‹ Le petit arsenal du catholique ou Traité élémentaire de controverse [microforme] (volume 2)Chapitre 28 sur 49 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Confirmation. — Extrême-Onction. — Mariage. — Pardon des péchés par le ministère des prêtres. — La Confession des péchés. — Une confession publique à Deaver,

Josepx LaM1: Quelqu'un, dans votre religion, a-t-il le pouvoir d'imposer les mains sur ceux qui ont reçu le baptème, afin de faire descendre sur eux le Saint-Esprit 2

LE CoLPorTEUR : Non, mon ami; la cofirmation n'est point connue chez nous.

JEAN-BAPTISTE : Vous ne connaissez pas le sacrement de la confirmation? Vous m'étonnez ! Quoi! vous m'avez dit que vous lisiez sans cesse la bible, et vous n'avez jamais remarqué qu'elle y est clairement indiquée? Vous avez peut-être oublié de lire le 8: chapitre des Actes des Apôtres, verset 14 et suivants.

Le CorPoRTEUR : Je l’ai lu plus souvent que vous, mon ami.

JEAN-BAPTISTE : Cela est possible : Cependant, comme

il est peut-être arrivé que vous n'avez pas eu le temps de réfléchir sur votre lecture, (le métier que vous faites est si distrayant ! } Vous voudrez bien permettre à mon ami de vous la lire encore une fois. S’adressant à Joseph Lami, commencez au 14 verset.

Joseph Lami lit posément : “ Les apôtres qui étaient à “ Jérusalem ayant appris que ceux (les fidèles) de Samarie “ avaient reçu la parole de Dieu ” (J.-Ble, l'interrompant : Lisezvous bien ? Est-ce qu'il n'y a pas, dans ce texte : ayant reçu des bibles ? Je lis bien, dit Joseph Lami. Dans ce cas, ajouta Jean-Baptiste, il manque quelques mots au lexte, comme aux paroles de la cène : ceci est mon corps), “ ils leur envoyèrent Pierre et Jean “ qui, étant venus, firent des prières pour eux, afin qu'ils re “ cussent le Saint-Esprit : car il n'était point encore descen- “ du suraucun d'eux ; mais ils avaient seulement été bapti- “ sés au nom du Seigneur Jésus. Alors ils ur imposèrent “ les mains, et ils reçurent le Saint-Esprit. ”

JEAN-BAPTISTE : La confirmation est-elle assez clairement indiquée ici, Mr le colporteur.

LE CorrorTEUR : Je ne le vois pas, mon ami. Il me semble que ce n’est qu'une s{rémonie.

JEAN-BAPTISTE : Vous avouerez, cependant, que cette cérémonie doit avoir une, grande importanc e, puisqu'elle fait descendre le Saint- Esini(. . Simpn n'en jugeait pas. comme vous, l'orsqu'ayant vu le Saint-E prit desc endre sur ceux auxquels les apôtres Éminosai end. lés mains il leur ofrit de l'argent pour qu'ils lui donnassent le même pouvoir (1). Vous allez peut-être en juger mieux par la lecture du commencement du 19e chapitre, que vous voudrez bien nous lire, mon ami.

Joseph Lami lit : Pendant qu'Apollon était à Corinthe, “ Paul ayant traversé les hautes provinces de l'Asie, vint

7 Éphèse, où ayant trouvé quelques disciples, il leur dit : ‘avez-vous reçu le Saint-Esprit depuis que vous avez em- “ brassé la foi ? Ils lui répondirent : Nous n'avons pas seu-

(1) Actes, ch. 8, v. 18,

“ lement entendu dire qu'il y ait un Saint-Esprit. Et il “ leur dit : quel baptême avez-vous donc reçu ? ils répon- # dirent : le baptèême de Jean. Alors Paul leur dit : Jean a “ baptisé du baptème de la pénitence, en disant au peuple, “qu'ils devaient croire en celui qui venait après lui, c’est- “ à-dire en Jésus. Ce qu'ayant entendu, ils furent baptisés “au nom du Seigneur Jésus. Et, après que Paul leur eût im- “ posé les mains, le Saint-Esprit descendit sur eux ; et ils par- “ Jaient diverses langues, et ils prophétisaient (1). ”

JEAN-BAPTISTE : Comprenez-vous mieux maintenant, Mr le colporteur ? Voyez-vous l'importance que les apôtres attachaient à ce qu'il vous plait d'appeler wne cérémonie ? Dans le premier texte, les apôtres envoient Pierre et Jean de Jérusalem à Samarie pour ‘poser les mains aux fidèles, et faire descendre sur eux le Saint-Esprit ? Dans le second, saint Paul questionne longuement les disciples d'Éphèse et, apprenant qu'ils n'avaient reçu ni le baptéme du Seigneur Jésus, ni l'imposition des mains, il leur donne et le baptéme et la confirmation. Direz-vous que cette imposition des mains ne mérite pas qu'on y fasse attention, lorsque ceux qui venaient de la recevoir, parlaient diverses langues, et prophétisaent ?

Vous voilà, enore ici,-er défant.avec la bible, qoute Jean- Bartiste..… Etanalñheureusement pour vous, ici et dans ce que nous avons examniré, l'Eylise.catholique se trouve en parfait aceard avec elle. Mais, selon qu'il est convenu entre vous, vous n’en répéterez pas moins, que les catholiques ne suivent pas la bible, et votre grand principe : la bible, toute la bible, rien que la bible.

C’est par ces petites ruses, observa Joseph Lami, que ces bons messieurs les colporteurs trouvent moyen de faire des pilules pour les simples, qui ouvrent de grands yeux d'étonnement en les entendant débiter leurs longues kyrielles d'accusaiions contre l'Eglise catholique.

JEAN-BAPTISTE : Quand vous avez des malades, appelez-

(1) Voyez à l'Appendice, 9.

vous un ministre pour qu'il leur fasse des onctions avec de l'huile sainte ?

LE CoLPoRTEUR : Il parait que cette cérémonie était en usage du temps des apôtres ; mais elle ne se pratique plus chez nous.

JEAN-BAPTISTE : Vous avez retranché les évêques de votre société religieuse, pour qu'il fut bien connu qu'elle n'était point l'Eglise de Dieu. Nous venons de voir que vous avez rejeté l'imposition des mains, qui fait descendre l'Esprit-Saint sur ceux qui la reçoivent afin qu'il fut manifeste que le Saint- Esprit n'était pas avec vous. Vous venez de me dire que vous ne faites pas d'onctions sur les malades, tout en avouant que cette onction se pratiquait du temps des apôtres, pour me faire comprendre que votre religion n’est pas celle des apôtres ; pour venir répéter votre éternel re frain : la bible, toute la bible, excepté, vous dirais-je, ce qui a rapport aux évêques, à la confirmation et à l'Extrêéme-Onction, si clairement enseignée par les paroles suivantes de /’Epitre catholinue de saint Jacques, (1). Veuillez, Mr le colporteur, nous lne cet endroit.

Le colporteur, en répugnant, lit : Quelqu'un parmi vous “est-il malade ? qu'il appelle les prêtres de l'Eglise (D “ Martin : les anriens de l'église) et qu'ils prient sur lui “ l'oignant d'huile au nom du Seigneur, et la prière de la “ {oi sauvera le malade ; le Seigneur le soulagera, et s4 a commis des péchés, ils Lu seront remis. ”

Voilà certes, reprit Jean-Baptiste, une pratique bien pieuse et très salutaire pour le moment de la mort ! Je vous plains bien sincèrement, Mr le colporteur, de n'avoir pas ce sacrement des mourants ! Vous ne voulez pas que /a prière de la foi sauve vos malades ? Vous leur refusez, dans leurs angoisses, le soulagement attaché à cette salutaire onction ? Les croiriezvous, par hazard, tellement exempts de tout péché, qu'ils n'ont nul besoin d'êtie purifiés par ce sacrement ? Il faut, dans ce cas, que vous vous intéressiez fort peu au salut de vos

(1) Ch. 5, v. 14-15.

mourants, puisque vous les privez des moyens de sanctification que donne ce sacrement (1).

Nous voyons, en saint Marc (2), que les apôtres, envoyés deux à deux par le Sauveur, faisaient des miracles par le moyen de ces onctions : “ Ils (les apôtres) chassaient beau- “ coup de démons ; ils oignaient d'huile plusieurs malades, et les “ guérissaient. ” Remarquez bien, Mr le colporteur, ces onctions guérissaient les malades ! Est-ce assez clair ?

Josepx LAM!1 : Je suis convaincu, pour ma part, que les premiers réformateurs ont aboli ce sacrement pour des raisons décisives.

Le moine Luther qui, le premier, leva l’étentard de la révolte, ne pouvant s'empêcher d’être homme, prit une femme. Jusque là, il avait trouvé l'£pitre de saint Jacques de son goût. Mais cette Epitre parlait trop clairement du sacrement de l'Extrème-Onction pour la torturer assez afin de lui faire dire le contraire de ce qu'elie disait. 11 la traita d'épi. tre de paille et Ja jeta de côté. Les autres firent comme lui, et on ne parla plus de l’Etréme-Onction.

Plus tard on reconnut que l'administration de ce sacrement pouvait entrainer de graves inconvénients pour les révérends ministres. Ilarrive assez souvent que la pauvre humanité est visitée par des fléaux, des maladies contagienses, et les mourants n'ont point toujours la précaution de fixer leur départ de ce monde à une heure où l'on peut voler au secours sans s'imposer de la gène. De là, il résultait ou pouvait résulter que les intérêts de la famille en souffriraient grandement ; s'il faiilait que le révérend fut exposé à tout instant à aller auprès des mourants ; l'épouse et les enfants du révérend se seraient vus exposés à perdre leur appui, ou à voir la contagion apportée dans la famille, si le révérend mari ou le révérend père avait été obligé d'ailer administrer ce sacrement aux pestiférés : C'était donc plus court et plus expfdient de répéter le joli mot de Luther, et de re-

(1) Voyez à l’Appendice, 10. (2) Ch. 6, v. 18.

garder l'Epitre de saint Jacques comme nom avenue, ou : Epitre de paille.

On connait le fait suivant. En 1543, la peste se déclare à Crenève ; les ministres protestants se présentent au Conseil, avouant que le devoir serait de consoler les pestiférés, mais qu'aucun ne se sent le coutag: de le faire, et ils prient le conseil de leur pardonner celte faiblesse. On sait encore que, il y a peu d'années, l'archevêque protestant de Dublin tenait, dans un mandement, le même langage que les pasteurs de Genève,

Le CocrorTEuR : Nos ministres ont raison d'agir comme 1ls font. Chez nous, chacun y est pour soi, dans l'af faire du salut. Nos ministres vont quelquefo:s visiter les malades, mais ce n’est que pour les consoler, où pour lire quelques versets dela bible. Quand ils jugent à propos de n'y pas aller, il n'en résulte aucun inconvénient pour le salut des mourants.

JEAN-BAPTISTE : Quond on a été témoin de ce qui s'est passé à Québec, pandant le choléra de 1832, on romprend que, pour un protestant mourant, il n’y a rien de sérieux dans la visite de son ministre.

JEAN-BAPTISTE, adressant la parole au colpor!eur : Que pensez-vous du mariage, Mr le colporteur ?

LE CoLPporTEUR : Nous pensons assez généralement chez nous, protestants, que le mariage n’est qu'un contrat par lequel an homme et une femme se donnent leur parole de demeurer unis et de vivre ensemble.

JosePpH Laut : Vous devriez ajouter : jusqu'à ce qu'il pluse al'un des deux de viler l'autre devant un juge pour demander et oblenir un a.le de divorce.

Allons, encore ci, à la b'ble, qui est notre seul tribunal. ° C’est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère et “ s'attachera à sa femme, et ils seront deux dans une mé- “ me chair (1). ”

Consultons l’évangéliste saint Luc. “ Quiconque ren-

(1) Genèse, ch. 2, v. 24.

voie sa femme et en épouse une autre, commet un adultère, et quiconque épouse celle que son mari aura quittée, commet un adultère (1). ”

“ Quant à ceux qui sont mariés, dit saint Paul, (2) ce n'est pas moi, muis le Seigneur qui leur fait ce commandement, qui est, que la femme ne se sépare point de son

mari, et si elie s'en est séparée, qu'elle demeure sans se marier, ou qu'elle se réconcilie avec son marie; que le mari de même ne quitte point sa femme, ?

Jésus-Christ fait cette déclaration qui annulle toutes les lois de divorce : “ Que l'homme ne sépare point ce que Dieu a joint (3). ”

Quant à votre idée protestante de ne faire du mariage qu'un simple contrat qu'on peut rompre à volonté, nous allons apprendre de saint Paul (4), que ce que vous avez jugé à propos de ne regarder que comme un simple contrat ou de louage, où de vente, est un grand sacrement dans la vérilable Eglise : * C'est pourquoi l'homme abandonnera son “ père et sa mère pour s'attacher à sa femme et, de deux “ qu'ils étaient, ils deviendront une même chair. (L'Apo- “tre ajoute immédiatement ces paroles): Ce sacrement est ‘grand, dis-je, en Jésus-Christ et en l'Eglise.” Traduction de Sacy le protestant (5).

À la place du mot sacrement de Kacy, votre D. Martin met celui de mystère. Encore une fois, vous feriez bien, Mr le colporteur, de prier vos ministres de mettre leurs deux traductions d'accord ; quand mème cela ne servirait qu'à sauver les apparences.

Les textes que je viens de vous lire, prouvent bien elairement 1° que l'union d'un mari et d'une épouse est la plus intime qui puisse être contractée; 2’ que cette union, une fois contractée, ne peut-être rompue du vivant du mari et de l'épouse ; 3° qu'une femme ne peut se séparer de son mari, ni un mari de sa femme ; 4' que si des raisons ima-

da) Ch.16, v. 18. (2) F Cor. ch. 7, v. 1011. (3) Mare, ch, 10, v, 9, 6) Ephe eh. 5, v, 21-32. (5) Voyez à l'Appendice, 1.

jeures et approuvées par l'autorité légitime, autorisent une femme à se séparer de son mari, où celui-ci de sa femme, ils doivent, Fun et l'autre, où se réconcilier, où demeurer sans semasier à d'autres; 5" Eualfin, que cette union, contractée par un mariage légitime, est réellement un sacrement, et méine un gra sacrement, dans Ja loi nouvelle, et non un sümple contrat, qu'on brise où qu'on peut faire briser à volonté.

Que penser maintenant, conclut Jean-Baptiste, que penser de la pratique du divorce, pratique digne des siècles paiens, et aujourd'hui existant en Angleterre, aux Etats-Unis et ailleurs! Comment doivent être jugées ces nations chrétiennes, où se prétendant telles, qui, par leur loi, bouleversent la plus sainte de toutes les sociétés humaines, la société conjugale, en l'abandonnant aux caprices du plus honteux et du plus déréglé des penchants de la nature corrompue. Ne brisent-ils pas ainsi la famille chrétienne et ne renversent-ils pas les fondements de la société ?

LE CoLPORTEUR: Dans la loi de Moise, le divorce était autorisé. Pourquoi ne le serait-il pas chez les chrétiens ?

JosePH LaAui: Alors, faites-vous juif, et personne ne sera étonné de vous entendre parler comine un juif. Pour un chrétien, car j'ai raison de croire que vous l’étes, votre objection est insensée ; ne vous oflensez pas de ce mot.

Vous n'êtes donc pas convaincu, par les textes que je viens de vous citer, et qui font, pour les chrétiens, une loi sacrée de l'indissolubilité du lien conjugal? Pour autoriser le divorce chez les peuples chrétiens, vous me citez cette pratique comme aulorisée chez les Juifs ? Vous n'avez donc jamais Ju le 19 chapitre de saint Matthieu ? Je vais en lire ce qui regarde le divorce chez les Juifs: veuillez m'écouter.

Les Pharisiens demandent à Jésus-Christ s’il est permis à l'homme de répudier sa femme pour quelque raison que ce soit: “ N'avez-vous pas lu, répond le Sauveur, que “ Dieu, qui a créé l'homme et la femme, a dit : l'homme

“ abandonnera son père et sa mère pour s'attacher à son ‘“ épouse, et ils seront deux dans une même chair. Que “ l'homme ne sépare donc point ce que Dieu a uni. ”

Pourquoi donc, répliquèrent les pharisiens, Moïse a-t-il permis de faire divorre, et de renvoyer sa femme ? “11 l’a fait, “ répond le Souverain Législateur, à cause de la dureté de “votre cœur; mais il n'en a pas été de même dès le com- “ mencement. Pour moi, je vous dis que tout homme qui “ renvoie sa femme pour autre cause que l’impureté, et en ‘ épouse une autre, est adultére ; et que celui qui épouse “une femme ainsi répudiée, est coupable du même crime. ”

JEAN-BAPTISTE: Ce dernier passage de saint Matthieu présente une difficulté dont j'ai entendu donner la solution par mon vénérable curé. Voici ce qu'il nous dit: Ce passage doit s'expliquer par saint Mare (1),et saint Luc (2), qui rapportent ainsi la réponse de Jésus-Christ aux pharisiens : “ Quiconque, ou tout homime qui aura renvoyé sa femme, n'importe pour quel motif, et en épouse une autre, commet “un adultère.” Or, les évangélistes ne peuvent se contredire, ajouta mon curé.

Duus ce texte de saint Matthieu, Jésus-Christ enseigne deux choses aux pharisiens: 1° qu'il n’est pas permis à un mari de renvoyer sa femme, si ce n'est pour une cause très grave, par exemple, un adultere: 2° que, l'ayant renvoyée, même pour cause d'adultère, il ne peut en épouser une autre sans commettre un adultère. Voici donc la manicre de traduire ce passage : Quiconque renvoie sa femme, ce qui n'est permis que pour cause d'alultère (3), et en épouse une autre, commet un adultère.

Maintenant, continue Jean-Baptiste, justement indigné : répétons le grand refrain : la bible, rien que la bible : excepté, encore pour cette fois, l'indissolubilité dx mariage des chrétiens et le grand sacrement qui devait le sanctifier !!

JOsEPIL LAMI : Avez-vous, Mr le colporteur, dans votre

(1) Ch. 10, v. 11-12. (2) Ch. 16, v. 18. (3) Voyez à l’Appendice, 12.

société religieuse, quelqu'un qui ait le pouvoir de vous pardonner vos péchés ?

LE CoLPoRTEUR : C'est un blasphême, mon ami, de dire qu'un homme peut pardonner les péchés à un autre homme : il n'y a que Dieu qui puisse pardonner les péchés, dit l'évangile (1).

JosEPH LAMI: Je croyais parler à un chrétien, mais je m'aperçois que je parle à un juifet, ce quiest plus triste, à un juif de la pire espèce, à un scribe.

LE COLPORTEUR, arec vivacité: Je ne veux pas de votre compliment, mon ami : je suis chrétien comme vous.

JosePH LAIT: C'est votre réponse qui m'a trompé. Vous m'avezrépondu, non pas ce que pensait l’'évangéliste, mais (ce qui n’est pas la même chose) ce que pensaient quelquesuns des scribes, en entendant dire à Jésus-Christ qu'il pardonnait les péchés au paralytique.

JEAN-BAPTISTE : Admettez-vous, Mr le colporteur, que, par le baptèéme, les péchés sont pardonnés à ceux qui le reçoivent ?

LE CorporTEUR: Je le crois sincèrememt.

JEAN-BAPTISTE : Me direz-vous par qui le baptème est administré ?

LE CoLPORTEUR: Mais, c’est par un homme.

JEAN-BAPTISTE : Par un homme ! mais vous venez de dire que c'était un blasphème de dire qu'un homme pouvait pardonner les péchés. Voilà donc votre sentence de scribe condamnée. Or, si un homme peut pardonner jes péchés, par le bapléme, il pourra bien aussi les pardonner par l'absolution. Qu'en pensez-vous, Mr le colporteur ?

LE COLPORTEUR, qui ne veut rien avouer, comme c'est de règle chez ces messieurs, se contente de répondre : Nous suivons /a bible, mon ami, et rêen que la bible, qui ne parle ni 4e confession, ni d'absolution du prétre.

JEAN-BAPTISTE: Vous ne l'avez peut-être pas bien lue,

(1) Marc, ch. 2, v. 7,

votre bible, comme je vous l'ai déjà prouvé un grand nombre de fois.

LE COLPORTEUR : La confession !... C’est une invention des prêtres, des évêques et des papes, comme à1ous répètent sans cesse nos ministres.

JEAN-BAPTISTE : Vos ministres doivent être des hommes graves et réfléchis, qui n'avancent rien sans en donner la preuve. En vous apprenant que ja confession avait été inventé, ils ont du vous apprendre l’année, le mois, le jour et, surtout, le lieu où cette invention a été faite. Ki, par hazard, ils ne vous l'avaient pas appris, vous feriez bien de le leur demander, afin de n'être pas accusé de calomnier les prêtres, les évêques et les papes, qui, entre nous soit dit, eussent été bien fous d'inventer la confession, pour avoir le plaisir peu envié, de passer une grande partie de leur vie dans un confessionnal et d'être obligés d'aller s’y agenouiller eux-mêmes à leur tour.

Mais nous n'avons affaire qu’à la bible, et je ne voudrais pas vous suivre à travers les champs, et courir d’un bord et d'autre, comme font ordinairement vos semblables, qui n'aiment pas trop à s'arrêter à la même question. Revenons donc à la bible.

D'abord, vous avouerez que, sous la loi écrite, les Juifs étaient obligés d'aller confesser certains péchés aux prêtres de l'ancienne loi.

LE COLPORTEUR : Je vous l'accorde très volontiers. Mais on ne peut conclure de cette pratique des Juifs que les chrétiens soient obligés d'aller se confesser.

JEAN-BAPTISTE : Comme vous voudrez. Cependant, je prends acte de ce fait avoué, mais je ne tiens nullement à ce que vous m'accordiez, pour le moment, ce que je veux vous prouver.

Permettez-moi de vous demander encore, si on se confessait du temps que Jésus-Christ était sur la terre ?

LE COLPORTEUR, qui craint que Jean-Baptiste ne tire de ses répouses «es verges pour le battre, lui répond en évitant la question :

Je n'ai pas besoin de m'occuper si on se confessait ou non, pendant que Jésus-Christ était sur la terre.

JEAN-BAPTISTE : Moi, j'ai besoin de m'en occuper, et de voir si Ja bible en parle, puisque j'ai à discuter avec un homme qui a pour principe : la bible, et rien que la bible. J'ouvre donc la bible (1) : “ En ce temps là, Jean-Baptiste “ vint précher au désert de Judée, disant : Faites péni- “ tence, car le royaume des cieux est proche... Alors la vil- “ le de Jérusalem, toute la Judée, et tout le pays des envi- “ rons du Jourdain venaient à lui, ef confessant leurs péchés, “ils étaient baptisés par lui dans le Jourdain. ”

LE COLPORTEUR, avec vivacité : Que me fait, à moi, si les Juifs d'alors allaient se confesser à Jean-Baptiste ? Cela ne prouve nullement que ie sois obligé d'aller me confesser à un prêtre...

JEAN-BAPTISTE : Vous tirez votre conclusion trop vite : attendez encore un peu. Quant à moi, ce texte établit clairement un point d'une très grande importance : c’est que Ja confession des péchés, faite & un homine, était établie et pratiquée publiquement, au su et ru de Jésus-Christ.

Le CoLPORTEUR, agité, troublé : Où voulez-vous done en venir avec vos confessions faites à Jean-Baptiste ?

JEAN-BAPTISTE : Vous le saurez bientôt. Admeitez-vous dans votre religion, cette oracle, sorti de la bouche de Jésus- Christ ? “ Ne pensez pas que je sois venu détruire la lot “ ou les prophètes ; je ne suis pas venu les détruire, mais les “ accomplir, ou les perfectionner (2). ”

LE COLPORTEUR : C’est bien clair que j'admets ce texte,

JEAN-BAPTISTE : Trouvez-vous quelques passages dans les évangélistes, ou dans le reste du Nouvean Testiinent qui condamnent la pratique de se confesser, en usage chez les Juifs du temps de Jésus-Christ ?

LE COLPORTEUR, hésiant : S'il y a des textes du Nouveau Testament qui condamnent cette pratique, je ne m'en souviens pas...

(1) Matt. ch. 3, v. 1, 2, 5, 6. (2) Matt. ch. 5, v. 17.

JEAN-DAPTISTE : Je crois, sans peine, que vous ne vous en souvenez pas, pour la bonne raison que vous ne les y avez jamais lus.

Résumons maintenant ce qui vient d'être prouvé sur le sujet que nous discutons.

1° Vous admettez que le baptême efface le péché, et que c'est un homme qui administre ce sacrement.

2: Vous reconnaissez que la pratique de se confesser, pour certains péchés, était d'obligation pour les Juifs, sous la ioi écrite.

3' Vous ne pouvez nier que, du temps de Jésus-Christ, cette loi de la confession, ne fut encore en usage chez les Juifs.

4 Ilest hors de doute que Jésus-Christ connaissait que l'usage de se confesser était publiquement pratiqué de son temps.

5° Vous reconnaissez que Jésus-Christ n'était pas venu pour abolir la Zoi ou les prophètes, maïs pour les accomplir ou, si vous l’aimez mieux, les perfectionner.

6? Dans tout le Nouveau Testament, on ne trouve aucun texte qui abolisse cette pratique de confesser ses péchés à certains hommes autorisés à recevoir cet’e confession.

LE COLPORTEUR, l'interrompant : Quand je vous accorderais tout cela, qu'en pourriez-vous conclure ? puisqu'il est bien certain que cette confession des péch£s, faite à Jean-Baptiste, n'était qu'un acte de pénitence, et que ce grand homme n'avait pas la prétention qu'ont les prêtres catholiques, de pardonner les péchés.

JEAN-BAPTISTE : Le saint Précurseur avait trop de lumière et de science pour user d'un pouvoir que Dieu ne lui avait pas donné. Il ne pouvait donc pardonner les péchés, ni aux personnes qui venaient lui confesser leurs péchés, ni à celles qu'il baptisait dans le Jourdain. Aussi, je ne me suis point servi du fait de cette confession pour prouver que Jean-Baptiste pardonnait les péchés confessés, mais

pour vous faire voir que, de son temps, la pratique de se confesser était établie et en usage,

Il ne manquait à cette confession des péchés, pour être parfaite (ad implere), que le pouvoir de pardonner les péchés par ceux qui seraient autorisés à la recevoir. Il n'était done pas nécessaire que le Fils de Dieu fit une loi pour obliger les hommes à confesser leurs péchés, puisque cette loi existait déjà par une ordonnance divine. Il suflisait que, dans sa miséricordieuse charité pour les pécheurs, il donnät à ses envoyés, chargés de recevoir cette confession des péchés, le pouvoir de les pardonner. Or, Jésus-Christ l'a fait, et la confession n'est plus seulement un acte d'humilité, mais c'est un sacrement qui efface les péchés. Nous allons le voir.

“ Jésus s'adressant à ses apôtres, leur dit une seconde “ fois: la paix soit avec vous ! Comme mon Père m'a en- “ voyé, je vous envoie aussi de même. Ayant dit ces mots, “ 1] souffla sur eux, et leur dit: Recevez le Saint-Esprit : “ les péchés seront remis à ceux à qui vous les remeltrez, et ils + seront retenus à ceux 4 qui vous les reliendrez (1).

Par ces paroles, les apôtres recevaient done le pouvoir de pardonner ou de retenir les péchés. Jamais pouvoir ne fut donné en termes plus clairs et plus précis.

LE COLPORTEUR, fort intrigué : Quand je vous accorde-, rais que, par ces paroles, Jésus-Christ a vraiment donné à ses apôtres le pouvoir de pardonner les péchés, cela ne veut pas dire qu'on soit obligé d'aller se confesser à eux, puisque Jésus-Christ n'en dit pas un mot.

JEAN-BAPTISTE : Vous tronqué ce texte, comme c'est l'habitud: de certains colporteurs. Jésus-Crist ne donne pas s-ulement à ses apôtres le pouvoir de pardonner les péchés, mais aussi celui de les retenir. Ts sont donc obliges de faire un discernement avant d'exercer le pouvoir qui leur est communiqué, pour juger s'ils doivent remettre ou retenir les péchés. Il est done nécessaire que les pé-

(1: Jean, ch. 20, v. 21.

cheurs leur fassent connaitre l'état de leur conscience, ce qui renferme évidemment l'obligation de les déclarer ou de se confesser.

LE CozporTEUR : Vous me direz tout ce que vous voudrez, mais vous ne me convaincrez jamais qu'on soit obligé d’aller se confesser à un prêtre.

JosEPH LAMI: Vous êtes parfaitement libre de nier l’évidence et de rejeter obstinément le sens clair et formel d'un texte de la bible; c'est votre affaire. Je vous ferai seulement observer qu'on donne une fort mauvaise idée de sa bonne foi et de sa raison, quand on refuse de se rendre à l'évidence. Vous me permettrez néanmoins de vous faire quelques observations.

Vous rappelez-vous ces paroles de l'évangile : “ Tout pou- “ voir m'a été donné dans le ciel et sur la terre (1), ” et ces autres : “ Comme mon Père m'a envoyé, je vous envoie aussi “ de même (2).”

Le CoLPporTEUR : Je les connais avant vous.

JosepH LAMI: Je n'en doute nullement. Cependant, voudriez-vous me dire si, comme Fils de l'homme, Jésus- Christ avait le pouvoir de pardonner les péchés ?

LE COLPORTEUR, brusquement : Je sais mieux que vous, mon ami, que Jésus-Christ était égal à son Père et que Dieu a le pouvoir de pardonner les péchés.

Josep#æ Lau: C'est bien...Veuillez m'écouter maintenant.

Pour nous préparer à n'être pas scandalisés des pouvoirs que, plus tard, il donnera à ses apôtres, quand il les enverra, en leur disant: ‘“ Comme mon Père m'aenvoyé, je “vous envoie aussi de même (3); Jésus-Christ va user publiquement du pouvoir de pardonner les péchés, comme Fis de l'Homme, et nous prouver que l'exercice de ce pouvoir fait partie de la mission, en ee monde, de celui qui déclare »'être pas venu appeler les justes mais les pécheurs (4).

(ti Matt. ch 28, v. 18. (2) Jean, ch. 20, v. 21. (3) Jean, ch 20, v. 21. (4) Matt. ch. 9, v. 13.

“Jésus étant monté dans une barque, repassa le lac, et “vint en sa ville. Et comme on lui eût présenté un para- “ Iytique couché sur un lit, Jésus voyant leur foi, dit à ce ‘ paralytique : mon fils, ayez confiince : vos pé‘hés vous ‘sontremis. Aussitôt quelques-uns des sezibes, qui étaient ‘ de fameux protestants dirent en eux-mémes : cet homme blasphème. Mais Jésus, ayant connu ce qu'ils pensaient, leur “ dit : Pourquoi avez-vous des mauvaises pensées dans vos ‘cœurs ? Car lequel est le plus aisé, ou de dire : vos péchés “ vous sont remis ; ou de dire : levez-vous et marchez ? Or, “afin que vous sachiez que le fs de l'homme a sur la terre le “ pouvoir de remettre les pérhés ; levez-vous, dit-il alors au “ paralytique ; emportez votre lit, et vous en allez en votre “maison. Le paralytique se leva aussitôt, et s'en alle en “sa maison. Et le peuple voyant ceci, fut rempli de * crainte, et rendit gloire à Dieu de ce qu'il avait donné “ une felle puissance aux hommes (1).”

JEAN-BAPTISTE : Il faut, Mr le colporteur, que ce peuple ne fut pas prolestant, car, au lieu de glorrfier Dieu d'avoir donné aux hommes le pouvoir de pardonner les péchss, et de confirmer ce pardon par un miracle, il se fut uni aux seribes pour crier bien haut : Quei scandale !! Quel blasphème ! Ne sommes-nous pas condamnés, à horreur ! condamnés, à désolation ! oui, condamnés à voir de nos yeux, Dieu donner aux hommes le pouvoir de pardonner les péchés ! l1

LE COLPORTEUR, se pingant les lèvres : Ce peuple ne savait pas ce qu'il disait.

JosEPH LAMI : Mais ce peuple avait des oreilles, et il entendait ; des yeux, et il voyait ; de l'intelligence, et il comprenait. Au reste voici maintenant comment je raisonne :

10 Tout pouvoir & été donné a Jésus-Christ, non seulement dns le ciel, mais encore sur la terre, par le Père qui l’a envoyé, et Jésus-C st, à son tour, envoie ses apôtres, comne son Père l'a envoyé. En vertu de ces deux textes, les apôtres ont donc clairement tous les pouvoirs nécessaires

(1) Matt. ch. 9, v. 1-2 5-4.5-6-7-8, 8

pour continuer la mission de l'Envoyé du Père et pour op#rer le salut des hommes, qui est le but de la mission de Jésus-Christ. Mais le salut des hommes ne peut s'opérer qu'en levant les obstacles qui s'y opposent. Or, parmi ces obstacles, le péché est le plus grand et, en réalité, le seul obstacle qui s'oppose au salut des hommes. En les envoyant, comme il le fait, Jésus-Christ devait donc donner à ses apôtres le pouvoir de lever cet obstacle, ou de pardonner les péchés.

JEAN-BAPTISTE: Vous avez raison, mon ami. Sans ce pouvoir, les apôtres n'auraient pu continuer l'œuvre de “ l'Agneau de Dieu, qui efface les péchés du monde (1),” lui qui avait déclaré qu'il “ n'était venu que pour sauver les pécheurs (2). ”

JOSEPIH LAMI, continuant : Le pouvoir de pardonner le péché qui est l'offense de Dieu, lui appartient nécessairement. Mais, pour nous faire comprendre que des Lommes peuvent exercer ce pouvoir, par la concession que Dieu leur en fera, Jésus-Christ déclare solennellement que c'est comme Fils de l'homme qu'il pardonne et qu'il a le pouvoir de pardonner les péchés au paralytique. Or, le pouvoir qu’exerce ici le Fils de l'homme, a été donné aux apôtres : Les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez. Jésus-Christ a donc laissé à ses envoyés le pouvoir de remettre les péchés. De là cet article du symbole des apôtres: Je crois la rémission des péchés.

Maintenant vous me permettrez de vous dire, Mr le colporteur, que le scandale que vous tirez du fait que les prêtres, ayant la mission légitime, pardonnent les péchés, n’est qu'un scandale de seribe ou de pharisien.

LE CoLPORTEUR : Vous me direz tout ce que vous voudrez; mais vous ne me ferez jamais croire qu’un prêtre puisse pardonner les péchés.

JosepH LaMI: Monsieur a peur que je ne l'envoie se confesser à notre curé !

(1) Jean, ch. 1. v. 20, (2) Matt. ch. 9, v. 13,

JEAN-BAPTISTE : Dans deux autres occasions solennelles, Jésus-Christ a encore prépare le monde à voir ses envoyés pardonner les péchés.

1° Le péché est l'image de ia lèpre qui souille le corps comme il souille l'âme.

Dix lépreux viennent un jour aa devant de lui, et, élevant leurs voix, ils lui disent : “ Jésus, notre maitre, ayez pitié “ de nous. ” Jésus les aperçoit et leur dit: “ Allez vous mon- “trer aux prêtres, ” les lépreux y vont, et i/s sont guéris (1).

2 Le péché mortel donne la mort spirituelle à l’âme, il la souille, il la sépare du Dieu vivant, comme la mort tue le corps, le livre à la pourriture, et sépare l’homme de la société des vivants.

Lazare est enterré depuis quatre jour, son corps sent déj mauvais. Jésus viont au tombeau et crie d’une voix forte : “ Lazare, sortez dehors. ” Et aussitôt le mort sort, ayant les pieds et les mains liés de bandes et le visage enveloppé d'un linge. Alors Jésus dit à ses disciples : “ déliez-le, et # Je laissez aller (2).”

Pourquoi Jésus-Christ envoie-t-il Les lépreux aux prétres ? Pourquoi fait-il ôter par ses disciples les liens qui entourrent le corps de Lazare ? Pour préparer le monde à comprendre ces paroles : Les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, et ces autres: Tout ce que vous délierez sur la terre, sera délié dans le ciel (3). |

De là l’ordre donné par Jésus-Christ, aux apôtres, d'aller prêcher, en son nom, la pénilence et la rémission des péchés (4). De là ces paroles de saint Paul, délarant que Dieu a confié aux apôtres le ministère et la parole de la réconciliation (5). De là enfin ce fait, capable de convaincre tout homme qui ne ferme pas les yeux à l'évidence : “ Plusieurs même de “ceux qui avaient cru venaient confesser et déclarer (à saint “ Paul) ce qu'ils avaient fait de mal (6). ”

Il ne faut pas oublier que saint Jacques (7) nous dit

() Luc, ch. 17. (2) Jean, ch. 11. (3) Matt. ch. 18, v. 18. (4) Luc, ch. 24, v. 47. (5) II Cor. ch. 5, v. 18. (6) Actes, ch. 19, v. 18. (7) Ch. 5, v. 15.

formellement que l'Extrême-Onction, donnée par les prétres de l'Eglise, pardonne les péchés : “ Ki le malade a commi des “péchés, il lui seront remis. ”

Saint Jean, dans sa 1° Epitre (1), fait clairement mention de Ja confession, par ces remarquables paroles : “ Si nous “ disons que nous sommes sans péché, nous nous séduisons “ nous-mêmes, et la vérité n’est point en nous. Mais si nous “confessons nos péchés, il (Dieu) est fidèle et juste pour “nous les remettre, et pour nous purifier de toute ini- “quité.”" Ilest évident que St-Jean parle ici de la confession faite à un prêtre, dit d'Allioli, car, dans son Evangile, il engage les fidèles à aller chercher la rémission de leurs péchés auprès: des apôtres et de leurs successeurs (2).

Ilest done surabondamment prouvé que les prêtres, ayant une mission légitime, ont le pouvoir de pardonner les péchés et que le diton protestant : un homme ne peul pardonner les pechés: est érroné, faux et contraire à la parole de Dieu. Cela ne vous empêchera probablement pas, Mr le colporteur, d'aller le répéter à tous ceux qui voudront vous entendre.

LE COLPORTEUR, de mauvaise humeur : Tous ces textes et toutes les conséquences que vous en avez tirées, ne me convaincront pas que je sois obligé de me confesser et de recevoir d’un prêtre l’absolution de mes péchés.

JEAN-BAPTISTE : Tout Dieu qu'il était, Jésus-Christ n’a jamais pu tirer de Ja bouche des scribes, des pharisiens, des docteurs de la loi et des Juifs, l’aveu qu'ils se trompaient, ou qu'ils trompaient le peuple. Aussi vous savez quelle réponse il fit à ses disciples qui vinrent lui dire que les pharisiens s'étaient scandalisés d'une parole qu’il avait dite: “ Toute “ plante que mon Pere céleste n'a point plantée, sera arra- “ chée. Laissez-les : ce sont des ageugles qui conduisent “ des aveugles : si un aveugle en conduit un autre, ils tom- “ bent tous deux dans Ia fosse (1).” Je n'ai doncet je ne puis avoir la prétention de vous faire avouer que vous

1) Ch1,v.9. (2) Jean ch. 20, v. 22-23. (3) Matt. ch. 15, v. 13-14, ( ;

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vous trompez, que vous ne suivez pas la bible, que vous êtes enfin dans l'erreur. Car les protestants, mille fois rélutés, n'en répètent pas moins leurs erreurs où leurs calomnies. Mais qu'y faire ? L'erreur, et l'obstination dans l'erreur, sont semblables à la plaie dont était frappée la eriminelle Babylone : Elle est incurable (1).

LE COLPORTEUR, déconcerté, garda le silence, comme font toujours ces messieurs, quand on les a convaincu d'erreur où de fourberie. Mais, croyant avoir plus de succès, il prit le rôle d'interrogateur, et demanda à Jean-Baptiste, d'un ton moqueur : N'est-il pas vrai que les pécheurs ont beau jeu ave: Ja confession, puisqu'ils sont assurés d'être immédiatement pardonnés dès qu'ils se présentent à confesse, eussentils commis les plus grands crimes ?

JEAN-BAPTISTE : Je ne devrais pas répondre à cette question, puisqu'elle est en dehors de la bible, Qu'il me suflise de vous dire que vous vous trompez étrangement sur la confession. Pour faire sa confession, chez les catholiques, il faut s'examiner avec soin ; avoir un sincère regret de ses fautes ; y renoncer sincèrement et pour toujours, et faire au confesseur la déclaration détaillée et circonstanciée de toutes ses fautes, même des plus humiliantes. Ce n'est dcac pas un jeu que la confession, chez les cathoques. Ni l’on peut appeller x jeu une action qui devrait être tres sérieuse, c'est bien chez vous, monsieur, qui n'êtes pas dans l'usage de vous confesser à un prêtre qui parle, reprend et impose quelquefois une sévère pénitence, mais seulement à Dieu,que vous ne voyez pas et qui ne vous parle pas. Aussi, c’est bien vite fait chez vous : Vous savez bien, Neisneur, que je suis pécheur. Et puis, tout est fait: absolulion reçue, pénitence faite, &e., &e. Ce sont bien ceux-là, les protestants comme vous, moüsieur, qui ont beau jeu avec leurs consciences et à qui il en doit peu coûter de commettre des crimes. Quant aux catholiques, ils ne pré-

(1) Jérémie, ch. 51, v. 9,

tendent pas avoir le pardon de leurs péchés aussi facilement.

Si vous en doutez, Mr le colporteur, allez à confesse à mon curé, deux ou trois fois s’ulement ; soyez franc dans votre accusation ; n'oubliez pas de vous accuser de faire le commerce de bibles tronquées et falsifiées ; de mentir trente ou quarante fois chaque jour, pour tromper les catholiques ; d'être au service de certains hommes qui font commerce d'acheter des âmes, à tant la pièce, &ce., &c., et vous ne répèterez jamais la question que vous venez de me faire.

JosepH LAMt: Voici un fait qui, m'’a-t-on assuré, a eu lieu à Ste-Anne de Beaver, depuis le schisme du grand réformateur.

D'abord, il faut vous dire que les Canadiens schismatiques avaient conçu une haine vraiment amusante, non contre la sonfession publique, mais bien réellement contre la confession auriculaire.

JEAN-BAPTISTE : Mais pourquoi contre la confession aurilaire ce qui est cent fois moins pénible que la confession publique ?

JosEPH LAM1 : Je n’en sais absolument rien. Je pense cependant que pour les empêcher d'aller se confesser à l'oreille d’un prêtre, où l’on est libre d'ouvrir son cœur sans gêne, on leur avait dit qu'il fallait se confesser tout haut, bien entendu qu'on dirait ce aue l’on voudrait. On avait donc eu soin de ridiculiser la confession secrète, et vous savez quel effet produit le ridicule sur l'esprit des innocents. Bref, on avait réussi à inspirer à ces pauvres dupes, une telle horreur de la confession privée que, seulement d'en parler, faisait l'effet de la moutarde au nez. Il fallait se confesser publiquement : c'était la vraie confession.

Un jour donc, plusieurs petits et grands ministres s'étaient réunis à Beaver pour essayer de la nouvelle recette. L'assemblée des pénitents et des pénitentes publiques était assez nombreuse. Alors une certaine dame vint se

mettre bravement en place, son mari était présent. On lui demande si elle vit en paix avec son mari. La réponse est oui. Mais le mari déclare que c’est faux, à une autre question, elle répond qu'elle est parfaitement en paix avec ses voisines. Et le mari de déclarer qu’elle est toujours en guerre avec elles. C'était touchant a pleurer.

On raconte, à ce sujet, que /e/rois fois excommunié, qui était présent, trouva cette manière de se confesser fort peu amusante, et qu'il sorti de l'assemblée en faisant entendre des paroles d’'indignation et criant au scandale. L'histoire doit lui tenir compte de ce protêt (1).

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