‹ Le petit arsenal du catholique ou Traité élémentaire de controverse [microforme] (volume 2)Chapitre 31 sur 49 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Les reliques des saints. — Miracles opérés par ces reliques, — Les catholiques justifiés par la bible. — Respect ei vénération envers la très sainte Vierge Marie, — Marie a-t-elle eu d’autres enfants que Jésus. — Blasphême de quelques protestants contre la Vierge.

LE CoLPORTEUR : Vous avez encore, dans votre religion, une pratique qui nous choque beaucoup, je veux parler de ces honneurs que vous rendez aux corps et aux reliques de

(1) Apoc. ch. 19, v. 10,

vos saints, et de cette confiance que vous mettez dans cette poussière du tombeau. Je suis souvent à me dire : comme ces pauvres catholiques sont superstitieux ! Quelle vertu peut résider dans ces restes inanimés et que les âmes ont abandonnés en ce monde !

JEAN-BAPTISTE : Encore ici, Mr le colporteur, vous nous donnez une nouvelle preuve de la grande charité que vous avez pour nous. Oui!c'’est vraiment touchant de vous entendre gémir sur notre aveuglement et sur ce que vous appelez nos superstilions papistes, mots qui sont de gens si bien éduqués ! Il faut cependant que je vous dise que c’est vraiment dommage pour vous que nos swperslilions et la juste confiance qui nous portent à honorer les reliques de nos saints, soient appuyées sur la parole de Dieu, qui nous apprend à connaitre la vertu que Dieu communique aux dépouilles mortelles de ses amis, et pendant leur vie et après leur mort. Je vais vous en donner les preuves dans votre bible, Mr le colporteur.

J'ouvre d'abord le 4° livre des Rois (1) et j'y lis ce qui suit : Le prophète Elie, est emporté dans nn char de few trainé par des chevaux de feu, et laisse tomber sur la terre son manteau qu'Élisée, son disciple, ramasse avec un profond respect. En possession de cette relique, Elisée se transporte sur les bords du Jourdain : Alors, il prit dans sa main le manteau qu'Elie avait laissé tomber pour lui, et ‘1 lrappa les eaux une première fois et elles ne se divisèrent point pour lui ouvrir un passage, Alors élevant la voix, il s'écria : “ Où est maintenant le Dieu d'Élie ? Et frappant * les eaux une seconde fois, elles se partagèrent d'un côté “et d'autre, et il passa au travers. ”

Voilà, dit Joseph Lami, un manteau qui possède une singujière vertu, n'est-ce pas, Mr le colporteur ? Remarquez bien ces paroles qu'Eliste adressa à Dieu, en voyant queles eaux ne s'étaient pas séparées la première fois qu'il les avait frappées : Où est maintenant le Dieu d'Elie ? Le Dieu d’Elie était

(1) Ch. 2, v. 13-14, 11

là pour apprendre à Mr le colporteur que les reliques des saints peuvent opérer des miracles. Après cette invocation, Elisée frappe de nouveau les eaux avec le manteau d'Elie, et elles se partagent d'un côté et d'autre. Criez maintenant à la superstition, si cela vous plait, Mr le colporteur ! !

LE CoLPoRTEUR : Cette étrange vertu du manteau d’Elie me frappe singulièrement...Je n'avais pas remarqué ce fait.

JEAN-BAPTISTE : Quant à moi, ce miracle opéré par le manteau dont s'était servi le saint prophète Elie, me fait concevoir un grand respect pour les reliques des saints et me porte à croire que je puis mettre en elles une certaine conliance, qui ne déplaît point à Dieu puisqu'il a donné à ce manteau la vertu de séparer les eaux.

Allons maintenant au chapitre troisième, verset 20 et 21 du même livre.

‘“ Elisée mourut donc, et futenseveli. Cette même année, “il vint des voleurs de Moab sur les terres d'Israël. Et “il arriva que quelques-uns enterrant un mort, virent ces “ voleurs, et jetèrent le corps mort dans le sépulcre d’Elisée. “ Le corps ayant touché les os d’Elisée, cet homme ressuscita, ‘et se leva sur ses pieds. ”

JosePxH Lam : Qu'ils sont simples et superstitieux ces pauvres catholiques, de croire que les dépouilles mortels des saints peuvent opérer des miracles, comme vous nous le disiez, il n’y a qu’un moment! Votre bon cœur doit saigner de douleur en apprenant que les ossements des saints sont des moyens dont Dieu se sert pour ressusciter des morts. Et puis, ce qui est le plus à regretter, c’est la bible qui nous l’apprend. O douleur !

LE CoLPporTEUR : C’est vraiment étonnant ! La bible dit formellement que cette homme éfait mort, et en touchant les os du prophète Elisée, il ressuscite ! En vérité, c'est une chose bien étrange !! Qui peut croire de semblables choses !!

JEAN-BAPTISTE : Veuillez ne pas vous troubler, Mr le grand liseur de bible, car j'ai encore des choses beaucoup

plus étonnantes à vous montrer dans ce volume que j'ai entre les mains. Passons au Nouveau-Testament.

Lisez-nous, mon ami Joseph, le fait raconté par saint Matthieu (1).

Joseph Lani : “Alors une femme qui, depuis douze ans était “ affligée d’une perte de sang, s'approcha de lui (de Jésus) “ par derrière, et toucha la frange qui était au bas de son “ vêtement ; car elle disait en elle-même : Si je puis seule- “ ment toucher son vêtement, je serai guérie. Jésus se re- “ tournant alors, et la voyant, lui dit : ma fille ayez con- “ fiance, votre foi vous a sauvée. Et cette femme fut guérie d Ja méme heure. ”.…

JEAN-BAPTISTE : Si vous aviez été là, Mr le colporteur, ou quelques-uns des vôtres, et que vous eussiez connu le dessein de cette femme, avec quelle sainte indignation ne vous seriez-vous pas écrié: Quelle superstition ! Pauvre femme! comme elle est simple et ignorante ! croire qu'elle sera guérie en touchant la frange de l'habit que Jésus-Christ portait ! Quelle folie !.…

Notre-Seigneur Jésus-Christ ne pensait pas, apparemment, comme les protestants, puisqu'il lui dit : ayez con- Jiance, ma fille. Et elle fut guérie.

Veuillez nous lire cet autre fait, en saint Matthieu (2).

Joseph Lami : “Et les habitants de ce lieu (Génézareth) “apprenant qu'il était là, ils envoyèrent dans tout le pays ; “et on lui présenta tous les malades, le priant qu'il leur “ permit seulement de toucher le bord de son vêtement : “et tous ceux qui le fouchèrent furent guéris. ”

LE CoLPoRTEUR : Mais c'était les habits du Fils de Dieu qu'on touchait ! On peut croire, sans trop s'étonner, qu'ils lissent des miracles.

JEAN-BAPTISTE : Je vous réponds, monsieur, qu’en autorisant cette confiance dans l’attouchement de ses vêtements, Jésus-Christ nous donnait clairement à entendre que les habits de ses serviteurs auraient la mème vertu, suivant

(1) Ch.9, v. 20-21-22, (2) Ch. 14, v. 35-86,

cette promesse, en saint Jean (1). “ En vérité, en vérité je “ vous le dis : celui qui croiten moi fera lesæuvres que je “ fais : et il en fera encore de plus grandes, parce que je m'en “ vais à mon Père. ”

Je vais vous faire voir maintenant que cette promesse a eu son accomplissement dans la personne des apôtres.

Ouvrez la bible aux Actes des Apôtres, mon ami, et liseznous les versets 11 et 12 du chapitre 19e.

Joseph Lami : “ Et Dieu faisait des miracles extraordinaires “ par les mains de Paul, jusque là même que lorsque les mou- “ choirs et les linges, qui avaient touché à son corps, étaient ap- “ pliqués aux malades, ils étaient guéris de leurs maladies, “et les esprits malins sortaient du corps des possédés, ”

JEAN-BAPTISTE : Voilà certes des œuvres beaucoup plus grandes que celles opérées par Jésus-Christ dans la guérison de cette femme qui touche les habits qu’il portait sur lui, puisque ces mouchoirs et ces linges, qui opéraïent des prodiges, étaient séparés de saint Paul, et, pour avoir seulement fouché à son corps, ils guérissaient les malades et chassaient les démons. Que dites-vous maintenant, Mr le colporteur, de ces catholiques superstitieux qui ont confiance dans les reliques des saints? Ils sont vraiment dignes de la pitié protestante, n'est-ce pas ?

Le colporteur, sans répondre un mot, prend la bible et lit, à plusieurs reprises, les deux versets qui autorisent si clairement les catholiques à respecter les reliques des saints et & mettre en elles une légitime confiance. Il met enfin la bible sur la table, et parait fort déconcerté.

JEAN-BAPTISTE : Vous me paraissez tout étonné de ce que vous venez de lire... Maintenant je comprends que vous lisez la bible sans faire attention à ce qu'elle dit, excepté peut-être dans les endroits où vous croyez trouver des armes contre quelques vérités enseignées par l'Eglise catholique.

(1) Ch. 14, v. 12,

DU CATHOTIQUE. 165

J’ai cependant à attirer votre attention sur un prodige beaucoup plus étonnant que celui que je viens de vous faire voir. Lisez, vous-même (1).

Le Colporteur, de mauvaise grâce : “ Les apôtres, dis-je, “ faisaient seaucoup de miracles : de sorte qu'on apportait “ les malades dans les rues, et qu’on les mettaient sur des lits ‘et sur des paillasses, afin que lorsque Pierre passerait, son ‘ombre, au moins, couvrit quelqu'un d'eux et qu'ils fus- “ sent guéris de leurs maladies. ” Puis, la bible lui tombe des mains …

JosEPH LAMï, avec vivacité : O quelle superstition ! auraient crié, en chœur, tous les colporteurs de bibles passés, présents et futurs, s'ils eussent vu ces pauvres malades étendus ou couchés sur des paillasses, dans les rues de Jérusalem, attendant que saint Pierre passât, pour être œuéris par son ombre ! Par l'horreur subite que leur eût inspiré une telle iolätrie papisle, ils se fussent hâtés de sortir de cette triste ville, où saint Pierre autorisait, par sa coopération ou son silence, d'aussi abominables confiances dans l'ombre seule d’un apôtre. Ils eussent pleuré jusqu'à la fin du monde sur la simplicité de ces pauvres gens ! !

Le colporteur, fort contrarié par les paroles qu'il venait d'entendre, n'osa pas tnsister sur la matière qu'on discutait. Qu'eût- Ü pu dire de raisonnable contre des témoignages aussi formels (1) ?

Croyant avoir meilleure chance d'embarrasser ses deu. adversaires calholiques, il attaqua le culle que l'Eglise rend à la très sainte Vierge, et dit, avec une audace incroyable, que les Romains plaçaient leur Vierge Marie à l'égal de Dieu, elle, qjouta-t-il, qui n’est qu'une pure créature.

JEAN-BAPTISTE, tndigné : Vous êtes bien réeilement l’enfant du protestantisme qui n’a qu'une seule ressource pour faire des dupes : c’est celle de calomnier les catholiques ! Où avez-vous pris, ailleurs que dans vos livres, que nous placions la très sainte Vierge Marie à l’'égal de Dieu ? Ja-

(1) Actes, ch. 5, v. 16. (2) Voyez à l'Appendice, 22.

mais, non jamais, un catholique, tant soit peu instruit, n'a même pensé à un tel blasphôme. Votre assertion n'est qu'une noire calomnie, démentie par l'enseignement de tous nos livres aprouvés, de tous nos catéchismes et de tous nos conciles.

Nachez, Mr le calomniateur, que nous avons, dans la bible, tout ce qui peut nous engager à respecter Marie, la mère du Sauveur, et à mettre en elle la plus légitime confiance, sans toutefois prétendre l’égaler à Dieu.

1o Elle est annoncée, dès l’origine du monde, comme devant écraser la tête du serpent, dont le démon s'était servi pour faire tomber nos premiers parents dans la désobéissance à leur créateur (1).

20 Balaam l'annonce comme une brillante Etoile qui devait sortir de Jacob (2).

30 David la désigne sous le nom d'une Reine. Il dit, en parlant au bien-aimé: “ La Reine s’est tenue à votre “ droite, ayant un habit enrichi d'or, et étant environnée “ de ses divers ornements (3). ”

40 Dans le Psaume 45, il la compare à un fleuve qui réjouit la cité de Dieu, et à un tabernacle que Dieu s’est consacré.

50 Dans le Cantique des Cantiques (4), le Saint-Esprit nous la représente comme {oute belle et n'ayant aucune tache en elle. Dans le chap. 6, v. 9, il nous la montre semblable à l'aurore qui se lève ; elle est belle eomme la lune et éclatante comme le soleil.

60 isaie (5) nous l'annonce sous le nom d’une vierge qui concevra et enfantera un fils qui sera appelé EMMANUEL.

J'omets beaucoup d’autres témoignages de l'Ancien Teslament pour passer au Nouveau.

Saint Luc (6), ‘“ L'ange étant entré où elle (Marie) était, “ lui dit : Je vous salue, à pleine de grâce ! Le Seigneur est “avec vous : vous êtes bénie entre toutes les femmes. ”

(1) Genèse, ch. 8, v. 15. (2) Nombres, ch. 24, v. 17. (3) Ps. 44, v. 10. (4) Ch. 4,v.7. (5) Ch.7,v.14. (6) Ch.l1,v.28.

JosEPH LAMI : Pensez-vous, Mr le colporteur, que Je mérite d’être blâmé parce que je vénère profondément cell: qu'un ange vient saluer de la part du Tout-Puissant ? Quel est l’homme raisonnable, je ne veux pas dire chrétien, qui me reprochera de bénir le nom de celle qu'un messager du ciel appelle pleine de grâce, et qu'il m’apprend étre bénie entre toutes les femmes ? “ Ne craignez point, Marie, continue l'ange, “ car vous avez trouvé grâce devant Dieu ; vous conce- “vrez dans votre sein et vous enfanterez un fils, à qui “ vous donnerez le nom de Jésus. Il sera grand, il sera “ appelé le Fils du Très-Haut. ”

Marie est donc la mère du Fils du Très-Haut, Mr le colporteur. Elle est donc la mère de Dieu, comme sainte Elisabeth nous le dira bientôt. Carle Fils du Très-Haut est Dieu, comme son Père. Et moi, catholique, je ne respecterai point, je n’honorerai point, je ne bénirai point de toute mon âme celle qui est la mère du Dieu qui m'a sauvé ! Et puis, il se rencontrera des hommes, qui se disent chrétiens et qui ont été rachetés par le sang du Fils de Marie, et ces hommes l’insulteront, lui jetteront de la boue, comme on le dit de ces tristes Canadiens apostats de l'Illinois ! Ces pauvres dupes, dont les moments les plus heureux de leur vie ont été passés au pied de l'autel de Marie, mépriseront cette Vierge bénie ? Ils feront un crime à des hommes de cœur de vénérer une créature que Dieu a honoré au point d’en faire la mère de son Fils bien-aimé, en qui il a mis toutes ses complaisances (1) !

JEAN-BAPTISTE : Après avoir reçu la visite de l'ange, Marie s’en va avec hâte visiter sa cousine Élisabeth. En entrant dans cette sainte maison, la Vierge bénie salue la mère du précurseur. Et le pouvoir de cette divine Mère est si grand, que ce salut fait tressaillir Jean-Baptiste dans le sein de sa mère, et qu'Elisabeth est remplie du Saint- Esprit (2). Alors cette femme inspirée élevant la voix:

(1) Matt. ch. 3, v. 17. (2) Luc, ch. 1, v. 41-42,

“ Vous êtes bénie entre toutes les femmes, et le fruit de vo- “tre sein est bénie, ”

Voyez-vous, Mr le colporteur, qu'une femme inspirée se sert des mêmes paroles qu'avait employées l’ange pour bénir Marie: Vous éles bénie entre toutes les femmes, et elle unit, dans une même bénédiction, la divine Mère et le divin Enfant : et le fruit de votre sein est béni. Vour nous apprendre, monsieur, que partout, dans la suite des siècles, le Nom de Marie serait inséparablement uni à celui de Jésus, et que de communes louanges, des bénédictions communes, célébreraient la gloire de ces deux Noms, les plus doux qu'une bouche humaine puisse prononcer.

Il ne s’est rencontré que vous, messieurs les protestants, qui avez séparé ces deux Noms. Cependant, il est évident que ce que le Saint-Esprit vient d'unir par la bouche d'Elisabeth, l’homme ne doit pas le séparer (1), nous dit le Saint-Évangile, pour une autre union infiniment moins étroite et moins ineffable que celle de Jésus et de Marie.

“ Et d'où me vient ce bonheur, que la Mère de mon “ Seigneur vienne vers moi (2). Elisabeth, vous le voyez, ne peut trouver de mots pour exprimer l’étonnement et l'admiration qu'elle ressent pour la visite qu’elle reçoit de Marie. Alors la Vierge bénie s’écrie (3) : “ Mon âme glorifie “le Seigneur... parce qu'il a regardé la bassesse de sa “ servante : car désormais je serai appelée bienheureuse dans la “ suite de tous les siècles, parce qu'il a fait en moi de grandes “ choses, lui qui est tout-puissant, et de qui le Nom est “ saint. ”

Josepx LAMI1: Entendez-vous, Mr le colporteur, cette parole prophétique de la bible: On m'appellera BIENHEU- REUSE dans tous les siècles ? Oui ! oui ! Vierge bénie entre toutes les femmes, et pour qui le Tout-Puissant a fait de grandes choses, oui ! toutes les générations (vulgate) des vrais enfants de Dieu, vous appelleront bienheureuse ! D'un bout à l’autre de l'univers ; au levant, au couchant, au midi, au nord,

(1) Matt. ch. 19, v.6. (2) Luc, ch. 1, v. 48,

DT CATHOTIQUE. 169

chez toutes les nations, dans toutes les langues, votre saint, votre doux, votre aimable Nom sera prononcé avec le plus religieux respect. On vous bénira, on vous aimera, on admirera le grand privilège qui vous a fait la mère du Fÿ/s du Très-Haut. Pas une âme vraiment chrétienne qui ne se mette sous votre maternelle protection, pas un cœur qui ne vous aime, comme et plus qu'enfant n'aimât jamais sa bonne et douce mère.

Le testament de votre divin Fils, expirant sur la croix, sera fidèlement exécuté : Enfant, voilà votre mère ; femme, voila votre fils (1). Et tous les amis de Jésus comprendront que, de cet instant, vous êtes devenue leur mère, leur protection, leur refuge, leur secours, et diront avec autant d'amour que de vénération : Salue, 6 Reine, mère de la miséricorde ! Salue, vous, notre vie, notre douceur, notre espérance ! Veuillez, à notre avocate, tourner vers nous, vos pauvres enfants de l'exil, les regards de votre miséricorde. Et vous serez, après Jésus, votre adorable Fils, le plus doux, le plus aimable objet de notre vénération (Swre, Regina). |

Au milieu de ce vaste concert de louanges et de bénédiction (permettez-moi de le dire, Ô ma divine mère) quelques hommes, rachetés par le Sang que Jésus a reçu dans vos chastes entrailles, s’élèveront contre vous, parce qu'ils auront renié l'Eglise, l'épouse de votre Fils. Ces hommes vous insulteront, vous rabaisseront, dans leurs paroles insensées, au rang d'une femme ordinaire ! vous la mère du Fils bien-aimé de Dieu le Père! Ces fils de la révolte tourneront en ridicule le respect et les louanges de vos enfants. Cesenfants égarés, ces prodigues, liront cependant la bible, et ils n'y verront ni votre grandeur, ni le droit que vous avez aux bénédictions de toutes les générations | Et par suite d’un aveuglement que lou croirait surnaturel, parce qu'il sont les fils de l’orgueil, ils auront toujours à la bouche le nom du Christ, votre adorable Enfant, ils ne

(1) Jean, ch. 17, v. 27-29.

comprendront pas que vous êtes la divine Mère de cet Enfant divin, et ils croiront honorer le Dieu homme en insultant sa Mère ?

Permettez-moi de vous dire, à sainte Mère de Dieu, ce que votre Fils mourant sur une cruix, disait au Père céleste, en faveur de ses bourreaux: pardonnez-leur, & douce Marie, parce qu'ils ne savent ce qu'ils font (1) !

JEAN-BAPTISTE: Je vous déclare, sur mon honneur, monsieur le colporteur, que le mépris que les protestants, de presque toutes les nuances, ont pour la Mère du Fils du Très-Haut, est seul plus que suflisant pour me convaincre que Dieu n’est pas avec eux. (Car jamais je ne croirai que l'esprit de Dieu puisse les pousser à mépriser la mère du Bien-aimé du Père. ls se feraient un amer reproche s'ils osaient insulter une honnête femme, et ils s’applaudiront d’avoir jeté de la boue à celle que toutes les générations devront appeler BIENHEUREUSE |!

LE CoLrorTEUR : Ce qui, depuis la réforme protestante, nous a porté à ne plus faire cas de la Vierge Marie, ce sont les honneurs que lui rendent les catholiques et la confiance sans bornes qu’ils ont en son pouvoir.

JEAN-BAPTISTE : Permettez-moi de vous dire, monsieur, que vous n'avez délaissé la douce Vierge Maire que parce que vous avez abandonné l'Eglise, /a colonne et la base de la vérité (2), une fois séparés de ceux avec lesquels Jésus-Christ a promis d'être jusqu’à la consommation des siècles (3), vous avez perdu le sentiment de la vraie piété chrétienne. De là vous avez cru que les catholiques rendaient trop d'honneur à Marie, celle que toutes les générations doivent bénir et qui jamais, non jamais, ne pourront assez vénérer celle que le Roi du ciel a daigné élever d’une manière digne de sa grandeur. Et voilà tout le secret de votre répugnance pour le culte de Marie. Redevenez catholique, et vous direz, comme nous, qu'on ne saurait trop honorer

(1) Luc, ch. 23, v. 84. (2) I Tim. ch. 3, v. 15. (3) Matt. ch. 28, v. 20,

celle que Dieu a jugée digne d'être la mère de son Fis unique.

Souffrez maintenant que je vous cite un seul fait pour vous donner une idée de l'autorité que Marie exerce sur celui qu’elle appelait son Fils (1). Donnez-vous la peine de lire le 2° chap. de saint Jean, et vous y trouverez ce que je vais vous dire ! Il se fit des noces à Cana, en Galilée. La Mère de Jésus y était. Jésus fut aussi invilé à ces noces avec ses disciples. Le vin venant à manquer, la mère de Jésus lui dit:ils n'ont point de vin. Jésus répond à sa mère que son heure pour opérer des miracles n’est point arrivée. Marie, assurée que Jésus ne pouvait refuser une mère, dit aux serviteurs de faire tout ce que son fils leur dirait. Jésus dit donc aux serviteurs d’emplir les urnes d’eau. On les remplit, et on y puise bientôt un vin délicieux ; car Jésus avait changé l’eau en vin.

Voyez, par cette exemple, quel respect, quelle obtissance Jésus témoigne ici pour cette Vierge Mère que vous osez insulter. Voyez, encore ici, quelle est la puissance de Marie, qui fait faire un miarcle à celui qui déclare que le temps d'en faire n'était pas ensore arrivé pour lui. J'ai donc raison de croire que Marie sera toujours favorablement écoutée, lorsqu'elle demandera quelque faveur pour nous, qui sommes ses enfants, en vertu du Testament de Jésus mourant, qui nous l’a donnée pour être notre Mère.

LE COLPORTEUR, sans tenir comple de ce que venaient de lui prouver les deux serviteurs de Marie, avance celte proposition, qu'ont si souvent répélée, m'assure-t-on, les Canadiens apostals de l'Illinois : nous ne pouvons respecter une femme qui, après avoir été la mère du Sauveur, a eu d'autres enfants.

JEAN-BAPTISTE : Vous êtes mon hôte, monsieur, et c’est un devoir sacré pour moi d'être poli à votre égard.

JosEPH LaAMi, l'inlerronpant : Monsieur n'est pas mon hôte, mon ami, et vous me permettrez de confondre ce

{1) Luc, ch. 2, v. 48,

172 LE PETIT ARSENAÏ

blasphémateur contre la Vierge Marie. Dites-moi donc, où avez-vous trouvé ce blasphème ?

Le CoLPoRTEUR : Dans la bible, mon ami.

JosepH Lam1: C’est dans la bible que vous avez trouvé ce blasphême contre Marie ? Le Saint-Esprit qui l’a couvert de son ombre divine (1), a dit que Marie avait eu d’autres enfants que Jésus ?

LE COLPORTEUR : Oui, mon ami, il l’a dit. Pour vous en convaincre par vous-même, lisez le 55° verset du chapitre 18° de saint Matthieu.

Joserx LaM1: “ N'est-ce pas là le fils de ce charpentier ? “Sa mère ne s’appelle-t-elle pas Marie ? Et ses frères, Jac- “ ques, Joseph, Simon et Jude ? ”

LE COLPORTEUR, d'un air de triomphe : Et bien! mon ami, êtes-vous convaincu, maintenant ?

JosEePH LAMI : Oui je suis convaincu, non que la sainte Vierge était la mère de Jacques, Joseph, Simon et Jude, mais que vous êtes ou un homme de mauvaise foi ou un aveugle. Saint Pierre a dit de ces liseurs de bible, comme vous, que “ des hommes ignorants et légers tournaient les “ écritures dans un mauvais sens pour leur propre rui- “ ne (2). ” Vous venez de me fournir la preuve évidente de la vérité qu'annonce ici le prince des apôtres. Car, par un prodige de mauvaise foi ou d’aveuglement, vous mettez sur le compte de l'Esprit-Saint, une idée erronnée des malheureux Juifs, que l’'Evangéliste nous fait connaître. Voilà comment vous lisez la bible! Regardez donc un peu mieux, s’il vous plaît; et les premiers mots de ce texte vous ouvriront les yeux sur le reste, puisque vous verrez que les Juifs croyaient, ou que qnelques-uns d’entre eux disaient que Jésus-Christ était Le fils de ce charpentier, appelé Joseph. Jésus était-il le fils de Joseph ? Et l'Evangéliste qui rapporte l'opinion des Juifs, l’a-t-il approuvée ? A-t-il ratifié cette erreur du peuple Juif? Non... Par conséquent le Saint-Esprit n'enseigne pas que Marie avait eu d’autres

(1) Luc, ch. 1, v. 35. (2) IIS. Picrre, ch. 3, v. 16,

enfants que Jésus, fils unique de Dieu et fils unique de Marie.

Voyez ensuite pour ceux qu'ils appellent les frères de Jésus.

Les évangélistes parlent de deux Jacques. Saint Matthieu (1) va nous dire de qui ils étaient fils. “ Jacques fils ‘ de Zébédée...., Jacques fils d'Alphée. ”

Jésus-Christ lui-même va nous apprendre de qui Simon élait fils (2), “ Vous êtes bienheureux, Simon, ji/s de “ Jean. ”

Saint Jude, an 1 verset de son Epiître va nous faire connaitre qui il était : “ Jude, serviteur de Jésus-Christ, et “ frère de Jacques. ” Or, nous venons de voir qu’un des Jacques était le fils de Zébédée et l'autre, le fils d'Alphée.

Il ne reste plus que Joseph dont on ignore le père : mais vous devez comprendre qu’il ne faut pas un grand effort de bon sens pour croire que si les Juifs se sont trompés sur les trois autres, ils ont dû aussi se tromper sur celui-ci.

Ce qui vous a conduit a avancer ce blasphème contre la plus pure des créatures, c’est votre ignorance du langage de la bible, qui donne quelque fois ls nom de frères aux proches parents ou mêmeaux amis. Aiïinsi(3) Abraham dit à Lot, son neveu, “ qu'il n’y ait point de querelle entre vous et “ moi... Car nous sommes frères. * Ainsi Jésus-Christ appelle ses apôtres ses frères (4). “ Allez, dites à mes frères qu'ils “ se rendent en Galilée, c’est là qu'ils me verront. ?

Si maintenant vous me demandiez si je suis convaincu que Marie avait d’autres enfants que Jésus, je vous dirais que vous avez blasphémé contre la Mère de Dieu, puisque je viens de vous prouver, par la bible, que ceux que vous disiez ses enfants, ne le sont pas.

Est-il d’ailleurs possible de supposer que Jésus-Christ (5) eût confié sa sainte Mère à saint Jean, un étranger, s’il eût eu des frères auxquels il devait la confier ? Est-il croyable

Ares Ch. 10, v. 3. (2) y ch. 16, v. 17. (3) Genèse, ch. 18, v. Be (4) Matt.

qu'il en eu confié le soin à un enfant d'adoption, si elle eût eu d'autres enfants que Jésus-Christ ? N'est-ce pas, au reste, l'opinion unanime de quinze siècles que Marie avait fait le vœu de virginité perpétuelle, comme on doit le

conclure des paroles qu'elle adressa à l'ange Gabriel : Quomodo fiet islud, quonium virum non cognosco ? (1)

Page 1