‹ Le pessimismeChapitre 46 sur 79 · Id., I, pp · texte numérisé non relu

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Il est encore plus impitoyable pour le matérialisme, qui reconnaît l'objet et en fait même son point de départ pour parvenir au sujet et lui donner Têtre etTexplication. La correction est cruelle et les coups frappent juste. « Il « cherche à trouver Tétat primitif le plus simple de la (( matière, pour en déduire ensuite tous les autres états, « s'élevant prog"ressivement du simple mécanisme au « chimisme, à la polarité, à la végétation, à Tanimalité; « en admettant que la tentative puisse réussir, le dernier « anneau de la chaîne serait la sensibilité animale, la « cognition ; cette dernière serait donc une simple modi- « fication de la matière, un état de celle-ci, né de la cau- « salité. Si nous nous étions laissés conduire jusqu'ici « par le matérialisme avec ses représentations intuitives, « parvenus maintenant au sommet, toujours en sacom- « pagnie, nous nous sentirions pris subitement du rire « inextinguible des Dieux de l'Olympe, quand, nous « éveillant comme d'un rêve, nous nous apercevrions que c( le dernier résultat si péniblement amené, la connais- « sance, était déjà implicitement admis comme condition « inévitable, dès son point de départ, la pure matière, et (( que nous nous étions bien imaginé avec lui penser la « matière, tandis qu'en réalité nous n'avions pensé que le « sujet qui se représente la matière, que l'œil qui la voit, « la main qui la touche, l'entendement qui la perçoit. « Ainsi se dévoile inopinément cette immense pétition de « principe, car nous retrouvons tout à coup le dernier « chaînon comme point d'attache, auquel pend déjà le « premier anneau. La chaîne est un cercle, et le philoso- « phe matérialiste ressemble au baron de Mûnchausen, (( lequel, tombé à l'eau avec son cheval, enlève celui-ci « avec ses jambes, et s'enlève lui-même en tirant sur la « queue de sa perruque. L'absurdité radicale du matéria- « lisme consiste à prendre l'objectif pour point de départ. . . « Tout ce qui est objectif est conditionné comme objet par « le sujet avec ses modes de connaissance, et les suppose

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« d'avance, tellement que si, par la pensée. Ion élimine « le sujet, l'objet disparaît entièrement ^ »

La causalité suppose une intellig-ence : une intelligence ne pouvait donc pas ne pas être dès Torig-ine du monde. Ainsi présentée, l'objection ne s'adresse pas seulement au matérialisme, mais à Schopenhauer,dontla volonté inintellig-ente a précédé le phénomène de la représentation.

Schopenhauer se flatte d'avoir évité la difficulté. Tous jes systèmes antérieurs partaient soit du sujet, soit de l'oblet, qu'ils cherchaient ensuite à expliquer l'un par l'autre. Lui au contraire part de la représentation comme premier fait de la connaissance, dont la forme première et essentielle est la division en objet et sujet. Cette relativité du monde comme représentation, aussi bien pour sa forme la plus générale, sujet et objet, que pour la forme subordonnée, temps, espace, causalité, indique que Tessence du monde doit être cherchée d'un côté du monde totalement différent de la représentation, à savoir la volonté. Le sujet et l'objet ne sont que des formes. Il leur faut un fond : c'est la volonté.

Nous avons traversé le monde de part en part. Nous connaissons son essence qui est la volonté. Nous devons maintenant l'étudier.

Nos actions, quoique déterminées par des motifs, viennent de la volonté; c'est le caractère qui se prononce. Notre corps est aussi le produit de la -volonté ; nos actions, notre corps en sont les phénomènes ; elle s'est objectivée, s'est rendue visible. Là-dessus se fonde la parfaite harmonie qui existe entre le corps de l'homme ou de l'animal et leur volonté générale, harmonie analogue, mais bien supérieure, à celle qui existe entre un outil confectionné pour un but et la volonté de l'artisan : c'est là ce ^ui fait également que cette harmonie se montre à nous

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