La science
Au tour de la science. Nous ne savons rien.
La science est la constatation de l'ignorance. Celui qui a acquis cette conviction peut se glorifier, mais non s'arrêter et écrire cette inscription comme
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le voyageur : Hic stetimus nobis ubi de fuit or bis. Car nous aurons toujours à apprendre pour reconnaître que nous ne pouvons rien savoir.
Il y a la science de la nature, de l'œuvre de Dieu, et celle de l'œuvre des hommes, ou érudition, qui s'enferme dans le fouillis des diversités déjà innombrables des erreurs et des maladresses humaines : celle-ci ne sert qu'à mieux étudier celle-là, la seule vraie.
Le nombre, la ligne sont les choses les plus simples, les moindres de la nature. Cependant l'on en fait la science la plus avancée ; le reste est plus important et plus compliqué, mais est moinsconnu. La supériorité des mathématiques est leur infériorité, qui a rendu plus facile d'en obtenir la science.
Pour le reste, l'ambition s'est bien découragée. On se borne aujourd'hui à savoir les lois. Qu'estce que la loi?La manière d'être du phénomène, ce qui se fait toujours. Les arbres ont leurs racines enterre et leur cime en l'air : c'est une loi et cela ne' signifie rien; il y en a des millionsd'autres qui ne signifient pas davantage.
Ce qu'il faudrait savoir, c'est l'explication de la loi, qui comporte le sens, la cause, le but.
Dans ces lois dites scientifiques, il y en a de plus générales qui rendent compte des particulières, puis do plus larges qui enveloppent celles-là; mais en remontant ainsi, on ne gagne rien.
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. On peut prévoir dès maintenant le terme ; toute la matière est régie par une seule loi physique; ajoutons, si l'on veut, qu'il n'ya qu'un élément et qu'une loi. C'est tout et ce n'est rien.
On a l'enchaînement des anneaux et non la raison de la chaîne. La première loi cause tout et n'explique rien . Elle cause tout, mais matériellement, et n'est pas causée matériellement, ce qui est absurde. Elle n'explique rien; la science se réduit à cette proposition : «La matière a une loi », ou « la matière a une manière d'être », ou enfin, (( elle est comme elle est » .
Mais nous accordons beaucoup trop en disant qu'elle cause tout. En effet, une loi générale ne cause pas la loi particulière ; celle-ci rentre dans dans celle-là; la générale la remplace; on s'était trompé en imaginant une loi particulière et il faut la supprimer. A mesure qu'on s'élève à de plus générales, il n'y a qu'àbifier les particulières, jusqu'à la dernière, loi unique de tous les phénomènes.
D'autre part, le phénomène et la loi, l'être et sa manière d'être, se confondent. Il n'y a donc qu'une loi et qu'un phénomène, qui sont une même chose : il y a une chose. Heureux résultatl
Si l'on se sert de l'idée de cause, on dépasse le programme, et il n'y a pas de raison pour ne pas chercher la cause première, le but, l'explication, pour ne pas rentrer dans la métaphy-
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sique. Si Ton ne s'en sert pas, on n'arrive à rien.
Nous sommes en présence du connaissable, le bien et le beau, qu'on ne peut comprendre, mais qu'on connaît, et du compréhensible, où les rapports, cause et autres, nous introduisent et nous guident. Nous errons entre les êtres, ne voyant que les surfaces, mais enfin les voyant et sachant leurs relations entre eux, et celles que nous avons avec eux. Pareils à ces suppliciés de la Chine, la tête emboîtée dans la cangue, roue qui dépasse leurs épaules, nous ne pouvons plus entrer parles portes, et nous sommes condamnés à rester dans les rues. Dans la cité du monde, nous allons dans les voies et les carrefours, mais nous ne pénétrons ni dans les maisons, ni dans les édifices, réduits à y jeter un coup d'œil,du seuil.
Le principal est le connaissable, c'est-à-dire le bien, et non le compréhensible ; il se présente d'abord à l'âme; il n'est pas besoin de vastes connaissances, ni même de lettres pour le voir : femmes et enfants, simples et ignorants, tous l'ont devant les yeux et il dépend d'eux de l'aimer et d'en jouir, en s'aidant de ce qu'il y a de plus facile dans le compréhensible. La vraie science est celle des ignorants et non celle des savants.
Qu'arriverait-il donc si la sagesse ne se trouvait qu'au bout de la science, s'il fallait être savant pour bien faire? C'est alors que la vie serait détestable.
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Quant à la science du compréhensible, celle qui seule porte ce nom, elle est grande et précieuse, mais elle ne doit pas peser bien lourd dans le plateau des biens, car elle ne comprendra jamais le bien et le beau qu'on connaît sans elle.