‹ Le petit arsenal du catholique ou Traité élémentaire de controverse [microforme] (volume 2)Chapitre 32 sur 49 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Traduction de la bible en langue vulgaire, et de son interprétation individuelle.

JEAN-BAPTISTE : Avant de terminer cette longue veillée vous ne trouverez pas mauvais, Mr le colporteur, que je vous soumette quelques considérations sur les traductions de la bible en langue vulgaire et sur le droit que s’arrogent les protestants de l’interpréter par le jugement qu'en portera chaque individu.

Si, par suite des émotions que vous avez du éprouver pendant notre discussion, votre sommeil était troublé, vous y trouverez peut-être un sujet de réflexions qui vous rendra moins pénibles les heures d’insomnie.

LE CoLPoRTEUR : Qu'ai-je besoin de vos réflexions sur ce sujet ? Est-ce que la bible ne doit pas être mise entre les mains de tous les chrétiens ? Et, pou: qu'on puisse la lire, ne faut-il pas qu’elle soit traduite dans le langage que chaqu'un comprend ?

JEAN-BAPTISTE : Vous ne devez pas oublier, Mr le colporteur, que nous sommes convenus que toutes les preuves de notre discussion devaient être tirées de la bible.

Je dois äonc exiger de vous de me fournir un ou plusieurs passages de la bible qui prouvent qu'étant la propriété de tous, il faut la traduire dans toutes les lingues pour la mettre à la portée de tous. Ce que je vous défie de prouver, par un seul texte clair et précis. Vous devez vous souvenir que, déjà, je vous ai porté ce déñ,

(1) Luc, ch. 1, v. 84. Voyez à l'Appendice, 23.

Votre avancé d'ailleurs est parfaitement faux. Je vais vous le démontrer et, si vous êtes sincère, vous aller en convenir. Veuillez répondre aux questions suivantes :

Tous ls biens temporels d'ure famille lui appartiennentils ?

LE CoLroRrTEUR : Oui, sans aucun doute.

JEAN-BAPTISTE : Vous avez bien répondu. Mais, du fait que tous les biens temporels d'une famille lui appartiennent, en conclurez-vous qu’ils doivent être placés entre les mains de chacun des membres de cette famille, pour en faire l'usage qu’il lui plaira de manière que chacun des menores de cette famille, à quelque âge qu’il puisse être ou quelque degré d'intelligence qu'il ait, ait la liberté d'administrer et de faire l’usage qu’il voudra de la portion des biers qu’il lui appartient ?

LE CoLPpoRTEUR: Vous ne pouvez supposer que je sois assez peu raisonnable pour soutenir une telle folie.

JEAN-BAPTISTE : Je vous remercie de votre réponse. On voit que vous avez lu la parabole de l'enfant prodigue dont parle saint Luc (1). Vous allez voir ce que je vais faire de votre réponse. .

Admettons que, sous un certain rapport, la bible soit la propriété d la grande famille humaine. Mais admettons aussi, néces. ‘rement qu'une partie notable de la famille humaine peut et doit 11ème être comparée à des enfants en bas âge, sans instruction et sans intelligence et, par constquent, incapable d’administrer convenablement la partie des biens de la famille qui lui sont échus, ou d'en connaitre le prix. Il y aurait donc imprudence et folie de confier l'administration de ces biens à cette partie notable de la grande famille humaine. Mais entre tous les biens, il faut convenir que la bible est le plus précieux et, par conséquent, celui de tous qui doit être administré avec le plus d'intelligence et de sagesse, d'où il faut conclure, 1° que la bible ne peut être mise entre les mains de tous les indi-

(1) Ch. 16,

vidus sans distinction ; d’où il faut conclure, 2 que de même que les biens temporels d’une famille ne doivent pas être mis entre les mains de chacun des individus de la famille, mais entre les mains des chefs qui, seuls, ont l'intelligence et la sagesse convenables pour les administrer et en faire part à chacun des membres de la famille selon ses besoins. De même aussi la bible, le bien de la grande famille humaine, ne peut être mise entre les mains de chaque individu, auquel vous la livrez pour la lire, l’interpréter, la commenter, selon qu'il le jugera convenable ou, plutôt, selon ses caprices, ses intérêts et le besoin de ses passions, mais entre les mains des chefs de cette grande famille humaine. Mais, comme il est ici question des biens religieux, il s'ensuit que la bible, qui renferme en général, les moyens d'obtenir ces biens doit être laissée entre les mains des chefs religieux de cette grande famille, parce que, seuls, ils ont mission de les expliquer, de les comprendre, et de distribuer les biens qu'ils renferment à chacun des membres de cette famille selon la mesure du don de Jésus-Christ (1).

C'est évidemment ce que veut dire saint Paul (2), par ces paroles : “ Lui-même (Jésus-Christ) a donc donné à “ son Eglise, quelques-uns pour être apôtres, d’autres pour “ être prophètes, d’autres pour être évangélistes, d’autres “ pour être pasteurs et docteurs, afin que les uns et les au- “tres travaillent à la perfection des saints, aux fonctions de “ leur ministère, à l'édification du corps de Jésus-Christ, jus- ‘“ qu’à ce que nous parvenions tous à l'unité d'une méme foi et “ d’une même connaissance du Fils de Dieu. Afin que “ nous ne soyons plus comme des enfants, comme des per- “ sonnes flottantes, et qui se laissent emporter à tous les “ vents des opinions humaines. ”

Le CoLPoRTEUR : Est-ce qu’il ne nous serait pas permis de lire la bible traduite en notre langue ?

JEAN-BAPTISTE : Je ne nie point qu'une traduction de la bible, en langue vulgaire, ne puisse être mise entre les

() Luc, ch. 4,v.7. (2) Eph. ch. 4. v. 11-12.

mains de certaines personnes laïques. Nous avons un Nouveau-Testament traduit par Monseigneur Baillargeon et qui est en vente chez les libraires. Mais ce que je nie, c'est qu'il soit libre, à quiconque le voudra, de recevoir et de lire une traduction de la bible dépourvue de témoignages capables d'ôter tout doute sur l’intégrié, la fidélité et la parfaite orthodoxie du traducteur.

C’est la raison qui a déterminé Monseigneur Baïllargeon à soumettre sa traduction du Nouveau-Testament au tribunal de l'Eglise romaine. Ayant reçu du Souverain Pontife le témoignage que sa traduction était conforme à l'original et accompagnée de notes explicatives, la conscience des catholiques qui la liront est en sureté, moyennant toutefois certaines restrictions que l’on trouve dans l'index publié à la tête de ce volume.

Une comparaison, tirée des garanties qu'on exige pour les titres qui servent de bâses aux jugements, dans les choses humaines, va vous faire toucher du doigt la fausseté de votre grand principe protestant sur la bible, sa propagation ct la manière de l’interpréter. Nuivez-moi.

LE COLPORTEUR: Auriez-vous la pensée de nous contester le droit d'entendre la bible selon notre jugement ?

JEAN-BAPTISTE : Non-seulement j'ai la pensée, mais encore la volonté de vous prouver que vous n'avez pas ce droit.

Veuillez me dire ce que c’est que la bible.

LE ConrorTEUR : La bible a deux parties, l'une qu: l’on appelle l'Ancien- Testament, et l'autre, le Nouveau- Testament.

JEAN-BAPTISTE : Veuillez maintenant me dire de qui viennent ces deux Testaments.

LE CorporTEUR : Vous le savez comme moi. Ils nous viennent de Dieu.

JEAN-BAPTISTE : Puisque ce sont des Testaments, il est essentiel de les interpréter selon la règle qne l’on suit dans l'interprétation des testäments. De plus, vous me dites que ces “estaments viennent de Dieu, ou que c'est Dieu

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qui a fait consigner dans certains écrits, ce qu'il voulait faire connaitre à ses créatures demeurant en ce bas monde.

Suivant cette simple donnée, je dois être en droit de conelure que Dieu, la souveraine sagesse, n'a pas dû laisser l'interprétation de son Testament à la volonté de chaque individu. Les hommes dont la sagesse est si courte, n’ont pas jugé à propos d’en agir de la sorte, pour ce qui regarde 'interprétation d'un testament fait par l’un d'entre eux.

Pour ie moment, ne jugeons donc la question que nous traitons, que d'apres la règle suivie pour l'interprétation des testainents faits par des hommes et regardant des intérêts humains. Ile semble que vous n'aurez point le droit de ne trouver trop exiseant, si je ne demande pour interpréter le testament d'un Dieu, que les règles de sagesse et de prudence qu'on à établies pour interpréter et authentiquer les testaments faits par les hommes.

Pour la sureté des intérêts humains, tous les peuples civilisés regardent comme sacrés, non-seulement le testament, mais encore et surtout les volontés et les intentions d'un testateur. Aussi, quel respect, quelle attention, quelle serupuleuse réserve n'apporte-t-on pas quand il est question de savoir quel sens il faut donner à chaque parole et à chacune des elauses d'un testament.

N'élève-t1l quelque contestation entre les héritiers d’un testateur, que fait-on, Mr le colporteur ? Laisse-t-on les héritiers se disputer entre eux et juger par eux-mêmes du sens qu'il faut donner aux paroles du testateur ? Jamais une telle idée n'est entrée dans la tête d'un homme de bon sens. Au contraire, toutes les nations civilisées ne sontelles pas d'accord pour refuser aux indidus le droit d’interpréter un testament ? N'oni-elles pas réglé qu'un contrat de cette importance devait être interprété par une autorité légalement établie et par des homimes placés en dehors de ceux qui sont intéressés dans un testament ? N'y aurait-il donc que le testament d'un Divu qui serait laissé à l’interprétation des individus de tout âge, de tout sèxe, de toute

condition ? Les hommes, préposés à la garde des intérêts de ce monde, exigeraient de ceux qui doivent juger des volontés d’un testateur humain, de longues et profondes études sur la jurisprudence, et on laisserait le testament d'un Dieu à l'interprétation d'hommes et de femmes qui, non-seulement n'ont pas étudié les sciences sacrées, mais dont un grand nombre n'entend même pas tous les mots de la langue qu'il parle ? Les sociétés humaines auraient cru nécessaire d'établir des hommes intelligents, instruits, probes,intègres, incorruptibles pour interpréter le testament d'une créature humaine, traitant d'intérêts purement humains, et Dieu, en donnant son testament à ses ertatures. leur aurait laissé le droit d'en juger comme bon leur semblerait, et il n'aurait pas établi un tribunal religicux pour leur en donner l'interprétation ? Peut-on seulement supposer qu'il en peut être ainsi, sens renier toutes les lois du bon sens ?

Le bon sens seul condamne donc sans appel le grand principe protestant d'expliquer la bible ou le Testament d'un Dieu par la raison individuelle,

Dans son Encyclique du 15 août 1832, le Souverain lontife Grégoire XVI, rapporte ces paroles de saint Jérome. “ Ce que saint Jérôme déplorait déjà de son temps, on livre “ l'interprétation des Ecritures, au babil de la bonne femme. “au radotage du vieillard décrépit.à la verhosité du sophiste, “ à tous, ajoute Grégoire XVI, de toutes conditions, pourvu “ qu'ils sachent lire, et, ce qui est encore plus absurde, et “ presque inoûi, on ne refuse pas cette commune intelligence ‘aux peuples infidèles ! ”

Mais ce n'est pastout. Que dire des traductions de la bible en langue française, allemande, anglaise, &e, faites par les sociétés bibliques ? Sur ce sujet de la plus hauie importance pour le salut des hommes, peut-on rien imaginer de plus téméraire ?

Quelle gârantie avez-vous, Mr le colporteur. que le traducteur de la bible que vous lisez a fidèlement rendu le

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sens de l'original ? N'est-il pas à craindre qu’il ait fait comme Luther, qui n'a pas cherché le véritable sens de la bible, mais l’a accommodé à sa do:’trine, comme l'a démontré Dollenger, dans son livre : La réforme ? Vos bibles. traduites par quiconque veut s'en donner la peine, sontelles collationnées sur l'original ? Sont-elles approuvées, comme celle de Monseigneur Baillargeon, par un tribunal établi pour en juger avec autorité ?

LE CoLPoRTEUR : Luther nous a affranchis de toutes ces rubriques qui gênent la diffusion de la sainte parole de Dieu.

Joseprt LAMI: Vous devriez dire : dont l'émission fait connaitre que vous ne mettez aucune importance dans une chose d’où dépendent le salut ou la perte des àmes. Puisque un mot mal traduit peut contenir une erreur, ou un faux principe, qui jetterait votre liseur de bible en dehors de Ja voie du salut.

JEAN-BAPTISTE : Une traduction de la bible est äonc une chose de la plus grande importance, puisque le sens d'un seul mot de l'original ou de la véritable bible mal rendu est un attentat contre Dieu, à qui on fait dire une chose qu'il n’a point dite, ou le contraire de ce qu'il a dit. De là le soin tout particulier qu'a toujours eu la sainte Eglise catholique de ne jamais permettre à ses enfants Ja lecture d'une traduction de la bible qui n'était pas revêtue de l'approbation de quelqu'un de ceux dont elle connait la science, l'intécrité et la parfaite orthodoxie. De la enccre, cette règle qu'elle a constamment mise en pratique, de condamner toute traduction qui ne porterait pas cette garantie, et d'en interdire la lecture à ses enfants.

Quel est l’homme qui sait juger des choses et osera Ini faire un reproche, du soin qu'elle prend pour conserver lintégrité de la sainte parole de Dieu ? Qui l'accusera d'intolérance, parce qu'elle défend à ses enfants de Hire une bible qui n'est pas revêtue d’un témoignage reeevable et garantissant que la traduction est parfaitement fidèle ? Car, n'est-11 pas

évident que dans aucune cour de justice on ne recevrait uu testament on un contrat quelconque, dont une copie serait présentée, sans être revétue du certificat d'un homme spécialement chargé de ce soin ? Parle fait qu'une telle copie ne porte point cette garantie, n'est-elle pas rejetée comme fausse et indigne de faire foi dans les jugements humains ? Quel est le juge qui ne se trouverait pas offensé si on lui présentait une telle copie ? Quelle foi ajouterait-il a ce que contiendrait un tel document ? Et puis, on voudrait faire accepter à des catholiques, comme étant la parole de Dieu, des traductions ou copies de la bible qui ne porferaient pas les garanties qu'on exige pour un écrit quelconque, quand il est question d'intérêts humains ?

Tout homme sensé, qui aura lu et comprisce que je viens de dire, ne devra-t-il pas en conclure, 1° que le Testament d'un Dieu ne peut être livré à l'interprétation du premier venu sans manquer gravement au respect qui est du au divin testateur ; 2’ que c'est tromperindignement ceux à qui on veud ou donne une bible protestante, toutes les fois que cette bible n'est point traduite dans son intégrité ; 5’ que c'est s'exposer volontairement à commettre un attentat contre la parole de Dieu, quand on cherche à propager une traduction de la bible qui n'a pas été approuvée par une autorité qui a mission pour juger que le sens de la véritable bible y est parfaitement rendu ; 4° Enfin, que la Bible étant un livre divin, contenant des principes divins, une do-trine divine, les règles d'une morale divine, c'est-à-dire au dessus de la raison et de l'intelligence humaine, sa traduetion ou son interprétation ne peut appartenir qu'à une autorité divinement établie, de la manier» que Finterprétation d’un testament fait par l'homine est du ressort d'une autorité huinaine, légitimement établie.

LE CorrorTEUR: Dites tout ce que vous voudrez, vous ne m'ôterez pas la confiance que j'ai dans ia traduction de nos bibles et vous ne me ferez pas renoncer au grand privilège d'entendre la bible selon ma raison,

JEAN-BaArriere : Ce n'est pas d'aujourd'hui que je sais que les raisons les plus évidentes ne font nulle impression sur ceux qui sont décidés à n'écouter rien de ce qui les condamne. C'est pour cette raison que le fameux Luther, falsificateur sacrilèws de la parole de Dieu, convaincu d'avoir falsifié ce texte de saint Paul: “ Le juste vit de la # foi, répondit : Ni l'on veut vous ennuyer à propos du ‘mot seu!, que j'ai ajouté à ce texte, répondez que le docteur * Martin Luther le veut ainsi. ”

Maintenant, permettez-moi, Mr le colporteur, de vous donner des raisons qui me font un devoir de conscience de reluser d'accepter une traduction de la bible, faite ou adoptée par les sociétés bibliques.

Prenicre raison. Parce que vous êtes un employé des s0ciétés bibliques, et que la propagande de ces sociétés est condamnée par la plus vénérable autorité qu’il y ait en ce monde. Ecoutez ce que dit à l'univers le vénérable Pontife Grégoire XVI :

“ Vous ne pouvez ignorer, vénérables frères, où tendent ‘toutes ces menées des soriilés bibliques. Vous n'avez pas ‘oublié l'avis du prinve des apôtres, consigné dans les saintes Eritures, lorsque, après avoir loué les épiîtres de saint Paul, il dit qu'ellexcontiennent quelques endroits difficiles a entendre, que des honunes ixnorants el sans consistance détour- ‘nent en de mauvais sens, aussi biex que les autres Ecrilures, à leur propre ruine. til ajoute incontinent : Vous donc, mes “frères, qui connaissez cela, pretez-gurde ; n'allez pas, emportés * par les évarenents de ces insensés, déchoir de votre foi. Il est * done bien établi pour vous que, dès les premiers âges * de l'Eglise, ce fut là un art commun aux hérétiques : ré- “ pudiant l'interprétation traditionnelle de la parole de “ Dieu, rejetant l'autorité de l'Église catholique, ils altèrent de leur mains les Ecritures, ou en corrompent le sens par ‘ leur interprétation. Vous n'ignorez pas non plus quelle * solicitude, quelle sawesse est nécessaire pour transporter “ fidèlement dans une autre langue les paroles du $ei-

“gneur. Qu'y a-t-il donc de surprenant si, dans cos versions Ë multipliées par les sociétés bibliques, on insere les erreurs “ les plus graves, grâce à l'inmprudencee où à la mauvaise foi “ de tant d'interprètes, erreurs que la multitudeet la diver- “ sité des traductions tient longtemps caches pour la ruine “ de plusieurs ? Mais, qu'importe à ces soréfés bibliques, si “ ceux qui doivent lire leurs traductions tombent dans une “erreur ou dans une autre, pourvu qu'ils s'accoutument “ insensiblement à s'attribuer une interprétation libre des ‘“ saintes Ecritures, à mépriser Les traditions des Peres con- “ servées dans l'Eglise catholique, et à répudier même “ l'autorité enseignante de l'Eglise (1) ? ”

Ainsi, Mr le colporteur, aucun catholique, sachant que celui qui n'écoute pas l'Eglise doit être regardé comme un païn et un publicain (2), ne peut, en conscience, recevoir une bible qui est propagée par les sors bibliques Au reste, la prudence humaine m'avertit de ne défier des dons que fait un ennemi, et surtout d'un enneni en religion.

Seconde raison. Je puis me procurer, quand il me plaira. des traductions de la bible dans la iangue que je parle, revêtues de témoignages qui en garantissent Ja fidélité, Pourquoi ferais-je l'insigne folie d'en recevoir une qui ne porte pas les témoignages qui m'assurent qu'elle est complète et bien traduite. La seule raison me dit que, en acceptant votre bible qui n’a aucune garantie de fidélité au lien de ma bible catholique parfaitement œurautie, je forais comme un homme qui accepterais des billels d'une banque trronre, au lieu de ceux de la &anque de Montréal.

Troisième raison. Je dois refuser la tradnetion de la bible que vous me présentez, parce que celui qui vient que loi frir est séparé de la société relisieuse à laquelle j'appartiens. Or, Mr le colporteur, je vous répote qu'il v a une règle de prudence qui me dit que tout ce qui vient de main d'un ennemi déclaré, doit ètre au moins regardé eo

(1) Encyclique de Grégoire XVT, du 15 août 1832 (2) Matt. ch, 18, v. 17,

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me suspect. Aucun homme sage ne peut manquer à cetie règle sans être taxé d'imprudence, surtout quand il est question d'une chose aussi grave et d’une conséquence aussi grande que le doit être une traduction, en langue vulgaire, du Testament d’un Dieu.

Quatrième raison. Un homme que je ne connais que sous un nom religieux que j'ai droit de regarder comme injurieux à la société catholique dont je suis membre, vient m'offrir un livre : ce même homme me dit que le livre qu'il veut me faire accepter, est une traduction de la parole d’un Dieu : suis-je obligé de le croire sur parole ? Tout homme sensé répondra. #on. Et il ajoutera, après avoir inspecté la bible que vous m'offrez : cette bible est évidemment tronquée, et ce serait s'associer à cette sacrilège mutilation des saintes Ecritures que d'encourager la diffusion qu’en font les sociétés bibliques, après en avoir retranché un grand nombre de livres (1).

Cinquième raison. Supposé même que je fusse assuré que la traduction que vous venez m'offrir, est en tout point correcte, et qu'aucun des livres saints n’en a été retranché : ma conscience m'obligerait encore à la refuser, parce qu’elle n’a point de notes ou explications, dont j'ai besoin pour me guider dans l'interprétation des nombreux passages qui présentent des difficultés que je ne puis résoudre, sans exposer ma foi.

Vous savez, aussi bien que moi, Mrle colporteur, qu'il ne faut jamais voyager sur le vaste océan des mers, sans une boussole et des cartes marines, sous peine de courir un danger, à peu près certain, de s'égarer de sa route, et d’aller briser sur des rochers, à peine recouverts d’eau, l’embarcation qui était la seule planche de salut. Or, je ne veux pas m'exposer à faire naufrage, ou à m'égarer de la seule route qui peut me conduire au port de l'éternité bienheureuse, et cette seule route, vous le savez aussi bien que

(1) Voyez un très savant ouvrage intitulé : La Bille nutilée par les protestants.

moi, est celle tracée par la vérité et non celle tracée par le mensonge.

Vous avouerez encore ici, Mr le colporteur, que je n'ai pas tort, puisque, dans sa 2de Epitre, l’apôtre saint Pierre m'arvertit, ainsi que mon chef religieux vient de me le rappeler, que, dans les Epitres de saint Paul, “ Il y a quel- “ ques endroits difli-iles à entendre, que des hommes igno- “ rants et légers détournent, AUSSI BIEN QUE LES AUTRES “ ÉCRITURES, à de mauvais sens pour leur propre rui- “ne (1). ”

Sirième el dernière raison. Les protestants reçoivent, sans paraitre y mettre la moindre importance, les traductions de la bible, en langue vulgaire, de la main de n'importe quel traducteur. Il suffit, pour eux, de lire en tête d’un livre : la Sainte bible. Le bon sens chrétien condamne énergiquement cette manière d'agir : il dit, de plus, que c’est manquer aux règles de la prudencé la plus ordinaire.

En effet, quel est l’homme, quelle est la société d'êtres raisonnables qui voulut recevoir, comme authentique et digne de faire autorité, la copie d'un contrat d'où dépendrait son avenir temporel, si cette copie n'était pas revétue de la signature d’un homme connu, responsable et spécialement chargé de garantir l'authenticité de cette copie ? Quel est le tribunal, quelle est la cour de justice, qui voudrait recevoir, pour en faire la bâse de ses jugements, la copie d'un acte de naissance, d’un mariage, d’une sépulture, &c. si une telle copie n’était pas certifiée conforme à l'original, par une personne responsable ? Et vous voudriez, Mr le colporteur, vous oseriez m’engager à recevoir une traduction de la bible qui ne porte aucune des garanties que vous exigez dans les choses qui regardent les intérêts de ce monde ? En me présentant une de vos traductions de la bible, ne me faites-vous pas entendre que vous me croyez privé d'intelligence et de bon sens ?

LE COLPORTEUR : Je vous ai déjà donné cette raison :

(1) Ch. 8 v. 16,

186 LE PETIT ARSENAÎ,

Oseriez-vous croire que nos ministres nous autoriseraient à mettre en circulation des traductions de la bible qui ne seraient pas fidèles en tout point ?

JosEpH LaMi : Vous nous dites que vos ministres ne souffriraient pas la mise en circulation d'une bible qui ne serait pas fidèlement traduite! je vais vous donner des raisons qui prouvent que je ne crois pas à votre allégué; je vous réponds, 1» que vos ministres n'ont absolument rien à voir dans cette affaire. Je vous réponds, 2’ qu'ils ne sont nullement compétents pour juger de cette fidélité, n'étant eux-mêmes que des laïques, comme vous. Je vous réponds, 3° que les principes de la glorieuse réforme leur ôtent toute espèce de contrôle dans ce qui regarde la bible et ses traductions. Je vous réponds, 4° qu'ils ne sont, dans le protestantisme, qu'un véritable hors-d'œuvre ; n'ayant aucune autorité quelconque pour imposer, aux hommes du libre examen, leur jugement, leurs interprétations, Isurs idées, une garantie quelconque enfin. Je réponds, 5 que leur office peut, tout au plus, se réduire à être des liseurs de bible plus ou moins mal traduite. Je vous reponds, 6’ enfin que vous devriez être le premier à leur jeter la pierre (1) s'ils osaient venir vous imposer leur manière d'expliquer la bible.

Quant à vous, Mr le colporteur, si vous étiez un homme loyal, viendriez-vous nous offrir vos bibles protestantes, pendant que vous savez ou que vous devez savoir, que nous avons, dans notre langue, des bibles catholiques, revêtues de toutes les garanties qui nous assurent qu’elles sont complètes et fidèlement traduites. Bien plus, ne devez-vous pas savoir que, dans nos bibles catholiques, les endroits difficiles d entendre, comme l’apôtre saint Pierre nous en avertit, y sont expliqués par des hommes ayant autorité et mission pour le faire ? Ne connaissez-vous pas la raison de cette conduite de nos supérieurs religieux ? N'est-ce pas afin que nous ne soyons pas, comme vous l’êtes, “ semblables à des en- “ fants, comme des personnes flottantes et qui se laissent

(1) Jean, ch. 8, Ve 7e

“ emporter à tous les vents des opinions humaines (1), ” en ne nous fiant pas comme vous, sur notre pauvre raison qui, presque toujours, ne juge des choses que suivant les impulsions qui partent ou du cœur ou des intérêts des passions. Pour me rendre raison de la conduite que vous tenez à notre égard, je ne puis penser autre chose, si non que vous êtes un insigne imposteur ou un ignorant fiefé.

Le CoLPORTEUR, gradement contrarié : Mon ami, je ne suis ni l’un ni l’autre.

JosEPH LaMI: Si, comme vous le dites, vous n'êtes ni un imposteur, ni un ignorant, comment se rendre compte du pitoyable métier que vous faites pour gagner une misérable vie ? Qui pourrait avoir du :*:pect pour un homme qui court les campagnes avec des bibles tronquées et falsifiées, sans notes et sans explications, afin de corrompre la foi de personnes honnêtes, sans défiance et qui, à votre apparence de piété (2), devraient tout naturellement vous croire incapable d'une telle supercherie ?

Oseriez-vous encore pousser des cris d'indignation contre les catholiques, ou les accuser de manquer de respect envers la sainte bible (qui n'est plus la parole de Dieu dès qu'elle est tronquée ou falsifiée), lorsque les curés arrachent des mains de leurs paroissiens les bibles sacrilègement mutilées que vous avez l'audace de leur donner ? N'ont-ils pas mille fois raison de s'opposer à la lecture de ces traductions, cent fois condamnées par la sainte Eglise, que saint Paul nous dit être “ l'Eglise du Dieu vivant, la colonne et la bâse de la vérité (8)? ”

Pour mettre les catholiques en garde contre le genre de propagande que vous exercez, je vais vous citer les paroles de notre souverain Pontife Grégoire XVI. Les voici :

“ Dans les règles que rédigèrent les Pères choisis par le “ concile de Trente. et qui furent inscrites, dans l'Inde: “ des livres défendus, il est expressément statué de ne per- “ mettre la lecture d’une traduction de la bible qu'à ceux

* (1) Eph.ch.4,v.14. (2) I Tim. ch. 8, v.6. (3) I Tim. ch. 8, v. 18.

“ qui sembleraient devoir y puisser l'accroissement de la piété ‘et de la foi. Cette règle, environnée de nouvelles clauses, “ à raison de l'astuce persévérante des htritiques, fut inter- “ prétée par Benoit XIV en ce sens, qu'on pourrait regarder “ comme permise la lecture des traductions approuvées par “ le Siège Apostolique, ou publiés avec des annotations “ tirées des Pères de l'Eglise (1). ”

Comprenez-vous maintenant, Mr le colporteur, pourquoi la conscience d'un catholique lui défend de recevoir vos bibles ? Quel est donc votre but, en venant nous les offrir ? Si vous étiez assez franc pour l'avouer, ne nous diriez-vous pas que vous venez dans l'unique but de nous pervertir et de nous séparer de la sainte Eglise de Dieu qui, seule, a les promesses de la vie éternelle (2) ?

LE CoLPORTEUR: Vous m'avez manqué de parcle, mes amis. Nous étions convenus &e ne soutenir nos opinions que par des preuves tirées de la bible, et voilà que vous n’apportez que des raisons humaines. Je vous rappelle à l'ordre. Vous avez essayé de conüamner notre beau privilège de nous servir de notre raison pour expliquer la parole de Dieu, et vous en avez appelé à une autorité ou à un tribunal qui n’est nulle part mentionné, pas même indirectement dans les saintes Ecritures. Je vous somme de me donner les preuves de votre prétention. Mais souvenezvous que je n’admets pas d'autorité autre que celle de la parole de Dieu.

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