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Le Monde, I, pp. 262 à

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suivre, en nous bornant à reproduire son intention. L'affranchissement de la volonté s'obtient par la suppression de rindividu, cette malheureuse objectivation qu'elle s'acharne à produire. Or, Tart est désintéressé; rindividu s'oublie, se supprime, en contemplant le beau. Donc l'art est un mode d'affranchissement.

Celui qui s'est ainsi plongé et absorbé dans la contemplation de la nature, au point de n'être plus qu'un pur sujet connaissant, affranchi de l'individualité, de la servitude de la volonté, sent qu'il est la condition, le support du monde et de toute existence objective, car celle-ci dépend désormais de la connaissance du sujet. Il attire en lui la nature et ne la conçoit plus que comme un accident de son propre être.

Et celui qui porte en soi ce sentiment, comment pourrait-il, en contradiction avec l'inimortelle nature, se croire absolument périssable ? Non. Il se sentira au contraire pénétré de la vérité que proclame l'Oupanischad des Védas. « Hse omnes creaturaein totum eg-o sum, et praeter me aliud ens non est. »

Platon est dans le Vrai lorsqu'il n'attribue d'existence propre qu'aux idées et qu'il n'accorde aux choses existantes dans le temps et dans l'espace, dont se compose pour l'individu le monde réel, qu'une existence apparente et tenant du rêve. L'histoire de l'humanité, le tumulte des événements, les formes différentes de la vie des hommes, dans les différents pays et aux différentes époques, tout n'est que la forme accidentelle du phénomène de l'Idée, dans laquelle la volonté de vivre dévoile ses multiples faces par les qualités, par les passions, par les erreurs et les vertus de l'espèce humaine.

« Tout cela joue sans cesse la petite ou la g-rande co- « médie de l'histoire du monde, dans laquelle il est indif- « férentque ce soit pour des noix ou pour des couronnes « que toute cette foule s'ag-ite *. »

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