La Philosophie de VInconscientt I, p
ne comprenons pas sera mis sur le compte de cet agent qui réunit tout rinconnu. Il suffira de dire : « C'est l'Inconscient. » Que saurons-nous de plus ? Rien.
Viennent ensuite les manifestations de l'Inconscient dans Tesprit humain. La crainte de la mort, la pudeur native qui se rencontre par exemple chez une sourde-muette, l'amour des petites filles pour leur poupée, le dég-oût momentané des aliments qui a pour but de protéger la santé, sentiments fort complexes, sont attribués à l'instinct, à •l'exclusion de la raison, c'est-à-dire à l'Inconscient.
Schopenhauer montre le g-énie de l'espèce, tout entier à ses intérêts, trompant les individus auxquels il persuade de rechercher, dans l'union des sexes, des qualités impropres à les séduire, mais utiles au maintien des formes normales. M. de Hartmann ne fait qu'adopter cette théorie, en se bornant à changer le nom de l'auteur de la ruse dont nous serions, paraît-il, les victimes, sans songer à nous en plaindre : ce n'est plus le génie de l'espèce mais l'Inconscient. Reste à expliquer comment il se fait que des motifs si raisonnables, si aisés à saisir, soient inconscients, nous ' échappent à nous, individus doués de conscience, et doivent être attribués aux profonds calculs d'un Inconscient. Son secret était mal caché, puisque Schopenhauer et de M. d« Hartmann l'ont trouve du premier coup. Bien plus, nlême après que ces deux philosophes nous ont révélé l'erreur dont nous sommes les victimes, nous continuons à préférer les femmes bien faites et à rechercher les qualités qui nous font défaut, ce qui ferait croire que les intérêts des individus ne sont pas en désaccord avec ceux de l'espèce, et ce qui rend inutiles les machinations de l'Inconscient et la peine que M. de Hartmann a prise de nous ouvrir les yeux.
L'Inconscient se manifeste dans la sensibilité, par exemple dans les pleurs subits d'un enfant, le vague malaise de l'hypocondrie, les envies de femmes grosses. Dans le cerveau retentit un écho des modifications des
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centres nerveux inférieurs. A cette place nous [trouvons les linéaments d'une théorie assez énigmatique du plaisir.
Le plaisir et la douleur sont commensurables, puisqu'on les compare, puisqu'on peut se décider entre une femme \ laide et spirituelle et une autre belle et sotte, puisqu'on préfère l'honneur au plaisir. Ils ne diffèrent que de quantité. Il est donc indifférent de reg-arder l'un ou l'autre comme positif ou négatif. La volonté, non la sensibilité, est l'élément essentiel, le plaisir n'est que secondaire. Si l'on admet provisoirement la doctrine qui fait de la volonté l'antécédent du plaisir, on y trouve une confirmation inattendue de l'identité du plaisir et de la peine. Le premier est la volonté satisfaite, le second la volonté contrariée*.
Les relations de la volonté, -de la conscience et du plaisir sont obscures. Voici les règles qui nous sont données pour nous guider : « Ces deux principes nous sont « fournis par la psychologie de Tlnconscient. i° Si l'on « n'a pas conscience d'avoir poursuivi volontairement un « but d'où puissent résulter le plaisir ou la peine, c'est « que la volonté a été inconsciente. 2° Ce qu'il y a d'ob- « scur, d'indicible, d'inexprimable, dans les émotions de (( la sensibilité, tient à ce que les idées qui les ontprépa- (( rées échappent à la conscience... Souvent nous ne sa- « vous pas au juste ce que nous voulons et souvent « même nous croyons vouloir tout le contraire. Le plaisii" « ou la peine qui suivent la résolution nous éclairent « alors sur notre véritable volonté^. » Donnons un exem-^ pie. I Notre étpnnement à l'occasion d'un plaisir qui se a produit subitement provient de ce que nous avions formé « depuis longtemps un vœu, sans en avoir conscience : ainsi « lorsqu'un ami que je croyais mort depuis longtemps « entre tout à coup dans ma chambre, c'est une volonté