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N'oubliez pas que la bible disant qu'il n’y a qu'une fo,
(1) IL Cor. ch. 10, v. 4-5-@
il faut que nous nous mettions d'accord pour croire la même chose sur ce texte de la bible : Ceci est mon corps. Enfin rappelez-vous que déjà nous avons vu que les disciples de Jésus-Christ ne doivent avoir qu'un méme esprit, un méme sentiment, un méme langage, de, &rc.
Josepx LAM1: Si vous me le permettez, mon ami, je vais vous le dire. Rappelons-nous ce que nous venons de voir dans le cinquième Témoignage.
Quelques-uns de ceux de la secte des Pharisiens, qui s'étaient convertis, sont d'opinion que ceux qui se convertissent de la gentilité doivent être obligés à se faire circoncire et à observer toute la loi cérémonielle de Moise (1). Voilà ce qu’ils croient. Paul et Barnabé, au contraire, s'élèvent fortement contre eux, et soutiennent qu'ils ne sont obligés ni à la circoncision ni à l'observance de la loi cérémonieile de Moïse : c’est aussi leur opinion. L'apôtre St-Jean vient de nous dire que, plusieurs faux prophètes s'étant élevés dans le monde, il ne faut pas croire a tout esprit, mais éprouver si les esprits sont de Dieu. Où les pharisiens sont de faux prophètes, ou Paul et Barnabé. Voilà une contestation au sujet de la bible. Que va-t-on faire ? Prendre la bible pour juge ? Non Vous venez de nous le prouver : c’est, ici, une autorité contestée. Prendre la raison individuelle pour juge ? Non encore. Car alors elle n'était pas encore venue au monde, la progéniture de Luther, qui devait prendre la raison individuelle pour juger la parole d'un Dieu. Les Actes vont nous apprendre ce que l'on fit alors, et ce que l’on devra toujours faire, dans la suite des sièles. Je vais citer textuellement.
“ Il fut résolu que Paul et Barnabé et quelques autres “jraient à Jérusalem vers les apôtres et les prêtres pour “ leur proposer cette question. ” Voilà ce que nous disent les Actes, et voilà aussi ce que dit le bon sens. Deux voisins sont en opposition sur une chose qui regardent certains
(1) Actes, ch. 15,
droits : ils iront devant la cour de justice, devant le juge, enfin.
Mr le colporteur nous a répété cent fois qu'il faut suivre la bible, toute la bible, rien que la bible. Eh! bien, voilà ce que dit la bible : il faut s'adresser à l'Eglise, au tribunal des apôtres et des prétres pour décider les contestations qui regardent la religion.
La question entre les pharisiens et Paul et Barnabé, fut donc soumise au concile de Jérusalem. Le Saint Esprit et les Pères du concile éprouvèrent les esprits, et ils déclarèrent que l'esprit qui faisait parler les pharisiens était l’esprit d'erreur, et que celui qui faisait parler Paul et Barnabé, venait de Dieu.
Après cette décision, émanée du tribunal établi par Jésus-Christ pour juger les controverses religieuses, en dernier ressort et sans appel : tous les vrais chrétiens crurent, comme un article de foi, que les chrétiens ne devaient pas se faire circoncire et que la loi cérémonielle de Moïse ne les obligeait pas. Alors tout rentre dans la paix, tous sont parfaitement unis ensemble, n'ayant tous qu'un même amour, une même âme et les mêmes sentiments.
JEAN-BAPTISTE : Il y a donc, dans la sainte Eglise catholique, un tribunal pour juger les contestations qui regardent la religion, la foi et la morale chrétienne : nous venons de le démontrer par lee témoignages les plus certains, pris dans la Bible. Non-seulement nous avons prouvé que ce tribunal avait été fondé par Jésus-Christ, mais encore nous avons vu les apôtres siéger sur ce tribunal et juger avec l'assistance de l'Esprit de vérité, que Jésus- Christ avait promis de leur envoyer (1. Nous avons vu les fidèles s'adresser à ce tribunal pour apprendre ce qu'il faillait croire et faire.
Par le jugement prononcé au concile de Jérusalem, il est démontré, 1° que c’est à l'Eglise seule qu’il appartient de décider ce qu'il faut croire. Il est encore démontré, par
(1) Jean, ch. 15, v. 26,
le même jugment, 2’ que le KNaint-Esprit assiste l'église d’une manière toute spéciale, et que c'est lui qui dicte à l'Eglise les jugements qu'elle prononce. 3’ Il est enfin démontré, par le même jugement, que l'Eglise seule a recu l'intelligence des oracles divins (1), et que c’est d’eile qu'il faut la recevoir, suivant cet oracle que nous avons déjà cité : “ Les lèvres du prètre seront les dépositaires de la science “ (sacrée) et c'est de sa bouche qu'on cherchera la connais- “ sance de la loi (de Dieu) parce qu'il est l'ange du Koi- “ gneur des armées (2).”
LE Cor.PoRTEUR : Voilà bien comme sont les catholiques ! Is ne jurent que par le pape, qui est leur Dieu !
JosEPH LAMI : Supposant que cela fut vrai. autant qu'il est faux, serait-ce à vous, Mr le colporteur, à nous en faire un reproche, lorsque vous ne jurez que sur la parole de Luther et sur celle d'autres qui ne valent pas mieux que lui.
Mon ami, Jean-Baptiste, vient de vous démontrer que votre grand principe de l'interprétation des livres saints par la raison individuelle est formellement condamnée par la bible, votre seul tribunal, et vous faites voir que vous n'avez rien compris, où que vous êtes “ sourd comme l'aspic “ qui se bouche les oreilles pour ne pas entendre (3).
À ces mots, le colporteur se leva brusquement et deman da un lit pour se reposer. Il en avait besoin.
Déférant à son désir, Jean-Baptiste alla le conduire à un bon lit, entouré de rideau, dans un coin de la grande chambre. Le pauvre colporteur dit à Jean-Baptiste un faible bonsoir, accompagné d’un sourire Jaune : puis resta un instant debout auprès de son lit pour se déshabiller, et se coucha sans daigner fléchir les genoux, comme font presque tous ces messieurs piotestants qui croient, sans doute, que Dieu n'aurait pas la vue assez longue pour les voir, s'ils se baissaient sur leur genoux pour faire leur prière.
< Luc, ch. 24, v. 45. (2) Malachie, ch. 2, v. 7. Voyez à l'Appeudice, 24 (5) Ps. 57, v. &.
Quant aux deux amis, ils se retirèrent dans une chambre ou couchait la famille de Jean-Baptiste. Il était alors deux heures après minuit. La discussion avait durée près de huit heures.
Malgré cette heure avancée de la nuït, nos deux catholiques se mirent à genoux pour faire leur prière du soir et puis, le cœur léger et content d'avoir bravement défendu leur religion, ils s’endormirent bientôt d'un doux et paisible sommeil, comme tous les autres habitants de nos campagnes, qu'une vie chrétienn: et laborieuse préserve de remords et d’insomnie.
Comme c’est d'habitude chez nos cultivateurs canadiens, pendant le temps des traveaux surtout, Jean-Baptiste était sur pieds avant le lever du soleil, sa prière faite, il se hâta d'aller faire son train, parce qu'il ne voulait pas laisser partir le colporteur, sans lui Gonner encore quelques bonnes leçons.
Ce ne fut cependant que vers les six heures que notre commis-marchand de bibles tronquées donna signe de vie. Il n'avait pas dû faire de rêves dorés.
Le bon Jean-Baptiste, qui ne pouvait imaginer qu'un chrétien ne se mit pas à genoux, au moins Île soir et le matin, pour faire sa prière, observait le colporteur, par la porte de la grande chambre, entrouverte. Enfin le colporteur après être demeuré quelques moments debout et tourné vers son lit, entra dans l'appartement commun, lorsque le déjeuner était déjà servi.
Comme au souper, notre digne élève du protestantisme se mit à table sans faire aucune prière, qu'oiqu'on lui eût démontré par les livres saints, qu'il fallait prier avant et après les repas. Mais, pour le faire, il eût fallu s'avouer vaincu, et quand l'esprit de révolte a-t-il reconnu de bonne foi qu’il s'était trompé !
Pendant le déjeuner, le colporteur se garda bien de parler de bible ; la discussion de la veille l'avait rendu prudent, comme il est facile de le croire.
Après le déjeuner, Jean-Baptiste amena la conversation sur la prière et sur d'autres sujets, comme nous allons le voir dans les chapitres suivants.