‹ Le pessimismeChapitre 5 sur 79 · Édition Em. Saisset, II, p · texte numérisé non relu

Édition Em. Saisset, II, p

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Robinet a vu, entre le bien et le mal, une loi de pondération analogue à ce que nous appelons Téquibre des forces physiques. Les compensations d'Azaïs en sont une application.

8. — Au commencement de notre siècle, la philosophie est encore optimiste. Kant et ses successeurs, Fichte, Schelling, Hegel, sont pleins de confiance. Cependant on sent le malaise du vide. La poésie, plus impressionnable, est nerveuse, triste, et se prend à pleurer. L'Optimisme en arrive aux excès des Saint-Simoniens et à l'extravagance des Fouriéristes.

L'exagération dénonce le moment où la réaction va se produire.

Léopardi et Schopenhauer avaient élevé la voix, mais elle n'était pas encore écoutée.

Léopardi (1798-1837), érudit et poète, est pessimiste systématiquement, mais sans système : on ne connaît pas sa théorie, mais seulement ses plaintes; l'infirmité a pesé sur lui, et il n'a pas eu la force de la porter. Il a connu les douceurs de l'amitié, mais non celles de l'amour : il s'en plaint sans cesse, et se plaît à le rapprocher de la mort. Cependant l'amour est la vie et même mieux : il la donne.

Il a laissé des poésies, des dialogues : ses éditeurs y ontjoint des pensées chagrines et assez Buperficielles.

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Les dialogues sont ingénieux, avec de Tesprit, mais un peu naïf, ce qui est fâcheux pour l'esprit. Dans le dialogue d'Hercule et d'Atlas, le fils de Jupiter vient proposer à Allas de porter la terre r soulager ses épaules. Celui-ci, touché de e politesse, le remercie et répond que la terre devenue si légère qu'il sent plutôt l'ennui que atigue. Pour se distraire, ils jouent à la balle c le globe terrestre; il tombe : est-il brisé? i. On n'entend même pas de plaintes. Là dessus •cule fait cette réflexion : « Horace a dit que le londe tomberait sans troubler l'homme juste; est probable, puisqu'ils ne se plaignent pas, ue tous les hommes sont devenus justes. » )ans le pari de Prométhée, celui-ci va visiter hommes qui lui ont tant d'obligations. Il trouve t au pis. En Océanie, un père anthropophage [\ge ses enfants. (Il devait pourtant bien savoir >,de son temps, Saturne n'en faisait pas d'autre.) is l'Inde, une veuve du Malabar périt sur le her de son époux. (Assurément Prométhée avait it do trouver mauvais qu'on employât le feu il avait ravi à un si détestable usage.) En Eue, un père vient de se couper la gorge après irtué ses deux enfants. (Nous ne connaissions cette coutume.)

fans le dialogue célèbre du Passant et du Marnd d'almanachs, celui-ci, qui annonce une

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année heureuse, est forcé de convenir qu'il ne voudrait pas recommencer sa vie passée. Que tout le monde tienne ce langage, il en résultera que la vie est mauvaise. — Mais tout le monde le tientil *? D'ailleurs, recommencer la même vie serait une autre situation que celle que nous connaissons aux hommes. On ne recommencerait pas le tirage d' une loterie, sachant que les mêmes numéros doivent sortir : ce n'est pas peu que d'ôter l'imprévu. Nous préférons notre poète Alfred de Musset, qui n'a pas eu la gloire d'être pessimiste, qui n'a été que sceptique, c'est-à-dire allant de l'un à. l'autre, sans savoir à quoi s'en tenir. Il a bien vu la question, si bien même qu'il ne peut s'en prendre qu'à lui s'il ne l'a pas résolue. Peut-être est-ce la même cause qui a fermé les yeux au chaste Léopardi et à Alfred de Musset, qui ne l'a pas été, l'amour dont ils se plaignent tant.

O toi, que nul n'a pu connaître Et n'a renié sans mentir, Réponds- moi, toi qui m'as fait naître, Et demain me feras mourir.

Puisque tu, te laisses comprendre.

Pourquoi fais- tu douter de toi ?

i* ITéréoM fut no gplant homme.

Il a dit quelque part : Qu'on me rende impotent, Col-de-jaite, goutieux, manchot, pourvu qu'en somme Je rive, c'est asses,' je suis plus qtfe content. Ne Tiens jamais, ô Mort! on l'en dit tout autant.

(La Fohtauib, La Mort et le Afalheureiix.

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zed byCoOgle

\t LE PESSIMISME

Quel triste plaisir peux- tu prendre A tenter notre bonne foi ?

Pourquoi donc, ô Maître suprême, As-tu créé le mal si grand Que la raison, la vertu même S'épouvantent en le voyant?...

Pourquoi, dans ton œuvre céleste.

Tant d'éléments si peu d'accord ?

A quoi bon le crime et la peste ?

O Dieu juste, pourquoi la mort?

Ta pitié dut être profonde, Lorsqu'avec ses biens et ses maux Cet admirable et pauvre monde Sortit en pleurant du chaos.

Pourquoi laisser notre misère Rêver et deviner un Dieu ?

Le doute a désolé la terre ; Nous en voyons trop ou trop peu...

3ii sont-ils ces faiseurs de systèmes,

Jui savent, sans la foi, trouver la vérité,

Sophistes impuissants qui ne croient qu'en eux-mêmes T

Juels sont leurs arguments et leur autorité?

L'un me montre ici-bas deux principes en guerre,

Jiii, vaincus tour à tour, sont tous deux immortels;

L'autre découvre au loin, dans le ciel solitaire,

Un inutile Dieu qui ne veut pas d'autels...

Pour le sophiste anglais, l'homme est une machine ;

Enfin sort des brouillards un rhéteur allemand,

Jui, du philosophisme achevant la ruine,

Oéclare le ciel vide et conclut au néant.

(U espoir en Dieu, — Février i838.)

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