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La Philosophie de l'Inconscient, II, p

vait une méthode ingénieuse qui lui permet de satisfaire notre curiosité.

« Notre impuissance à nous faire une idée positive du « mode de connaissance propre à cette intellig^ence nous « condamne à la définir par opposition avec notre manière « de connaître la conscience, et, par suite, à ne lui prêter « d'autre attribut queTinconscience. » C'est là une application remarquable de la méthode d'induction : on définit une chose unique et inconnue, non conformément, mais contrairement à ce qu'on connaît.

(( L'activité de cette intelligence inconsciente n'est rien « moins qu'aveugle; elle est au contraire une vue vérita- « ble, môme une intuition clairvoyante. Mais cette vue « ne se voit pas elle-même et voit seulement son objet, le « monde. Nous pouvons définir cette intelligence incon- « sciante, qui est supérieure à toute conscience, une intel- « ligence supra consciente. .. Ce qui fait que l'intelligence « humaine est bornée, c'est la conscience qui repose jusce tement sur la séparation du sujet et de l'objet... La (( conscience n'est un avantage que parce que nous vivons (( dans le monde de l 'individus tion et dans ses limites. « Pour réaliser complètement les fins de notre être indice viduel nous devons séparer profondément notre personne « des autres et du monde. Mais TUn-Tout, en dehors duce quel rien n'existe, ne connaît pas de tels besoins *. » L'Inconscient voit l'objet et ne se voit pas lui-même, qu'est-il'donc? La volonté et l'idée, la matière et le e, l'Un-Tout en dehors duquel rien n'existe. S'il voit pas lui-même, que lui reste-t-il à voir ? Rien, sujet et l'objet sont le même tout. Donc s'il ne voit î sujet, il ne voit pas l'objet ,: il n'a pas l'intelli- . S'il voit l'objet, il voit le sujet : il a la conscience, ïujet est autre chose que l'objet, il est une chose de jue l'objet ; l'intelligence consciente voit donc plus

a Philosophie ^de Vlnconscient^ eh. viii. L'Inconscient et i du théisme.

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de choses que rinconscient qui ne voit que Tobjet : elle est supérieure, non inférieure à Tinconscientsupraconscient.

« Nous n'hésitons pas à dire que la croyance judaïco- « chrétienne n'a plus que le temps de choisir entre la « ruine définitive et une transformation panthéiste. Un « âg-e enfant pouvait se contenter d'une théodicéequi fait « de Lucifer et d'Adam les boucs émissaires du monde. « De telles imag'inations nous font rire aujourd'hui... »

Une imagination plus sérieuse fait le bouc émissaire de l'Inconscient lui-môme.

Nous connaissons les personnages du drame, ce qui était le plus difficile. Voici en deux mots le drame luimême.

La volonté était dans un mystérieux repos. Elle s'est engagée dans le devenir, dans un nouvel état de vouloirvide, d'éternelle aspiration vers son contenu : « Elle sem- « blait comme prendre sans cesse son élan pour réaliser « un saut qu'elle ne faisait jamais. » Elle était en proie à une souffrance absolue et sans trêve. Enfin elle saisit l'Idée qui se prend à exister et est réalisée ; elle goûte alors une paix profonde. Tout à coup surgit la matière organisée, et voilà de nouveau la volonté arrachée au repos, et plongée dans une stupéfaction qui dure encore et qui constitue la Conscience.

C'est ce dernier état qui nous intéresse le plus, car nous y sommes mêlés, nous y avons à souffrir des maladresses de l'Inconscient, et nous y jouons un rôle décisif, appelés que nous sommes à anéantir ce monde pour rendre la paix à la volonté. Les consciences, en réunissant leurs efforts, supprimeront le monde et profiteront de la nouvelle stupéfaction de la volonté pour la déterminer à ne pas recommencer et à se tenir désormais tranquille : c'est ainsi qu'une ruse ingénieuse persuada à Saturne, qui avait la manie de dévorer ses enfants, de se contenter d'une pierre.

« Pour atteindre à la transformation de la volonté du

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« monde et à son retour à Tétat où elle se trouvait avant « le commencement du processus universel, l'Un-Tout a « besoin de la conscience, et c'est pour cela qu'il la pos- « sède dans la totalité des consciences individuelles dont « il est le sujet commun... En dehors de la conscience (( vide de toute idée qu'il a du déplaisir indéfini auquel le « condamne la volonté de vivre, l'Un-Tout n'a que la « conscience finie des individus conscients. » Nous avions déjîï vu un vouloir-vide : nous trouvons ici une conscience vide : que de choses vides dans ce système î

L3S consciences individuelles suffisent à l'œuvre du

salut : elles sont en état de lutter avec l'Inconscient.

Mais avant d'en venir à l'exécution de cette grande

résolution, il est bon de se persuader que le monde est

réellement mauvais.

11 est mauvais. Pourquoi ? Quels sont notre sort,

notre destinée, le remède à la misère de l'existence ?

M. de Hartmann nous donne les explications suivantes

dans le chapitre xiii, intitulé : La déraison du vouloir

et le malheur de l'existence.

^' -^ommence par s'assurer l'appui des philosophes, ton, cependant connu comme optimiste, mais qui ue la mort vaudrait mieux que la vie, si elle L privation de tout sentiment, de Kant, Fichte, ng". Il prétend que pas un homme, parmi les plus X, n'accepterait de recommencer la vie. Leopardi déjà dit, et nous lui avons répondu, il s'attaque à l'illusion du bonheur par des preuectes : il dresse le bilan des biens et des maux, on est divisée en trois stades suivant qu'elle atbonheur de la vie actuelle, ou d'une vie surnafuture, ou de l'avenir de l'humanité qu'embellira ^-rès.

end à partie 'Schopenhauer, qui soutient que le Te du plaisir est négatif et, en passant, rejette nation qu'il fait à l'auteur du monde du concept

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de la responsabilité. D'après ce dernier, le plaisir a une cause indirecte, la douleur directe; le désir, tant qu'il n'est pas satisfait, cause de la douleur, et, satisfait, cause le plaisir par la cessation de la douleur. M. de Hartmann répond que le désir n'est pas une soufiFrance. Mais les sensations du plaisir et de la douleur causent également de la fatigrue, ce qui donne à la dernière le triste avantag-e de l'emporter, attendu que tout plaisir prolongée se transforme en douleur. Après avoir discuté la démonstration de son rival, il arrive à la même conclusion : le bonheur est négatif. Voici ses considérations. L'excitation, la fatigue des nerfs, font naître le besoin d'un terme pour le plaisir aussi bien que pour la souffrance. Il est nécessaire de considérer comme des émotions indirectes tous les plaisirs qui ne naissent que par la cessation d'un déplaisir et non par une satisfaction immédiate . De nombreuses difficultés s'opposent à ce que la conscience perçoive la satisfaction de la volonté, tandis que la peine éveille avec 'soi la conscience (celle-ci est due en effet à l'étonnement d'une résistance). La satisfaction de la volonté est courte, momentanée : au contraire, la contrariété dure autant que la volonté en acte; puisqu'il n'y a presque aucun moment où la volonté n'agisse pas, on peut dire que la contrariété est éternelle ^

Ces bases posées, M. de Hartmann j biens et les plaisirs, la santé, la jeune bien-être, le contentement, la faim, l'an sion, l'amitié, la famille, la vanité, l'ho l'espérance, l'immoralité même et aul de citer quelques arrêts .

« La dévotion religieuse. — Parlons « rieures de la piété qui peuvent s'accorc (( monde. Nous y découvrons des souff:

« dont il n'a pas été question jusqu'i

4 . Smith est d'avis que la douleur est plus ce qui ne Tempôche pas d'être optimiste.

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« tremble devant sa propre indignité; elle doute delà grâce « divine, elle frémit devant le jugement futur; elle se « lamente sous le poids de ses iniquités, quelque lég-er que « les autres puissent le trouver. Tout bien examiné, le plai- « sir et la peine se font contrepoids dans les sentiments « relig-ieux. » Tout serait encore mieux examiné, s'il était parlé du plaisir qui n'est que nommé pour être condamné. La jouissance de l'art et de la science est traitée avec moins de soin encore ; les considérants ne conservent plus, ni pour le fond ni pour la forme, la dignité philosophique : on y parle « de la chaleur et de l'exig-uïté des « salles de spectacle et du danger de prendre froid , de la « vanité des parents qui obligent les garçons à faire desdi- K lettantes. Et pour comble de misères, on ne connaît plus « en musique qu'un seul instrument, le piano infortuné, 0 bon à tout, le piano sans âme, etc. » Du beau, il n'est « pas même question ».

En résumé, la vie se divise en états qui ne procurent que de la souffrance, ou qui correspondent au zéro delà sensibilité, ou qui ne servent qu'à réaliser des fins étrangcTCS, le plaisir des uns et le malheur des autres, plus de souffrance que de plaisir, tels que la faim, l'amour sexuel, qui reposent sur des illusions, qui ne produisent que des maux pour la conscience, qui vendent le plaisir au prix de la peine : la science et l'art sont de ceux-là. La conclusion est la condamnation du monde actuel.

Le deuxième stade del'illusionquivoitle bonheur dans une vie future est aussitôt jugé : l'individualité s'évanouit à la mort. Ce motif est péremptoire.

roisième stade n'est pas plus heureux. Le progrès

tile au bonheur. Plus éclairé on souffre davantage.

autant de vices maintenant qu'autrefois. On ne

; pas plus heureux depuis les grandes inventions

Qes.

bilan, pour employer les expressions de M. de

ann, est la partie la plus accessible et la plus

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célèbre de son œuvre; elle ne paraît pasjuslifier sa renommée. Elle est dénuée de cette orig'inalité qui se montre partout ailleurs avec tant de hardiesse qu'elle s'expose à perdre son nom. On n'y voit que de sèches redites, des pensées faciles qui traînent partout. Mais M. de Hartmann a eu rhabileté de les rang'er en un corps de doctrine. Tous les maux du monde groupés dans des poses forcées, théâtrales, attirent le regard *.

La conduite que nous avons à tenir est tracée dans le chapitre xiv : Le but de l'évolution et le rôle de la conscience.— La série des fins n'est pas plus infinie que celle des causes. La justice, la moralité, la liberté, qui n'est que l'afiFranchissement de la contrainte, ne sont pas des fins absolues, mais intermédiaires. Le progrès n'existe que dans la conscience, mais elle ne peut être sa propre fin. Elle est engendrée dans la douleur, elle prolonge son existence dans la douleur, elle se développe au prix de la douleur.

La fin en soi, la fin suprême, dont la conscience n'est que l'instrument, est le bonheur, la réalisation de la plus haute félicité possible. Or celle-ci n'est autre que l'absence de toute douleur.

L'organisation du monde actuel est la plus sage et la meilleure ; il est le meilleur des mondes possibles ; cependant il est absolument malheureux, pire que le néant. « Gela revient à dire que si la nature, le comment « du monde (son essence) ont été déterminés par une (( raison souverainement sage, le fait de son existence « doit être rapporté à un principe absolument étranger « à la raison ; ce principe ne peut être que la volonté. « L'atome corporel est une force attractive ; ce qu'il est « et comment il est, c'est-à-dire l'attraction qu'il exerce « suivant telle loi déterminée, voilà en lui la part de

1. Nous devons le mot Bilan à M. de Hartmann, mais l'idée de faire ce calcul est bien vieille. Epicure parait être le premier qui Ta fait pour les plaisirs seulement.

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« ridée. Le fait de son existence, sa réalité,sa force, voilà « la part de la Volonté. Le monde envisagé tel qu'il est « n'est qu'une idée de l'Inconscient, et l'idée inconsciente, « esclave de la volonté à laquelle elle doit son existence (( actuelle, et en face de laquelle elle n'a aucune force « propre, n'a été ni consultée ni entendue sur le fait de « l'existence du monde. La Volonté n'est essentiellement « et avant la création qu'un principe étrang-er à la rai- (c son (sans raison, sans log-ique), mais aussitôt qu'il « entre en action, les conséquences de son vouloir en font « un principe contraire à la raison (déraisonnable, antice logique), parce qu'il poursuit le contraire de ce qu'il « veut réellement, à savoir la souffrance... Il s'agit pour « la raison de corriger les fautes de la volonté déraison- « nable. L'Idée inconsciente ne se représente pas sans « doute la Volonté positivement comme volonté, mais « négativement, comme la négation du principe logique « ou comme sa propre limite, c'est-à dire comme l'illo- « gique. Mais elle n'a, comme Idée, aucun pouvoir sur « la Volonté, parce qu'elle ne peut lui opposer aucune « force propre. Elle est obligée de recourir à la ruse; (( elle profite de l'aveuglement de la Volonté ; elle rend « le contenu du vouloir tel que ce dernier, en se réflé- « chissant sur lui-môme dans l'inviduation, tombe en « lutte avec lui-même et donne naissance ainsi à la con- (( science. En d'autres termes, l'Idée fait créer par la Voce lonté une force indépendante, capable de s'opposer à (( à la Volonté et va en faire usage pour faire combattre « la Volonté par cette dernière *. »

Notre ligne de conduite est toute tracée. Nous devons opposer nos volontés à cette Volonté déraisonnable et antilogique qui s'obstine à vouloir vivre, pour la forcer à rentrer dans le repos. Avant d'entrer dans les détails, M. de Hartmann triomphe de Schopenhauer. « Son ab- (( solue incapacité, qui se trahit partout, de s'élever à la

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