Le Mondp, T, p
Digiti
« suite place à un nouveau désir : le premier est une dé- « ception reconnue : le second, une déception que Ton (( va reconnaître. Aucun souhait réalisé ne donne de con- « tentement prolongé et durable : c'est une aumône à « un mendiant ; elle lui sauve la vie, pour prolonger sa « misère jusqu'au lendemain... Mais quand une occasion « extérieure ou une disposition intime nous retire sou- (( dain du courant incessant de la volonté, arrache à son « esclavage la connaissance, quand l'esprit ne porte plus <( son attention sur les motifs de la volonté, mais conçoit « des choses dépouillées de leur rapport avec le vouloir, « sans considération intéressée, sans subjectivité, alors <( d'un coup le calme se fait de soi-même, ce calme que « nous cherchions toujours vainement dans la satisfac- « tion de la volonté, et nous nous, sentons maintenant « parfaitement à l'aise. C'est cet état sans douleur qu'E- « picure estimait être le bien suprême et la condition des « Dieux, car nous sommes, tant que dure cet état, libé- « rés du joug humiliant de la volonté. Forçats de cette . « volonté, nous fêtons un jour de repos. La roue d'Ixion « est arrêtée. »
(( Mais cet état est précisément celui que je décrivais « plus haut comme étant exigé pour la connaissance des « Idées. C'est l'état de contemplation pure, où l'on se (( plonge dans l'intuition, où l'on s'absorbe dans l'objet, « où l'on oublie toute individualité... Dans ces conditions, « il est indifférent que l'on, contemple un coucher de soft leil du fond d'un cachot ou du balcon d'un palais ^ »
« C'est cette béatitude delà contemplation involontaire « qui répand un charme si magique sur les choses passées « et lointaines, et qui, par une illusion que nous nousfai- « sons à nous-mêmes, nous les fait voir sous un jour si « beau. Quand nous nous représentons les jours, dès longce temps écoulés, que nous avons passés dans quelque « endroit éloigné, ce sont les choses seulement que no-