Madame Schopenhauer a écrit sa vie
Digiti
(( majorité. N'est-ce pas en effet une contradiction pal- « pable de dire que la volonté est libre, et de lui pres- « crire pourtant des lois diaprés lesquelles elles doit vou- « loir ? Devoir vouloir î — Un Sidéroxylon ! » Un Sidéroxylon (du fer en bois), une contradiction dans les termes mêmes, est la plus sang-lante injure du riche vocabulaire de Schopenhauer. Ce qui serait une contradiction serait la nécessité et le devoir, le choix du bien ou du mal proposé à qui ne peut prendre que l'un des deux. Schopenhauer n'y tombe pas : il nie le devoir, ici, à la page 433 ; mais il va nous le recommander fortement un peu plus loin.
« Notre philosophie continuera à se maintenir dans (( V immanence : fidèle aux grandes leçons de Kant, elle « ne se servira pas des formes du phénomène, dont le « principe de raison suffisante est l'expression générale, « comme d'un tremplin pour sauter par-dessus le phé- « nomène lui-même qui seul leur donne une signification, -(( et pour aborder le domaine illimité des fictions creuses. « Ce monde réel et visible, dans lequel nous vivons et (( qui vit en nous, restera le sujet constant et la limite « de nos recherches. » En conséquence, Schopenhauer qui, abandonnant le monde de la représentation, est descendu déjà dans le gouffre du monde comme volonté, où il l'a vue s'affirmer, va remonter, puis s'élancer dans l'avenir où il nous la montrera se niant. « Je suis d'avis « que celui-là est encore infiniment loin de posséder une (( connaissance philosophique du monde, qui s'imat- « gine pouvoir en saisir l'essence historiquement, sous « quelque forme que ce soit, et quelque finesse qu'il (( mette à le dissimuler : c'est cependant le cas, dès que, (( dans les vues qu'il conçoit sur la nature des choses « en soi^ il intervient la notion d'un devenir, dès que (( avant et après ont pour lui la moindre signification, « et dès que, par suite, ouvertement et hypocritement, « il cherche et découvre le point où commence, et celui
APPENDICE 45î^
« où finit le monde, avec la route qui va de l'un à Taua tre, et dès que, à plus forte raison, l'individu qui croit (( ainsi faire de la philosophie sait indiquer comment (( rhomme se trouve placé sur cette route. De sembla- « blés systèmes historiques aboutissent le plus ordinai* a rement à une cosmogonie, dont il existe plusieurs va- « riétés, ou à une théorie de Témanation, ou encore à « une doctrine de la segmentation; ou bien enfin, lors- « que, désespéré de tant de tentatives inutiles dans ces « voies. Ton est poussé dans la dernière qui reste, il en « résulte une théorie de la création perpétuelle, de la « descendance, de la génération, de l'apparition au jour « en sortant du s«in de la nuit, ou du sombre abfme,^ « ou de la matière première, du chaos sans fond, et « mille autres extravagances de cette nature, auxquelles, « du reste, il est facile de couper court; c'est défaire ob- « server que toute une éternité, c'est-à-dire un temps in- « fini, s'étant déjà écoulée jusqu'au moment présent, tout (( ce qui pouvait et devait naître doit être né déjà ^ />
Justement l'objection n'a pas de valeur contre une création par un être éternel, mais elle frappe en plein un système d'évolution, comme est celui d'une volonté qui s'objective de plus en plus dans des idées et que nous sommes destinés à voir, après s'être affirmée, se nier. Retenons que celui-là est infiniment loin de posséder une connaissance philosophique du monde qui, dans les vues qu'il conçoit sur la nature des choses en soi, fait intervenir la notion d'un devenir, pour qui avant et après ont la moindre signification, qui sait comment l'homme se trouve placé sur la route entre les points où commence et finit le monde.
La volonté est inconsciente : c'est une simple tendance aveugle et irrésistible, te" core dans la nature des Mais par l'adjonction di