‹ Le petit arsenal du catholique ou Traité élémentaire de controverse [microforme] (volume 2)Chapitre 33 sur 49 · SUITE DU CHAPITRE PRÉCÉDENT · texte numérisé non relu

SUITE DU CHAPITRE PRÉCÉDENT

Réponse à la question du colporteur. — 11 y a toujours eu un tribunal pour régler ce qui regarde le culte de Dieu cet décider les questions religieuses, JEAN-BAPTISTE : Vous avez raison de me rappeler à l'or-

dre. En effet, j'avais oublié ce dont nous étions convenus.

Cependant, je ne suis pas fâché de vous avoir montré par

(1) Encyclique de Grégoire XVI, du 15 août 1222. (2) 1 Tin. ch. 4. v, 8.

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la reicon et par des comparaisons des lois mises en pratique dans Ja société humaine, que les catholiques ont raison de condamner vos traductions protestantes de la bible et votre grand principe de l'interpréter selon la raison individuelle.

Je dois vous avouer avec franchise que, en me proposant votre dernière question, vous aviez l’air de croire qu'il me serait impossible de prouver par la bible, la règle catholique qui exige une autorité enseignante, divinement établie pour donner l'interprétation de la parole de Dieu, et un tribunal pour juger les controverses auxquelles donneraient lieux les diverses manières de l’entendre.

Ouvrons donc la bibleet nous allons nous convaincre que de même que la société civile a toujours eu des tribunaux pour interpréter ses lois et juger les différents qui s'élèvent dans son sein, de même aussi la société religieuse, dont le but est beaucoup plus relevé et les intérêts d'une bien plus grande importance que ceux de la société civile, a toujours dû avoir et a réellement toujours eu des hommes ou un tribunal spécialement chargés d'interpréter ses lois et de juger, en dernier ressort, les controverses qui s'élèveraient entre ses membres. Commençons.

PREMIER TÉMOIGNAGE. (1) “ Jétro, beau-père de Moïse, “ vint le trouver avec ses enfants et sa femme dans le dé- “ sert, où il avait fait camper le peuple près de la monta- “ gne de Dieu. ”

Jétro, voyant que Moïse ne pouvait suffire à rendre justice au peuple, lui en fit la remarque. Que répond Moise ? Moïse répondit à Jétro : ‘“ Le peuple vient à moi “ pour consulter Dieu. Et lorsqu'il leur arrive quelque “ différent, ils viennent à moi, afin que j'en sois le juge € “ que je leur fasse connaître les ordonnances et les lois de Dieu.”

Jétro fait remarquer à Moïse que ce travail l’accable, et “ Jui donne ce sage conseil : “ Mais écoutez ce que j'ai à “ vous dire, et le conseil que j'ai à vous donner, et Dieu sera “avec vous. Donnez-vous au peuple pour toutes des choses qui

(1) Exoëe, ch 18, v. 15, 16, 19, 20.

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“ regardent Dieu, pour lui rapporter les demandes et les besoins “ du peuple, et pour apprendre au peuple les cérémonies, la ma- “ nière d'honorer Dieu, la voie par laquelle ils doivent marcher, “et ce qu'ils doivent faire.” Moïse se rendit au conseil qu'un lui donnait.

Voici ce que veulent dire ces paroles selon un de nos plus célèbres commentateurs, Cornelius à Lapide. “ De ‘“ même que je vous avais établi, à Moise, pour être l’avo- “ cat du peuple auprès de Dieu ; de même je vous établis “ de nouveau afin que vous soyez l'interprète de Dieu au- “ près du peuple, pour lui enseigner ce qu'il doit faire pour “ honorer Dieu, et bien vivre. ”

Ne voyez-vous pas, dans ces paroles, Mr le colporteur, un tribunal unique, un juge unique, un homme spécialement chargé d'apprendre au peuple les cérémonies, la manière d'honorer Dieu, la voie religieuse dans laquelle doit marcher ce peuple, et ce qu'il doit faire pour accomplir la volonté de Dieu ? Ne voyez-vous pas le peuple venir trouver Moïse pour consuller Dieu, se soumettre à son jugement, et apprendre de sa bouche Les ordonnances du Seigneur et la loi de Dieu ?

Si, suivant l'avis de son beau-père, Moïse donne au peuple des magistrats inférieurs pour juger en ce qui regardait les intérêts temporels de ce peuple, ne réserve-t-il pas à lui seul de résoudre les doutes sur la religion, l'interprétation de {a loi de Dieu, et ce qu'il convenait de faire pour honorer Dieu ? Les paroles que je viens de vous citer ne le disentelles pas clairement ?

Que devons-nous conclure de ce premier témoignage, si non que, chez le peuple Juif, il existait un tribunal, établi de Dieu, auquel tous devaient aller demander l’interprétation de la loi de Dien, et auquel tous devaient religieusement se soumettre ? C’est la remarque du savent Cardinal Bellarmin.

Tout homme de bonne foi doit donc convenir, Mr le colporteur, 1° que, du moment qu'une partie de la bible a été écrite par Moïse, Dieu a établi un tribunal, un juge, un

prûtre, pour en donner l'intelligence. Tout homme de bonne foi doit en convenir, 2' que la préteñtion de quelques individus protestants de se constituer les interprètes des saintes écritures, est formellement condamnée par ce premier témoignage. Enfin, tout homme de bonne foi avouera que la règle qui, dans l'Eglise catholique, établit un tribunal, un Juge suprême, pour nous donner l'intelligence des livres saints, est formellement approuvée par ce premier témoignage.

LE CoLPOoRTEUR: Le témoignage que vous venez de rapporter, est en notre faveur, puisque Moïse n'était pas prêtre du Très-Huut, mais Aaron. Moïse n'était qu'un prince politique, et pas autre chose.

JEAN-BAPTISTE : Vous n'avez pas bien lu votre bible, ou vous avez oublié ce que vous en avezlu Moïse était vraiment prêtre du Très-Haut. Le prophète royal va vous l'apprendre.

“ Moïse et Aaron étaient ses prêtres (de Dieu), et Samuel “ était du nombre de ceux qui invoquaient son nom (1). ”

Si, par ce texte, vous n'étiez pas convaincu que Moïse était réellement prêtre du Très-Hanut, veuillez vous donner la peine de lire les 28e et 29° chapitres du même livre (l'Exode) ; et vous y apprendrez que Moise exerçait toutes les fonctions sacerdotales. Il offre des sacrifices ; il enseigne au peuple la loi de Dieu ; il bénit les vêtements des Lévites, et, ce qui est beaucoup plus, il consacre le Pontife ; il le revêt de ses habits pontificaux ; il répand sur sa tête l'huile de la consécration, &e, &c. Sont-ce hien là les fonctions d'un prêtre, Mr le colporteur ? Moïse était donc prètre et mon argument demeure dans toute sa forçe.

LE CorporTEUr : Quand mèr:: je vous accorderais que Moise était réellement prêtre et chargé de régler les affaires religieuses, chez le peuple Juif, que pourriez-vous en conclure en faveur de votre Tribunal romain, qui s’arroge le droit d'expliquer seul la bible ?

(1) Ps. 98, v. 6.

192 LE PETIT ARSENAT,

Josrpit LAM1: Mon ami, Jean-Baptiste, vient de vous dire qu'on en conclurait que le tribunal, établi dans l'Eglise catholique est au moins indiqué dans la bible, et que votre grand principe protestant de la raison individuelle y est formellement condamné.

JEAN-BAPTISTE : Encore un peu de patience, Mr le colporteur. Il me reste à vous citer beaucoup d’autres passages des livres saints, qui prouvent que l'Eglise catholique n'a nullement usurpé le droit de nous donner l'intelligence des saintes écritures et, de plus, que c'est d'elle que nous devons la recevoir. Mon ami Joseph va nous lire le second Témoignage.

NECOND TÉMOIGNAGE, tiré du Livre du Deutéronôme (1).

“ Lorsqu'il se trouvera une affaire embrouillée, et où il “ soit difficile de juger et de discerner entre le sang et le ‘“ sang, entre une cause ct une cause, entre la lèpre et la lèpre, “ si vous voyez que dans vos assemblées qui se tiennent à vos “ portes, les avis des juges sont partagés, alléz au lieu que le “ sagneur votre Dieu aura choisi, et adressez-vous aux prétres de “ Ja race de Lévi, et à celui qui aura été établi en ce temps “ Je juge du peuple : Vous les consulterez, et ils vous dé- “ couvriront la vérité du jugement que vous devez en porter: “ Vous ferez tout ce qu'auront dit ceux qui président au lieu que “Je Seigneur aura choisi, selon la loi, et vous suivrez leurs “ avis, sans vous détourner ni à droite ni à gauche. Mais “ celui qui, s’enflant d'orgueil, ne voudra pas obéir au com- “ mandement du Pontife qui, en ce temps-là, sera le ministre du “ Seigneur votre Dieu, ni à l'arrêt du juge, sera puni de mort, “et vous ôterez ce mal du milieu d'Israël, afin que tout ie. “ peuple, entendant ce jugement, soit saisi de crainte, et “ qu'à l'avenir nul ne s'élève d'orgueil, ”

JEAN-BaPTisTE : Voilà bien encore ici, établi, par l’ordre &e Dieu, un tribunal suprême, unique, décidant avec une souveraine autorité les doutes ou les diffirents qui s'élèvent sur l'interprétation de la loi de Dieu, Mr le colporteür ?. Ce

(1) Ch, 17, v. 8-9-10-11-12.18,

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juge en dernier ressort, ce sont les prêtres, c'est surtout le pontife suprême, dont l'arrêt doit être si fidèlement exécuté, qu'il est défendu de s'en écarter ai à droit ni à garuwhe. Voyezvous, Mr le colporteur, quel doit-être le sort de celui qui ne veut pas obéir au commind'ment du pon'ife ? De celui qui, s'enflant d'orgucil, préfère son opinion à celle du pontife du Très-Haut ? C'est la séparation du peuple de Dieu, la mort corporelle,

En vertu de ce second témoignage, j'ai encore raison de conclure que la sainte bible nous enseigne que Dieu a établi un tribunal pour juger, en dernier ressort, les controverses sur la foi, sur la morale et sur tout ce qui regarde la religion. J'ai donc encore raison deconclure que Dieu n'a pas laissé l'interprétation des livres saints à la raison individuelle, au jugement privé, comme vous le prétendez. J'ai donc encore raison de conclure que labible parle clairement d’un tribunal semblable à celui qu'ont les catholiques, dont leur souverain pontife, successeur de saint Pierre, et vicaire de Jésus-Christ sur la terre, est l’auguste président, le juge en dernier ressort.

JosePH Lai : Si Mr le colporteur n'était pas satisfait du témoignage tiré du Deutéronôme, je le prierais de consulter le 2° Livre des Paralipomènes, chapitre 19.

JEAN-BAPTISTE, l'interrompant : Comme je ne voudrais pas privé Mr le colporteur de ce remarquable témoignage de ja bible en faveur de la thèse que je soutiens, nous l’examinerons un peu plus tard.

TROISIÈME TÉMOIGNAGE. “ Les lèvres du prétre seront “les dépositaires de la science, et c’est de sa bouche qu'on “ recherchera la connaissance de la loi (de Dieu), parce qu'il “est l'ange du Seigneur des armées (1). "

JEAN-BAPTISTE : Me trouverez-vous, cette fois, encore déraisonnable, Mr le colporteur, si je conclus de ce texte que les individus, comme vous, n’ont pas le droit d'interpréter les saintes Ecritures ? Me trouverez-vous déraisonnable si

je soutiens que l'explication de la parole de Dieu appartient uniquement au prefre, où au souverain prêtre, puisque c'est de sa bouche que nous en devons recevoir l'intelligence ? Me trouverez-vors déraisonnable, si je vous fais remarquer que, ici, le prétre, à qui nous devons demander la connaissance de la loi de Dieu, est désigné sous le nom d'ange du Seigneur des armées, c'est-à-dire, de messager de Dieu, ce que saint Paul a exprimé par ces paroles : “ Nous fesons “la charge d'ambassadeurs pour Jésus-Christ, et c'est Dieu “ qui vous exhorte par nous (1) ? ” Me trouverez-vous déraisonnable si, de ce titre donné au prétre, je conclus que c’est à lui qu'appartient de droit, par oflice et comme messager du Seigneur des armées, de me dire ce que Dieu a consigné dans son Testament divin ? Enfin, trouverez-vous étrange si le souverain pontife, le grand prétre de l'Eglise catholique, nous dit qu'il est, pour tous les chrétiens, /e messager du Seigneur des armées, et que le droit que vous prétendez avoir de vous faire les messagers du Seigneur des armées et d’entendre les livres saints par votre jugement privé, est un contresens ef un insigne mensonge, une insigne folie.

QUATRIÈME TÉMOIGNAGE. “ Les paroles des sages sont “ comme des aiguillons, et comme des clous enfoncés pro- “ fondément ; et s’est le pasteur unique qui nous les a données “ par le conseil et la sagesse des maitres. Ne recherchez “rien d'avantage, mon fils (2). ”

JEAN-BAPTISTE : Vous le voyez encore ici, Mr le colporteur, voilà bien un pasteur unique, et un tribunal religieux dont les décisions sont sans appel ?

LE COLPORTEUR, s'adressant à Jean-Baptiste : Je ne comprends point ce que vous voulez dire, excepté, qu'il serait souverainement déraisonnable de trouver, dans ce texte, une preuve en faveur de votre tribunal romain.

JEAN-BAPTISTE : C'est parce que je suis raisonnable que je vais conclure que Salomon nous enseigne ici, clairement : 1° qu'il faut un tribunal pour mettre un terme aux questions

(1) 11 Cor, ch. 5, v. 20. (2) Ecclésiaste, ch. 12, v. 11-12,

et aux disputes religieuses. 2’ Que ce tribunal unique est celui du pasteur unique, où du suuverain pontife, 8° Que le jugement de ce pasteur unique doit être sans appel, puis que Salomon déclare qu'ü ne faut rien chercher au deld, c'està-dire, qu'il est juge en dernier ressort.

Josepx LaM1: Permettez-moi de vous faire une toute petite remarque. Il me semble que Salomon, écrivant sous la dictée de l'Esprit-Saint, annonce ici, d'avance, Île tribunal où devait siéger notre souverain pontife, le pape, successeur du bienheureux saint Pierre. Ce texte ne nous dit-il pas que le prétre unique de l'Ancien-Testament, le grand pontife de l’ancienne alliance, assisté par le conseil des sages, portait des décisions qui terminaient, sans appel, les controverses religieuses. Ne voyez-vous pas que Salomon annonçait le souverain pontife du catholicisme, qui devait juger, sans appel, les controverses qui regardent la ‘oi, les mœurs et le culte de Dieu, et qui, au besoin, pourrait se faire assister par le conseil des sages, c'est-à-dire, par l'épiscopat catholique tout entier, et par de nombreuses et savantes congrégations de prêtres et de cardinaux ? N'estce pas d’ailleurs ce qui s’est fait dans les conciles généraux, auxquels le souverain pontife appelait le conseil des sages, non pour rendre ses décisions plus certaines, mais pour leur donner plus de solennité ?

Ce que vous n'avez pas non plus remarqué, dans le texte que vous avez cité, ce sont ces expressions : Les parules que le pasteur unique nous à données, avec le conseil et la sagesse des maîtres, sont comme des aiguillons qui tourmenteront ceux qui n’en tiendront pas compte, et comme des clous enfoncés profondément, que ne pourront arracher ni les puissants, ni les savants, niles démons, suivant cette parole de Jésus-Christ : “ Vous êtes Pierre, et sur cette pierre je bâti- “ rai mon Eglise, et les portes de l'enfer ne prévaudront “ point contre elle (1), ” ni contre ses décisions morales ou dogmatiques qui sont comme des clous profondément enfoncés

(1) Matt. ch. 16, v. 18.

Au reste, est-il jamais arrivé qu'une seule, oui, qu'une seule des décisions morales ou dogmatiques de la sainte Eglise catholique, et sanctionnée par son souverain pontife, ait été convaincue d'erreur ? Non, jamais, depuis le premier pontife de l'Eglise, le bienheureux saint Pierre. Toutes ces décisions, semblables à des clous profondément enfoncés, n'ont pu être arrachées, ou convaincues de mensonge, par les efforts réunis des hérésiarques, des schismatiques, des libres-penseurs, des protestants et de toute la phalange des impies de tous les temps et de tous les pays.

Le CoLroRTEUR: Je n'admets pas les conséquences que vous tirez du texte de l'Ecclésiaste. Nos ministres, qui s'y entendent aussi bien que qui que ce soit, ne les admettent pas plus que moi. Le grand Luther, nous a affranchis en nous donnant le droit de juger les écritures par nousmêmes.

Josepx LAM1: Voilà encore vos ministres amenés ici comme faisant autorité pour l'interprétation des livres saints !! On ne pourra donc jamais faire entrer dans une tête protestante que, en établissant chaque individu comme juge de la parole de Dieu, votre grand Luther n'avait plus le droit d'imposer, à qui que ce fut, ses interprétations des saintes Ecritures.

Je veux vous mettre, une bonne fois, sous les yeux, ce que pensait Luther de tous les inspirés qui interprétaient la bible à leur guise. Je veux vous faire lire le joli morceau de littérature qu'il leur adressait. Vous pardonnerez, j'espère, la grossièreté du langage du grand pape des protestants, et ses hlasphèmes contre l'Esprit-Saint.

“ Beaucoup de gens aujourd'hui disent : On n'a point à “ me dire ce que je dois croire ; j'en ai appris assez pour “ savoir en mon cœur comment je serai sauvé, malgré que “ mon curé m'excommunie.— Il n'est point un barbouilleur “ qui, ayant entendu un sermon, ou lu quelque chapitre en “ allemand, ne s'érige lui-même en docteur et ne couronne “ son me, se persuadant qu'il sait tout désormais, beaucoup

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“ mieux que ceux qui l'enseignent.— Quand nous avons “appris ou entendu quelque petite chose, touchant la sainte “écriture, nous nous imaginons rien moins qué d'être de “ grands docteurs et d'avoir avalé le Saint-Esprit avec toules ses “ plumes, et le reste.— À cette heure, il faut que la parole de “ Dieu se soumette à l'orgueil, à la présomption, à la frivo- “ lité, à l’outrecuidance de chacun, et se laisse munipuler, “ subtiliser et violenter au gré du premier venu; de là, “tant de faciions, de sectes et de scandales (1). ”

CINQUIÈME TÉMOIGNAGE : Le saint roi Josaphat adresse les paroles suivantes aux prêtres : “ Quand quelque atfai- “re, de vos frères qui sont dans leurs villes, viendra à vous, “ soit qu'il s'agisse de quelque intérêt de famille, on de “ quelque question de la loi, des commandements, des “ cérémonies et des préceptes : énstruisez-les, de peur qu'ils ne “pèchent contre le Seigneur, et que sa colère ne vienne sur “ vous et sur vos frères. Et si vous vous conduisez de la “ sorte, vous ne pécherez point. Amarias, votre pontife, pré- “ sidera dans les choses qui regardent Dieu, et Zabadius, fils “ d’Ismahel, chef de la maison de Juda, présidera dans tes “ affaires qui regardent le roi (2). ”

JEAN-BAPTISTE : Ce témoignage n'est-il pas d'une adinirable précision, Mr le colporteur ? Voyez-vous que le poutife, le prêtre du Dieu des armées doit présider aux choses qui rezurdent Dieu, c'est-à-dire, régler ce qui à rapport à la foi, à la morale, au culte divin et interpréter les ordonnances du Ncigneur ? Voyez-vous, ici, deux tribunaux, distincts l'an de l’autre dont l’un pour les choses civiles et l'autre pour les choses qui regardent Dieu ?

Les protestants se trompent donc étrangement quand. ne jurant que par la bible, ils rejettent avec mépris le tribunal religieux établi dans la sainte Eglise catholique. Ils sont donc aveugles en admettant, comme le dit ici le saint roi Josaphat, un tribunal pour régler ce qui regarde les intérêts de

(1) Voyez, ‘ Histoire de la réforme, ” par Dollenger, FAUES de 1860 wi. 5, page 217. (2) J1 Paralipomènes, ch. 19, v. 10-11.

ce monde et en ne voyant pas, comme ce saint roi, qu'il faut un autre tribunal pour prendre soin des choses qui regardent Dieu, la religion, la conscience et les intérêts spirituels de l'humanité.

Voilà, Mr le colporteur, la question que vous m'avez proposée, résolue par les oracles de l'Ancien-Testament.

Je pourrais, ce me semble, me contenter de ces témoignages pour justifier le tribunal religieux établi dans la sainte Eglise catholique, et condamner le principe protestant de l'interprétation des oracles divins par la raison individuelle. M'appuyant sur les témoignages que j'ai cités, voici comment je raisonnerais : Dieu, pour conserver sans altération sa divine parole, chez le peuple Juif, avait établi un tribunal religieux qui devait veiller à son intégrité, en donner l'explication et juger les controverses qui surgiraient au milieu de son peuple ; Jésus-Christ, à plus forte raison, a duü établir, dans son Eglise, un semblable tribunal, pour interpréter sa sainte loi et juger les différents religieux qui pourraient surgir chezles chrétiens. Le tribunal religieux, établi chez le peuple Juif et présidé par son souverain pontife. décidait avec une autorité qui n’admettait pas d'appel, toutes les questions qui regardaient Dieu, son culte, la conscience humaine et les intérêts religieux ; le tribunal, érigé chezles chrétiens et présidé pas le successeur de saint Pierre, doit avoir, au moins, les mêmes privilèges, la même autorité, et ses décisions doivent avoir au moins la même force. Si les Juifs n'avaient point la liberté d'interpréter leslivres saints suivant leur raison individuelle, mais s'ils étaient obligés d’en aller chercher l’intelligence au tribunal où siégeait le pontife, chargé d’en donner la signification, comment les chrétiens prétendraientils s'exempter de recourir à un tribunal semblable pour en avoir l'intelligence ? Il n’était pas permis aux Juifs de refuser de se soumettre aux décisions de leur tribunal religieux, comment serait-il permis aux chrétiens de refuser de

se soumettre à celles données par le souverain pontife de l'Eglise catholique ?

Mais je n’en suis pas réduit à tirer des conséquences de ce qui existait chez le peuple J'uif, pour prouver que le divin Fondateur de la sainte Eglise catholique a établi un tribunal chargé de décider toutes les questions religieuses et donner l'intelligence des livres divins.

Avant de vous donner mes preuves, je vous prie de remarquer, Mr le colporteur, que, dans l’Ancien-Testament, c'était le souverain pontife, ou le grand prêtre qui était à la tête du tribunal chargé d'interpréter la loi de Dieu et de juger les controverses religieuses : ce point est maintenant décidé.

Nous allons voir, dans le Nouveau-Testament, que c'est aussi le souverain pontife qui est à la tête d’un semblable tribunal ; seulement vous ferez attention que ce second tribunal est et plus élevé et plus vénérable que celui qui était chez les Juifs, puisque “ l'alliance dont Jésus est le “ médiateur, est plus parfaite que la première (1).

Interrogeon donc le Nouveau-Testament.

PREMIER TÉMOIGNAGE (2). “ S'il n’écoute pas l'Eglise “ méme, qu'il soit à votre égard comme un païen et un “ publicain. ”

JEAN-BAPTISTE : Faites attention que, dans ce texte, l'Eglise est considérée comme un tribunal auquel on doit déftrer ceux qui, ayant été avertis par des frères, ont refusé de les écouter. Faites encore attention que la décision de l'Eglise, dont le mot désigne, en cet endroit, les supérieurs religieux, comme le verset suivant le fait voir, est regardée comme un tribunal qui juge avec une souveraine autorité, puisque celui qui y est cité et ne se soumet pas à sa décision, doit être regardé comme un païen et un publicain.

Vous avez vu, dans les témoignages empruntés à l'Anen-Testament, que la révolte contre la décision du ponlife était punie de la mort corporelle ; ici, vous voyez que

(1) Héb. ch. 7, v. 22. (2) Matt. ch. 18, v. 17,

200 LE PETIT ARSENAT,

la révolte contre l'Eglise est punie d'un châtiment beaucoup plus terrible, celui de la mort spirituelle.

Il y a donc, dans l'Église catholique, un tribunal saprêéme, dont les condamnations sont comme des clous enfoncés profondément dans les âmes orgucilleuses. Selon l’énergique expression du livre de l’£tcrlésiaste.

SECOND TÉMOIGNAGE (1). “ Les scribes et les pharisiens “ sont assis sur la chaire de Moïse : observez donc, et faites “tout ce qu'ils vous diront ; mais ne faites point ce qu'ils “ font : car ils disent et ne font pas. ”

JEAN-BAPTISTE : Ce témoignage est pour nous d’une très grande valeur, Mr le colporteur.

LE CoLPoRTEUR : Je vous le cède bien volontiers ; car ni moi, ni nos ministres, ne voudrions nous appuyer sur des scribes et des pharisiens.

JosEPH LAMI : À merveille, Mr le colporteur ! Seulement je vous prie de vous exempler de les imiter. Car vous le savez, c'était des grands parleurs, qui avaient toujours la bible à la main, et en violaient scandaleusement les préceptes, au point que le Dieu de vérité ies comparait à des “ sépulcres * blanchis qui, au dehors, paraissaient beaux aux yeux des ‘“ hommes, mais qui, au dedans, étaient pleins d’ossements “et de pourriture (2). ”

JEAN-BAPTISTE : Je disais que le témoignage, dont Mr le colporteur ne veut ni pour lui, ni pour ses ministres, était pour nous d'une très grande valeur : je vais le faire voir.

Ce témoignage prouve, 1" que, quelle que soit la conduite morale des supérieurs religieux, le divin Maître nous enseigne qu'ils ne perdent pas pour cela l'autorité qu'ils ont sur nous.

Les réformateurs du seizième siècle, grands liseurs de bible, comme on sait, violaient directement cette règle évangélique, en refusant de se soumettre aux décisions de l'église, en se séparant de son sein et en s’exfonçant dans le cœur

(1) Matt. ch. 25, v.2. (2) Matt. ch. 23, v. 27,

des clous qu'ils n’ont pas encore pu arracher, sous le: vain prétexte que, selon eux, la conduite de certains papes n'était pas régulière, et, dans ce cas, l'évangile leur disait: Faites cé qu'ils vous disent, mais ne faites pas ve qu'ils font.

Ce témoignage prouve, 2' que, du temps où Jésus-Christ conversait avec les hommes (1), il existait un tribunal chargé d'interpréter les livres saints et de juger les controverses religieuses, et que le divin Sauveur, qui était veuu en ce. monde pour étre la lumière du monde (2), a approuvé ce tribunal, par son autorité divine et a solennellement déclaré qu'il. fallait se soumettre à ses décisions.

Ce témoignage prouve, 3° que par le fait même que Jésus-Christ approuvait le tribunal chargé d'expliquer les livres saints et de juger les controverses auxquelles ils donneraient occasion et qu’il ordonnait de se soumettre à ces décisions, il condamnait, par là même, tous ceux qui, plus tard, seraient tentés de se faire eux-mêmes les juges des saintes Ecritures, et d'en soumettre l'interprétation à leur raison individuelle.

Ce témoignage prouve enfin qu'il doit exister une chaire unique, un sacerdoce unique, un tribunal unique, où tous doivent aller apprendre, de la bouche du prétre (3), et ce qu'ils doivent croire et ce qu'ils doivent faire. Or, cette chaire unique, c'est la chaire de saint Pierre ; ce sacerdoce unique, c’est le sacerdoce catholique, n'ayant qu'un cœur et qu'une âme (4) avec son souverain pontife ; ce tribunal, c'est celui de l'unique pasleur, président sur l'unique troupeau (5), le Pape, successeur de celui à qui Jésus-Christ a donné les clefs du royaume des cieux (6), et qui, en son nom, doit paitre et les agneaux et les brebis (7).

JosEPH LAM1, s'adressant à Jean-Baptiste : Vous me pormettrez, mon ami, de lire à Mr le colporteur, cette partie de la lettre de saint Augustin à Générosus, dans laquelle le

() Baruch, ch. 3,v. 38. (2) Jean, ch. 12, v. 46. (3) Malachie, ch. 2, v. 7. (4) Actes, ch. 4, v. 32. (5) Jean, ch. 10, v. 16. (6) Matt. ch. 16, v. 19, (7) Jean, ch. 21, v. 15-16-17.

saint docteur fait justice du prétexte que les réformateurs du seizième siècle ont mis en avant pour rompre l'unité de l’Eglise, en se séparant de sa communion.

Après avoir donné les noms des trente-huit papes qui avaient occupé la chair de saint Pierre, sans interruption, jusqu’à son temps, le saint docteur parle ainsi : *“ Et quand, “ dans cette succession d’évêques, que l’on suit depuis “ saint Pierre jusqu’à Anastase, qui occupe aujourd'hui le “ même siège, il s’en serait glissé quelqu'un, perdant ces “ temps de persécution, qui aurait été coupable d'avoir l:- “ vré les saintes Ecritures aux païens, on n'en aurait su tirer “ aucun préjugé contre l’Egiise, ni contre tout ce qui au- “ rait eu de chrétiens qui n'auraient point trempé dans ce “crime : puisque Jésus-Christ a pourvu au repos et à “ Ja sûreté des innocents, quand il a dit, sur le sujet des ‘ mauvais pasteurs : Fuiles ce qu'ils disent ; mais ne faites pas “ce qu'ils font : car ils disent el ne font pis. Voïlà, continue le “ saint docteur, voilà ce qui assure l'espérance des fidèles, ‘et qui fait que se confiant non dans les hommes, mais dans “ le Seigneur, leur espérance est certaine et qu’elle n’est ‘“ point renversée par les orages des schismes et des divi- “ sions sacrilèges, comme il est arrivé à ces gens-ci (les Do- “ natistes), qui lisent tous les jours, dans les Livres sacrés, “ le nom des églises auxquelles les apôtres ont écrit, et “ qui n'y ont pas un seul évêque. Car qu'y a-t-il de plus “ insensé, que de répondre aux lecteurs, après qu'ils ont “ lu ces épiîtres : /a paëc soit avec vous, et d'être hors de la “ paix et de la communion des églises auxquelles elles ont “ été écrites. *

LE CoLPporTEUR : Mais les papes avaient enscigné des erreurs, nous disent nos ministres, et c'est pourquoi nous nous sommes séparés de l'Eglise romaine.

JosEPH LAMi : Les premiers révoltés les en ont accusés, vos ministres les en accusent encore ; mais ont-ils prouvé les erreurs contre la foi ou la morale chrétienne dont, comme chefs de l'Eglise, les papes se sont rendus coupables ?

Le grand Bossuet, dont vous ne récuserez pas l'autorité, va démentir ces calomniateurs passéset présents. Veuillez, Mr le colporteur, écouter avec attention ce que je vais lire, et vous jugerez de la bonne foi de ceux qui calomnient les successeurs de saint Pierre.

“ Pierre vivra dans ses successeurs ; Pierre parlera ToU- “ JOURS dans sa chaire : c’est ce que disent les Pères ; “ c'est ce que confirment six cent trente évêques au concile, “ de Chalcédoine. C’est cette Eglise romaine qui, ensei- “ gnée par saint Pierre et ses successeurs, ne connaît point “ l'hérésie. Ainsi, l'Eglise romaine est toujours vierge, la “ foi romaine est toujours la foi de l'Eglise ; on croit tou- “jours ce qu'on a cru: la même voix retentit par- “ tout, et Pierre demeure dans ses successeurs le fonde- “ ment des fidèles. C’est Jésus-Christ qui l’a dit ; et le ciel “et la terre passeront plutôt que sa parole (1). ”

TROISIÈME TÉMOIGNAGE. “ Jésus dit à saint Pierre : “ Paissez mes agneaux... Paissez mes-brebis (2). ”

JEAN-BAPTISTE : Je vous prie, Mr le colporteur, je vous prie de remarquer que, dans ce texte de l'Evangile, saint Pierre est chargé de paiître et les agneaux et les brebis, et que c'est Jésus-Christ lui-même qui l’investit de cette grande et souveraine dignité. Par ces paroles si claires que, vous l'avouerez, Mr le colporteur, la plus insigne mauvaise foi peut seule nier, on ne peut douter que saint Pierre ne soit établi le chef et le pasteur du troupeau tout entier, composé et des agneaux et des brebis. 11 doit les paitre, c'est-àdire, les gouverner, les instruire dans la science des choses de Dieu, leur faire connaitre les bons et les mauvais pâturages, et leur donner la connaissance de ce qu'ils doivent croire et faire, comme l'avait annoncé le prophète Jérémie, par ces paroles déjà citées : “ Je vous donnerai des pas- “ teurs selon mon cœur, qui vous nourrissent de la science “et de la doctrine (3). ”

() Discours sur l'unité de l'Église. (2) Jean, ch. 21, v.15-17. (3) Jérémie, ch. 3, v. 15.

204 LE PETIT ARSENAT,

Tous les interprètes catholiques, tous les Pères de l'Eglise ont entendu par agneaux et brebis, tous les fidèles et tous les évêques. Je vais vous en donner une preuve sans réplique, c'est la décision dogmatique du conrile Oecuménique de Florence, tenu l’an 1439. Voici ce que disent les Pères de ce concile * “ Nous définissons que le saint Siège Apos- “ tolique, le Pape de Rome, a la primauté spirituelle sur “ le monde entier, et qu'il est l'héritier du Siège de l'Apo- “tre saint Pierre, le véritable représentant de Jésus-Christ, “ le Chef de l'Eglise universelle, /e Père ct le Docteur de tous “ Les chrétiens, et que plein pouvoir lui a été donné par “ Notre-Seigneur Jésus-Christ dans la personne de saint “ Pierre, de paître, de gouverner et de conduire l'Eglise ca- “ tholique, de la manière qu'il est prescrit dans les actes de “ l'Eglise universelle et dans les décrêts des saints Ca- “ nons. *

Saint Pierre est donc le chef de l'Eglise universelle, et le tribunal établi par Jésus-Christ. Ilest donc le père et le docteur de tous les chrétiens. Il a donc, comme père et comme docteur, le pouvoir de paitre, de gouverner et de conduire l'Eglise catholique. Il y a donc, dans l'Eglise catholique, un tribunal pour enseigner et gouverner et les fidèles et les évêques, “ pasteurs à l'égard des peuples, et “ brebis à l'égard de Pierre,” dit Bossuet. Mais saint Pierre ne devant pas vivre toujours, le concile nous dit que le pape de Rome est l'hérilier du siège de l'apôtre saint Pierre, auquel siège tous sont soumis, dit encore Bossuet, rois et peuples, pasleurs el l'oupeaux.

Ainsi, Mr le colporteur, il y a, dans l'Eglise catholique, un tribunal où siège le souverain pontife, et lui seul étant, par Jésus-Christ, chargé d'enseigner et de gouverner, nul autre que lui n'a le droit de dire au monde et ce qu'il faut croire et ce qu'il faut faire. La règle protestante de la raison individuelle et de l'interprétation des livres saints par quiconque le voudra, est done fausse et condamnée par la bible. Car de même qu'il n'y à “qu'un Seigneur, qu'une foi,

“et qu'un baptême (1), ” de méme aussi il ne peut yavoir qu'une chaire, qu'un enseignement religieux, et qu'une Eglise.

QUATRIÈME TÉMOIGNAGE. “ Le Seigneur dit ensuite : “ Simon, Simon, Satan vous a demandés pour vous cribler ‘“ comme le froment ; mais j'ai prié pour toi, afin que ta foi “ne défaille point. Lors donc que tu seras converti, aie soin “ d'affermir tes frères (2). ”

La foi du chef de l'Eglise catholique, la foi de saint Pierre, ne peut donc faillir, Mr le colporteur ? Il faut admettre cette conséquence des paroles que je viens de citer, ou soutenir que la prière de Jésus-Christ n'est pas la prière de celui dont Dieu le père a dit : ‘“ Celui-ci est mon Fils bien- “ aimé, dans lequel j'ai mis toute mon affection : Ecoutez- “le (3), ” ou cette autre de Jésus-Christ : “ Et Jésus, levant “ les yeux en haut, dit : Mon père, je vous rends grâces de “ ce que vous m'avez exaucé. Pour moi, je savais que vous “ m'exaucez toujours (4). ” |

Le tribunal, établi dans l’église, dans la personne des souverains pontifes, ne peut donc enseigner l'erreur ? D'où nous devons conclure, Mr le colporteur, que le ponti-. fe romain, ou comme s’exprime le concile de Florence, le pape de Rome, parlant comme chef de l’église, ne peut nous enseigner l'erreur. Or, vous venez de voir qu'il est chargé de paitre, c’est-à-dire, d'instruire et de nourrir de science et de doctrine (5) et les agneaux et les brebis ; qu'il est, comme l’a défini le concile de Florence, le père et le docteur de tous les chrétiens : On peut donc, dans une certaine mesure, dire de lai ce que Dieu le père a dit de son Fils, dontilest le représentant : ÉCOUTEZ-LE, et ce que saint Pierre disait à Jésus-Christ : “ À qui irions-nous, puisque c’est à lui que “ Dieu a laissé les paroles de la vie éternelle (6). Le pape est donc le souverain pontife, le juge, en dernier ressort, dans l’église catholique. Tout homme, qui veut être du

) Baruch, ch. 3, v. 38. (2) Jean, ch. 12, v. 46. (3) Matt. ch. 17. v. 5. (4) Jean, ch. 11, v. 41-42. (5) Malachie, (6) Jean, ch. 6, v. 69.

nombre des agneaux ou des brebis de Jésus-Christ, doit donc écouter sa voix et se soumettre à ce qu'il aura défini. Encore une fois, il y a donc, dans l’église catholique, un tribunal divinement établi pour interpréter les oracles divins et régler ce qui regarde le culte de Dieu. C’est donc un contresens de prétendre que chacun a le droit de se conduire lui-même, dans les choses qui regardent Dieu et la conscience chrétienne : c'est donc un contresens, une prétention condamnée par l’évangile, que des individus usurpent le droit d'expliquer les livres saints, en les soumet-

tant à la raison individuelle.

Pour que vous ne m'accusiez pas d'interpréter la sainte Ecriture selon ma raison individuelle, je vais vous citer des paroles ou une interprétation approuvée par les Pères dn concile æœcuménique de Constantinople, tenu en 680.

Avant latenue du concile, le saint pape Agathon avait décidé de son autorité souveraine, la question qui devait occuper le concile. Les lettres du saint pontife furent lues dans le concile. Alors l’évêque Domitius de Prusiade s'exprima en ces termes : “ Les lettres adressées à notre seigneur l’em- ‘ pereur par notre père Agathon, le très saint archevêque “ du siège apostolique et supréme de l'ancienne Rome, (remarquez) “ je les reçois et je les embrasse comme dictées de l'Esprit-Saint, *“ par la bouche du bienheureux Pierre, prince des apôtres, “et écrites par le doigt du trois fois bienheureux pape Agathon. ” Et tous les Pères du concile approuvèrent unanimement

ces belles paroles (Rohrbacher).

On croyait donc, en 680, au concile général de Constantinople, comme nous croyons en 1875, comme on croira toujours, tant qu'il y aura un vrai catholique sur la terre, que le pape, successeur de saint Pierre et vicaire de Jésus- Christ en ce monde, est chargé de paitre ou d'enseigner, et les fidèles et les pasteurs. Nous croyons également que la prière de Jésus-Christ, pour assurer l'intégrité de la foi de saint Pierre et de ses successeurs, a été, comme elle devait l'être dans la bouche du Fils de Dieu, une prière sourve-

rainement efficace, et qu'elle le sera jusqu'à la fin du monde: J'ai prié pour toi, Pierre, afin que ta foi ne défaille point. Yn conséquence, afermis les frères dans la foi.

Nous croyons qu'il n'appartient qu'aux successeurs de celui qui a entendu de la bouche d'ün Dieu, cette injonction divine : afermis tes frères, d'enseigner aux hommes ce qu'il faut croire ; de juger, en dernier ressort, les controverses religieuses quise sont élevées depuis le commencement de l'Eglise, qui s'élèvent de nos jours et qui s'élèveront jusqu’à la fin du monde.

Nous avons entendu, dans le premier témoignage, Jtsus- Christ dire aux Juifs d'observer et de faire tout ce que leur diraient les scribes et les pharisiens, parce qu'ils étaient assis sur la chaire de Moïse, Et on nous ferait un reproche d'observer et de faire tout ce que nous dit celui qui est assis sur la chaire du bienheureux saint lierre. Les scribes et les pharisiens n'avaient certainement pas, au moins d'une manière formelle, une garantie divine d'infaillibilité, et les Juifs étaient obligés d'observer et de faire tout ce qu'ils leur disaient ? Et nous, les chrétiens, “ la na- “tion sainte, le peuple conquis (1) ” nous ne serions pas obligés d'observer et de faire {out ce que nous dira le bienheureux Pierre, par la bouche de son successeur, dont Dieu a formellement garanti l'inviolabilité de ia foi et de la doctrine, et qu'il a spécialement chargé d'afermir ses frères, et avec lequel il a promis d’être {ous les jours jusqu'à la consommation des scièles (2) ?

Si, Mr le colporteur, vous osic: nier ces conséquences, il vous faudrait me prouver que les successeurs de Moïse étaient plus dignes d'être écoutés, que les snccesseurs Ce Jésus-Christ. Il vous faudrait de plus me ..aontrer an la chaire, fondée par Moïse, était plus vé.-rable et avai une plus grande autorités que la chaire fond'e par Jisus- Christ.

LE COLPORTEUR, ex homme qui ne se soucie guire d'a'lor

(1) 1 l'ivrre, ch. 2, v. 9. (2) Muit, ch. 28, v. 20,

se casser la téle contre le roc sur lequel est bätie l'Eglise catholique, fait celle réponse habile : Si vous n'avez pas d’autres témoignages pour répondre à la question que je vous ai proposée, vous ne me convaincrez pas d'adopter votre système catholique.

JosEPH LAM1 : Vous convertir, vous ? Ni mon ami, ni moi, n’en avons jamais eu l'idée. Nous savons qu'il est écrit : “ la lumière est venu dans le monde, et les hommes “ ont mieux aimé les ténèbres que la lumière, parce que “leurs œuvres étaient mauvaises. Car quiconque fait le “ mal, hait la lumière, et n: s'approche point de la lumière, “ de peur que ses œuvres ne soient condamnées (1). ”

Ce n'est pas nous qui aurons l'espérance de convertir des colnorteurs de bibles sacrilègement mutilées. Nous ne savons que trop qu'il y a des ténèbres trop épaisses autour de leur intelligence et trop de perversité dans des cœurs qui cherchent à pervertir des catholiques et à les entrainer sur l'océan sans rivages du protestantisme de nos jours.

JEAN-BAPTISTE : Ce n'est pas dans le but de vous convertir, Mr le colporteur, que nous allons continuer de vous citer les témoignages qui nous confirme dans notre {o1.

CINQUIÈME TÉMOIGNAGE. Avant de vous citer ce témoignage, je vous prie, Mr le colporteur, d'y prêter une très sérieuse attention. Il tend à vous prouver que, dans l'église catholique, il y a un tribunal pour décider, sans appel, les différents qui surgissent entre les chrétiens ; que le souverain pontif», chef de toute l'église, en est l'âme ; enfin, que les controverses religieuses ne devront pas être laissées à la décision de la raison individuelle de quiconque en aura la prétention, mais par le tribunal établi par Jésus-Christ,

Ouvions maïntenant la bible (2). Il s'agit ici d'une question qui regarde la foi, c'est-à-dire, si ceux qui se convertissaient de la gentilité étaient obliæés, pour opérer leur

mt

(1) Jean, ce. 3, v. 19-20., (2) Actes, ch, 15,

salut, de se faire circoncire et d'observer toute la loi de Moise. C'était le moment de mettre en pratique le commandement du Seignenr, de porter les contestations qui ne pouvaient se terminer entre les frères, au tribunal de l'église (1). ‘

“ Les apôtres, et les prêtres s'assemblèrent pour examiner “ cette question, verset 6. Et après avoir beaucoup con- “ féré ensemble, Pierre se leva. ” 11 prouva que ceux de la gentilité qui s'étaient convertis, n'étaient obligés ni à la circoncision, ni à l’'observance de la loi cérémonielle de Moise. Les actes de ce concile vous disent que, après le discours de celui qui est chargé de paitre et Les agneaux et les brebis, toute la multitude se tut.

Après le discours de saint Jacques, premier évêque de Jérusalem, parlant dans le même sens que le président du concile, le jugement fut porté par cette formule qu'aucune oreille humaine n'avait jamais entende (2): “IL 4 SEM- “ BLÉ BON AU SAINT-ESPRIT ET À NOUS de ne vous point “ imposer d’autres charges que celles-ci, qui sont nécessaires, “ &e, &e. ”

Je n'ai qu’un mot à vous dire, Mr le colporteur, et le voici : La bible nous dit donc clairement qu'il y a dans l'Eglise catholique, un tribunal pour dé-ider les contestations entre les chrétiens ; la bible nous donne une séance de ce tribunal, et c’est saint Pierre qui le préside, parle le premier et, par l'autorité de sa parole, impose silence à la multitude des discutants. Les membres de ce premier concile, présidés par St-Pierre, ou le souverain pontife, sont si certains que Dieu est avec eux (3), que l'Esprit-Saint les dirige et leur enseigne ce qu'ii faut décider (4), que dans la formule du jugement qu'ils portent, ils nous disent que l'Esprit de vérité a parlé par leurs bouches et que leur jugement est le jugement du Saint-Esprit.

Veuillez maintenant lire les deux derniers versets du

(1) Matt. ch. 18, v. 16-17-18. (2) Jacques, v. 28. (3) Matt. ch. 28, v. 20. (4) Jean, ch. 14, v. 23, li

inême chapitre des Actes et vous apprendrez que saint Paul ordonnait aux Eglises, qu'il visitait, de garder le règlement de ce concile, sans leur permettre, comme vous en avez la prétention, de juger ou d'examiner ce que le tribunal supréme avait décidé : c'est la remarque de Beïlarmin.

JosePn LAMi: Que pensez-vous, maintenant, Mr le colporteur, de la conduite de vos tant vantés réformateurs du XVI siècles ? Vous rappelez-vous que, censuré par les théologiens catholiques, votre célèbre Luther en appela au tribunal du souverain pontife ? Vous rappelez-vous que le Pape Léon X, parlant au nom du bienheureux saint Pierre, condamna, par une bulle, c’est-à-dire, par un jugement doginatique, quarante-une des propositions que Luther a’ait émises ? Vous rappelez-vous que, au lieu de se soumettre au jugement émané du tribuaal de celui qui est divinement chargé de paître et les agneaux et les brebis. Luthor s'emporta avec fureur contre le jugement qu'il avait provoqué ? Vous rappelez-vous que, dans un accès de frénésie, il fit bräler cette bible sur la pla“e publique de Wittemberg, le 10 décembre suivant ? Et Luther était, comme vous, comme tous les protestants, un grand liseur de bible, et il y avait lu que saint Paul ordonnuit de se soumettre aux décisions de l'Eglise? Et Luther avait lu, comme vous, que celui qui n'écoute pas l'Eglis?, devenait semblable à un paien et à un publicain ? Et Luther, et Calvin, et Henri VIII, tous trois portant sur leurs fronts l’anathème d'un tribunal divinement établi par Jésus-Chrit, ont été regardés comme des hommes inspirés de Dieu ?

N'eût-on pas placé, au ban de toute société civilisée, l'homme qui aurait reçu une flétrissure analoguz par une sentence émanée d’un tribunal civil ?

SIXIÈME TÉMOIGNAGE. “ Mes bien aimés, ne croyez ‘ pas à tout esprit, mais éprouvez si les esprits sont de “ Dieu : car plusieurs faux prophètes se sont élevés dans le ‘“ monde (1). ”

(1) Jean, ch, 4, v. ?,

JEAN-BaprisTE : Ce témoignage, d'une importance majeure, prouve évidemment qu'il fant un tribunal, en dehors des erreurs auxquelles est sujette la pauvre raison humaine, pour nous faire connaitre quel esprit il fant écouter, car, vous dit l'apôtre St-Jean, “ plusieurs faux “ prophètes se sont élevés dans le monde. ” Comment les distinguerons-nous des véritables prophètes ? La réponse nous est donnée par saint Jean : il faut les éprouver. Mais qui les éprouvera ? Ce ne peut être l'esprit de quiconqu: voudra tenter cette épreuve, puisque, de l’aveu de tous, cet esprit n'est pas plus infaillible que celui qui « besoin d'être éprouvé. Car, ilest évident que tous deux sont contestables, et ont, chacun, besoin d'être soumis à l'épreuve que demande l'apôtre saint Jean.

l’our mieux faire voir l'impossibilité de découvrir les vrais prophètes des faux prophètes par ia raison individuelle, prenons un exemple dans la bible,

Je lis, en saint Matthien (1): “ CECI EST MON corps. ”

Après avoir lu ces paroles, je demande à un individu catholique : que signifient ces paroles ? Il me répond, elles signifient ce que les paroles expriment avec des mots aussi clairs que la lumière du soleil en plein jour de temps serein, c'est-à-dire que Jésus-Christ est réellement présent sous l'espèce du pain consacré, car ces paroles disent clairement que c'est son corps. Voilà son opinion.

Ne m'en tenant pas à cette réponse, car je crains que ce ne soit un faux prophèle ; je m'adresse à un autre individu: c'est un protestant. Je lui demande l'explication des mêmes paroles : Ceci est mon corps. Il me répond, avec autant d'assurance que le premier : que ce pain n’est nullement devenu le corps de Jésus-Christ, mais n'est que l'image, ou la ligure de son corps.

Me voilà dans une grande perplexité. (Car, de ces deux individus, le premier dit : Jésus-Christ est réellement présent sous l'espèce du pain consacré. Le second, au contrai-

(1) Matt. ch. 26, v. 26.

re, dit hardiment : Vous vous trompez : Jésus-Christ n’y est certainement pas. Cependant, le Dieu de vérité n’a pu dire: oui et non sur la même chose. D'où je conclus que l'une ou l’autre de ces réponses est fausse, et, entre ces deux individus, l’un est certainement un faux prophète. Voilà ce qui est indubitable. Mais lequel des deux est un de ces faux prophètes dont saint Jean m'avertit que plusieurs se sont élevés dans le monde? Un de ces deux esprits est menteur, mais qui va me le dire ?

Sera-ce la bible ? La prendrons-nous pour juge, Mr ie colporteur ? Nous ne pouvons pas, par la raison péremptoire qu'on ne peut admattre pour juge une aulorité contestée, et c'est la bible ici qui est ex contestation. Prendrons-nous, pour décider la question, la raison individuelle, la vôtre ou la mienne ? Mais évidemment non, puisque votre raison ainsi que la mienne, sont l’une et l’autre contestables et qu'elles ont besoin de passer par l'épreuve que demande saint Jean, appelerons-nous quinze, vingt, cent, mille individus, comme nous, pour vous dire qui des äeux a raison, de celui qui affirme ou de celui qui nie ? Nous n’en serons pas plus avancés, puisque ces cent et mille raisons individuelles ont chacune besoin d'être éprouvée, et ne sont, collectivement ou séparément, pas plus infaillibles que la nôtre. (Car leur réunion ne peut changer leur nature, qui est d’être sujette à se tromper, quand il est question surtout, comme ici, de choses qui regardent la foi, qui ne peut être appuyée que sur une autorité infaillible (1).

Comme vous le voyez, Mr le colporteur, la contestation reste sans solution, car ces deux esprits ne décideront jamais qui a raison ou qui a tort. Cependant la question est erave et d'une conséquence immense pour le salut des chrétiens. Que faut-il donc faire pour connaitre la vérité ?

À quel tribunal avoir recours ? N'oubliez pas qu'ü n'y a qu'une foi, comme il n'y a qu'un baptéme et qu'un Seigneur.

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