‹ Le pessimismeChapitre 48 sur 79 · rf.,I p · texte numérisé non relu

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Elle est une, parce qu'elle se trouve placée en dehors du temps et de Tespace : la pluralité n*est effectivement possible qu€ dans ces formes.

De ce qu'elle échappe à la forme de la connaissance, elle se dérobe à la connaissance ; elle ne peut être ramenée au principe de raison, elle ne pourra donc pas être expliquée à l'îiide de ce principe, par la science pure.

II y a une différence immense entre les phénomènes, depuis ceux de la nature inorg*anique jusqu'au plus éminent de tous, la volonté humaine. Gomment se produitelle ? Toute force naturelle, primitive et générale, n'est essentiellement qu'une objectivation de la volonté à un degré inférieur ; chacun de ces degrés s'appelle une Idée éternelle dans l'acception platonicienne (et non prise comme produit abstrait d'une raison dogmatisant scolastiquement suivant l'usage qu'en a fait Kant *). La loi naturelle est le rapport entre l'Idée et la forme de son phénomène, temps, espace, causalité. C'est par le temps et l'espace que l'Idée se reproduit en d'innombrables manifestations. Mais l'ordre dans lequel celles-ci revêtent les formes diverses est fixé par la loi de causalité. La matière oppose sa résistance aux prétentions des phénomènes : les uns se développent librement, d'autres sommeillent longtemps avant de trouver les circonstances propres à leur manifestation*. Lorsque plusieurs d'entre les phénomènes de la volonté, aux plus bas degrés de son objectivation, dans le monde inorganique, entrent en conflit parce que chacun d'eux, amené par la série des causes, cherche à s'emparer de la matière, il sort de ce conflit le phénomène d'une Idée supérieure qui l'emporte sur les imparfaites qui l'avaient précédée. Elle laisse subsister l'essence à un état subordonné, procédé qui n'este ompréhensible qu'en vertu de l'identité de la volonté

qui se manifeste dans toutes les Idées, et c'-^ " '^^'^'^

tion à une objectivation de plus en plus éh

i.Le Monde, I, p. 209.

i. 7rf., pp. 216-217.

Digiti

« Voilà donc que, dans la nature, nous trouvons parce tout conflit, combat et alternative de victoire ; cela nous « servira plus tard à reconnaître bien clairement le dis- « sentiment essentiel de la volonté avec elle-même. Gha- « que degré d'objectivation de la volonté dispute à Tautre « la matière, l'espace et le temps. La matière permanente « doit perpétuellement changer de forme, parce que « les phénomènes mécaniques, physiques, chimiques et « organiques, dirigés par la causalité et pressés d'appa- « raître, se la disputent avidement, voulant chacun ma- « nifester son Idée. L'existence de cette lutte peut se (( constater à travers toute la nature, qui n'existe à son (( tour que par cette lutte.

« Cette lutte elle-même n'est que la manifestation du «. dissentiment essentiel de la volonté avec elle-même. Ce ce combat général est le mieux visible dans le règne ani- « mal qui se nourrit du règne végétal, et dans lequel « chaque animal sert à son tour de proie à quelque au- « tre. Eq d'autres termes, chaque animal doit céder la « matière par laquelle se représentait son .Idée, pour « qu'une autre puisse se manifester, car une créature vi- « vante ne peut entretenir sa vie qu'aux dépens d'une « autre, de telle manière que la volonté de vivre se repaît « constamment de sa propre substance, et, sous ses di- « verses conformations, constitue sa propre nourriture ; « quanta l'espèce humaine, parvenue à subjuguer toutes « les autres, elle considère la nature comme un produit « créé à son usage, mais elle nous montre, elle aussi, « avec une effrayante clarté, le spectacle de cette même « lutte delà volonté avec elle-même, par laquelle l'homme « arrive à être homini lupus i. »

Schopenhauer donne des exemples de cette guerre perpétuelle dans les degrés inférieurs de l'objectivation de la volonté. Beaucoup d'insectes déposent leurs œufs dans le corps d'autres animaux. La fourmi boule-dogue d'Aus-

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