‹ Le pessimismeChapitre 3 sur 79 · Édition de Paris, 4778, 6* réflexion · texte numérisé non relu

Édition de Paris, 4778, 6* réflexion

gération qui lui est reprochée : il fait de la Rédemption la conséquence du péché, et non du péché Ja conséquence du dessein arrêté de la Rédemption, ce qui amène un résultat choquant ; en effet, si Thorame n'avait pas péché, le plan de Dieu aurait été manqué. Une créature libre est possible; sans doute elle peut pécher, mais si elle ne pouvait pécher, elle n'aurait pas de liberté. Dieu devait-il donc s'abstenir de la créer, la priver d'arriver à l'existence, à la félicité? Était-il obligé de ne donner l'être qu'à des machines ? Il vaut mieux qu'il y ait à la fois des êtres libres et des êtres sans liberté : le monde est meilleur, sans qu'il soit besoin de prouver qu'il est le meilleur des mondes possibles, ce qui est d'une démonstration difficile, et prête le flanc à la critique et même au ridicule, comme l'a prouvé Voltaire. Enfin Sarasa n'a pas manqué d'apercevoir les deux branches de la question : le monde est créé pour la gloire de Dieu, ou bien il est créé pour manifester sa bonté. En n'adoptant qu'un de ces principes, ses successeurs n'ont pas évité de sérieuses difficultés.

6. — Bayle, enflammé d'un saint zèle pour la foi, aux dépens de la raison, accusa celle-ci d'être incapable de démontrer les vérités les plus essentielles. L'origine du mal lui paraissant le sujet le plus favorable à son entreprise, il releva les vieux

Digiti

arguments des Manichéens. Après avoir fait un tableau très sombre que les modernes pessimistes envieraient, après avoir étalé les désordres dans la nature, les maux physiques, les soufirancesdes animaux, les crimes des hommes, il pose cette objection : Comment Dieu, connaissant, par sa prescience, que l'homme abuserait de sa liberté pour pécher, la lui a-t-il attribuée ? Que penser d'une mère qui conduirait sa fille au bal oii elle sera séduite? Que penser d'un père qui donnerait un couteau à son fils, sachant qu'il s'en percera le sein? Un être qui ne pourrait faire que le bien serait-il inférieur à l'homme partagé entre le bien et le mal 1?

A cette question on ne peut que répondre : assurément oui. Il est bien difficile de croire que Bayle n'en soit pas convenu au fond. Cependant il ne fait que retourner et opposer de tous les côtés ce principe insoutenable.

Le Clerc, sous le nom de Théodore Parrhase, opposa à Bayle un Origéniste quilevaune grosse difficulté en supprimant l'éternité de la damnation, mais sans utilité, puisque personne n'adoptait l'opinion d'Origène. II ajouta que Dieu ne damnait pas pour le péché, mais pour le défaut de repentir, comme si cette persévérance de la volonté dans le mal n'était pas aussi un péché.

Page 1