La Philosophie, I, p
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APPENDIG 491
« les actions humaines, comme telles, découlent du (( principe inconscient ou instinctif, du caractère, par <( exemple, des instincts de la compassion, de la ven- (i g-eance. Mais cette causalité inconsciente n'a rien à (( voir avec les concepts du bien et du mal moral. »
Ceux-ci sont les produits de la conscience. Nous donnons les qualifications de bon et de mauvais aux phénomènes de la nature, le vent, Tair. Nous les étendons aux êtres animés. Mais ces dénominations ne comprennent l'idée de moral ou d'immoral qu'autant que nous considérons ces êtres comme responsables. (( Nous ne pouvons appeler immorale la cou- (( tume des peuples sauvag*es d'offrir leurs femmes à (( leurs hôtes. On devrait plutôt donner le nom de mo- (( raie à cette expression particulière de leurs vertus hos- « pitalières. Leur conscience ne s'est élevée que jusqu'à (( ce degré d'intelligence et n'est pas encore arrivée à « comprendre les exigences de la moralité dans les rap- <( ports des sexes. »
La moralité ou l'immoralité ne sont pas des attributs des êtres ou de leurs actions, (( mais seulement des ju- (( gemenls qui sont portés sur eux d'un point de vue « propre à la conscience ; elles n'expriment que les (( rapports de ces êtres et de leurs actions à cette con- « science supérieure ». La nature inconsciente ne connaît pas la distinction du moral et de l'immoral. Elle n'est ni bonne ni mauvaise: elle n'est éternellement rien autre chose que naturelle, c'est-à-dire toujours d'accord avec elle-même. La volonté g-énérale de la nature ne connaît rien en dehors d'elle. Elle comprend tout et tout est identique pour elle. « Le bien et le mal n'existent pas pour « elle, mais seulement pour la vérité de l'individu. »
La théorie de Schopenhauer était très claire. Pas de liberté. Le caractère est façonné par la volonté, et^ à l'occasion d'une rencontre avec les motifs, il détermine avec nécessité les actions de l'homme, auxquelles il ne
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fait qu^assister, en gémissant, comme spectateur ou plutôt comme patient. M. de Hartmann ne fait que raffiner sur cette théorie, en introduisant des distinctions sans preuve et sans intérêts. La force motrice est la môme avec un nom différent, Inconscient au lieu de Volonté : mais il l'appelle également volonté. Celle-ci n*ag-itpas sur le motif, mais réagit, ce qui donne le second rôle à Tôtre principal. La définition du caractère est très obscure. Dans ce caractère, il y a une partie plus intime qui constitue l'individualité, à laquelle on doit rapporter la moralité, on ne sait pourquoi, car le conflit de la volonté, du motif, du caractère, du désir, se passe dans une nuit obscure, où le motif, qui est cependant toujours une pensée, ne sait rien distinguer. Ce fondement du caractère peut être modifié par Texercice, non par renseignement. Mais qui fait faire cet exercice, si ce n'est une pensée, ou en d'autres termes un enseignement. La conscience, paraît-il, pourrait avoir de Tinfluence sur les actes, en présentant avec obstination certains motifs à la volonté : mais comment M. de Hartmann peut-il le savoir, puisque la décision prise à Tintérieur est impossible à surprendre, que le secret n'a jamais transpiré et qu'on ne connaît qu'une chose, l'acte qui se produit à l'extérieur ?
Le bien n'a aucun fondement. On appelle ainsi une manière de voir de la conscience. La déclaration est bien nette; il n'y a pas à s'y tromper : c'est ce que M. de Hartmann a écrit de plus clair. Il n'y a pas de morale naturelle.
Il n'y a pas d'opposition, de contradiction entre le bien et le mal. Dans l'exemple qu'il a choisi, l'expression particulière des vertus hospitalières des sauvages, il faut voir un degré de la morale sur l'échelle dont la partie basse est le mal^ la partie élevée le bien, celle-ci due à une conscience supérieure. Pourquoi supérieure ? Il fallait le dire. Le bien est une opinion de la cons-
cience supérieure ou non, mais assise sur le vide. M. c Hartmann a tort de Tappeler un jugement, car, lorsqu'il n'a pas de fondement dans la nature, un jug-ement ne s'appelle pas un jug-ement, mais un préjug-é; il le désig-ne bien mieux ainsi : «C'est la vérité deTindividu. »
(( Tout cela ne diminue pas le prix des appréciations ({ morales que fait la conscience de son point de vue. » Effectivement cela ne le diminue pas, mais le supprime. « Il faut seulement écarter l'erreur qui consisterait à « croire qu'en dehors de ce point de vue particulier les « concepts moraux aient un sens, alors qu'ils n'exis- « tent que par rapport à lui. Sans doute, si l'on admets (( en dehors de la nature et avant elle, une conscience, « celle d'un Dieu personnel, on peut, en se plaçant au « point de vue de cette conscience surnaturelle, appli- (( quer ces concepts dans l'appréciation du monde. Mais «si l'on nie, comme nous le ferons, qu'une conscience (( puisse se rencontrer en dehors de l'union de l'esprit et « de la matière, il n'est plus possible d'appliquer ces « concepts au monde inconscient... De même qu'en dépit « de son caractère exclusif et borné la conscience, dans « ce monde de l'individuation, l'emporte en importance « sur l'Inconscient, ainsi^ en dernière analyse, la mora- « litéest supérieure à l'état de simple nature. Puisqu'enii fin la conscience n'est qu'un produit de la nature in- « consciente, la morale ne peut être l'opposé du naturel, « mais seulement une forme supérieure à laquelle le (( naturel s'est élevé par sa propre puissance et à l'aide « de sa conscience ^ . »
M. de Hartmann a perdu le droit d'énoncer cette affirmation qui est en outre g-ratuite et contradictoire. Tout ce qu'il dit ici de la morale peut aussi bien s'appliquer au surplus du contenu de la conscience, l'erreur, le mal, toutes les sottises humaines, et il n'y a pas lieu de la préférer au reste, s'il n'en existe un motif venant de