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démontre assez ing-énieusement que Tutilité de la logique est à peu près nulle, et que celui qui l'apprend dans un but pratique ressemble à un homme qui veut dresser un castor à se bâtir une hutte. La manière dont il l'avait exposée le prouvait mieux.
Déjà malveillant pour Tintellig-ence, il maltraite encore plus la raison et ses œuvres, }a science et la raison pratique. Il les met bien au-dessous de la représentation intuitive. Cette inimitié contre ce qu'il y a de meilleur est un des côtés les plus originaux de son système. Le motif du pessimiste est trop facile à voir. Sa tendresse pour la volonté vient de ce qu'il en a fait la cause de tous nos maux. Inintelligente, impuissante et nuisible, elle a tout ce qu'il faut pour mériter sa préférence.
Savoir, continue-t-il, c'est posséder dans son esprit, en vue de les reproduire à volonté, des jugements dont le principe suffisant de connaissance se trouve en dehors d'eux-mêmes, c'est connaître abstraitement, posséder dans des concepts de raison ce que d'une manière générale on connaissait déjà par une autre voie. Gomme la raison ne nous fait jamais connaître que ce qu'elle a reçu elle-même d'ailleurs, elle n'élargit pas le champ de nos connaissances, elle leur donne seulement une autre forme. L'entendement seul reconnaît intuitivement et entièrement le mode d'action d'une poulie, d'une roue d'engrenage, la manière dont une voûte repose sur ellemême. Mais il ne suffit pas pour construire des machines ou des édifices : il faut que la raison accoure mettre des notions générales à la place des intuitions, prenne des concepts pour diriger le travail. L'importance du savoir consiste avant tout dans sa transmissibilitéetdans la possibilité de le conserver invariable ; c'est ainsi seulement qu'il acquiert tout son prix pour la pratique. La connaissance intuitive suffit quand on entreprend d'exécuter seul une action, mais non quand on a besoin de l'aide d'un tiers, ou quand il s'agit d'un acte qui ne
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peut s'exécuter qu'à plusieurs reprises, qui demande ua plan réfléchi. Un inventeur peut construire seul une machine, quoiqu'il soit dépourvu de toute instruction scientifique ; mais si le concours de plusieurs hommes est nécessaire, il est indispensable que celui qui dirige les travaux ait conçu le plan abstrait : ce n'est qu'avec l'aide de la raison qu'un pareil concours d'activités devient possible. La raison, la réflexion sont quelquefois nuisibles, par exemple à Fescrime, au maniement d'un instrument de musique, parce qu'elles divisent l'attention et troublent l'esprit. Les sauvages montrent dans les exercices corporels une sûreté, une rapidité que l'Européen, habitué à la réflexion, n'atteint pas. L'art procède de l'intuition, jamais des concepts.
Quel est l'objet de la science?
Si la science voulait acquérir la connaissance de son objet en examinant isolément toutes les choses comprises dans le concept, et arriver ainsi à en connaître peu à peu l'ensemble, la mémoire humaine n'y suffirait pas. C'est pourquoi elle a recours à cette propriété des concepts d'être contenus les uns dans les autres. Savoir enchaîner les sphères des notions les plus générales de toute science^ c'est-à-dire connaître leurs principes les plus élevés, est la condition indispensable pour son étude. Le nombre de ces principes supérieurs, auxquels tous les autres sont subordonnés, varie beaucoup selon les sciences; les unes, celles de classification, la zoologie, la botanique, et aussi la physique et la chimie, en tant que celles-ci réduisent toutes les actions à un moindre nombre de forces, ont la plus grande subordination ; elles demandent plus de jugement ; d'autres ont plus de coordination et réclament plus de mémoire; l'histoire en est le type. La perfection d'une science comme telle, c'est-à-dire quant à la forme, consiste dans la plus grande subordination avec le moins de coordination possible des principes.
Cette théorie déguise la vérité banale : le but de la
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science est de simplifier les principes, par exemple, la physique s'efforce de diminuer les lois, en les ramenant à une seule.
Qu'est-ce que la certitude?
On croit gpénéralement, mais à tort, que la qualité scientifique de la connaissance se trouve dans sa plus grande certitude. « Cette marche spéciale de la connais- «r sance dans les sciences, d'aller du général au particu- « lier, a pour conséquence nécessaire que bien des choses (( doivent être établies par déduction de propositions an té- « rieures, c'est-à-dire par des preuves ; c'est ce qui a « donné naissance à cette erreur, qu'il n'y a d'entière- « ment vrai que ce qui est prouvé, et que toute vérité dece mande une preuve; car, au contraire, c'est plutôt cha- « que preuve qui a besoin d'une vérité non prouvée, lace quelle forme la preuve de la preuve ; une vérité direc- « tement établie est aussi préférable à celle qu'il faut fonce der sur une preuve, que l'eau prise à la source l'est à c( celle prise à l'aqueduc. C'est l'intuition, soit purement C( a priori comme celle qui est la base des mathématice ques,soit empiriquement a posteriori , comme celle qui ce établit toutes les autres sciences, qui est la source de ce toute vérité et la base de toute science*. » Le grand agent de la découverte, l'induction, est défini une intuition multiple.
Quelles sont les limites de la science ?
La réponse manque de clarté. La philosophie a cela de propre qu'elle n'admet rien comme connu à l'avance. Elle ne peut pas s'appuyer sur des preuves, car prouver signifie déduire l'inconnu du connu ; or tout lui est également inconnu.
Il ne saurait y avoir un principe en vertu duquel existerait le monde avec tous ses phénomènes.
ee La philosophie ne peut donc pas viser à trouver une « causa efjiciens ou une causa finalis de l'univers. La