‹ Le pessimismeChapitre 4 sur 79 · Saint Augustin, Da libre arbitre, liv. III, ch. iv-v · texte numérisé non relu

Saint Augustin, Da libre arbitre, liv. III, ch. iv-v

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Cela revient à dire que Thomme n'est pas condamné pour une seule faute, que Dieu lui donne le pouvoir de l'effacer, le soumet non à une seule épreuve définitive, mais à une suite d'épreuves qu'il peut renouveler ; c'est atténuer la difficulté, non la lever. — Bayle, dans sa réponse, ne manqua pas de répéter que la vertu peut exister sans vice, ce qui est manifestement faux.

Le P. Bouhours, dans sa Vie de saint François- Xavier, dit que le Saint, pressé par un bonze sur l'origine du mal, lui ferma la bouche par des arguments sans réplique dont il ne cite pas un. On raconte que le dessein de suppléer au silence de rhistorien donna à Malebranche la première idée de son système; le désir de réfuter Bayle la lui fit ensuite développer.

Dieu a fait le monde pour sa gloire : fini, il serait indigne de lui; il ne peut être que divin ou propre à une action divine. Cette action pour laquelle le monde est créé est^l'Incarnation : elle suppose le péché. L'existence du mal est donc expliquée, mais par la théologie.

Malebranche a une autre raison de justifier Dieu des imperfections du monde : « Dieu a vu de a toute éternité tous les ouvrages possibles et « toutes les voies possibles de produire chacun « d'eux, et, comme il n'agit que pour sa gloire, <( que selon ce qu'il est, il s'est déterminé à vou-

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4 LE PESSnaSME

[ loir l'ouvrage qui pouvait être produit et conr serve par des voies qui peuvent Flionorer da- [ vantage que tout autre ouvrage produit par toute < autre voie. Un monde plus parfait, mais produit I par des voies moins fécondes et moins simples, i porterait moins que le nôtre le caractère des i attributs divins. »

Dieu et sa providence agissent par une volonté générale à laquelle échappent les imperfections ^ui ne pourraient être corrigées que par des volontés particulières .

Dieu a donc sacrifié le but aux moyens, disait ^rnauld ? — Cette résistance des moyens fait Schec à la puissance de Dieu ; cette opposition entre le but et les moyens, qui existe en dehors le Dieu, qu'il rencontre devant sa volonté, n'est pas prouvée et aurait plus besoin d'explication qu'elle n'en fournit elle-même.

Malebranche, comme Descartes, nie que le monde soit fait pour nous. Ses imperfections Qous paraissent telles, parce que nous avons le tort de tout rapporter à nous. — Sans doute, si QOUS ne sommes pas chez nous, nous n'avons pas le droit de nous plaindre de ce que des objets qui Qe nous sont pas destinés ne nous sont pas utiles, mais nous ne savons pas non plus pourquoi ils nous sont nuisibles. Nous avons même l'air i'être déplacés dans la création. Pour afTai-

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blir une objection, nous ruinons notre empire. Nous perdons Tunivers. Pourquoi Dieu nel'aurait il pas fait pour l'homme? Croit-on que quelques milliers d'étoiles lui coûtent beaucoup 1 Ce n'est pas trop pour nous : ce n'est pas encore assez, puisque cette immensité de merveilles ne suffit pas à nous rendre heureux.

Malebranche se mit sur les bras deux puissants adversaires: Bossuet, qui fournissait les arguments, et Fénelon, qui tenait la plume. La collaboration n'a pas été plus heureuse que celle que le même siècle nous montre entre Corneille et Molière; et, comme elle, elle n'a été qu'un spectacle pour les oisifs : ce n'est pas là la vérité qui remue les entrailles humaines.

L'esprit est déçu et le cœur saisi d'entendre ces maîtres de la pensée discuter ces questions : Ya-t-ilune infinité de mondes possibles, ou n'y en a-t-il qu'un? — Tout autre que celui qui est exécuté par Dieu, étant hors de l'ordre et mauvais ^ n'est pas possible et ne pouvait même être connu ■ par Dieu. — S'il ne peut rien faire de mieux que son meilleur monde possible, il n'est pas puissant ; s'il n'a qu'un seul monde possible à exécuter, il n'est pas libre.

N'y avait-il plus de misérables en ce temps qui avait vu la Fronde et qui devait voir la cour du grand roi manger du pain noir? Écoutaient-ils ces^

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vaines propositions, dont pas une ne peut être prouvée et ne peut rien prouver, dont pas une n'était capable de donner une minute d'apaisement aux affligés, aux affamés, aux humiliés? Ces hommes cependant si grands qu'aucune tête ne les dépasse, prêtres vertueux et philosophes éminents, ne reconnaissaient ils plus en ces pauvres les membres de Celui qui a dit : « Bienheureux ceux qui souffrent, bienheureux ceux qui pleurent? » Aucun d'eux ne pense à l'épreuve, et ne voit que, puisqu'il y a une épreuve, elle doit avoir ses conditions, qui sont justement ces maux de la vie, lesquels s'expliquent dès lors tout seuls, sans avoir recours au meilleur des mondes. Le maître de Bossuet pour la direction des âmes, les vertus sacerdotales, aurait pu l'être aussi cette fois pour la philosophie, « car, pour devenir parfait philosophe, l'homme n'a besoin d'étudier autre chose que lui-même ». Saint Vincent de Paul, parlant des tribulations des missionnaires d'Ecosse, s'exprimait ainsi : «Voilà comme Dieu fait : après que 0 quelqu'un lui a rendu de notables services, il « le charge de croix, d'afflictions et d'opprobres. (( Ohl messieurs et mes frères, il faut qu'il y ait « quelque chose de grand que l'entendement ne « peut comprendre, dans les croix et les souf- « frances, puisque d'ordinaire Dieu fait succéder a au service qu'on lui rend les afflictions, les per-

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(( sécutions, les prisons et le martyre, afin d'élever € à un haut degré de perfection et de gloire ceux « qui se donnent parfaitennent à son service. »

Les voilà donc ces maux inexplicables. L'on se croyait obligé d'en aller chercher l'origine dans la méditation de Dieu choisissant entre tous les mondes celui qui lui donnerait le moins de souci à le faire, fût-il plein de défauts et de contradictions. Or, nous pouvons le voir travaillant à son monde. Regardez donc non seulement la création, mais encore la Providence, non seulement Dieu préparant volontairement au commencement les fléaux et les calamités, mais, en ce moment, sous nos yeux, les redoublant, trouvant qu'il n'y en a pas assez pour ses serviteurs, prenant de nou^ veaux maux pour les jeter sur leur tète. Voyez « le revers de sa main », comme dit Bossuet. Lorsqu'il découvre de vaillantes créatures qui résistent, qui luttent, qui sont victorieuses, tout ému, il redouble d'attention, il contemple avec amour son Homme, et, lorsqu'il est prêt à sortir de la fournaise, il l'y rejette. « Il fait succéder au service qu'on lui rend les afflictions, les persécutions, les prisons et le martyre, afin d'élever à un haut degré de perfection et de gloire ceux qui se donnent parfaitement à son service. »

Leibniz nous montre Dieu convoquant dans sa pensée tous les mondes possibles et choisissant le

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meilleur : il a des imperfections, mais toutes les objections se taisent puisqu'il est le meilleur possible. D'ailleurs il est très bon : les taches disparaissent quand on voit l'ensemble. Les créatures étant finies ne peuvent pas ne pas avoir de limites : c'est ce qui constitue le mal métaphysique, qui est par conséquent nécessaire. Le mal physique et le mal moral ne sont qu'une négation. Leibniz n'a pas d'arguments remarquables en ce qui concerne la prescience, mais aussi il n'avait plus à s'en occuper, car on ne peut plus reprocher à Dieu d'avoir prévu le mal, puisqu'il a fait le meilleur choix. Quanta son concours moral au mal, il ne le veut pas, il le permet, ce qu'avait déjà dit Malebranche ; de même, il n'a qu^une volonté générale et il n'existe qu'un miracle, celui de la création. Enfin Dieu le perfectionnera sans cesse dans l'avenir, ce qui le met hors de l'atteinte des pessimistes. Il deviendra encore meilleur que le meilleur possible. Plaignons-nous donc 1

(( Quand même la démonstration de Leibniz « serait vraie, dit Schopenhauer, quand même « on admettrait que, parmi les mondes possibles, € celui-ci est toujours le meilleur, cette démon- € stration ne donnerait encore qu'une théodicée. - € Carie Créateur n'a pas seulement créé le monde, « mais aussi la possibilité elle-même; par consé-

« quent, il aurait du rendre possible un monde « meilleur *, »

Bayle n'eut pas seulement pour contradicteurs ces deux grands philosophes. En 1702, parut un

1. Schopenhauer. Pensées et fragments, traduits par M. Bourdcau. p. 58. — Voir autre critique par M. Th. -Henri Martin, , la Vie fulure, p. 346.

Dans son rapport, M. Nourrisson dit que le système proposé dans ce travail ne s'éloigne pas de celui de Leibniz. U n'est pas identique, ni semblable, il est diffèrent et même opposé. Les optimistes expliquent les im perfections du monde par des considérations d'une métaphysique indémontrable et improbable, une sorte de nécessité qui s'impose à Dieu de ne faire qu'un inonde et un monde mauvais, quoique le meilleur possible. Ici, au contraire, les imperfections ne viennent plusdeTintlrmité de la Toute-Puissance, mais elles sont choisies par Dieu afin de disposer le monde pour l'épreuve. Nous ne disons pas qu'il n'a pu les éviter, mais que. loin de les éviter, il les a cherchées et que toute sa peine a été de les trouver sans les créer. Il n'est pas besoin de se demander combien de mondes Dieu aurait pu faire et de quelle manière, questions téméraires qui supposent qu'il est resté les bras croisés toute l'éternité et a épuisé d'un coup son savoir. Nous n'allons ])as, après avoir dit que l'infini est incompréhensible, professer que nous le connaissons à fond et tracer la limite du pouvoir du Tout- Puissant. Inutile de s'occuper des autres mondes, car nous no sortons pas du nôtre, ni de ce qu'est la puissance et la liberté en Dieu, car nous ne mesurons que les nôtres. Nos preuves sont de celles dont nous nous servons tous les jours. U nous sufiit de savoir que nous sommes soumis à une épreuve : il n'y a rien d'étonnant à ce que nous sachions le but de notre existence : c'est une de ces choses que Dieu ne peut pas nous laisser ignorer. Ce but de l'existence explique tout, notre existence, notre mission, notre monde. De môme que le but du corps, la nourriture, explique nos organes et leurs objets, la ehair des animaux et des végétaux, l'azote et le carbone, le but de l'àme, répreuve, explique tous les maux. Notre démonstration n'a rien «le plus mystérieux. Nous confessons que la rédaction défectueuse avait induit en erreur nos excellents juges.

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ouvrage remarquable sur Torigine du mal, dû à Kiner.archevêaue de Dublin: il critique aussi bien [o. Adoptant la doctrine de Duns rtes sur la liberté d'indifférence it qu'il n'a pas créé le mondepour )our communiquer sa bonté, que i soi, mais le devient parce que si, et que le monde est bon tel L seul que Dieu Ta choisi, que le parricide soit mauvais en devenu depuis que Dieu, à uncerdécidé qu'il rangerait à sagauche, les (ils qui tueraientleur mère, du a motif, et pas même parce que cela % car le plaisir détruirait la liberté 'est par le même défaut demotif que Is auraient pu aussi bien faire S, mpossible qu'il existe une étoile les d'un triangle valent trois droits, eo qu'on a appelé depuis le bilan 3 maux ; avec habileté, il montre a quantité du mal, et trouve pour bien que de mal.

le qu'il a pris une peine inutile. Il e que Dieu, voulant faire le meils, avait réglé que tout serait bien, e même qu'il avait décidé que la lit un bien et le parricide un mal.

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11 n'en coûtait pas davantage ni à Dieu ni à King. Le mal physique ne peut avoir un autre sprt que le mal moral : en tout il ne faut considérer que Ja volonté de Dieu et non des motifs que nous avons le tort d'imaginer, puisqu'ils sont incompatibles avec la liberté d'indifférence. Il ne faut donc pas écouter ceux qui souffrent du froid ou du feu. Manès avait mauvaise grâce de crier, pendant que Chosroës le faisait écorcher vif; mais il ne connaissait pas la liberté d'indifférence.

Dom Gandin fît paraître, on 1704, un livre intitulé : De la distinction du bien et du mal^ où il démontre que l'existence des deux principes des Manichéens est impossible.

Jacquelot insista sur ce que la liberté est une qualité, une condition de perfection, qui suppose la faculté d'en abuser : c'était en etiet attaquer Bayle par son point le plus faible.

EnflndelaPIacette publia, en 1707, une Réponse à deux objections de M. Bayle, S'aperce van t que celui-ci s'appuyait toujours sur ce que Dieu n'avait pu créer le monde pour sa gloire, mais seulement déterminé par sa bonté, ce qui l'obligeait à rendre l'homme heureux, il lui relira ce fondement de toute son argumentation en lui demandant comment il avait pénétré le dessein de Dieu. Puisqu'on ignore son but, de quel droit le critique-t-on ?

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Bayle mourut en 1706 et ne put connaître cette réponse tardive. Sa mort mit fin à la dispute la plus mémorable et la plus féconde pour la philosophie*.

Nous revenons en arrière, pour ne pas omettre Spinoza, dont le système mérite une place à part, attendu qu'il présente une analogie surprenante avec ceux des pessimistes contemporains et que toutefois il est optimiste. Voici ces ressemblances. La substance est la chose en soi, ce qui est conçu par soi, comme la Volonté de Schopenhauer. La nature naturante et la nature naturée équivalent au monde comme volonté et au monde comme représentation. La première n'admet pas non plus l'entendement. Le Dieu sans idée, sans conscience, correspond à la Volonté de Schopenhauer, à l'Inconscient de M. de Hartmann. La doctrine de la liberté est la même. Le monde est aussi le résultat du développement nécessaire de la nature divine. Le désir de persévérer dans l'être est la même chose que le vouloir-vivre. Enfin Timmortalité sans mémoire, sans conscience d'utilité personnelle, est précisément celle dont parle Schopenhauer et ne vautpas mieux que sonnirvânaouque l'anéantissementfinal deM. deHartmann. El cependant, avec les mêmes principes, Spinoza est opti-

1. Au XII* siècle, la querelle de l'abbé Rupert et de Guillaume ila Champeaux et Anselme de Laon, sur la manière dont la volonté de Dieu permet le mal, ne manque pas d'intérêt.

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miste : les imperfections ne sont pas réelles : nous n'en trouvons que parce que nous jugeons les choses d'après leur utilité pour nous : Tordre du monde vient de l'unité de la substance. — L'unité de la substance, d'après les pessimistes, n'empêche pas un désordre pire que le néant!

7. — Le xvm® siècle appartient à l'optimisme ; c'est son âge de foi : on croit, on ne discute pas. Mais c'est un optimisme nouveau *. On n'a plus besoin du ciel pour compenser les maux de la terre ; il est plutôt embarrassant. On le ferme, on ne le regarde plus. Il n'y a plus que la terre, mais elle est fort agréable. Leïnal véritable est de ne l'avoir pas compris. Il ne s'agit plus de concilier Dieu et le péché, mais l'honnêteté et le plaisir. Voltaire adresse les premiers coups à la superstition . Que de cœurs sont déjà soulagés! Voltaire, qui raille le meilleur des mondes possibles, est le plus grand des optimistes, etil croit déjà tenir ce meilleur des mondes. Il y aura toujours uneélite polie et spirituelle, desgentilshommes delà chambre, des valets soumis, un bon peuple laborieux et satisfait. J.-J. Rousseau observe que l'homme, né bon, a été corrompu par la société, c'est-à-dire par les autres

1. Du reste, le monde devient tout à coup exécrable lorsqu'il s*agit de perdre de réputation son auteur. M. St-MarcGirardin s'est moqué du procédé naïf: « J'ai mal aux dents. Donc Dieu n'existe pas. B

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3i LE PESSIMISME

hommes non moins bons*. Les économistes partisans du laissez-faire et du laissez-passer, remarquent que tout irait bien, mais que l'état a tout gâté. Il y aura quelque chose à faire aussi de ce côté, des comptes à demander à la religion, à la société et à l'état. La multitude entre dans le courant de l'optimisme, demande sa part delà félicité terrestre. Rien n'est plus justo. Les âmes débordent de sensibilité. Celui qui n'a pas vécu en cet heureux temps n'a pas connu la douceur de vivre.

Nous touchons au meilleur des mondes ; il n'y a plus qu'à allonger la main.

Cependant la Révolution mène rapidement les choses. Des difficultés inattendues se multiplient. Mais aux mécomptes dans le présent on oppose des rêves d'une félicité croissante dans l'avenir. Condorcet avait eu la vision de la Jérusalem terrestre, du progrès indéfini. On va jusqu'à prophétiser la résurrection des morts qui se rassoiront au banquet de la vie, oix il n'y a déjà pas assez de place pourlesvivanls.Toutefois, au préalable, la révolution et la guerre font périr quelque million d'hommes, et il faut convenir même que, jusqu'àl'heuro présente, l'optimisme et la révolution n'ont pas mis

1. Le xviu* siècle offre quelques épisodes sur lesquels nous ne nous arrêterons pas, le Poème sur le désastre do Lisbonne et la Lettre sur la Providence, la discussion de Mérian et de Beguerlin sur le mal et la bonté divine, le système de Billinger, De origine et permissione rnali, aie.

un plat de plus sur la nappe salie; ils n'ont fait qu'appeler des convives plus nombreux qui se disputent, s'étouffent et finiront par renverser la table.

Aucun philosophe ne mérite d'être signalé pour ses démonstrations, dans le nouvel optimisme, et, en dehors de cette opinion dominante, peu sont à mentionner.

Maupertuis est pessimiste et fait sa balance.

On voit plus de statisticiens des biens et des maux, concluant unanimement en faveur des pre^ miers, tels que Sherlok, Hartley, Fergusson, tous anglais. Hartley fait une application ingénieuse de son association des idées : le plaisir et la peine associés ne laissent subsister qu'une différence : le résultat de la soustraction est du plaisir qui l'emporte par le nombre *.

« Balancez, dit Fergusson, la somme des peines <c et des plaisirs destinés aux mortels; c'est grand « hasard si vous ne trouvez pas que la peine, par c son intensité, par sa fréquence et sa durée, l'em- « porte de beaucoup. Cette activité, cet empresse- « ment avec lequel nous précipitons.nos jours, l'é- €i loignement que nous sentons pour recommencer € la carrière que nous avons fournie, l'aversion du c vieillard pour les passetemps de la jeunesse, et

i. Ceux qui aiment la précision apprendront avec plaisir que. d'après les calculs de Tucker, notre somme totale de souffrance équivaut à une minute de peine tous les 22 ans. (Lumière de la nature.)

c du jeune homme pour les jeux de l'enfance, ne c sont-cepas autant de preuves que le souvenir du c passé et le sentiment du présent sont également € des sujets de mécontentement et de déplaisir? « Cette conclusion cependant ne s'accorde pas du f toutavecTexpérience. Parcourez nos villes etnos « campagnes : le plus grand nombre des gens que t vous rencontrerez vousoffrirontl'aspectdelajoie t ou d'une heureuse incurie, du calme ou de Tem- Vpressementetderaclivité...Ceuxmêmesquis'oc- < cupen ta nous tracer le tableau des misères humait nés oublient leurs peines en les écrivant, et trouce vent une sorte de charme éprouver que Thomme t est un être infortuné. — Les termes de plaisir et « de peine sont peut-être équivoques; mais si on les « restreint, comme il arrive dans l'usage ordinaire, « aux seules sensations qui ont rapport aux objets « extérieurs, soit par le souvenir dupasse, soit par a le sentiment du présent, ou la prévoyance del'a- « venir, c'est une grande erreurd'imaginer que ces « mots renferment tout ce qui constitue le bonheur € ou le malheur, ou que le contentement de la vie € commune soit l'effet de ces plaisir» qui ont leurs € noms particuliers, etquî, à l'aide de la réflexion, « occupent dans la mémoire une place distincte. « La plus grande partie de nôtre existence est emt ployée à agir, et non à réfléchir sur nos sensa- (( tioiis... Si nouspouvonsêlre heureux oumalheu-

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ces sensations, « auxquelles nous donnons les noms de jouissance t ou de douleur, si ce que nous appelons plaisir ou t peine n'occupe qu'une très petite portion de notre « vie, en comparaison de celle qui se passe à inc venter, à exécuter, à poursuivre, attendre, dîri- « ger. réfléchir, et à toutes les fonctionsdelasociété, « il faut en conclure que les objets d'activité, au « moins en raison de la place qu'ils tiennent, méri- « tent la plus grande partie de notre attention *. » Examinant les causes du déclin des nations, Fergusson trouve que le progrès est indépendant de la prospérité, des succès, qu'il tient à l'activité, au courage, quoiqu'ils amènent des revers momentanés. Cette théorie est fort noble : elle se rapproche de la vérité qui est que le but de la vie, but plus rude que l'activité, estPépreuve; c'est elle qui grandit l'homme, et elle lui est plus utile que l'accroissement des soi-disant bienfaits de la civilisation. Fergusson est loin de notre eudémonisme, qui ne trouve d'autre moyen d'augmenter la jouissance, que de diminuer l'effort. Smith était bien possédé de l'esprit de son siècle, car tout en disant que la douleur est plus vive que le plaisir, il tient pour l'optimisme. La foi s'en ira : on verra Bentham optimiste pour la société, pessimiste pour l'indivi-

1. Fergusson, Essai sur V histoire de la Société civilcti^ partie, ch. YII.

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du, et Owen optimiste pour l'individu, pessimiste pour la société.

Euler est un retardataire qui se préoccupe encore de la bonté de Dieu. La liberté est cause du mal moral. N'aurait-il pas mieux valu que Dieu ne créât pas les esprits qui devaient faire le mal? La réponse est faible. Ces esprits n'avaient qu'à ne pas faire le mal : leur exemple contribue à affermir les autres dans le bien. Il fallait peupler les planètes et faire toutes les existences possibles, même celles des méchants.

Mais ceci est vrai et suffisant : « C'est à la ver- € tu que nous devons tâcher de parvenir dans € cette vie, dans laquelle nous n'existons que « pour nous préparer à nous rendre dignes de € participer au bonheur souverain et éternel. De (( là nous devons juger tout autrement des événe- « ments qui nous arrivent dans cette vie. Ce n'est « pas la possession des biens de ce monde qui « nous rend heureux ; c'est plutôt une situation « telle qu'elle nous conduise efficacement à la vertu. € Si la prospérité était un moyen sûr pour nous f rendre vertueux, alors on pourrait se plaindre « des adversités; mais ce sont plutôt les adversités € qui peuvent nous affermir dans la vertu, et, à cet « égard, touteslesplaintesdeshommes surlesmaux c( physiques de cette vie sont aussi détruites *. »

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