‹ Le petit arsenal du catholique ou Traité élémentaire de controverse [microforme] (volume 2)Chapitre 27 sur 49 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Un mot sur l'unité de foi détruite par Luther. == Unité de foi dans la véritable Eulise. —— Nécessité de cette unité. Un chef pour maintenir cette unité.— La société civile et la société religieuse.

LE COLPORTEUR : Vous avouerez, mon ami, que cette unité dans la même croyance est trop forte pour la raison humaine. Luther l'avait bien compris, lorsqu'il établissuit, coume principe fondamental de sa réforme, qu? chacun interpréterait la parole de Dieu, comme il le voudrait.

JEAN-BAPTISTE : En posant ce principe, Luther était conséquent dans sa révolte, Il avait nié la plus grand autorité morale qui exsistät sur la terre, celle de l'Eglise catholique, il n'y avait pas moyen de la remplacer par une autre qu put s'imposer à Ja raison humaine pour la diriger. Il fallut done abandonner la raison à elle-même.

Depuis ce temps et par la fatale influence de ce principe anarchique, ies protestants ont perdu l'idée d'une autorité religieuse, chargée de régler les volontés humaines pour le bien et dans le bien, De là, chez eux, l'anar-hie religieus!, la révolte de la raison contre tout frein moral, et cette multitude de symboles, si toutefois on peut appler symboles des lambeaux de vérité livrée aux caprices de Ja raison individuelle.

C'est Luther qui a fait ce mal, en posant ce principe anarchique, aujourd'hui sans remede dans les sociétés protestantes. Et vous me dites bonnement que ce grand révoité trouvait ce principe d'unité religieuse trop fort pour la raison humaine ? Et pourquoi avait-il foulé à ses pieds l’autorité divinement établie qui la guidait saus l'écraser ? Pourquoi avait

U CATHOLIQUE. vi

il bri le jong des devoirs religieux (1, que tout être humain doit s'imposer, sous peine de devenir un scélérat ? Pourquoi avait-il prolamé l'indépsndance de la raison, qu'il faut constamment diriger avec le frein, st on ne veut pas qu'elle tombe dans la folie on dans l'extravazance (2) ?

Revenons maintenant à l'obligation de garder l'unité religieuse dans la véritable Eglise,

Veuillez nous lire les versets 29 et 21 du 17’ chapitre de l'évansile selon saint Jean.

Le colporteur lil : “Je ne vous prie pas seulement pour eux “ (les apôtres), mais encore pour ceux qui doivent croire en “moi par leur pérole ; afin qu'il soient #» tous ensemble, “comme vous, mon Père, êtes en moi, et moi en vous ; qu'ils “soient de même ## en nous ; afin que le monde croie que “vousm'avez envoyé. ?

JEAN-BAPTISTE : Voilà encore ici votre grand principe condamné, Jésus-Christ n'a prié que pour ceux qui croieront en lui par la parole de ses envoyés. Vos liseurs de bible protestants, sont exclus de cette divine prière. En vérité, c'est désolant de n'avoir pas lu ce texte, avant d’avoir fait tant de chemin pour venir me dire qu'on ne peut sesauver que par la lecture de la bible !

Kemarquez maintenant combien doit être étroite l'union qui doit exister dans la véritable Eglise : 1° Union des pasteurs ou des brebis entr'eux ; 2’ Union des agneaux ou fidèls entr'eux et avec leurs pasteurs ; 3° Union de tous les pasteurs et de tons les fidèles avee Jésus-Christ et son Père. Voyez quelle est la nécessité et l'importance de cette union, puisqu'elle doit être la marque ou le signe de la divine mission du Fils de Dieu, en ce monde. D'où il faut conclure que les hérésiarques, en brisant cette union, soit par le schisme, soit par l'hérésie, ont détruit la marque donnée par le Kauveur lui-même, pour reconnaitre sa mission. Qui mesurera la grandeur de ce crime (3)!

TA ue ch. 11, v. 29. (2) Voyez à !'Appendice, 5. (2) Voyez à l'Appen-

Les apôtres, profondément pénétrés de cette maxime de leur divin maitre, ont constamment prêché cette union entre les fidèles ; vous allez vous en convaincre, Mr le colporteur,

“ Or, je vous conjure, mes frères, dit saint Paul (1), par le “nom de Notre Seigneur Jésus-Christ, d'avoir tous un

‘inéme langage, et de ne point souffrir parmi vous de diri-

“sions ou des schismes, mais d'être tous unis ensemble dans ‘un méme esprit et dans un méme sentiment. ?

Eh !'bien, Mrle colporteur, pourrez-vous jamais mettre en pratique cette recommandation du grand apotre, faite, remarquez-le bien, au nom de Jésus-Christ, en suivant la règle qui laisse chacun libre d'entendre la parole de Dieu selon sa raison individuelle ? Avec cette pomme de discorde, la raison individuelle, viendrez-vous à vous entendre pour former une société religieuse qui n'ait qu'un même langage religieux, unméme esprit et un méme sentiment religieux ? De toutes les parties de la terre, où existent des protestants, s'élève une voix qui répond : non, non ; jamais. Ni je pose cette question au synode protestant, tenu à Génève en 1835, et où assistaient deux cent cinquante révérends, venus de presque tous les pays de l'Europe, le président du Sat Synode me répond : “ Personne ne doit être étonné qu'il y ait des dis- “ sidences parmi nous. Pouvions-nous espérer que des # hommes qui se partagent sur toutes les questions, s'ac- “corderaient sur tous les points de la religion ? Qu'avec “des fa-ultés, une éducation, un caractère si peu sem- : RARES s, ils interpréteraient tous la parole de Dieu de 1:

‘même manière ? ” Après des dissentions sans fin, le Rév Mr J'ontanes, à bout de patience : “ Je demande, dit-il, : M écarte toute discussion doginatique ; €ar nous

savons tous d'avance qu'elle n'aboutirait à aucune solu- “tion. ” Quel aveu impayable ! Mais quelle Babel que le protestantisme !

Tournez maintenant vos regards vers l'Eglise catholique

(1) 1 Cor, ch, 19 v. 10,

DU CATiIOLIQUE. 79

Iuterrogez-la dans toutes les parties du monde, dans tous les siceles passés ; on répondra partout, dons x méme langare, dans un méme esprit el dans un méme sentiment, sur les sacrements, sur la hiérarchie, sur la foi, sur les pratiques générales de sanctification, telles que le jeûne, l'abstinence, &e. Interrogez l'épiscopat, réuni à Rome en 1862; comparez cette grande et imposante assemblée des premiers pasteurs de l'Eglise, avec votre synode de Génève, et dites où est la société religieuse qui porte le signe de l'union recommandée par l'apôtre saint Paul. Si, après cela, vous tirez une conséquence, sera-t-elle en faveur du protestantisme ou de l'Eglise catholique ?

LE COLPORTEUR, séchement : Je n'ai point de conséquence à tirer de ce que vous venez de dire, et je ne suis point chargé de justifier le synode de Génève...…

JEAN-BAPTISTE : Je vous plaindrais vraiment d'en être chargé ! Vous faites mieux de l'abandonner à son triste Sort.

J'en ai pas fini de vous donner des textes qui regardent la grande question de l’unicn religieuse. Veuillez m'écouter encore, continue Jean-Baptiste.

“ [ls persévéraient tous les jours dans le temple ans l'union d'un méme esprit. Et le Seigneur augmentait tous “les jours le nombre de ceux qui devaient être sauvés, dans leur societé (1) !

* Or, toute la multitude de ceux qui croyaient, n'avait qu'un cœur et qu'une àâme (2).

* C’est lui-même (Jésus-Christ) qui a donné à son Eglise “ quelques-uns pour être apôtres, d'autres pour être pro- “ phètes, d'autres pour être évangélistes, d’autres “pour être pasteurs et docteurs; afin qu'ils travail- “lent à la perfe:tion des saints. jusqu'à ce que “nous parvenions tous à l'unité de la foi. afin que nous ne “soyons plus comme des enfants fbttants, et qu: nous ne “ nous laissions pas emportés çaet là, à tout vent de doc-

(1) Actes, ch. 2, v. 46-47. (2) Ibid, ch. 4, v. 82,

trine par la malice des hommes et par l'adresse qu'ils em. ploient à engager artificieusement dans l'erreur (1). ” Mais ayant un sacme esprit de joi, selon qu'il est écrit :

j'ai cru, c'est pourquoi j'ai parlé (2).?

“ Soyez unis avec les autres dans les mémes sentiments : ne vous élevez point dans vous-mfines ; mais accommo dez-vous avec les humbles : ne soyez point sages à vos propres veux (3).?

Rendez ma joie pleine, n'ayant tous qu'un même esprit une néme charité, une méme âne et les mémes senti ‘ments (4), ”

Késuimons ces textes. Lois Chrétiens s'assemblent pour

prier dans un méme esprit ils n'ont tous gun cœur et qu'une ame ; des apotres, des pasteurs et ds do:teurs sont choisis par Jésus-Christ afin de travailler à former dans le cœur des fideles, cette nnilé dans une meme foi; tous doivent avoir an meme esprit de foi, étre daus les nemes sentiments ; n'avoir tous qu'un meme esprit, une omeme chcité une meme ame el les memes sontènents, an qu'ils puissent, d'un memecaur, et d'une méme bouche, glosdier Diva le père de Notre Nricneur Jésus-Christ (3), puisque fous ne sont qu'un corps el qu'un esprit comme tous ont été appelés une mme espérance ee qu'un y à qu'un Soioneur, qu'une foi, qu'un bapteme (5). Fi lorsque les brebis, encore séparées de cette unité qui glorifiera Dieu d'une méme bouche, iterprete d'une meme foiauront été appelées dans be bercail du Souverain Pasteur, alors il n'y aura plus qu'un pasteur el qu seal loupe (T), el tous seront consonunés dans l'unité (S).

L'union dans iviménae foi (una files), dans la même société (ann ovile), dans th omemes culte (wo ore), sous un méme et unique Pasteur (asus Pastor), est done limarque distinetive de la rehgion fondés par Jésus-Christ. il n'y a pas moyen de fe nier, Mr le colporteur. Mauis, n'est-ce pas un fait publie, avoué, incontestable, qu: les soriétés protestan-

Q) Eph eh, 4, v. 11-12-1314 2) DE Cor ch, 4, ve 13 (3) Rom. ch. 12, vln (CN Phil eh, 2, v. 2, (5) Roun eh 15, v. 6. (5) Eph, ch. 1, v. 4-9, Qt) deuu, ch, 50, v, 16, (5) druu, ch, 17, v. 25,

tes ne sont pas unies dans une méme foi, ne forment pas wne méme société, ne rendent pas à Dieu /e méme culle, et n'ont pas a leur tête l'unique Pasteur dont parle 19 bible ? Les sociétés protestantes ne peuvent donc prétendre au droit d'être la reliœion fondée par Jésus-Christ, Or, la religion catholique seule se présente au monde, avec son union dans une méme foi, dans une méme société, rendant à Dieu un méme culte, avant à sa tête l'unique Pasteur : la religion catholique seule à donc droit de se dire la religion fondée par Jésus- Christ ; elle sen'e offre donc les caractères distinctifs désionés dans la bible ; elle est donc la religion véritable.

Que ferez-vous maintenant de votre grand principe: /a bible, toute la bible, rien que la bible? Voulez-vous que je vous le dise? Vous n'avouerez pas qu'il est faux; qu'il tend à briser l'union entre vous; qu'il conduit au plus désastreuses conséquences : non, ce serait trop francet surtout crop dangereux pour le métier que vous faites: mais vous le proclamerez trois fois plus haut; vous le répéterez vingt jois plus souvent et, par là, vous continuerez d'en faire nn piege, un étendard d'hypocrisie pour tromper les simples et les ignorants. Vous réussirez à persuader ainsi à de pauvres cerveaux brülés, que vous seuls êtes d'accord avec la bible, pendant que cette bible vous condamne. Vous aurez toujours à la bouche le nom adorable du Christ, et vous ne cesserez de travailler à détruire Ja société qu'ii est venu fond sur Ja terre.

Veuillez m écouter, encore un moment. Ne parlons que le lengage de la saine raison. Pouvez-vous nior que lohjet constant de la haine de toutes les sociétés protestantes, pussées et présentes, ne soit lPauguste et vénérable chef de FE: œhse catholique? Bien plus, pouvez-vous nier que cette haine stupide contre le Pape, ne vous soit commune avec les nn pies, les philosophes voltairiens, les révolutionnaires 4. rites, les Garibaldi, les Proudhon, les Mauzzini, et avec les vauriens de tout grade ? Et qui est done le Pape 2 Lu que Pasteur, nommé par le divin fondateur de la socicté

chrétienne, pour diriger l'unique troupeau qui doit former son Eo'ise ? Entre-t-l dans la nature des sociétés humaines de n'avoir pas de chef pour les diriger, et y maintenir l'union ? Non; à la tête Ge toute société organisée, il faut un chef. Nans ce chef, point de société. Or, les chrétiens ne forment-ils pas une société? Pourquoi donc votre haine contre le Pape, chef de la société catholique ? Laissez-moi vous le dire. La grande et imposante wxilé catholique vous épouvante, vous, protestants, qui ne vivez et ne pouvez vivre que dans la discorde et la désunion. Le rocher, qui sert de bâse à cette unité catholique, et sur lequel, et tous vos hérésiarques, et tous vos controversistes, et tous vos écrivains, et tous vos hommes d'état, et tous vos ministres, sont venus briser leur front, vous arrête dans votre marche de destruction, et vous lavez en horreur! ! Trop petits, trop faibles, trop hommes pour renverser ce divin fondement, vous vous réunissez des quatre vents pour lui jeter à la face, de la vile boue, de sales crachats, de sacrilèges outrages, comme autrefois es Juifs à la face du Chrisi, Fils du Dieu vivant. Je vous entends l'appeler l’homme du mal, la bete de l'Apocalypse, Pantechrist, enfin. (Nous verrons plus lard si la bible est pour vous). Oseriez-vous, M' le colporteur, prodieuer d'aussi outrageantes épithètes au souverain d'une grande nation ? Non, vous n'oseriez le faire : Iwnorezvous donc que Je Pape a deux cents millions de sujets ? Non, vous le savez; mais c’est le chef des catholiques, et vous avez une loi, comme les Juifs, et selon votre loi, il faut le détruire, parce qu'il se dit le vicaire du Christ (1). Le Pape renversé, que feriez-vous de la société humaine, que lui seul a pouvoir de diriger, afin qu'elle ne retombe pas dans la barbarie ?

Cependant, comme moi, comme tous les hommes qui savent coudre deux idées ensemble, vous admettez que, pour subsister, les sociétés humaines doivent être conduites de manière à parvenir à leur destination, Comme elles ten-

(1) Jean, ch. 19, v. 7.

dent, par leur nature, à se diviser par la diversité des opinions et des intérêts individuels, il faut pourvoir aux moyens d'y maintenir la paix et l’union, seules ressources de conserver toute société. Ni on laissait chaque citoyen maitre d'expliquer les lois qui doivent diriger une société, la paix et l'union ne pouvant plus y subsister, ia société mourrait. l'our lui conserver la vie, on a jugé indispensable de mettre à sa tête des hommes constitués en autorité au-dessus de tous les autres, afin que chaque individu ne soit pas Hvré à lui-même et ne devienne pas maitre, car le proverbe dit: lu où tout le monde est maitre, tous sont esclaves.

Voilà comme on raisonne quand il s'agit d’une société humaine, constituée pour des fins purement humaines. Mais, est-il question d’une société religieuse, dont les intéréts sont éternels ; on renonce au sens commun, au simple bon sens, aux régles élémentaires de toute société, pour laisser chacun des individus de cette société, croire et faire ce qu'il voudra. Ce qui signifie que l’on prend tous les moyens possibles pour éviter l’anarchie dans la société humaine, et que l'on emploie tous les artifices possibles pour l'établir duns la société religieuse! Ce qui se résume par cette maxime: il faut mettre une téte au corps social, si onne veut pas en faire un monstre; mais il n'en faut pas mettre une au corps religieux, parce qu'il doit être un monstre.

LE COLPORTEUR, que ne peut trouver, dans son grimoire, des moyens pour justifier les opinions divergeantes, les divisions et la haine des protestants et des ünpies contre le chef de l'Eolise catholique, passe à pieds joints, sur tout ce que vient de lui dire Jean- Baptiste, pour lui faire la ridicule objection que voici: Mis, non ami, quel mal fait, à une société religieuse, une personne qui pense où croit d'une manicre contraire à ce que pensent ou croient les autres personnes de Ja même société, dès que la paix extérieure de cette société n'en cst pas trou-

blée 2

JEAN-BAPTISTE: Votre révonse est vraiment digne du

métier que vous faites avec vos bibles tronquées et falsifices ! On dirait que vous n'avez pas même l'idée que les intelligences, les âmes ont besoin de se concentrer dans /a vérité, pour y recevoir Ja vie qui leur est propre, s'y associer et en conserver l'héritage sacré? Vous me semblez n'avoir jamais su cette parole que le Sauveur des intelliwences, égarées dans toutes les voies de l'erreur, adressait à la terre : “ L'homme ne vit pas seulement de pain, mais de “toute parole qui sort de la bouche de Dieu (1). Vous n'avez jamais compris ce grand mot du symbole de la foi : Je crois La communion des saints, mot qui signilie l'union la plus intime des cœurs, des esprits, des prières, des actions des enfants de Dieu, tendant à s'aider, à se fortifier, à se sanctilier, en mettant en commun tout ce qui est bon et salutaire pour les âmes.

Vous me dites niaisement: dès que la paix extérieure d'une société n'est pas troublée, les croyances des individus sont sans danger. Et qui met le trouble dans toutes les sociétés, si ce ne sont les idées contraires au bien de la société 2 Vous voulez la paix extérieure, avec la division dans les intelligences ? Autant vaudrait-il mettre le corps humain en paix et tous les membres tendant chacun à un but différent ! Depuis quand n'est-il plus dans à nature humaine de ne pas agir selon ses convictions ? Qui bouleverse les sociétés ? Qui les divise ? Qui les détruit ? N'est-ce pas celui qui croit de son intérêt de le faire ?

Mais c'est assez sur ce sujet : revenons à la bible.

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CHAPITRE V Présence réelle de Jésus-Christ dans l'Eucharistie, — Ordinations. -- Évêques.

JEAN-BAPTISTE : Dans la dernière eène, Jésus-Christ ayant pris du pain, le bénit, le rompit, et le donna à ses apotres, en disant: prenez et mangez: ect est mon corps (1). ?

(1) Matt, ch. 4, v. 4. (2) Matt. ch. 26, v. 26,

DU CATHOTIQUE. 85

Pensez-vous, Mr le colporteur, que ee qu'il leur présentiut alors, était vraiment son corps ?

LE COLPORTEUR, d'un air magistral: Ce passage de Ja bible est très difficile à comprendre, mon ami. Il faut avoir été pendant bien des années, dans une société évangélique, pour le comprendre. On ne peut entrer dans la pensée du Christ, sans faire une petite addition, telle que: ceci est la figure, l'inage, le sourenir de mon corps.

JEAN-BAPTISTE: Comme on devient intelligent quand où lit la bible, avant devant les veux ce grand principe: la bible, toute la bible, rien que la bible ! Cependant, on se pernet, quand cela sert à mettre la bible d'accord avec ses idées, d'ajouter quelque petit mot innocent qui lui fait dire tout le contraire de ce qu'elle dit! C'est ainsi que vous respoctez la parole de Dieu, Mr le colporteur ?

Nous allons le voir. J'ai, à la main, un livre qui nr'appartient, je vous le donne en disant: crc est mon livre: et vous de dire: non, mon ami, ée que vous me donnez, n'est pas votre livre, mais seulement la figure, l'image, le souvenir de votre livre. Je me récrie contre vous : mais c'est vraiment mon livre: je ne suis pas un menteur. Vous répondez! mon ami, je vous assure que vous vous trompez; ce n'est pas votre livre, mais seulement son image.

Voulant m'assurer si réellement vous n'êtes pas un fou, je vous soumets le fait suivant: Je passe avec un ai pres d'une magnifique maison, et, la lui montrant du doigt, je lui dis: Voila une magnifique maison! Vous vous trompez œrossièrement, me répond cet ami, ou vous ne parlez pas comme il convient: cette magnifique maison que vous me montrez du doigt, et que je vois, aussi bien que vous, n'est pas ce que tous les hommes sont convenus d'appeler une maison ; mais seulement l’image, la figure, le souvenr d'une maguilique maison. Pensez-vous que mon ani avait son bon sens ? Le colporleur reste muet conne un poisson.

Puisque vous refusez de me faire connaitre si mon ami a encore sa raison, continue Jean-Baptiste, vous voudrez bien

me donner l'explication de ce passage de la 1re Epitre aux Corinthiens (1). Saint Paul écrit aux Corinthiens qu'il a appris de Jésus-Christ lxi-même ce qu'il leur a enseigné, savoir: que la veille de sa passion, Jésus-Christ prit du pain, et ayant rendu grâce, le rompit, et dit à ses diseiples: prenez el mangez; cecr est mon corps, qui sera livré pour vous. Comment entendez-vous ces paroles, Mr le colporteur ?

Le Corrorreur: Ce passage de saint Paul n'est pas différent de celui de saint Matthieu, que vous venez de me citer: saint Paul à également omis le mot fiowre, ou ünage, qui eut donné le vrai sens des paroles de la cène.

JEAN-BAPTISTE : Ne soyez pas surpris si je vous déclare franchement, que la réponse que vous venez de me faire, est un mensonge que votre raison condamne, Mettonsnous à la place des disciples qui assistaient à la dernière cène. Nouvenons-nous de ce qu'ils avaient entendu de la bouche de leur divin maitre (2):

“ En vérité, en vérité, je vous le dis: Moïse ñe vous a “ point donné le pain du ciel; mais c'est mon pere qui “vous donne le véritable pain du ciel. Car le pain de “ Dieu est celui qui descend du ciel, et qui donne la vie “au monde. Je suis le pain de vie: Celui qui vient à “ moi n'aura point faim, et celui qui croit en moi n'aura “jamais soif. ?”

Remarquons ici le murmure des Juifs. “Les Juifs donc “murmuraient contre lui, parce qu'il avait dit: je suis le pain vivant quisuis descendu du ciel.” Jésus-Christ les reprend de leur murmure et leur fait comprendre pourquoi ils ne croient pas à sa parole, Ne murmurez pas entre vous. * Personne ne peut venir à moi, si mon Père qui m'a envoyé, ne l’attire. ” [l va reprendre maintenant la suite de son discours. “ En vérité, en vérité je vous le dis : celui “ qui croit en moi a la vie. Je suis le pain de vie, Vos “ pères ont mangé la manne dans le désert, etils sont morts.

me

(1) Ch. 11, v. 23-24. (2) Ch. 6.

‘ C'est ici le pain qui est descendu du cielafin que celui qui

en mange ne meure point. Je suis le pain vivant qui suis descendu du ciel. Si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement, et le pain que je donnerai, c'est ma chair que je “ dois livrer pour la vie du monde.” Kcoutons maintenant les Juifs, dont les protestants répètent les paroles de leur doute incrédule. “Les Juifs donc disputaient entr'eux, en disant : “ Comment celui-ci peut-il nous donner sa chair à iman- “wer?” Que va faire ici le Dieu de vérité ? On a compris qu'il promettait de donner sa chair en nourriture. Ilentend leur murmure. S'ilne veut pas réellement donner ce qu'il leur promet et ce qu'ils ont parfaitement compris, ne

doit-il pas les détromper en disant, comme vous Mr le colporteur: Vous vous trompez sur le vrai sens de mes paroles, Ce n'est pas réellement ma chair, mon propre corps, celui que vous voyez de vos yeux, mais seulement la figure, l'image, le souvenir de ce corps, sous la forme du pain, que je viens de vous annonver pour nourriture, Voila ce que dirait tout homme franc à ceux qui se seraient mépris sur le sens de ses paroles. Mais, Jésus-Christ, le Dieu de vérité, loin de détromper les Juifs, va confirmer ce qu'ils ont compris, par un serment solennel.

“Jésus leur dit donc: En vérité, en vérité je vous “ Je dis : Si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme, et “si vous ne buvez son sang, vous n'aurez point Ja vie en vous. Celui qui mañige ma chair et boit mon sang, a la vie éternelle, etje le réssusciterai au dernier jour. Car ma chair est véritablement une nourriture, et inon sane est véritablement un breuvage. Celui qui ze ma chair et boit mon sang, demeure en moi et moi en lui. Comine le Père qui est vivant m'a envoyé, et que je vis par mon Père, de même celui qui me mange vivra aussi par moi : C'est ici le pain qui est descendu du ciel, bien différent de la manne que vos pères ont manoée, et qui ne les a pas empêchés de mourir. Celui qui zunge ce pain vivra éternellement. ”

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pa

Ne nous occupons, ni des disciples quitrouvent ce discours dur el ne peuvent l'écouter, ni de ceux qui abandonne leur divin miutre, scandalisés par ses paroles de vie, pour écouter la réponse de saint Pierre : * À qui irions nous, Seigneur ? # Vous avez les paroles de la vie éternelle ; et nous avons ‘eru et nous avons connu que vous êtes le Christ, le Fils de “ Dieu. ”

Transportons-nous maintenant dans la salle où se fait la cene ; n'oublions pas que les dis-iples qui ont entendu le discours que nous venons de lire, y étaient, et que c'est à eux que Jésus-Christ va présenter le pain consacré, en leur disant : prenez el mangez ; ceci est mon corps. qui sera livré pour vous Comment pouvaient-ils, devaient-ils entendre le sens de ces paroles ? Un doute, un shnple doute a-t1l pu s'élever dans leur esprit, qu'ils ne recevaient pas réellement et véritablement le vrai corps de Jésus-Christ ? Non ; Pas Île moindre doute. Ce doute est nnpossible, ils n'ont pu je concevoir. Hs avaient cru à la promesse de celui qui à les paroles de lu vie éernelle, et ils ont également cru à l'accomplissement de cette promesse. [faut admettre cette conséquence, où se faire incrédule : je ne vois pas de milieu entre ces deux extrêmes,

Avez-vous remarqué ces paroles : Ceri est mon Corps, QUI SERA LIVRÉ POUR VOUS ? Ni l'interprétation que vous donnez à ces paroles était la véritable, ne faudrait-il pas en conclure que Jésus-Christ n’est mort qu'en image où qu'en Jisure ? Ne voyez-vous pas dans quel ab:me vous conduit votre raison protestante ? [n'y a donc pas de Rédemption, diront les incrédules ?

Maintenant, Mr le colporteur, voulez-vous me permettre @e vous faire une toute petite remarque ?

Le CoLPORTEUR, de mauvaise humeur : Quelle remarque voulez-vous me faire ! Parlez si vous voulez.

JEAN-BAPTISTE : Jésus-Christ dit, en saint Matthieu (1): “KSivous ne devenez semblables à des petits enfants,

(1) Ch. 18, v. 8,

“vous n'entrerez point dans le royaume des cieux. T'Eucharistie renferme un mystère d'un immense amouret d'une humilité infinie. Pour croire ce mvstereil faut etre hunble de cœur et d'esprit, étre devenu semblable à nn petit entant. Les protestants, qui sont les exfants de la révolteet de l'orgue, ne peuvent y croire, et ils torturent les textes de la sainte écriture, qui en établissent si clairement la vérité, afin de n'y pas croire. L'orgueil, ne pouvant concevoir qu'un Dieu s'humilie jusque là, s'écrie : “ Comment cet homme peut- “il nous donner sa chair à manger ? ” Alors, l'orgueil se retire de la table où est donné cette ineflable nourriture, et puis il reste sans remède. Je ne doute nullement que Jésus- Christ n'ait voulu désigner les orgueilleux de cette espece, par les paroles de cette divine pricre : “Je vous rends grà- ‘ces, mon Pere, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que “tandis que vous avez caché ces choses aux sares el ane “prudents, vous les avez révélées aux sunples el aux petits (1). ”

LE COLPORTEUR : Gardez vos compliments pour vous, mon ami: Je n’en veux pas. Nachez d'ailleurs que nous avons autant de raison de croire que nous entendons Ja bible, sur ce sujet, aussi bien que vous, qui suivez le sens que lui donne l'Église catholique.

JEAN-BAPTISTE : Je vous ai déjà dit que vous étiez seul de votre opinion, puisque vous êtes de la reison individurlle, indépendante, et qui ne croit qu'à elle-même ; au Heu que moi je suis l'opinion, la foi, la croyance de deux cents millions de catholiques actuellement vivants, et d'un nombre cent fois plus grand qui m'ont précédé. Ainsi notre position nest pas du tout la même. Mais laissez-moi continuer de vous soumettre les preuves de ma crovance. Continuons d'examiner le texte de 14 1re Epitre aux Corinthiens.

Apres les paroles que je vous ai déjà eitées, saint Paul continue de parler ainsi, pour votre condamnation (2). * C'est pourquoi, quiconque mangera ce pain où boira le

(1) Matt. ch. 11, v.25. (2) Matt ch. 11, v. 27-29,

calice du Seigneur indignement, # sera coupable du corps et “ dusang du Seirneur… Car, quiconque en mange et en boit “indignement, mange et boit sa propre condamnation, ne “ faisant point le discernement qu'il doit du corps du Seioneur. ”

ixpliquez-moi, maintenant, Mr le liseur de bible, 1° comment on peut se rendre coupable du corps du Seigneur, en mangeant un morceau de pain, comme figure, image, ou souvenir de ce corps ? 2’ Comment saint Paul a pu dire que celui qui communie indisnement, manse el boit sa condamnation, ne faisant point le discernement qu'il doit du corps du Seigneur ? Muis pourquoi serait-il coupable et quelle serait la raison de sa condamnation, s'il ne discernait pas, dans la communion, le corps du Seigneur, S'il n'y est pas ?

Que voudraient dire, d'ailleurs, cette préparation, cet examen sérieux de l'état de sa conscience, avant de commuhier, Si on ne doit recevoir qu'un morceau de pain, en souvenir de Ja derniere cène 7? Car voilà la regle que pose saint Paul pour ne pas s'exposer à boire où à manger sa condamnation : “ Que l’homme donc s'éprouve soi-même ; qu'il mange ainsi de ce Pain, et qu'il boive de ce Calice. ” Et pour épouvanter les pécheurs audacieux et qui, coupables de quelques crimes, oseraient recevoir Je pain vivant, donné dans ce banquet, saint Paul leur déclare que “west pour “cela, à cause de commmons indirnes, qu'il y avait parmi eux “des malades et des languissants et que plussieurs étaient “ frappés de mort. ”

Le Cocrorreur: J'avoue, mon ami, que saint Paul a parlé très obscurément dans les textes que vous venez de citer : il n'est pas facile de coinprendre le sens de ses paroles

JEAN-BAPTISTE. Oui, saint Paul a parlé bien obscurément pour vous, mais bien clairement pour nous, pour la raison peut-être qu'il n'était pas protestant, mais bien réellement catholique. Ce que vous venez de me dire, sur ce texte qui justilie si pleinement la croyance catholique,

prouve que vous ne voulez pas le comprendre, dans 1a crainte, je pense, de dire que vous vous trompez, ce qui est trop huimiliant pour l'orgueil protestant. On pourrait done appliquer, à vous et à beaucoup d'autres protestants, cette sentence divine: “ Les paroles de sa bouche ne sont “ qu'iniquité et que tromperie, [n’a pas voulu s’instrui- “re pour faire le bien (1). ”

Cependant il faut avouer que ce texte confirme pleinement ee que croient les catholiques, la présence réelle de Jésus-Christ dans lEucharistie. [Il n'y à pas moyen de l'entendre autrement, sans fausser complétement le sens des paroles. Mais ceci n’est jamais un obstacle sérieux pour la raison individuelle guidée par les préjugés de l'enfance et par l’entétement dans lerreur. D'ailleurs, ceux qui font métier de pervertir les catholiques, ont besoin de les tromper, et ceux qui parlent à des protestants ont un éoal besoin d'avoir un mot bien horrible pour leur inspirer de l'horreur pour l'Église catholique. Et puis, le prenier dit à ceux qu'il veut séduire: mais, vous voyez bien, ion ami, que cette croyance à la présence réelle n'a pas de bon sens : Comment un Dieu peut-il se donner à un hoimnne? Et le catholique n'aurait pas l'esprit de Jui répondre : inais, Mr lembaucheur, comment un Dieu a-t-il pu se faire homme”? Si vous croyez qu'un Dieu se soit fait homaine, comment refusez-vous de croire qu'il peut se donner à l'homme? Il est beaucoup plus étonnant que n'étant que Dieu, il se soit uni à l'humanité, qu'il ne l’est qu'étant homme et Dieu, il veuille s'unir à l’homme !!

Le second, lui, qui parle à des protestants, s'y prend autrement pour les éloigner de se faire catholiques. Il fait d'abord une peinture hideuse des paiens qui étaient assez stupides pour adorer du bois, de la pierre, des animaux, des monstres. Puis, avec un air de compassion, qui tire des Jarmes de tous les cœurs chrétiens: Vous savez tous, mes frères en Jésus-Christ, qu'il est clairement démontré qu'on

(1) Ps. 85, v. 4

09 LE PETIT ARSENAÎ,

ne reçoit que du pain dans la sainte cène. (Quelle sainte cène qu'un morceau de pain!) Et bien! le croiriez-vous ? Non, c’est incroyable! Comment done vous le dire? Voi- ‘ lons-nous le visage, poussons des cris de douleur. Nous avons encore de ces paiens stupides, aveugles, insensés, idolâtres. les catholiques romains adorent du pain ! ! Puis, l'auditoire indigné d'une telle stupidité, jure de ne jamais embrasser une croyance qui fait des idolâtres, au milieu du siècle du progrès et de la lumière.

LE COLPORTEUR, tnterrompant Jean-Baptiste: Nos ministres peuvent parler ainsi, puisqu'ils sont convaincus que les catholiques sont idolâtres.

JEAN-BAPTISTE: Vraiment! Vous les croyez convaincus que nous sommes des idolätres ! Moi, je vous dis qu'il n'y en a point dix qui le croient, ou bien ce sont des êtres de la plus profonde ignorance, et d'une stupidité plus profonde encore, Car pour croire que les catholiques sont idolâtres, il faut être assuré de ces deux choses : 1° à partir du plus humble fidèle, pour remonter jusqu'au Pape, tous les catholiques sont des fous à lier; 2° tous les catholiques sont convaincus qu'il n’y a que du pain dans l'Eucharistie et, malgré cette conviction, ils se prosternent devant ce pain pour l'adorer. Tant que les protestants, qui nous accusent d'être des idolâtres, n'auront pas prouvé ces deux propositions. je dirai que tous les hommes qui comprennent ce qu'ils disent et qui nous accusent d'un tel crime, sont de vils calomniateurs.

LE CoLpoRTEUR : Mon ami, vous êtes injuste envers les protestants ; soyez convaincu que, s'ils vous traitent d'idolâtres, c’est parce qu'ils ont la conviction que vous l’êtes réellement.

JEAN-BAPTISTE : Où ont-ils pris cette conviction ? Quel concile, quel controversiste, quel théologien catholiques leur ont fourni les preuves pour asseoir leur conviction ? Ces accusateurs impudents se dennent-ils le trouble d'’étudier nos preuves et de les peser au poids de l'équité ? Non :

cette manière de juger les catholiques, ne ferait pas les petites affaires de ces messieurs. C'est plus facile de frapper une société religieuse, aussi nombreuse, sans daigner entendre ses raisons. (C’est un moyen odieux, vil, indigne d'hommes qui se respectent: mais accusons toujours, diton, et nous en imposerons à nos adhérents qui, pour la plus part, vous croiront sur parole (1).

Mais en voilà assez sur ce sujet. Parlons d'autres cho- 6°,

Dans votre société religieuse, fait-on des ordinations ?

LE CorronTEur: Cela n’est pas de rigueur, chez nous. Voyez-vous, mon ami, avec la bible, on peut se passer de prêtres, ct en effet, plusieurs sociétés religieuses s'en passent.

JEAN-Bi?TISTE: Vous avez raison, en un certain sens. Car qu'auraient à faire chez vous des prêtres, lorsqu'il est notoire que vous avez aboli tous les sacrements, excepté deux, que les laiqnes peuvent administrer, et administrent en effet, suivant vos principes ?

Quant aux ordinations, nous allons en effet consulter la bible, que nous avons prise pour le seul juge de nos diflérents. |

1° Après avoir consacré le pain et le vin pendant la dernière cène. Jésus-Christ dit à ses disciples: “ Faites ceci ‘“ (ce que Je viens de faire) en mémoire de moi (2). ? Alors les apôtres furent ordonnés prêtres, comme le déclare le concile de Trente, Sess. 22, chap. 1, avec le consentement de tous les siècles qui les avaient précédés.

Sur ces paroles: faites ceci en mémoire de mor, vos rélormateurs, et ceux qui sont venus après eux, ont appliqué ces paroles aux seuls mots: prenez et mangez, afin de les restreindre, et leur ôter leur vraie siguilitation. D'après le contexte de ce passage, il faut nécessairement l'appliquer à tout ce que venait de faire Jésus-Christ, qui avait pris

(1) Voyez à l'Appendice, 7. (2) I Cor. ch. 11, v. 24-28.

g4 LE PETIT ARSENAL

du pain, et, rendant grâces, l'avait rompu, et donné à ses apôtres.

2° Après sa résurrection, Jésus-Christ entre dans la maison où ses disciples étaient assemblés ; les portes de cette maison étaient fermées. Il leur montre d’abord ses mains et son côté, pour les convaincre qu'il est bien réellement leur bon Maitre: puis, “ il leur dit, une seconde fois: la “ paix soit avec vous, comme mon Père m'a envoyé, je “vous envoie de même. Ayant dit ces paroles, il souffla “ sur eux, et leur dit : recevez le Saint-Esprit (1). ” Ici le Saint-Esprit est donné aux apôtres pour leur communiquer le pouvoir de remettre les péchés, comme nous le verrons plus tard. Les apôtres sont donc faits ministres du sacrement de pénitence,

3° “ Or, pendant qu'ils (les apôtres) s’acquittaient des “ fonctions de leur ministère devant le Seigneur, et qu'ils jeà- “paient (ces apôtres n'étaient pas protestants, puisqu'ils jeù- “ maïert), le Saint-Esprit leur dit: Séparez-moi Saul et Bar- “ nabé, pour l’œuvre à laquelle je les ai appelés. Et après “qu'ils eurent 7jeûné et prié ( ceci rappelle nos quatre-temps, “pendant lesquels on fait l'ordination des prétres, dans l'Eglise “ catholique), ils leur imposèrent les mains, et les laissèrent al- “ ler (2). ” Les commentateurs, pour le plus grand nombre, croient que ces paroles: ef leur imposèrent les mains, signifient qu'alors Saul et Barnabé furent consacrés évêques.

4 Saint Paul, dans la 1r° Epitre à Tim. (3), lui rappelle son ordination, par ces paroles : “ Ne négligez point la grâce “qui est en vous, qui vous a été donné, suivant une révé- “ Jation prophétique, par l'imposition des mains des pré- “tres. ” Il lui rappelle encore la même chose, dans la seconde Ep. qu'il lui écrit (4) : “ C'est pourquoi je vous aver- “ tis de rallumer le feu de la gràce de Dieu, que vous avez “ reçue par l'imposition des mains (5). ”

5o Saint Paul écrit à son äisciple Tite (6), ces paroles

(1) Jean, ch. 20, v. 22. (2) Actes, ch. 13, v. 2-8. (3) Ch. 4, v. 14. (4) Ch. 1, v.6. (5) Voy 4 à l’Appendice, 8 (6) Ob. 1. v. &.

remarquables : “ Je vous ai laissé en Crète, afin que vous y “ régliez tout ce qui reste à y régler, et vous établissiez “ des prétres, dans les villes, comme je vous l'ai prescrit, ” (Note.— La bible de Sacy, même après son apostasie, porte : des prétres, comme la traduction catholique. David Martin traduit : des anciens).

Je vous conseillerais, Mr le colporteur, de prier vos diœnes ministres de voir à ce que, du moins, vos traductions, qui courent le pays, fussent mises d'accord. Autrement, les catholiques pourraient bien leur adresser des reproches sur leur négligence à veiller sur l'intégrité de leurs traductions de la bible. Car, prétres et anciens ne signifient pas la méme chose. Ils ont peut-être eu quelques scrupules de changer le texte de la traduction de KNacy, en cet endroit, Veuillez leur dire, que leurs scrupules seraient des enfantillages, auprès de ceux de ces braves qui en ont erraché sept livres en entier, sans compter les fragments de Damel et d'Esther.

Vous avez donc jugé à propos, conclut Jean-Baptiste, de suivre la bible, toute la bible, excepté toutefois en ce qui regarde les ordinations. Vous êtes, en vérité, des gens très conséquents à vos principes! — Mais, au moins, avez-vous des évèques ?

(Au moment où Jean-Baptiste adressait cette question au colporteur, entra un de ses anciens amis, très bon catholique, qui connaissait assez bien sa religion et, surtont, qui y tenait de toute son âme. Jean-Baptiste introduisit son ami au vendeur de bibles, qui fut fort contrarié par la présence de ce témoin dans une discussion qui prenait une tournure assez compromettante, pour l'honneur d'un homme aussi important que ce vaillant coureur de campagnes.

Jean-Baptiste, qui s'apperçut de son embarras, relèva son courage en lui disant que, au lieu de n'avoir qu'un seul catholique à convertir à la bible, il en aura deux, lui et son ami. Qu'une telle conauête était bien digne du zèle

qui lui dévorait les entrailles pour la conversion de ces pauvres Canadiens qui n'ont jamais vu les rayons du soleil biblique. Que d'ailleurs, dut-il même échouer dans les efforts du noble zèle pour leur conversion, il devait espérer que son ami répandrait, dans son canton, la réputation de science qu'il allait s'acqnérir, duns cette discussion. Le colporteur, à ce discours, fut sur le point d’enfler, comme la grenouille du bon Lafontaine, dit la chronique du temps.

Joseph Lami (c'était le nom du nouvel arrivé) témoigna son profond respect à Mr ie colporteur, et lui dit combien il était heureux d'entendre parler, sur la bible, un homme aussi savant, il n'en doutait nullement, puisqu'il se donnait Ja peine de venir offrir une nouvelle religion aux Canadiens, en échange de celle dont les racines ont commencé à pousser du temps des apôtres, et qui, ne fussent qu’à raison des tempêtes qui l'ont assaillie et qu’elle a bravées impunément, doit-être fort solid: : que, d'ailleurs, il espérait de sa grande charité, qu'il daignerait lui apprendre ce que croient les protestants de la secte à laquelle il appartenait; qu'il avait déjà eu l'insigne honneur de faire cette question à un colporteur de bibles et qu'il n’en avait pu arracher une réponse.

Bon gré, mal gré, le colporteur qui, comme presque tous ceux qui iisent la bible, se croyait un géant, comparé à ceux qui n’entendent que les prones de leurs curés, et ne lisent que les livres qui explique le catéchisme catholique, accepta la noble tâche de confondre deux catholiques à la fois.)

Alors, Jean-Baptiste lui adressa la méme question : avez-vous des évêques, dans votre religion ?

LE CoLpoRrTEUR : Non, mon ami. Il est vrai qu'on en fait encore en Angleterre ; on en a en Prusse et dans quelques autres contrées de l'Allemagne, mais ailleurs, et surtout chez nous, on a jugé à propos de les retrancher, et de s'en passer.

JEAN-BAPTISTE : I] me semble que saint Paul donne assez longuement les qualités qu: doit avoir un évêque ; il parle du soin que l'on doit apporter à n'en choisir que d'irréprochables, sous tous les rapports ; enfin, il énumère les vertus qui doivent briller en eux. 1] me semble avoir lu tout cela dans la première Epitre de saint Paul « Timothée, chapitre troisième. Je pense aussi avoir lu dans l'Epitre du grand apôtre à son disciple Tite (1), des règles de conduite pour un évêque; je crois même y avoir remarqué ce verset : “ I] faut que l'évêque soit attaché aux * vérités de la foi, telles qu'on les lui a enseignées, afin “ qu'il soit capable d'exhorter selon la saine doctrine, et de “ convaincre ceux qui la combattent. ”

LE COLPORTEUR, l'inlerrompant : Vos traductions catholiques ne sont pas correctes dans ces endroits, au lieu du mot d'évéque, il faut mettr: celui d'avrien.

JEAN-BAPTISTE : Quand vous aurez un moment de loisir, je vous conseille de consulter vos traductions ou bibles de Sacy et de David Martin, et, si j'ai l'honneur de vous rencontrer quelque part, vous saurez peut-être que le mot évéque se trouve dans ces deux traductions, Ainsi, comne saint Paul n'a pas dù donner des avis à des hommes qui ne devaient pas faire partie des ministres de sa religion ; j'en conclus que la bible veut qu'il y ait des évèques. Vous n'en avez pas : donc vous suivez la bible, toute la bible, rien que la bible !! Maïs je dois ajouter : excepté que la bible veut qu'il y ait des évêques. et que vous n’en avez pas. Cependant, c'est une bien minime chose que des évêques.

LE CoLPoRTEUR : Nous suivons la bible, mon ami.

JEAN-BAPTISTE : Mais, c’est évident ! Cependant veuillez me lire le 28° verset du 20° chap. des Actes des Apotres. Peut-être y trouverez-vous qu'il ne faut point d'Æréques. Saint Paul y fait certaines recommandations.

Le colporteur contrarié, lit : “ Veillez sur vous et sur tont le ‘ troupeau sur lequel le Saint-Esprit vous a établi évêques

(1) Ch. 1, v. 7 et suivants. 7

“ pour gouverner l'Eglise de Dieu qu'il a acquise par son “ propre sang. ”

JosePH LaMt: C’est sans doute pour qu'il soit visible à tous les regards que votre église n’est pas et ne peut pas être l'Eglise de Dieu, la véritable Eglise, que vous en avez retranché les évêques ?

JEAN-BAPTISTE : Je voudrais attirer votre attention sur ce texte important, Mr le colporteur. D'abord, voilà encore les évêques qui apparaissent ici dans la bible ; secondement, ces évèques sont établis par l'Esprit-Saint, tioisièmement, ce sont des évêques que l’Esprit-Saint charge de gouverner l'Eglise de Dieu. Et vous n'avez point d'évéques, dans votre religion ? Dites-moi donc alors qui gouverne votre religion ? Votre petite barque protestante n'a donc point de pilote, pas même un gouvernail ? Alors, prenez garde d'aller vous briser sur des rochers !!

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