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Le beau

Qu'est cependant cette beauté ?

Plus l'être areçu de perfections, plus il est assujetti à l'imperfection ; les éléments, les roches n'ont pas de défectuosité. Les animaux infimes ont des formes régulières, toujours identiques; les végétaux les premiers parus ne montrent pas de difformités ; parmi les arbres, au contraire, on voit des nains, des tocdus, des rabougris. A mesure qu'ils s'élèvent en beauté, les animaux ont des formes admirables qui dévient singulièrement. Les plus jolies créatures, les insectes, les

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oiseaux, sont les plus fragiles. Parmi nos compagaons, les chevaux, les chiens, on peut voir de pauvres êtres dont les lignes s'éloignent, à faire pitié, delà beauté normale. Que dire deThomme? On peut répéter, dans un autre sens, le mot de Schopenhauer : Combien ne sont que c la bur. <( lesque caricature du plus achevé des phénoc mènes de la création, Thomme I »

Cette femme, du moins, réunit toutes les perfections. Tous les yeux qui la voient brillent de désir. Mais bientôt elle vieillira et deviendra ridée, grimaçante. Est-ce que ce sont deux femmes, une jeune et belle, puis une vieille et laide ? Cette Vénus et cette Parque sont un seul être revu à quelques jours de distance. Pourquoi les divisezvous ? La vieillesse est inévitable, vous ne pouvez l'en séparer. Le temps n'y fait rien; le moment actuel n'y ajoute rien ; vous la voyez minute à minute ; à celle-ci elle est jeune, mais elle sera vieille; plus tard, elle sera vieille, mais elle a été jeune. On parcourt une route pas à pas, mais la route n'est pas une enjambée, elle est un espace d'un commencement à la fin : une vie s'étend de la naissance à la mort, instant par instant, mais elle n'est pas l'instant. Pourquoi, dans un être, ne voyez-vous qu'un point au lieu de toutlecorps,qu'un moment aulieu de toutela durée? Pouvez-vous dire que, ce point étant beau, le reste

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du corps laid, cet être est beau ? Aujourd'hui agréable, demain repoussant, en somme qu'est-il?

Cet homme, cette femme ne vieilliront pas seulement, ils mourront: la mort leur est plus assurée que la vieillesse. Ici il n'y a pas de détails à donner : mais ces restes effrayants, c'est encore eux.

N'écoutons pas les calculs de la raison, bornons-nous au moment. Regardez ce corps humain qui paraît admirable, mais regardez-le de près. C'est une grossière toile de décor : approchez un verre grossissant ; l'illusion ne va pas durer. Une déchirure de l'épiderme laisse voir les dessous, l'échafaudage qui ne paraît plus intéressant qu'à la science.

C'est lorsqu'elles se trouvent près des grandes choses métaphysiques, que les sensations paraissent misérables. La vue est le seul sens noble et a cependant des déceptions : que dire des autres qui remplissent les offices serviles. Après qu'ils ont joué leur rôle principal, vient un déchirement, un affaissement du cœur. Cette impression n'est plus la pudeur, qui est le sentiment de Timmense valeur du corps qui va se livrer; c'est le désappointement de l'impuissance des sens à suivre le désir de l'union métaphysique; c'est la confusion, la honte de la matière *.

1 . Voici le motif donné par Schopenhauer : « Tout amant, le grand œuvre de la nature accompli, se trouve mystifié :

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La chair est frappée : elle n'est jamais que l'insipide matière dont elle est tirée. On comprend que l'âme répugne à l'associer à ses fêtes, qu'on amour quelques-uns préfèrent s'en tenir à la religion naturelle, sans les cérémonies du culte. La plupart ne connaissent l'amour que lorsqu'un acte, secouant tout à coup leur corps, leur fait croire qu'il est là.

Des âmes d'élite le ressentent mieux en pansant les ulcères d'un misérable, qu'en plaçant leurs lèvres sur celles d'une femme ; ils ont plus de bonheur, car ils aiment mieux.

Cependant l'œil persiste à contempler labeauté ; rien ne fait renoncer l'homme à sa céleste vision. Qu'aperçoit-il donc ? La forme féminine a-t-elle la réalité ou n'est-elle qu'un signe qui fait surgir la chose signifiée dans l'enceinte du cerveau ? N'adressons-nous pas notre hommage au prisme et non au spectre lumineux ?

Qui sait si ce n'est pas l'habitude qui nous a familiarisés avec le dessin du corps ? Un esprit pur qui verrait pour la première fois un visage humain serait peut-être épouvanté comme nousmêmes si nous en rencontrions un où le nez serait au-dessous de la bouche. Pourtant, si nos traits avaient toujours été ainsi disposés, nous ne

cur rillusion qui le rendait dupe de l'espèce s*est évanouie. » Pensées, p. 96, III.

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manquerions pas de les admirer, et ceseraitnotri figure actuelle qui nous paraîtrait horrible.

La beauté est-elle à la femme î Les couleun n'appartiennent pas aux objets, mais à la lu mière. La beauté n'appartient pas à la femme mais à la lumière divine. La beauté est répandu» dans la nature, circule, n'est dans aucun objet mais les objets décomposent ses rayons.

Eh ! qu'importe. Est-ce que la Raison nous ap partient ? Est-ce que c'est nous qui avons fai notre corps, notre stature, nos sens, notre liberté Nous n'avons qu'une seule chose qui vienne d( nous, le mérite. Et cependant notre corps, notri âme est bien à nous. Tout est à nous, et la beaut( de la femme à elle, quoique tout vienne de Dieu

Qu'importe qu'elle ne soit qu'un signe, s'il nou fait comprendre aussi bien la beauté! Qu'import qu'elle ne soit que le foyer qui rassemble le rayons pour nous les renvoyer, s'ils nous éclai rent et nous échauffent ! Planète ou étoile, c'es la même main qui lui adonné ou lui fait renvoyé la même quantité de lumière que cette créatur céleste n'a pas créée.

Seulement il faut croire en Dieu ! — La ma tièrc n'est rien, n'a rien. Si l'objet n'est pas ui signe, il est dénué de sens et de vaJeur. Mais s'i est un signe, il faut un* Être qui lui ait donné 1 signification, qui nous montre la chose signifiée. S

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la femme a reçu la beauté, il faut que le Beau la lui ait donnée.

Sa beauté, comme tout bien de ce monde, n'est réelle que si Dieu est réel, est d'autant plus grande que le Créateur j est plus grand. Elle est admirable, parce qu'il est infiniment grand.

Voilà la nuée dissipée, le mystère éclairci. Le mérite a donné l'explication.

Hommes, la matière a été créée pour vous éprouver, pour vous permettre de construire vousmêmes l'erreur et le mal. Elle peut cacher le bien qu'elle est destinée à montrer. Athée, vous ne voulez pas le voir ; libertin, vous ne voulez pas le posséder. Vous vous en tenez à la matière : elle est tout pour vous. Elle n'est rien. Vous l'admirez : elle n'a pas la beauté. Vous la touchez : elle ne donne qu'une fausse et misérable sensation. Vous la prenez : elle échappe. Votre admiration est une illusion; votre amour, une erreur; votre sensation, un mensonge ; votre possession, une déception. Ixion ne serre que la nuée : Jupiter se rit de vos plaisirs.

La matière, pour être consistante, n'en est pas — •-- — fantôme. La Junon supporte l'étreinte : ? seul est imaginaire. Que ses moléit écartées ou rapprochées, gaz, vapeur, de, la matière n'est que la matière, uvant qui est coloré par le soleil, eau

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BILAN DES BIENS ET DES MAUX 28o

flottante qui réfléchit ses rayons, miroir fixe qui reproduit son image, rien n'est soleil, si ce n'est le soleil lui-même, et sans lui tout est ténèbres.

Ceux qui méconnaissent le bien, qui violent sa loi, n'ont qu'une illusion ;,il8 croient détacher la jouissance : il ne leur reste rien entre les mains.

Ceux qui cherchent le bien, pour lesquels la beauté n'est pas assez grande, si elle n'est infinie, si elle n'est divine, sont-ils déçus? Non. Eux aussi n'ont qu'une vision, mais ils sont sûrs que derrière l'image est la beauté réelle qui est en Dieu, que la femme est désignée pour la faire connaître. Ils ont plus que la possession delà femme, ils savent qu'ils sont unis à elle. Pour eux, la jouissance est réelle et n'est rien auprès de celle qu'ils attendent; la souffrance elle-même est le gage d'une félicité supérieure à celle qu'ils connaissent.

Dieu tient les hommes. Ils s'agitent au milieu de ces apparitions; ils veulent le tromper. et les saisir. Ils n'ont rien. Us ont choisi, ils ont mérité ou non. C'est tout.

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