La Philosophie, I, p
rintellect à Tég-ard de la volonté. La conscience seule la rend possible et le progrès du monde consiste à réaliser cette possibilité.
Que signifie cette scission? — « La conscience d'un « côté, l'émancipation de l'Idée à Tég-ard de la volonté, (i de l'autre, ce sont là deux termes que nous avons déjà « appris à réunir étroitement. Un pas encore, et en pro- (( clamant l'identité des deux, nous trouvons le mot de « l'énigme. La conscience n'est au fond pour l'idée que (( le détachement de l'idée du sein maternel, c'est-à-dire (( de la volonté de la réaliser, et l'opposition de la volonté « contre cette émancipation. Nous avons trouvé précé- « demment que la conscience est un prédicat que la voce lonté ajoute à l'idée ; nous pouvons définir maintenant « le sens de ce prédicat. Il exprime la stupéfaction que cause « à la volonté l'existence de l'idée quelle n'avait pas vou- « lue et qui se fait pourtant sentir à elle. L'idée ne prend « par elle-même aucun intérêt à sa propre existence : l'idée « ne doit l'être qu'à la volonté. L'esprit ne peut donc (( avoir, conformément à sa nature et avant l'origine de « sa conscience, d'autres idées que celles qui, appelées à « l'être par la volonté, forment le contenu de la volonté. « Tout à coup, au sein de cette paix que goûte l'Incon- « scient avec lui-même, surgit la matière organisée, dont « l'action, suivant une loi nécessaire, provoque la réac- « tion de la sensibilité et impose à l'esprit étonné de l'in- € dividu une idée qui semble tomber du ciel, car il ne « sent en lui-même aucune volonté de la produire. Pour « la première fois, l'objet de son intuition lui vient du « dehors. Là grande révolution est consommée : le pre- « mier pas est fait vers l'affranchissement du monde. « L'idée est émancipée de la volonté : elle pourra s'opposer « à elle dans l'avenir comme puissance indépendante, « et la soumettre à ses lois, après avoir été jusque-là « son esclave. L'étonnement de la volonté devant cette « révolte contre son autorité jusque-là reconnue, la sen-
Digiti
« sation que fait l'apparition de Tidée au sein de Tin- (( conscient, voilà ce qu'est la Conscience*. »
Revenons sur cette importante citation pour en bien pénétrer les termes et essayer de comprendre cette genèse qui paraît être du domaine non de la philosophie, mais de la révélation.
A Torig-ine associées dans une unité indissoluble^ la volonté et l'idée sont maintenant devant nous désunies, ennemies. Pourquoi cette division ? Gomment s'est-elle faite ? L'idée attachée au sein maternel de l'Inconscient ne prenait pas d'intérêt à son existence; elle devait V être à la volonté, et l'esprit (celui de l'Inconscient à la fois volonté et idée) ne pouvait avoir d'autres idées que celles qui sont le contenu de la volonté. L'Inconscient goûtait une paix profonde. — Tout à coup surg-it la matière organisée qui provoque la sensibilité, et l'esprit (non plus de l'Inconscient mais de l'individu) se voit imposer une idée qui semble tomber du ciel. La grande révolution est consommée. Le premier pas est fait vers V affranchissement du monde.
La grande révolution est consommée par l'apparition inopinée de la matière. Mais quel besoin en avait-on ? Aucun, puisque l'Inconscient goûtait une paix profonde. Il est vrai que l'Idée était V esclave de la volonté, mais elle ne s'en trouvait pas mal, puisqu'elle ne y^renait pas d'intérêt à son existence, et que l'esprit navait pas d* autres idées que celles qui sont le contenu de la volonté. Il faut croire qu'à cette époque on était bien pressé de faire des révolutions : nous sommes devenus plus raisonnables.
Essayons de connaître les personnages du drame. Commençons par la Conscience qui doit être ce qu'il y a de plus clair.
Qu'est-ce que la Conscience, ou, comment l'Idée devient-elle conscience? Tant qu'elle était attachée au sein