CHAPITRE VIIT
Les enfants de Dieu partages en attendant leur réunion dans le ciel. — Les saints et les anges prient pour les fidèles de ce monde. — St-Paul se recommande sans cesse aux prières des fidèles. — Jésus-Christ est-il le seul médiateur, —en quel sens il l’est. — Les images Aans les églises. — Les catholiques peuvent-ils vénérer le Pape. — Les évêques, — les prêtres et les images.
LE COLPORTEUR, sautant sur une autre branche : Tout ce que vous venez de me dire ne me prouve pas que les anges et les saints prient pour les hommes et les assistent dans leurs besoins, comme le croient les catholiques.
JEAN-BAPTISTE : Vous auriez besoin, je pense, de méditer le Symbole des apôtres et surtout de bien comprendre cet article: Je crois la communion des saints. Vous comprendriez peut-être alors l’admirable union qui existe entre tous les membres de l'Eglise catholique, dont les uns sont au ciel, les autres dans le purgatoire et les derniers sur la terre. Les premiers sont rendus dans le ciel, où la charité et l’amour ont acquis leur dernier degré de perfection; les seconds achèvent de se purifier pour aller se réunir aux premiers, et les troisièmes enfin combattent dans l'exil, pour vaincre le monde, la chair et l'enfer, et monter ensuite vers la céleste patrie. En attendant que vous compreniez les divines harmonies qui existent entre les enfants de Dieu, partout
(1) Matt. ch. 17, v. 8.
où ils sont, je vais vous faire voir, par la bible, que les anges et les saints prient pour leurs frères de ce monde et les assistent dans leurs besoins.
LE CoLPoRTEUR : Vous ne me le prouverez certainement jamais.
JEAN-BAPTISTE : Je savais déjà, Mr le colporteur, que je ne parviendrais jamais à prouver quelque chose à un homme bien décidé d'avance à n'admettre aucun genre de preuves condamnant une erreur qu'il ne veut pas abandonner, Aussi, je ne prétends pas vous convaincre, mais seulement vous faire voir que l'Eglise catholique sait parfaitement ce qu'elle enseigne et qu’elle suit la bible mieux que vous. Allons donc encore à la bible.
Jérémie (1) parle ainsi: “ Le Seigneur me dit encore: “ quand Moïse et Samuel (qui n'étaient plus sur laterre) “se présenteraient devant moi, mon cœur ne se tournerait “ point vers ce peuple. Chassez-les de devant ma face, “et qu'ils se retirent.” Les saints ont donc pour usage de se présenter devant Dieu pour intercéder pour les pécheurs qui vivent en ce monde, s’il en était autrement, pourquoi Dieu disait-il à Jérémie qu'il n'écouterait pas leurs supplications, s'Ÿs se présentaient devant sa face ? Les saints demandent donc grâce pour les coupables ?
Dans le second livre ‘des Macchabées (2), Judas Macchabée, au moment de livrer combat aux ennemis du peuple de Dieu, eût une vision qu'il raconte ainsi au peuple assemblé. “ Voici quelle fut cette vision: il lui sembla qu'il “ voyait Onias, q'ii avait été grand prêtre, étendre ses mains “et prier pour tout le peuple Juif ; Onias, cet homme vraiment “ bon et plein de douceur, si modeste dans son visage, si modéré et si réglé dans ses mœurs, si agréable dans ses dis- “ cours, et qui s'était exercé dans son enfance en toutes sor- “tes de vertu: qu’ensuite avait paru un autre homme vé- “ nérable par son âge, tout éclatant de gloire, et environné “d'une grande majesté : Et qu'Onias avait diten le mon-
(1) Ch. 15, v.L. (2) Ch. 15, v. 11-12-13.14. 19
“ trant : C’est là le véritable ami de ses frères et du peuple “ d'Israël : c’est là Jérémie, le prophète de Dieu, qui prie beau- “eoup pour ce peuple el pour toute la ville sainte : qu'en même “temps Jérémie avait étendu la main, et donné à Judas ‘une épée d’or, en lui disant: Prenez cette épée sainte “ comme un présent que Dieu vous fait, et avec laquelle “ vous renverserez les ennemis de mon peuple d’Isarël. ”
Remarquez qu'Onias et Jérémie étaient morts depuis longtemps. Voilà donc un livre que l'Église catholique à toujours reconnu pour inspiré, et qui nous apprend que les saints de l’autre vie prient pour les habitants de la terre.
Apocalypse (1). “ Et après qu'il l’eût ouvert (/e livre mysté- “ rieux) les quatre animaux et les vingt-quatre vieillards “ se prosternèrent devant l’agneau, ayant chacun des har- “ pes et des coupes d’or pleines de parfums, qui sont les “ prières des saints. ” Mais, pour qui sont ces prières, qui égalent la suavité des parfums ? Vous ne direz certainement pas que les saints, dans le séjour du bonheur, ont besoin de prier pour eux-mêmes. Il faut donc admettre que ces prières sont pour d’autres. Mais elles ne peuvent être en faveur des réprouvés. Il faut donc qu’elles soient pour nous.
Saint Jean (2) parle ainsi : “ Alors il vint un autre “ ange qui se tint devant l'autel, ayant un encensoir d’or ; “et on lui donna une grande quantité de parfums, compo- “ sés des prières de tous les saints, afin qu’il les offrit sur l’autel “ d'or qui est devant le trône de Dieu.” Voilà encore ici un important témoignage qui nous assure que les prières de tous les saints sont offertes à Dieu par le ministère d’un ange. Pour qui encore ces prières, si non pour nous ? Remarquez, Mr le colporteur, que prier veut dire demander quelque grâce, quelque secours. Or les saints n’ont besoin ni de grâces, ni de secours. Ces prières ne sont donc pas pour eux-mêmes.
Zacharie (8): “ L'ange du Seigneur parla ensuite et
(1) Ch. 5, v. 8. (2) Ch. 8, v. 3. (3) Ch. 1, v. 12,
“ dit : Seigneur des armées, jusques à quand différerez-vous “de faire miséricorde à Jérusalem, et aux villes de “ Juda, contre lesquels votre colère est émue, voici déjà la “ septième année.” Ce témoignage vous parait-il assez clair, Mr le colporteur, pour prouver que les anges demandent miséricorde pour les habitants de la terre ?
LE CoLPoRTEUR : Nos ministres n'entendent point ce texte comme vous l’entendez.
JEAN-BAPTISTE : Vous me feriez croire qu'ils sont comme les statues dont parle le prophète royal (1). ‘“ Elles ont des “ veux, et elles ne voient point ; elles ont des oreilles, et “ elles n’entendent point. ”
Allons maintenant au livre de Tobie (2). “ Pendant que “ vous priiez avec larmes, dit l’Ange Raphaël, et que vous “ensevelissiez les morts et que vous interrompiez votre xepcs “et que pendant le jour vous cachiez les morts dans votre “ maison pour les ensevelir pendant la nuit, j'ai offert votre “ prière au Seigneur. ”
Ce passage vous apprend donc, Mr le colporteur, que tout le bien qui se fait en ce monde est offert à Dieu par le ministère des anges. On a donc connaissance, au ciel, de ce qui se passe ici-bas.
LE CoLPoRTEUR : Nous ne recevons pas le livre de Tobie au nombre des livres inspirés:
JosePH LaAMt : Tant pis pour vous, si, contrairement à ce qu'a cru toute l'antiquité chrétienne, vous rejetez de votre bible, un des livres le plus propre à édifier et à enrourager à être fidèle à Dieu, au milieu même des obstacles de tout genre. Quant à nous, catholiques, nous recevons le livre de Tobie, comme inspiré, et nous en tirons un témoignage précieux pour nous affermir dans la consolante croyance que les anges de Dieu s'occupent de nous. “Car Dieu “ a commandé à ses anges de vous garder dans toutes vos “voies. Il vous porteront dans leurs mains, de peur que “ vous ne heurtiez votre pied contre la pierre 8). ”
(1) Ps. 113. (2) Ch. 192, v.12. (3) Ps 90, v. 11-12,
Pour nous faire connaitre la charité dont les anges sont animés pour nous, Jésus-Christ défend de scandaliser un seul petit enfant, ‘ car son ange voit sans cesse la face de Dieu, dans le ciel (1). ”
Pourquoi cet avertissement, si ce n'est pour nous dire que les anges, qui présentent nos prières à Dieu, comme nous l'avons vu plus haut, demandent vengeance contre ceux qui scandalisent les pelits enfants.
LE COoLPORTEUR : Je vous répète que nos ministres n’entendent point ces textes comme vous les entendez.
JEAN-BAPTISTE : Je ne vois pas ce qu'ont à faire vos ministres dans l'interprétation de la bible, lorsque les auteurs du protestantisme ont proclamé, à la face de l’univers, que chaque protestant devait expliquer la bible selon sa raison individuelle. Vous avouerez qu'il est au moins ridicule de citer leur témoignage sur l'interprétation à donner à un texte. Ils n’ont rien à faire là.
Mais je n'ai pas fini de vous donner les preuves de la croyance catholique sur l’invocation des saints.
Dieu pouvait bien, par lui-même, recevoir la sactisfaction que lui devaient Esiphaz de Théman et ses deux amis, et les obliger de venir lui demander pardon pour la folie de leurs discours. Mais il ne l’a pas fait. Donnez-moi la raison de la conduite qu'il tient à leur égard, sans admettre la croyance catholique ? Pourquoi leur commande-t-il de prendre sept taureaux et sept béliers, et d'aller trouver son servileur Job, afin qu'il les offre en holocauste pour leur péché ? “ Job, mon Serviteur, dit le Seigueur, priera pour vous ; “ je le regarderai et l’écouterai favorablement, afin que cet- ‘“ te impudence ne vous soit pas imputée (2). ”
Voilà donc Dieu lui-même qui commande aux pécheurs de recourir à ses serviteurs, qui sont encore sur la terre. Voilà donc que Dieu s'engage à avoir égard à leur prière et, en leur considération, à pardonner aux coupables. N'en peut-on pas conclure avec certitude que ceux qui sont au
(1) Matt. ch. 18, v.10. (2) Ch. 42, v. 8.
ciel peuvent aussi nous obtenir miséricorde et que nous pouvons, sans faire injure à Dieu, les prier de nous secourir dans nos besoins ? Pouvez-vous rejeter cette conséquence ?
C’est encore en vertu de cette loi que Dieu accepte favorablement les prières qu’on lui adresse au nom de ceux qui furent ses amis, que le prophète disait (1). “ Souvenez-vous, “ Seigneur, de David, votre serviteur, et de toute sa dou- “ ceur. ” Et un peu plus loin : “ En considération de David, “ votre serviteur, ne refusez pas la prière de votre Christ, “son enfant. ” C’est pour la même raison que, tous les jours, Job purifiait ses enfants, et, se levant de grand matin, il offrait des holocaustes pour chacun d’eux, dans la crainte que, au milieu de la joie de leur repas, ils n’eussent commis quelque péché (2).
Pour avoir une idée du pouvoir que Dieu donne aux saints, veuillez, mon ami Joseph, nous lire les versets 26, 27 et 28 du 2: chapitre de l’Apocalypse.
JosePpH LAM1: “ Et quiconque aura vaincu et aura per- “ sévéré jusqu’à la fin dans les œuvres que j'ai comdamnées, “ je lui donnerai puissance sur les nations. Il les gouver- “ nera avec un sceptre de fer, et elles seront brisées comme “ des vases d'argile ; selon que j'ai moi-même ce pouvoir “ de mon Père; et je lui donnerai l'étoile du matin. ”
JEAN-BAPTISTE : A ‘moins d’une incroyable obstination de votre part, Mr le colporteur, vous devez admettre, avec nous, catholiques, que Dieu s'associe les anges et les saints pour le salut des hommes et le gouvernement de ce monde. Et n’avez-vous donc jamais lu (3) que dix justes eussent sauvé Sodome et les autres villes, dont les crimes demandaient vengeance au ciel ? N’avez-vous jamais lu que saint Paul (4) “ conjure les fidèles de cette ville, par Jésus-Christ “ Notre-Seigneur et par la charité du Saint-Esprit, de com- “ battre avec lui par les prières qu'ils feront à Dieu pour “lui?” Ne voyez-vous pas le même apôtre dire aux Colos-
(1) Ps. 131. (2) Job, ch. 1, v. 5. (3) Genèse, ch. 18, v. 32. (4) Rom, ch. 16, v. 80.
siens (1) ces paroles de supplication : “ Priez aussi pour “ nous, afin que Dieu nous ouvre une entrée pour précher “ sa parole (il devait dire, n'est-ce pas, Mr le colporteur, pour “ distribuer des bibles ?) et pour annoncer le mystère de Jésus- “ Christ, pour lequel jasuis dans les liens ? ” N’avez-vous jamais lu (2) ‘“ que saint Paul conjure les fidèles de prier “ continuellement pour les saints et pour lui aussi, afin que “ Dieu lui ouvrant la bouche, lui donne des paroles pour an- “ noncer librement le mystère de l'Evangile,” (saint Paul oublie, ‘encore ici, de dire : pour lui aider à faire accepter des bibles !) Dans sa 1'° Epitre aux Thess. il dit : “ Mes frères, priez pour “ nous (3). ” Dans la 2ne (4) il par!e ainsi : “ Au reste, mes “ frères, priez pour nous afin que la parole de Dieu se répan- “ de de plus en plus. ” Enfin, dans l’Epiître aux Hébreux (5) il dit à ceux auxquels il adresse sa lettre : “ Priez pour “ nous... et je vous conjure avec une nouvelle instance de “ le faire, afin que Dieu me rende plus tôt à vous. ”
Asa, roi de Juda, fut un très méchant prince. “ Mais “néanmoins, nous dit le 3: livre des rois (6), le Seigneur “ son Dieu lui donna, à cause de David, une lampe dans “ Jérusalem, en suscitant son fils après lui pour conserver “ la gloire de Jérusalem, parce que David avait fait ce qui “était droit et juste aux yeux du Seigneur et que, dans tous “les jours de sa vie, il ne s'était point détourné de tout ce “ qu'il lui avait commandé. ”
JosEPpx LaM1: Encore ici, Mr le colporteur, vous avez une preuve frappante que les mérites que les saints ont acquis, en ce monde, servent de protection aux pécheurs contre la colère de Dieu. Dieu a donc égard aux prières que les saints font en faveur des habitants de la terre ?
JEAN-BAPTISTE : Dans tous les temps, les faibles ont imploré la protection des forts, et les pécheurs les prières des amis de Dieu. En voici une preuve bien digne de fixer votre attention, Mr le colporteur. Elle est tirée du 1er
(1) Ch. 4, v.8. (2) Eph. ch. 6, v. 18-19. (3) Ch. 5, v. 25. (4) Ch. 8, v. 1. (5) Ch. 18, v. 18-19. (6) Ch. 15, v. 4-6.
livre des rois (1). “ Les enfants d'Israël disent à Samuel : “me cessez point de crier pour nous au Seigneur notre “ Dieu, afin qu'il nous sauve de la main des Philistins. ” Voici l'effet de la prière des amis de Dieu, verset 9e : “ Sa- “ muel prit un agneau qui tétait encore, il l’offrit tout entier “en holocauste au Seigneur. Samuel cria au Seigneur “ pour Israël et le Seigneur l’exauça. ”
Saint Paul avait été, à Ephèse, en butte à une grande persécution de la part des orfèvres. Il écrit aux Corinthiens que Dieu, qui ressuscite les morts, l'en a délivré, et l'en délivrera encore à l'avenir. Qu'ajoute-t-il? Remarquez ces paroles : “ Et les prières que vous faites pour nous y “ contribueront aussi. ” Les prières des amis de Dieu, qui sont en ce monde, peuvent donc nous délivrer ou contribuer à nous délivrer des maux qui nous menacent. Si ceux de Ja terre le peuvent, pourquoi ceux du ciel ne le pourraient-ils pas (2) ?
Je pourrais encore vous renvoyer au 8e livre des rois (3), où Dieu promet à Salomon de ne pas retirer le royaume de ses mains, quoiqu'il eut prévariqué, d cause de David qui, pendant sa vie, avait été fidèle à garder toutes les ordonnances du Seigneur. Je pourrais vous faire lire, dans le 4e livre des rois (4), que Dieu s'engage à protéger Jérusalem et à la sauver, 4 cause de lui-méme et de David, son serviteur. Vous pourrez voir la même assurance donnée au roi Ezéchias, 4e livre des Rois (5), et dans Isaïe (6), de protéger Jérusalem, toujours d cause de David, son serviteur, mort depuis longtemps. Jésus avait quitté le pays des Gréraséniens pour revenir à Capharnaüm (7). Là on vint lui présenter un paralytique que des hommes portaient sur un lit, ‘“ Jésus voyant leur foi, (la foi de ceux qui le portaient), “ dit au poralytique : mon fils, ayez confiance, vos péchés “vous sont remis. ” Les prières des autres, des amis de Dieu, sont donc écoutées.
(1) Ch. 7, v. 8-9. (2) II Eph. ch. 1, v. 9-10-11. (3) Ch. 15, v. 4-5. (4) Ch. 19, v. 34. (5) Ch. 20, v. 6. (6) Ch. 37, v. 35. (7) Matt. ch. 9, v. 2
Que pensez-vous maintenant, Mr le colporteur, de ceux qui rient de la simplicité des cathoiiques, parce qu’ils s’adressent aux anges et aux saints pour obtenir leur protection ? Trouvez-vous qu'ils ont passablement raison d’en agir ainsi, et que leur croyance est assez bien appuyée sur la parole de Dieu écrite ? ;
LE CoLPpoRTEUR : Tout ce que vous venez de me dire n’est pas suffisant pour ébranler mon opinion.
JosEPH LAMI: Abraham a déjà répondu au riche qui lui demandait d'envoyer quelqu'un des morts à ses frères, pour les engager à faire pénitence : “ S'ils n’écoutent point “ Moïse ni les prophètes, ils ne croiront pas non plus, “ quand même quelqu'un des morts ressusciterait (1). ”
LE CoLpoRTEUR : Vous faites des anges et des saints vos médiateurs auprès de Dieu, et saint Paul a condamné cette doctrine. :
JEAN-BAPTISTE : Saint Paul a condamné cette doctrine ! Parlez-vous sérieusement ? Vous venez de voir le même saint Paul se recommander aux prières des fidèles dans presque toutes les lettres qu’il leur écrit, et il défendrait qu'on l'imität !
Montrez-moi donc, s’il vous plaît, ce fameux texte qui met saint Paul en contradiction avec lui-même, et avec tous les témoignages divins que je viens de vous citer.
LE COLPORTEUR, d'un air triomphant, prend sa bible et lit avec emphäse (2): “ Car il n’y a qu'un Dieu et qu'un médiateur “entre Dieu et les hommes, Jésus-Christ homme. ” 1/ referme sa bible et puis il dit avec complaisance : Vous voyez maintenant ce que saint Paul fait de votre Vierge, des saints et des anges. L’entendez-vous bien ? il n’y a qu'un médiateur entre Dieu et nous. Or, ce médiateur, ce ne sont pas les anges et les saints, mais Jésus-Christ. Après cet arrét foudroyant, il se renferme dans un noble silence.
JEAN-BAPTISTE : Cette pitoyable objection est réfutée sans réplique dans tous les livres de controverse catholique,
(1) Luc, ch. 16, v. 31. Voyez à l'Appendice, 20. (2) 1 Tim. ch. 2, v. 6-6,
et vous osez encore me ja faire ? Vous me forcez de croire que vous êtes de la plus insigne mauvaise foi. Passez-moi votre bible. (Le colporteur la tenait encore dans sa main, comme pour ôter à Jean-Baptiste la pensée de revoir le texte qu'il venait de tronquer, comme ces braves gens font assez souvent avec les personnes ignorantes ou qui ne se défient point de leurs ruses. Imitant en cela le premier des révoltés protestants, Luther, qui avait mis, dans sa traduction de la bible, que l'homme n'était pas justifié par les œuvres unies avec la foi, mais par la foi seule. Quand les catholiques lui reprochèrent cette sacrilège supercherie, l'affreux falsificateur se moqua d'eux et déclara qu'il n'ôterait jamais le mot seule qu'il avait ajouté).
Alors s'adressant à son ami: Veuillez nous lire ce texte en entier, ayant soin de n'arrêter que lorsque vous rencontrerez un point.
JosEPH LAMi1, reprenant la lecture du méme texte : “ Car il “n’y a qu'un Dieu et qu'un médiateur entre Dieu et les “ hommes, Jésus-Christ homme, qui s’est livré lui-méme pour “ {a rédemption de tous, rendant ainsi témoignage à la vérité “ dans le temps qui avait été marqué. ”
JEAN-BAPTISTE : Maintenant, voyez-vous, Mr le colporteur, en quel sens Jésus-Christ est le seul médiateur entre Dieu et les hommes ? N'’est-il pas vrai que lui seul pouvait racheter les hommes et les réconcilier avec Dieu ? Or, voilà ce que dit saint Paul de Jésus-Christ qui s’est livré pour la rédemption de tous. Jésus-Christ est donc le seul médiateur de rédemption entre Dieu et les hommes. Voilà tout ce que dit saint Paul, dans ce texte.
Mais, de ce que Jésus-Christ est le seul médiateur de rédemption, pouvez-vous conclure que nous ne pouvons avoir des médiateurs d’intercession auprès de Dieu ? Non certainement, puisqu'alors nous ne pourrions plus prier les uns pour les autres, ni nous recommander aux prières de nos frères, et que saint Paul se serait trompé et aurait fait injure à la médiation de Jésus-Christ, en recommandant et lui même et les œuvres qu'il entreprenait, aux prières deg
fidèles auxquels il adressait ses lettres. Dans le verset précédent celui-ci, saint Paul nous apprend que Dieu veut sauver tous les hommes, et dans le verset qu'on nous objecte, Jésus-Christ, en tant qu'homme, est appelé médiateur entre Dieu et les hommes, car tous n'ont qu'un seul et même médiateur, qui s’est placé entre Dieu qui avait été offensé et les hommes coupables, et qui a pris sur lui la peine due aux péchés de tous, pour les racheter tous de la damnation éternelle. Voilà ce que veut dire ce texte, et pas d’autre chose.
Voilà pourquoi Jésus-Christ dit : “ Bénissez ceux qui “vous maudissent, et priez pour ceux qui vous calomnient (1), ” et saint Jacques : “ Priez l’un pour l’autre, afin que vous soyez “sauvé ; car la prière assidue du juste peut beaucoup (2). ”
Il est donc prouvé, par la bible, conclut Jean-Baptiste, que les catholiques ne font pas injure à /a médiation de Jésus- Christ en demandant aux anges et aux saints de prier Dieu pour eux, puisque les anges et les saints ne prient et ne peuvent prier qu'au »om du Rédempteur. Vous vous en convaincrez facilement, Mr le colporteur, en vous donnant le trouble d'ouvrir un Wissel, dont toutes les prières finissent par cette supplication : Par Jésus-Christ Notre Seigneur.
LE COLPORTEUR, au bout de sa science protestante pour condamner la doctrine catholique sur l'intercession des anges el des saints, saute, sans façon, sur un autre sujet, et, s'adressant aux deux amis, il leur dit d’un air de compassion : Savez-vous, mes bons amis, que vous avez, dans votre religion, un usage que nous déplorons amèrement, ce sont les images de vos saints et de vos saintes que vous placez partout, jusque dans la maison de Dieu. N'est-ce pas une véritable idolâtrie ?
JEAN-BAPTISTE : Vous avez la conscience si délicate ! Et puis, vous aimez tant les catholiques que le cœur vous saigne de douleur, quand vous les voyez, comme vous le dites, renouveler la grande iniquité de l'idolätrie et adorer des images ! Je vous remercie de votre compassion, monsieur ;
(1) Luc, ch. 6, v.28. (2) Ch. 5, v. 16.
ells vous fait beaucoup d'honneur, en vérité! En attendant que je vous fournisse les preuves bibliques de cette pratique catholique, vous me permettrez de vous faire remarquer que, en vénérant et respectant les images ou représentations de nos héros catholiques, nous faisons tout simplement un acte de bon sens et de patriotisme religieux, puisque nous rendons l'honneur à quil'honneur est dù (1), ni plus ni moins qu'on fait civilement pour les hommes qui ont bien mérité de leurs concitoyens ou de leur patrie, auxquels on élève des monuments et dont on reproduit les traits par l’art de la peinture pour les présenter au respect, à la vénération et à l’imitation de tous. On n'a jamais blâmé, que je sache, cette espèce de culte et de respect rendus à des hommes auxquels on pourrait peut-être imputer beaucoup de fautes, même des vices, et dont plusieurs pourraient recevoir l’application de cette encrgique parole de saint Augustin : on les loue là où ils ne sont point, et on les crucifie là où is sont.
Après vous avoir donné la décision dictée par le bon sens, je dois vous dire qu'il ne me sera pas difficile de vous faire voir, par des exemples tirés de la bible, que les catholiques ne sont nullement répréhensibles, s’il leur plaît de placer dans leurs églises des tableaux ou statues des saints et, cela sans être le moins du monde idolâtres. D'où vous conclurez qu'ils peuvent en avoir dans leurs maisons et dans leurs livres de prières, pour les faire.souvenir des vertus qui ont brillé dans ces hommes héroïques, avec autant et, même, plus de droit que vous avez les portraits de vos femmes, de vos filles et d'autres persorines qui vous sont chères, à n'importe quel titre. Veuillez seulement me suivre.
Premier exemple (2). Le Seigneur dit à Moïse : “ Vous mettrez aux deux extrémités de l’oracle, deux chérubins d’or battu : un chérubin d’un coté, et l’autre de l’autre. ”
Second exemple (3). “ Et le Seignur lui dit (à Moise) : “ Faites un serpent d’airain, et mettez-le pour servir de si-
(1) Rom. ch. 18, v. 7. (2) Exode, ch. 25, v. 18-19. (8) Nombres, cb. 21, v. 8,
“ gne : quiconque étant blessé des serpents le regardera, sera “ sauvé. ” (Remarquez quelle est la vertu de l’image de ce serpent : elle a le privilège de guérir ceux qui la regardent En voilà une superstition !
Troisième exemple (1). “ I1 (Salomon) fit tailler des chéru: “ bins, des palmes, et d’autres ornements avec beaucoup de “ saillie, et il couvrit de lames d'or le tout bien dressé à “ la règle et à l'équerre. ”
Quatrième exemple (2). “ Là (dans les ouvrages de sculptu:- “re), il y avait des lions, des bœufs et des chérubins, et au “ droit des jointures, il y avait aussi, tant dessus que dessous, “ des lions, des bœufs, et comme des courroies d’airain “ qui pendaient. ”
Cinquième exemple (3). “ Hiram fit encore dans les entre- “deux des jointures, qui étaient aussi d’airain, et aux an- “les, des chérubins, des lions et des palmes ; ces chérubins ‘représentaient un homme qui est debout, en sorte que ces figu- “res paraissaient non point gravées, mais des ouvrages “ ajoutés tout à l’entour. ”
Sixième exemple (4). “ Outre cela, il (Salomon) fit faire “ dans le Sanctuaire deux statues de chérubins, qu'il couvrit “toutes d’or. ” L'étendue des ailes de ces chérubins était de “ vingt coudées ; de sorte qu’une de ces ailes avait cinq “ coudées et touchait la muraille du temple, et que l’autre, “ qui avait encore cinq coudées, touchait l'aile du ‘second “ chérubin. ” Ce fut sous les ailes de ces chérubins que fut déposée l'arche (5).
Septième exemple (6). enfin, ce sera une image, la croix de Jésus-Christ, qui sera le signal du jugement général : “ Alors le Signe du Fils de l’homme paraîtra dans le ciel, ‘et tous les peuples de la terre seront dans les pleures et “dons les gémissements. ”
11 me semble, ajoute Jean-Baptiste, que nous avons, dans de si nombreux exemples, plus qu’il ne faut pour tran-
(1) LI Rois, ch. 6, v. 35. (2) III Rois, ch. 7, v. 29. (3) III Rois, ch. 7, v. 36. (4) IT Paral. ch. 8, v. 10-11. (5) III Rois, ch. 8, v.6-7. (6) Matt. ch. 24, v. 80.
quilliser nos consciences catholiques. Car la pensée que Dieu lui-même avait ordonné d'orner son temple d'images et de statues de chérubins, qui se tenaient debout comme des hommes, nous rassure quand nous voyons, dans nos églises, des tableaux et des statues représentant ou la très sainte Vierge Marie ou d'autres saints. Pensez-vous maintenant que nous soyons dignes de la pitié protestante des colporteurs qui ne se doutent peut-être pas qu'ils nous apportent, dans leurs bibles, ce qu'il nous faut pour réfuter les calomnies qu'il ne cessent de lancer contre nous (1).
LE COLPORTEUR, avec une franchise qu'il doit se reprocher encore : Je ne puis nier qu'il y ait, dans la bible, des exemples qui vous autorisent à avoir des statues ou des images de saints, dans vos églises, mais ce que jamais on ne pourra justifier, c’est de vous voir vous metre d genoux devant ces images ou statues, ef de les prier.
JosePH LaMi1: Vous êtes vraiment aimable, Mr le colporteur !! Vous parlez des pratiques de piété des catholiques comme un homme absolument mal informé de ce que nous faisons et des raisons qui nous guident. Pour ma part, je ne croirai jamais qu'un protestant soit assez stupide pour penser que nous adorons. des images ou des statues. Cette absurde accusation est cependant répétée dans une foule de pamphlets que l’on jette en pâture à l'ignorance d’une cretaine classe d'hommes avides de colomnies et de haines contre nous. Les auteurs de ces indignités savent bien que tous nos livres approuvés, tous nos catéchismes, tous nos conciles et toutes les instructions données de la chaire par tout le clergé catholique, réfutent cette absurdité : mais toute cette masse de dénégation ne les empêche pas de renouveler leur accusation, afin de nous rendre odieux. D'ailleurs ne sait-un pas que se mettre à genoux devant une croix, un crucifix, ou une image, ne signifie pas plus qu'on adore cette croix ou cette image, que l’action d’un fils, qui se met à genoux devant son père, ne signifie qu'il l’a-
(1) Voyez à l'Appandice, 21.
dore. Et puis, vous avez probablement vu des catholiques priant aux pieds d'une image et la regardant, et vous avez eu l'insigne simplicité de croire qu'ils priaient cette image ! Encore une fois, vous êtes vraiment aimable !
LE CoLporTEUR: Mais je sais certainement que vous vous mettez à genoux devant vos évêques et vos prêtres, et que même vous vous prosternez le visage jusqu’à terre en présence du Pape. Cela x bien l'air de les adorer.
JEAN-BAPTISTE : De même quand je vois des protestants se mellre à genoux pour manger du pain et boire du vin, pendant l’action qu'ils appellent : faire la sainte cène, cela a bien l'air d’adorer ce pain et ce vin.
LE CoLporTEUR: Nous n'adorons ni le pain, ni le vin que nous recevons dans la sainte cène.
JEAN-BAPTISTE : Je vous crois sans peine. Pourquoi donc nous accusez-vous d’adorer des images pour la seule raison que nous nous agenouillons devant ces images ?
Veuillez maintenant ouvrir la bible aux endroits que je vais vous indiquer, et vous allez vous convaincre qu'on a toujours rendu de semblables hommages aux anges, aux prophètes, et même aux rois, sans prétendre les adorer. Je vous préviens que je vous ferai grâce d’un grand nombre de témoignages.
1e Genèse (1) : “ Abraham ayant levé les yeux, trois “hommes lui parurent près de lui. Aussitôt qu'il les eût “ aperçus, il courut de la porte de sa tente au-devant deux, “et se proslerna en terre. ”
2 GCrenèse (2) (Isaac bénit son fils Jacob) : “ Que les peu-
“ ples vous soient assujettis et que les tribus vous adorent. “ Soyez le Seigneur de vos frères et que les enfants de votre “ mère s'abaissent profondément devant vous. ” 8 Nombres (3) : “ Aussitôt le Seigneur ouvrit les yeux à Balaam, et il vit l’ange qui se tenait dans le chemin, “ayant une épée nue, et il l’adora s'étant prosterné en terre.”
4 Livre de Josué (4) : “ Lorsque Josué était sur le ter-
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(1) CU. 18, v.2. (2) Ch. 27, v. 29. (8) Ch. 22, v. 31. (4) Ch. 5, v. 18-14-15.
“ritoire de la ville de Jéricho, il leva les yeux, et ayant
vu devant lui un hommé qui était debout, et qui tenait en sa main une épée nue, il a!la à lui et lui dit: Etes- ‘“ vous des nôtres, ou des ennemis ? 11 lui répondit : non ; “ mais je suis le prince de l’armée du Seigneur, et je viens “ jei maintenant de sa part. Josué se 7e/a le visage rontre ‘terre et, en l'adorant, il lui dit: Quest-ce que mon Sei- “ æneur veut ordonner à son serviteur ? ”
5 IIIe Livre des Rois (1) : “ Et l'on dit au roi, voilà le “ prophète Nathan. Nathan s'étant présenté devant le roi, “ l'adora en se baissant profondément en terre. — Bethsabée bais- “sant le visage jusqu'en terre, adora le roi, et lui dit : que “ Daniel, mon Seigneur, vive à jamais. ”
6’ Daniel (2) : “ Alors le roi Nabuchodonosor se pros- “ {erna le visage contre terre, et adora Daniel ; et il commanda “ que l'on fit venir des victimes et de l’encens, et qu'on lui “ sacrifil. ”
JosePH LAMt1: Daniel, un prophète du vrai Dieu, a-t-il empêché qu'on lui rendit de tels hommages, Mr le colporteur ? La bible n’en dit pas un mot.
JEAN-BAPTISTE : De quel droit maintenant, les protestants qui lisent toute la bible, viendraient-ils condamner les hommages que nous rendons à la croix, sous la désignation d'aduralion de la croix ; au Pape en se prosternant devant lui et lui baisant les pieds ; aux évêques, en fléchissant les wenoux devant eux ; aux images, qui nous rapellent les homnes glorifiés et jouissant de la gloire éternelle ; enfin aux prêtres, les pères spirituels des âmes ! Qui nous blämerait avec quelque apparence de raison, de leur témoigner notre véné-alion, de nous recommander à leurs prières et de recevoir à genoux, leur bénédiction ? N’est-il pas écrit : “ hu- “ miliez votre âme devant le prêtre et baissez la tête devant “ l'homine puissant (8) ? ”
Tous: ces hommes vénérables üe l’ancien testament qui ont rendu de si profonds respects aux anges, aux pro-
&1) Ch. 1, v. 23-31. (2) Ch. 2, v. 46. (3) Eccl. ch. 4, v. 7.
phètes et même aux rois, étaient trop éclairés pour prétendre, par là, donner ou recevoir l’adoration qui n’est düe qu'à Dieu seul. C’est donc une criante injustice d’accuser les catholiques, de faire des actions répréhensibles quand ils imitent ce qu’ils voient autorisé par la parole de Dieu.
LE CoLPorTEUR : Si les catholiques lisaient plus assidument la bible, ils y verraient que ces hommages qu'ils ren. dent à leur Pape et à leurs évêques sont condamnés dans la personne de saint Jean qui voulut se prosterner aux pieds de l'ange qui lui parlait. Que lui dit cet ange ? “ Gar- “ dez-vous bien de le faire, je suis serviteur de Dieu com- “ me vous (1). ”
JEAN-BAPTISTE : Vous lisez peut-être beaucoup la bible, Mr le colporteur, mais vous la lisez mal, ou plutôt, vous n’en lisez que ce qui s'accorde avec vos idées, et vous passez ce qui vous condamne. Voilà encore une preuve de votre mauvaise foi. Pourquoi avez-vous omis les mots : pour l'adorer ? Voici ce texte dans son intégrité: “ Etje me prosternai à ses pieds pour l'adorer. ” Saint Jean ne voulait donc pas seulement se pros{erner devant l'ange, mais réellement l’adorer en se prosternant. Et voilà pourquoi l'ange refuse cet hommage d'adoration et lui dit d'adorer Dieu. Ainsi cette objection ne prouve rien contre nous, qui n’avons jamais prétendu adcrer le Pape et les évêques par les marques de vénération profonde que nous leur donnons