistante.

Nous ne sommes jamais les mêmes, dans la jeunesse et dans Tàge mûr, d'une saison à l'autre, du soir au matin, tantôt tristes, tantôt gais. La difficulté qui nous avait rebutés se représente. Comment faire une moyenne entre ces jugements innombrables aussitôt oubliés, qui ont décidé les uns que la vie était bonne, les autres odieuse. Nous avons renoncé à trouver le niveau entre des individus isolés et différents. Un seul homme variable n'est-il pas une multitude d'individus qui se succèdent avec les heures et se contredisent?

Mais, cette fois, c'est un seul cœur qui a joui et souffert, qui a gardé du moins un souvenir de ses joies passées pour augmenter sa tristesse actuelle, dont la douleur ancienne empoisonne la joie et la confiance du moment.

La mesure est la distance de la plénitude de la jouissance à la possession, telles qu'on se les figure. Admirez cette pondération : plus l'idéal est grand, plus l'espérance donne de satisfaction, plus la déception est facile et amène de chagrin.

Un saint, à l'idéal élevé, est toujours déçu et mécontent de lui-même. L'esprit grossier, dont l'idéal est bien bas, est satisfait de tout et suffi-, sant.

C'est à dessein que les objets ne sont pas parfaits : nous reconstituons l'idéal avec des traits épars. Il n'y a pas d'être qui ne soit au-dessous de sa ligne de beauté, de son programme de connaissance. Nul n'atteint la perfection morale. Nous essayons de rétablir les choses, en outrant l'effort de la volonté, pour arriver malgré tout : c'est l'efiort désespéré, la privation, l'ascétisme qui tire sa valeur de l'intention de réparer les imperfections, et n'est pas un lâche calcul comme l'entend Schopenhauer. Mais en lui-même il n'a pas une bonté primitive. Donc tout est imparfait, même le mérite.

Les âmes élevées, tendues vers l'idéal, ne trouvent rien de suffisamment grand pour contenter leur désir. Rien de bien pour les bons. Ils ont la tentation du mépris, de la tristesse : ils sont solitaires. Quiconque s'améliore va au-devant de la souffrance: il gémit continuellement de sa propre imperfection : l'idéal recule à mesure qu'il en approche et, contrairement aux lois de la perspective, plus il s'enfonce dans le lointain, plus il grandit, et laisse apercevoir de nouvelles beautés: on ne peut plus s'arrêter et nulneTatteint. Cependant les fautes des autres hommes blessent et désolent celui qui sait ce qu'est le bien. Le connaître, aimer ces hommes et les voir le méconnaître, l'outrager, sentir la valeur du bien et le prix

des âmes et comprendre qu'elles se perdent, est la plus grande des douleurs morales . En effet, on peut plus soufirir pour les autres que pour soi, attendu que tout malheur qui arrive au juste luimême n'entame pas ce qu'il a de principal en lui, la confiance en la béatitude éternelle. Donc ce qu'il y a de meilleur, l'amour, l'amour des siens, du prochain, est ce qui fait le plus souffrir 1

Le mécanisme de l'épreuve fonctionne si admirablement qu'elle se fait toute seule. Les meilleurs vont à la douleur, et plus ils se perfectionnent, plus ils sont pressés par le sévère examinateur. Les mauvais vont à l'erreur et s'enfoncent dans l'illusion delà jouissance.. Entre les deux, les âmes faibles se mettent à l'abri et trouvent encore assez de maux pour mériter en proportion de leur faiblesse.

La liberté sert de crible; les hommes se trient eux-mêmes : chaque grain va rejoindre le tas du blé ou celui de l'ivraie.

Les bons ne manquent pas de consolation et de dédommagement. Nous l'avons dit, s'ils ont plus de déception, ils ont aussi plus d'espérance.

On ne peut pas se passer de jouissance. Ce besoin presse les bons comme les mauvais. S'il n'existait pas, l'éprouve ne serait pas possible. En effet, l'on pourrait se réserver, se mettre à l'écart

et éviter l'examen. Le désir pousse dans les engrenages. Voilà donc une lumière qui va faire paraître la vie moins sombre. Ce n'est pas le malheur seulement, mais encore le bonheur qui est nécessaire pour faire mériter.

Ne plaignons donc pas trop les bons : ils trouvent leurs satisfactions. Tout le monde jouit, même les mendiants et les misérables. Il n'y a de différence que dans le choix des plaisirs. La plus rude catastrophe ne terrasse que pour un moment : l'imagination laisse le corps où il vient de s'abattre, à l'hôpital ou à la prison, elle s'élance à la découverte, bat toutes les régions, cherche et ramène assez de rêves, d'espérance ou d'illusions pour faire équilibre aux maux.

Tout homme que nous voyons a certainement trouvé depuis sa naissance jusqu'à ce jour, ou au moins jusqu'à hier, une nourriture quotidienne, bonne ou mauvaise, sans quoi il ne serait pas ici. De même nous pouvons être certains qu'il s'est procuré de la jouissance ; et qui sait si ce riche n'en a pas eu que de fausse et détestable, et si ce pauvre n'en a pas eu d'excellente. L'illusion ne manque à personne, pour le soutenir, pas plus que la terre sous nos pieds, pour nous porter, ou du moins pour nous enterrer.

Une chose à laquelle on ne fait pas assez attention, c'est que c'est l'homme qui prépare sa jouis-

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sance comme sa nourriture. Dieu ne fait queiui fournir les éléments, le sol, lachaleur, les graines. Nous devrions nous contenter de fruits sauvages, d'herbes, si nous ne labourions, greffions, si nous n'avions trouvé l'artde la bonne chère. La nature ne nous a ofiert que des sauvageons, des racines insipides pour la jouissance de l'âme : la matière de l'amour s'est présentée aux hommes comme aux animaux sous la même forme, de même qu'ils n'ont eu d'abord, les uns et les autres, que l'eau des ruisseaux et les baies des ronces. C'est l'idée qui a cultivé, assaisonné.

Il dépend de notre industrie de bien vivre, en idée, comme en réalité : l'économie politique n'a rien avoir dans cette région de l'idée, où le champ verdoyant de l'espérance est si grand que l'on ne craint pas la concurrence. Les échanges y sont rares; les illusions vivent chacune chez elle.

Quelques-uns préfèrent les corps morts qui sentent, comme les corbeaux, ou l'eau malpropre, comme les pourceaux. Mais on peut placer sur une nappe blanclie, de l'eau pure, du vin dans le cristal, et voir fumer des plats délicats. L'alimentation de l'âme n'attire pas Tattentiôn par le bruit et le mouvement, comme celle du corps, mais on peut l'observer et s'assurer que l'on fait ses repas journaliers. Un philosophe se contente d'imaginer une lecture au coin du feu, en caressant la reliure

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d'un bon vioux livre. Une pensée suffit ; en hiver, on voit une promenade que Ton fera en été. Mais il faut encore que l'idée fasse sa fonction et dessine son rêve. Les jours où elle n'y parvient pas, où manquent les festins imaginaires, on a l'âme creuse, on est sans force ; ce sont les journées tristes.

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