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La vie do Schopenhauernous est bien con

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nue, grâce non seulement à ses évangélistes, mais surtout à lui, car il n'a pris aucune précaution pour cacher ses actes et enfermer ses pensées : personne n'a été plus mécontent des autres ni plus satisfait de lui. Il est né, en 1788, à Dantzig. Son père était un négociant riche, instruit, passionnépour les arts, d'un caractère bizarre, qui, paraît-il, se serait suicidé en 1806. Sa mère avait une iatelligence très vive, du goût, de l'esprit, beaucoup de charme. Éprise de la liberté, apprenant que Frédéric-Guillaume II offrait son alliance à la Pologne, à la condition qu'elle lui abaadonnerait Dantzig, désolée de ce que sa ville natale allait perdre ses franchises, elle entraîna son mari dans un voyage à travers l'Europe, qui dura deux ans. A son retour, elle trouva coqcIu le marché qui cédait la ville libre à la Prusse : en vingt-quatre heures, elle fait ses préparatifs de départ et quitte Dantzig, avant d'y avoir vu entrer le premier soldat prussien. Après de nombreux voyages, elle se fixa à Weimar, au moment où les vainqueurs d'Iéna l'occupaient; sa décision, son adresse tirèrent de difficulté plus d'un des illustres hôtes de cette ville : sa maison servit d'asile, et son salon retint les savants et les artistes. Gœtho ne fut pas le moins empressé. Après avoir longtemps joui de leurs hommages, elle quitta Weimar, dont le climat altérait sa santé : elle y fut rappelée par

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1^ grand-duc. Elle a écrit la vie de Fernon, gramlirien, archéologue et critique, des relations de yage en France, en Savoie, en Belgique, et des mans. Ces ouvrages ont été réunis en 24 voues in-8. Elle parlait quatre langues. Elle excelt à saisir le ridicule et à manier l'ironie. Schopenhauer ne s'entendit pas avec sa ^re, prit sa liberté, et en usa pour étudier les iences, les langues, et acquérir un savoir ency- )pédique. Les revers de TAllemagne le laissent très froid. Pour lui, le patriotisme est la vertu s sots.

En 1813, il passa sa thèse de doctorat: elle avait uv titre : De la quadruple racine du principe de raison suffisante, « Ho! dit sa mère, c'est donc I livre pour les apothicaires : » Il publia en 1819 n œuvre capitale : Le monde comme volonté et mme représentation. Tous les exemplaires stent chez le libraire. Entre deux voyages en ilie, il annonce qu'il ouvre un cours à Berlin ; rsonne ne se présente. Le choléra visite Berlin i 1831 : pris de peur, Schopenhauer s'enfuit à •ancfort, qu'il n'a plus quitté. En 1839, la Société Dyale des sciences de Norvège donne le prix à n Essai sur le libre arbitre^ dans lequel il le e. C'est le commencement de sa gloire tardive l'il savourera avec délices. Il est moins heuux, l'année suivante, dans un autre concours

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ouvert parla Société Royale de Daûemark, qui lui reproche d'avoir traité irrévérencieusement les ^ands philosophes allemands. Cet insuccès irrite Schopenhauer ; il redouble d'injures contre les summos philosophas^ et les professeurs de philosophie qu'il accuse d'avoir organisé contre lui la conspiration du silence.

Une deuxième édition de son grand ouvrage^^ augmenté d'un second volume,parait en 1844,vingtcinq ans après la première. £n 1851, il publie, sous ce titre : Parerga und paralipomena^ un livre qui peut être considéré comme un troisième volume. Du reste tout ce qu'il a écrit, en y comprenant son Essai sur le libre -arbitre^ et le Fondement de la morale^ se rattache à la même pensée, cristallise autour de la même tige métallique rigide .

En 1860, il meurt subitement.

Il est difficile de trouver une vie aussi dénuée d'événements. M. Challemel-Lacour observe que la doctrine est inséparable du caractère, et qu'elle ne peut être expliquée que par une critique psychologique ^ On est réduit àde très petits faits pour éclaircir le caractère de t ce jeune homme difficile (( à connaître a, disait Goethe, mais ils abondent.

Il n'a eu aucun chagrin, car on ne peut considérer comme une traverse de son existence un

1. Revue des Deux-Mondes du 15 mars 1870. — Un Bouddhiste ^ conlemporain.

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procès pour coups et blessures avec une vieille fille, sa voisioe. Gwinncr, dans sa Biographie de Schopenhauery donne une place convenable, vingtcinq pages, à ce seul épisode de la bataille pour la vie dans lequel son héros ait donné de sa personne. L'insuccès de son ouvrage n'a pu expliquer son pessimisme, puisqu'il est exposé précisément dans ce livre. Il n'a connu que deux émotions, le choléra et l'émeute : il a envoyé sa grande lorgnette d'opéra à un officier du régiment de Bohème, pour diriger le feu sur la « canaille « souveraine » qui élevait des barricades dans les rues de Francfort, en 1848.

Une grande fortune lui avait donné le loisir et le moyen de se livrer à son goût pour l'étude et les arts. FichteTa traité à tort d'hypocondriaque : il ne détestait nullement le monde et les plaisirs. Il se mettait au-dessus de la loi qu'il avait faite, de l'ascétisme et de la continence, t C'est une d rareté digne d'attention qu'un philosophe con- « temporain, auteur d'une doctrine étrange et pro- « fonde, qui conforme sa vie à sa doctrine, qui, a par exemple, est resté célibataire par principe (( métaphysique, » dit M. Challemel-Lacour. Schopenhauer ne s'est pas marié par principe métaphysique, soit, mais pas par principe moral, car il a eu un enfant naturel.

Il s'était composé une vie des plus agréables,

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partagée entre l'étude» la musique, le spectacle et les petits soins (il portait son verre à la table d'hôte). La gloire l'enivrait; il en jouissait sans retenue, racontait, dans ses lettres, ses succès, les hommages, les flatteries, les cérémonies du € culte malsain » qui commençaient par un grossier encens : «R... m'a baisé la main: c'est là une « cérémonie à laquelle je no puis m'habituer, et qui « fait partie sans doute de ma dignité impériale... « — Hornstein me témoigne un respect exagéré : il <L se lève de table pour aller chercher mon garçon « d'hôtel favori... — Le docteurK... entre, me re- « garde fixement, si bien que je commençais à avoir « peur, et il se met à crier: « Je veux vous voir! il € fautqueje vous voie! jevienspour vous voir! » « Ma philosophie, dit-il, lui a rendu la vie. C'est (( charmant!... — Aujourd'hui Ton afait demoiune « photographie qui me rajeunit de vingt ans; mon « front et mon nez sont rendus avec une perfection * qui ne sera jamais surpassée : cela est inappré- (( ciable. — Le conseiller secret Kruger veut me « faire peindre par le peintre Hammel. Je ne puis « m'y soustraire, afin d'obliger la postérité... — € Mon portrait, peint par Lunteschiitz, est terminé « et il est vendu. Wiesikc s'est rencontré à temps : . « il l'a payé 250 florins. Mais ce qu'il y a d'inouï, « c'est qu'il m'a dit très sérieusement qu'il voulait « construire une maison pour y suspendre ce por-

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« trait! Ce serait la première chapelle élevée f en mon honneur.

f Et que nedira-t-onpasde moionTan 2100* •? »

Schopenhauer n'a. eu qu'un amour, l'amour. de lui-même, mais beaucoup de haine ; il haïssait Dieu, les femmes, en commençant par samère, etles professeurs de philosophie par-dessus tout, puis les hommes, et en particulier les Allemands *, les religions, et notamment la religion juive, et enfln le reste. '

Ces détails doivent suffire, mais ils ne sont pas déplacés. La connaissance du caractère de Schopenhauer, a-t-on dit, n'est pas inutile pour expliquer sa philosophie ; resterait à expliquer le caractère de cet homme difficile à connaître, énigme pour Gœthe. On serait peut-être plus près de la vérité en expliquant non seulement sa philosophie par soncaractère, mais encore celui-ci parcelle-là. Il s'est passionné pour ses horribles visions, s'est habitué à visiter cet autre monde, s'est plu à en peindre des tableaux à faire frissonner, non sans y croire.

Nous nepartageons pas l'avis de ceux qui préten-

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