CHAPITRE XI
Prier à genoux. — Prière du soir et du matin. — Le signe de la Croix. — St- Pierre a-t-il été à Rome. — Abstinence. — Manger du sang. — Défensés portées au Lévitique. — Raisons de l'abstinence chez les catholiques. JEAN-BAPTISTE : J'aimerais à savoir, Mr le colporteur,
si les protestants font quelques prières le soir et le matin.
LE COLPORTEUR : En douteriez-vous ?
JEAN-BAPTISTE: Je vous avoue que j'en doute beaucoup, puisque vous ne vous êtes pas mis à genoux, ni hier au soir, avant de vous coucher, ni ce matin, après être levé. Comme je ne puis croire qu’un chrétien ne se mette pas à genoux pour faire sa prière, au moins le soir et le matin, j'en ai conclu, peut-être à tort, que vous n’aviez pas fait votre prière.
LE CoLpoRrTEUR : La bible ne nous ordonne pas de nous mettre à genoux pour prier Dieu ?
JEAN-BAPTISTE : Vous me semblez ignorer, monsieur, que la sainte bible a deux manières de nous dire ce qu'il faut que nous fassions ; “ Jésus, nous dit le 1 verset des Actes des Apôtres, fit et ensuite enseigna. ”
“ Puisque même Jésus-Christ a souffert pour nous, nous “ laissant un exemple afin que vous marchiez sur ses pas (1).” Voilà la première manière de nous apprendre nos devoirs : l'exemple. Ainsi saint Paul dit aux Corinthiens (2). “ Soyez ‘mes tnilaleurs, comme je le suis moi-même de Jésus- Christ.”
“ Si vous voulez entrer dans la vie, zardez les comman- “ dements. ” Voilà la seconde : le précepte. Voilà pourquoi Jésus-Christ a dit: “ Je vous ordonne de vous aimer “ Jes uns et les autres (8). ”
@) I St-Pierre, ch. 2, v. 21. (2) I Cor. ch. 11, v. 1. (3) Jean, ch. 16, v. 17,
Ourrons maintenant la bible.
“ J'ai juré par moi-même, dit le Seigneur .…. que tout “ genou fléchira devant moi, et que toute langue jurera par “ mon nom (1). ”
Daniel, se tournant du côté de Jérusalem, ouvrait les “ fenêtres de sa chambre, “ il fléchissait les genoux chaque “ jour à trois différentes reprises, et il adorait son Dieu, et “ lui rendait ses actions de grâces (2). ”
“Salomon, ayant achevé d'offrir au Seigneur cette oraison “et cette prière, se leva de devant l'autel du Seigneur: car “il avait mis les genoux en terre, et il tenait les mains éten- “ dues vers le ciel, ” (comme font les prêtres en disant les oraisons de la messe (3).
Le roi Ezéchias commande aux Lévites de chanter les louanges du Seigneur. “ Ils le firent, di le texte sacré, avec ‘grande joie; et s'étant mis à genoux, ils adorèrent (4). ”
“ Et lorsqu'on offrait le sacrifice du soir, (entendez-vous “bien, M. le colporteur ?) je me mis à genoux, dit Esdras, “et j'élendis mes mains vers le Seigneur, mon Dieu (5).” (Encore la manière d'élever les mains comme les prêtres pendant la messe).
Consultons maintenant le Nouveau Testament. “ Or, il “ vint à lui (à Jésus) un lépreux qui, le priant et se Zetant “ à genoux, lui dit : Si vous voulez, vous pouvez me gué- “ rir (6).”.
“ Lorsque Jésus fut venu vers le peuple, un homme “ s’approcha de lui, et, se 7e/ant à genoux à ses pieds, il lui “dit: Séigneur, ayez pitié de mon fils qui est lunatique, “et qui souffre beaucoup (7). ”
# Comme Jésus sortait pour se mettre en chemin, un jeune ‘ homme accourut, et se mellant à genoux devant lui, lui dit : “ Bon maitre ! que dois-je faire pour acquérir la vie éter- “ nelle (8). ”
ms
() Rom. ch. 14, v. 11. (2) Daniel, ch. 6, v. 10. (3) III Rois, ch. 8, v. 50. C4) II Paral. ch. 29, v. 30. (5) I Fsdras, ch. 9, v. 5. (6) Mare, ch.1, v. 40. (7) Matt. ch. 17, v. 14. (8) Marc, ch. 10, v. 17.
“ Ce que Simon Pierre ayant vu, il se jeta aux genoux de “ Jésus, en disant : Seigneur, retirez-vous de moi, parce que “je suis un pécheur (1). ”
“ Ainsi ils lapidaient Etienne, qui priait et qui disait : “ Seigneur Jésus, recevez mon esprit, s'éfant mis ensuile à ge- “ noux, il s'écria à haute voix: Seigneur, ne leur imputez “ point ce péché (2).”
“ Alors Pierre, ayant fait sortir tout le monde, se mit à ce- “ noux et en prière ; et se tournant vers le corps, il dit: Ta- “ bithe, levez-vous (3). ”
“ C’est pourquoi je vous prie de ne point perdre courage, “en me voyant souffrir tant de maux pour vous, puisque ‘c'est Jà votre gloire. C’est ce qui me porte à fléchir les ge. “ roux devant le Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui “ est le principe et le chef de toute famille qui est dans le “ ciel et sur la terre (4). ”
Voulez-vous, pour terminer, un exemple au-dessus de tous les exemples ? C’est celui du Fils de Dieu, fait homme pour nous instruire et nous servir de modèle, selon cette parole : “ En vérité, en vérité je vous le dis: le serviteur “ n’est pas plus grand que son maître, ni l’apôtre plus grand “ que celui qui i’a envoyé (5). ”
“ Ensuite il s’éloigna d'eux environ d’un jet @e pierre : “et s'étant mis d genoux, il priait, en disant: mon Père, si “ vous voulez, éloignez de moi ce calice ; néanmoins que “ ce ne soit pas ma volonté qui se fasse, mais la vôtre (6). ”
“Et s’en allant un peu plus loin, # se prosterna le visage “ contre terre, priant en ces termes : mon Père, s’il est possi- “ ble, que ce calice s'éloigne de moi : mais néanmoins “qu’il en soit, non comme je le veux, mais comme vous “ Je voulez (7). ”
JosEPH LAMi, adressant la parole au ie: Voilà votre condamnation, monsieur. La bible nous dit qu'un Dieu homme, qui se met à la place des pécheurs, comme vous et
() Luc, ch. 6, v. 8. (2) Actes, ch. 7, v. 58-59. (3) Actes, ch. 9, v. 40. (4) Eph. ch. 3, v. 13-14-15. (5) Jean, ch. 13, v. 16. (6) Luc, ch. 22, v. 41-42, (7) Matt. ch. 26, v. 89.
moi, se proslerne le visage contre terre, dit un évangé liste, se met à genoux, dit un autre, pour prier, afin de nous apprendre ce que, nous pécheurs, nous devrons faire quand nous prierons. Carilavait dit, après avoir donné un profond exemple d'humilité : “Je vous ai donné l’exemple, afin que ‘“ vous fassiez comme j'ai fait (1).”
Je puis donc conclure que tout homme étant pécheur, même un méthodiste pur sang, “ car si nous disons que nous “ sommes sans péché, nous nous séduisons nous-mêmes, et “la vérité n’est pas en nous (2). ” Je puis donc conclure que tout homme doit s’humilier en priant, à l'exemple de Celui qui n’a pas craint de dire : “ Qui de vous me con- “ vaincra de péché (3) ? ” Or, la posture qu’exige une prière humble, comme celle de Jésus-Christ, notre divin modèle, c'est d’être prosterné le visage contre terre, en la faisant, ou du moins, de se metire à genoux.
Le CozporTEuR: Dites tout ce qui vous plaira, je n’en croirai pas moins que prier debout, vaut prier à genoux.
JosEPH LAM1: Alors, il faut mettre de côter tous les textes sacrés que l’on vient de vous citer, ce qui, certainement, va mal à celui qui nous a déclaré suivre la bible, et toute la bible.
Mais, je me trompe : la bible cite un fait qui vous va à merveille : c’est l'exemple du pharisien. En effet, les protestants, comme vous, ont certes un beau modèle de leur posture, en priant, dans la personne du célèbre pharisien, dont parle saint Luc (4). “ Le pharisien se TENANT DE- “ BOUT, priait ainsi en lui-même : Mon Dieu, je vous rends “ grâces de ce que je ne suis point comme le reste des hom- “ mes, qui sont voleurs, injustes et adultères ; ni même “ comme ce publicain, ” ni même comme ces Canadiens catholiques, qui ont l’insigne foiie de se mettre à genoux pour faire leurs prières du soir et du matin, comme faisait le prophète royal : “ Le soir, le matin et à midi je racon-
(1) Jean, ch. 18, v. 15, (2) I Jean, ch. 1, v. 8. (3) Jean, ch. 8, v. 46. 4) Luc, ch.18, v. 11.
torai et j'annoncerai ma misère au Seigneur, et il exaucera ma voix (1),” pendant que moi, bon protestant, homme sanctiiié par Christ jusque dans les parties les plus intimes de mon cœur, 7e prie debout, à l'exemple de mon frère le pharisien, afin d'être plus proche et d’être mieux vu et entendu de vous, Seigneur, qui, pour moi, auriez peutêtre la vue courte et l'oreille dure.
Aussi, Mr le colporteur, ce fut une belle prière que celle du pharisien, votre modèle, priant debout ! Aussi les sentiments, qui animaient cette prière pharisaique, concordaient parfaitement avec la posture qui l’accompagnait. Mais, par malheur, elle fut rejetée, et pour cause. Avis, à qui de droit.
Au reste, en examinant bien l'esprit de la réforme, on voit que vous agissez conséquemment à cet esprit, en priant debout. Car, le protestantisme, dans son essence, n’est pas autre chose que l'acte d’un orgueil satanique. Aussi, Mr le colporteur, les premiers protestants furent les anges rebelles, révoltés contre l'autorité légitime. Je vous prie donc de méditer ces paroles de St-Jean (2).
“ Et il yeût un grand combat dans le ciel : Michel etses “ anges combattaicnt contre le dragon, et le dragon com- “ battait avec ses anges ; et ceux-ci furent les plus fai- “ bles, et leur place ne se trouva plus dans le ciel. Et ce “ grand dragon fut précipité, cet uncien serpent, qui est “ appelé le diable et Satan, qui séduit tout le monde ; et il “ fut précipité en terre, et ses anges furent précipités avec LE 6) PL
D'ailleurs, le protestantisme étant, dans la famille chrétienne, la révolte des enfants contre l'autorité de l'Eglise, leur mère, comme la révclution politique est, dans la s0ciété humaine, la révolte contre l'autorité civile, le protestantisme agit selon sa nature, en enseignant à ses disciples de se dresser de toute la hauteur de leur taille pour prier Dieu, puisque déjà il a dressé sa tète rebelle contre les
(G) Ps. 64, v. 18. (2) Apoc. ch. 12, v. 7-8-9,
sucesesseurs de ceux à qui Jésus-Christ à dit : “ Comme ‘# mon l'ère m'a envoyé, je vous envoie de même (1). ” “Tout pouvoir m'a été donné dans le ciel et sur la terre. “ Allez donc, instruisez tous les peuples... et leur apprenant à observer toutes les choses que je vous ai commandées, et voilà que j» suis avec vous, tous les jours, jusqu'à la comsommation des siècles (2), ” “ Celui qui vous écoute, m'écoute ; eclui qui vous méprise, me méprise (3). ” Si quelqu'un n'écoute pas l'église, qu'il soit, à votre égard, comine un paien et un publicain (4). ”
JOSEPH LAMI: (Permettez-moi une petite disgression en dehors de la bible). J'avais entendu dire que les protestants ne faisaient jamais le signe de la croix, et je ne pouvais le croire. Maintenant que je vous ai vus commencer et finir vos repas sans le faire, je vois qu'on ne m'a pas trompé. Comme c'est une chose bien extraordinaire qu'un chrétien ne fasse pas le signe de la croix, je serais curieux de connaitre les raisons qui vous empêchent de le fuire,
LE COLPORTEUR, sans trop savoir pourquoi les protestants ne le font pas, fait cependant celte réponse qui sert & tout, comme un passe-partout est sensé ouvrir toutes les serrures : Ce signe de la croix n'est pas dans Ja bible, monsieur ; et nous ne le faisons pas parce que notre règle invariable a toujours été de ne suivre que la bible et de ne faire que ce qu'elle nous dit.
JosePH LAMI : Mr le colporteur ignore que la bible est incomplète et qu'elle est loin de renfermer tout ce que les apôtres de Jésus-Christ nous ont enseigné, comme nous le lui prouverons plus tard. La tradition complète la bible, et elle est si essentielle que, sans elle, nous ne serions pas même sûrs de posséder la bible et, par elle, la parole de Dieu écrite. Le Nouveau-Testament nous renvoie à cette source, dans un grand nombre de passages que nous aurons l'honneur de citer plus tard.
LU
QU
(1) Jean, ch. 20, v.27. (2) Matt.ch.28. (3) Luc, ch. 10. (4) Matt. ch 18, v. 17. Voyez à l'Appendice, 23 Lis.
Si, d'ailleurs, Mr le colporteur avait lu la bible pour y trouver la vérité, il y aurait vu le signe de la croix annoncé par le sang de l'agneau marqué sur les portes des Ilébreux (1). I l'aurait vu désigné dansle mot Tau dont la forme était celle-ci T, et qu'Ezéchiel eût ordre de marquer sur le front de ceux qui gémissaient (2). 11 l'aurait reconnu dans ces mots de l'Apocalypse (3). “ Ne frappez point “ Ja terre, ni la mer, ni Îles arbres, jusqu'à ce que nous “ayons marqué au front les serviteurs de Dieu, ?” cette marque faite sur le front des serviteurs de Dieu, eut appelée la marque de Dieu (4). H l'aurait vu mis en pratique par Israël bénissant ses deux enfants, à la fois, ‘ mettant sa “ main droite sur celui qui était à sa gauche, et sa gauche “ sur celui qui était à sa droite (5). ”
Consultons maintenant les saints Pères de la primitive église, et ils vont nous aporendre que le signe de la croix a été enseigné par les apôtres, et que les premiers chrétiens le faisaient comme nous le faisons aujourd'hui et même, beaucoup plus souvent que nous.
St Jean-Chrysostôme (6). “ A-t-on besoin d’être régéné- “ré, vite la croix ; s'agit-il de se nourir de l'aliment mysti- “ que (la sainte-Eucharistie), de recevoir l'ordination, ou de “ toute autre chose semblable, encore et toujours notre sym- “ bole de victoire (la croix). Aussi avons-nous soin de re- ‘“ présenter partout la croix, dans nos maisons, sur nos murailles, sur nos fenêtres, sur nos fronts, sur nos cœurs, aussi bien que dans nos pensées. Car c'est bien 1à le signe du salut, de la liberté du monde et de la douceur “ de notre divin Maitre... Il ne sagit pas de l'imprimer simplement avec le doigt, mais il faut avant tout qu'une foi vive nous le grave dans le cœur. Ki c’est de cette manière que vous le représentez sur votre front, aucun esprit impur n'osera s'approcher de vous. ”
Du temps de St-Jean-Chrvsostome, mort en 407,on faisait
() Exode, ch. 12, v. 7. (2 Fzéchiel, ch. 9, v. 4. (3) Ap. ch. 7, v.3. (4) Ap. cb. 7, v. 3,etch. 9, v. 4 (3) Genèse, ch. 48, v. 14. (6) Hom. 54e sur st: Matt.
non-seulement le signe de la croix sur son front, mais on ie marquait partout, comme un signe de victoire. Pourquoi les protestants ne le marquent-ils plus même sur le front ?
Le même saint dit ailleurs : “ La force de l'habitude “est grande dans le bien comme dans le mal ; quand elle “ nous conduit, nous faisons tout sans peine. Un signe ‘“ de croix ne coûte rien à faire, parce que nous y sommes ha- “ hitués, souvent même nous le faisons en pensant à ‘autre “ chose, comme si un maitre invisible conduisait notre “ main. ”
Le signe de la croix était donc très en usage du temps de ce saint, puisqu'on le faisait sans y penser. Les chrétiens d'alors faisaient donc très souvent le signe de la croix. Pour quelles raisons les protestants ont aujourd'hui tant d'aversion pour ce signe salutaire ? Est-ce qu’ils auraient honte d'avouer qu'ils sont chrétiens ou qu'ils rougiraient de la croix ?
Tertulien, qui vivait si près du temps où vécurent les apôtres, nous dit (de corona milites) : “ S'agit-il de nous mettre “ en voyage ou de marcher, d'entrer ou de sortir, de nous “ habiller, de nous chausser, de descendre au bain. de nous “ mettre à table (remarquez, Mr le colporteur), de prendre de “ Ja lumière, de nous asseoir, ou d'entrer au lit, quelque “ chose que nous fassions, #ous marquons notre front du signe “ de la croir… Et plus loin : Demande-moi un témoignage “ des Ecritures en faveur de ces instructions et de mille ‘autres, tu n'en trouveras pas. Mais on mettra en avant “ Ja tradition qui les consacre, la coutume qui les confirme, “ Ja foi qui les observe. ”
On faisait le signe de la croix très fréquemment du temps de Tertullien. Pourquoi les protestants ne le font-ils point ?
Saint Basile, parlant des traditions venues des apôtres, s'exprime ainsi : ‘“ Pour commencer, dit-il, parla première “ de toutes comme par la plus vulgaire, qui est-ce gui nous
“a enseigné par écrit à marquer du signe de la croix ceux “ qui ont mis leur espérance dans le Christ (1) ? ”
Saint Basile, mort en 879, dit donc formellement que le signe de la croix nous est venu des Apôtres, Mr le colporteur. Le signe de la croix est placé, par ce grand saint, comme la première pratique enseignée par eux. On le faisait done du temps de St-Basile, puisque c'était une chose vulgaire. Pourquoi les protestants ne le font-ils point ?
Saint Augustin, parlant aux catéchumènes sur le point de recevoir le baptême, leur adressait ces paroles : “ Votre “ front va être aujourd'hui marqué du signe de la croix, ou “ de la passion du Christ, comme chaque Israëlite marquait “ autrefois, du sang de l'agneau pas’al, le dehors de la “ porte de sa maison, et c’est ainsi que fous les chréliens ont “ coutume d'imprimer sur eux le même signe (2). ”
Voyez-vous, Mr le colporteur, que du temps de saint Augustin, mort en 430, tous les chrétiens avaient coutume d'imprimer sur leur front le signe de la croix, figuré par le sx de l'agneau pascal marqué sur le dehors de la porte des Israëélites ? Pourquoi les protestants se moquent-ils des catholiques qui le font ?
Le célèbre Origène, mort en 253, parle ainsi de la croix. “ L’humilité du Fils de Dieu est notre orgueil ; “ sa croix est notre victoire, son gibet est notre triomphe. “ Portons avec joie cet étendard, élevons avec orgueil ce “ sione de victoire. Imprimons sur nos fronts ce signe de notre “ salut éternel. Les démons trembleront en l'aper'evant… “ Nous voyons que l’Ange exterminateur ayant cornmencé “ses exécutions sur le peuple de Dieu, il n’y eut d'épargnés “ que ceux qui portaient sur le front le signe du Ta, lettre “qui représente la croix... Elevons vers le ciel des mains “innocentes en forme de croix... les oiseaux eux-mêmes “ quand ils planent dans les airs avec leurs ailes étendues, “ tracent l'image de la croix (3). ”
(1) Lib. de Spir. sancto, ch. 27. (2) Lib. de catech. rudibus, ch. 20, (3) Homn. 8e. 15
Voilà donc le signe de la croix annoncé dans le Tau qui arrêta le glaive de l'ange exterminateur. Voilà le signe de la croix devenu le signe de notre salut, voilà le signe de la croix tracé dans les airs par le vol des oiseaux. Lt pourquoi les protestants l’ont-ils rejeté ? Pourquoi ont-ils horreur de le marquer sur leur front ? Pourquoi sont-ils scandalisés quand les catholiques le font en leur présence ?
Naint Augustin. “ Quel est, comme chacun sait, le signe de “ Jésus-Christ ? Si non la croix de Jésus-Christ. Ce signe est “ tellement prescrit aux chrétiens que s'il n’est imprimé “sur le front de ceux qui reçoivent le baptême, ou sur l’eau “ même dans laquelle ils sont régénérés, ou sur l'huile “ employée en qualité de chrême à les confirmer, ou sur le sacrifice dont se nourrit leur âme, il n'y a rien de tout cela qui soit fait dans l’ordre (1). ”
“ Ne rougissons point de la croix de Jésus-Christ, dit saint Cyrille de Jérusalem. Imprimez-la sur votre front, afin que les démons, voyant ce royal étendard, s’enfuient “en tremblant (2). ”
Saint Ephrem de Syrie (3). “ Chrétiens, tenons-nous séparés des gentils et des juifs, et ornons nos portes de l’image précieuse et vivifiante de la croix... Imprimons ce signe salutaire, et sur nos portes, et sur nos fronts, et sur nos lèvres, et sur nos poitrines, et sur tous nos membres... Chrétien, que cette armure t’accompagne en tous lieux, et “ tous les jours de ta vie, la nuit comme le jour, à tous les “instants ; n’entreprends rien sans elle ; que tu dormes ‘ou que tu veilles, on que tu sois en voyage, ou que tu sois “occupé de quelque ouvrage, que {u manges ou que tu boi- ‘“ ves, que tu traverses les mers ou les fleuves, couvre-toi “ de cette cuirasse, revêts chacun de tes membres de ce si- ‘“ gne protecteur, et les maux ne pourront t’atteindre. ”
Saint Jérôme (4). “ Que votre main trace le signe de la “ croix à chacune de vos actions, à chacun de vos pas. ” Le
() Traité 118e sur l'év. selon St-Jean. (2) Catech, 4e. (3) Lib. de verâ pæn. (4) Lettre 22e à Eustache,
même, à Fabiole: “ Ce que signifiait autrefois la lame d'or “ placée sur le front du grand prêtre, le signe de la croix le si- “ gnifie aujourd’hui parmi nous. Autrefois aussi, suivant le “ prophète Ezéchiel, un signe libérateur était marqué sur \le front aux Juifs affligés : aujourd'hui, en portant la #“ croix, nous pouvons dire avec le Psalmiste: La lu- “ mière de votre visage, Seigneur, est gravée sur nous. ”
Saint Athanase, nous dit : “ Les démons ont coutume “ de venir la nuit nous surprendre, en se donnant pour “ les anges de Dieu... Lorsqu'ils se présenteront à vous, + armez-vous du signe de la croix, et aussitôt ils s'évanoui- “ ront comme de vains fantômes. ”
Saint Ambroise (1). “ Le catéchumène croit en la croix “de Jésus-Christ, dont il fait déjà le signe sur “lui-même.” Le signe de la croix était donc une pratique tellement en usage que ceux mêmes qui n'étaient pas encore baptisés, le traçaient déjà sur leur front. Et les protestants, qui sont baptisés, ne le font plus aujourd’hui !
Après ces témoignages, peut-il exister un doute raisonnable contre la pratique du signe de la croix, en usage chez tous les chrétiens dès la plus haute antiquité. Les catholiques le font encore aujourd’hui, vous le savez, Mr le colporteur, mais pourquoi les protestants ne le font-ils pas ? Vous vous retranchez sur cette raison : la bible n’en parle pas. Mais ce silence de la bible peut-il être de quelque valeur, quand nous avons la preuve écrite par une foule de témoins irrécusables que le signe &e la croix a été partout et toujours en usage depuis le temps des apôtres ? Peuton admettre le silence de la bible, contre le signe de la croix, quand des hommes tels que les Origène, les Tertullien, les Basile, qui vivaient à l’origine des choses, nous disent que le signe de la croix nous vient des apôtres ?
Cette horreur qu'ont les protestants de nos jours de tracer, sur leur front, le signe de la croix, ne serait-elle pas la con-
(1) Lib. de iis qui myst, init,
séquence d’un châtiment divin infligé à des enfants révoltés contre leur mère, la sainte Eglise catholique ?
Selon moi, quand les prétendus réformateurs du seizième siècle n'auraient commis que le seul crime d’abolir la pratique du signe de la croix chez un grand nombre de personnes baptisées, il n'étaient certainement pas les envoyés de Dieu.
LE COLPORTEUR, ne voulant pas s'aventurer à défendre les auteurs de la réforme du seizième siècle, saute, comme d'habitude, sur un autre sujet : On vous entend sans cesse nous dire que saint Pierre a longtemps résidé à Rome, et qu'il y est mort. Les protestants ne le croient pas, parce que la bible n'en dit pas un mot.
JEAN-BaprrTisrE : Voilà une singulière manière de raisonner,en vérité ! Vous vous moqueriez de moi, je pense, si je disais : la bible ne dit nulle part que saint Paul soit mort ; donc, il est encore vivant.
Pour vous assurer que saint Pierre a vraiment résidé à Rome et qu'il v est mort, je vous renvoie à l’histoire ecclésiastique de l'Eglise et à celle de l'Eglise et de l'empire, par un ministre protestant, le Rév. Jean Lesueur, qui vous dira : “ Nous voyons que vers ie commencement du troi- “ sième siècle, Gaïus, homme ecclésiastique, selon le rap- “ port d'Eusèbe, au livre II de son histoire, ch, XXV, et “ Tertullien, affirment que ces deux apôtres (Pierre et Paul), “ont été martyrisés à Rome et que leurs sépulcres y “ sont (1). ”
Que ceci vous suffise, car nous ne devons discuter que sur la bible. Si d'ailleurs, il vous prenait envie de ne pas croire à ce témoignage protestant, j'ai en mains une foule d’autorités historiques qui vous satisferont, je pense (2).
LE COLPORTEUR : Vous avez raison, mon ami. Revenons donc à la bible, et permettez-moi de vous demander où les catholiques trouvent-ils, dans la bible, qu'on est obli-
(1) Cité par l'abbé Gavairoa. (2) Voyez à l'Appendice, 95,
gé de se priver de manger certaines nourritures à certains jours ?
JEAN-BAPTISTE : Les catholiques trouvent, dans la bible, qu'il faut obéir à l’église, sous peine d'être regardé comme un païon et un publicain ; or, l'église leur fait un comman-
jdement de s'abstenir, à certains jours, d’une nourriture particulière, comme de viande, le vendredi, et ils obéissent : auraient-ils donc tort ?
LE CoLPoRTEUR : Mais, mon ami, la bible nous dit de manger toute sorte de nourriture, comme l'indique ces paroles : “ Mangez de tout ce qu'on vous présentera (1). ”?
JEAN-BAPTISTE : La règle évangélique que vous citée regarde les envoyés de Jésus-Christ. lille ne veut pas dire autre chose, si non qu'ils ne doivent pas rechercher les mets délicats, la bonne chair, mais se contenter de la nourriture qu'on leur offrira. Ainsi elle n’est nullement en faveur dee Lrotestants et de leurs principes.
JosEPH LAMI1: Me direz-vous, Mr le colporteur, si vous mangez quelquelois du sang et des viandes étouffées.
LE COLPORTEUR : Me prenez-vous pour un fou ? Pourquoi n’en mangerais-je pas ?
Josepx LaMiï : Je ne me serais pas permis de vous adresser cette question, si je ne vous avais pas entendu dire que vous suiviez la bible et rien que la bible, car je lis ce décret porté dans le concile de Jérusalem, par les apôtres euxmêmes : ‘“ Or, il a semblé bon au Saint-Esprit et à nous de “ ne vous pas imposer d’autres charges que celles-ci, qui “ sont nécessaires (remarquez bien ce mot), savoir : de vous abstenir de ce qui aura été sacrifié aux idoles, du sang des “ chairs étouffées, et de la fornication : abstenez-vous de ces “ choses, et vous ferez bien. Adieu (2). ”
Vous ne pouvez prétendre que ces païoles ne sont qu’un conseil, puisque nous lisons à la fin du même chapitre, ces paroles remarquables sorties de la bouche de saint Paul, et qui condamnent si hautement une de vos erreurs, savoir
1) Luc, ch. 10, v. 8 (2) Actes, ch. 15, v. 28-29.
que les commandements de l'église n'obligent pas, parce qu'ils ont été faits par des hommes : “ Et il (Paul) traversa “ la Syrie et la Cilicie, confirmant les églises, et leur ordon- ‘ nant de garder les préceptes des apôtres et des prétres (1), ” où le même texte est rapporté.
Pouvez-vous, Mr le colporteur, me montrer un passage du Nouveau-Testament qui abolit ce décret apostolique ?
LE COLPORTEUR, après un long silence : Je n’en connais pas, mon ami.
JosEPH LAM1: Je suis fâché de vous dire que vous venez de prononcer votre condamnation de votre propre bouche, comme le serviteur dont il est parlé en St-Luc (2). Il vous faut donc en passer par l’une ou l’autre de ces deux conséquences : ou ne jamais manger de sang ou de chair étouffée, ou violer votre grand principe, la bible, toute la bible. Voilà, monsieur, où conduit un faux principe : d’un abime on tombe dans un autre (3).
Quant à nous, catholiques, nous pouvons sans scrupule, manger du sang et des chairs élouffées parceque nous admettons la tradition que vous rejetez. Or, la tradition nous apprend que ce décret dont la partie qui regarde l’abstinence n'étant que de circonstance, ne nous oblige plus à nous abstenir de sang &c. Mais nous discuterons plus tard cette règle catholique de la tradition.
Permettez-moi maintenant de vous dire, Mr le colporteur, que vous mentez à votre conscience et que vous cherchez volontairement à tromper les ignorants à qui vous dites que vous suivez la bible, toute la bible.
JEAN-BAPTISTE : La société religieuse, à laquelle vous appartenez, vous prescrit-elle de vous abstenir de certaines nourritures.
LE CoLPoRTEUR : Non, mon ami, notre société religieuse nous laisse une parfaite liberté de manger ce que nous voulons. D'ailleurs la bible ne fait aucune défense relativement aux aliments qu'on peut manger.
(1) Voyez la trad. de D. Martin, ch. 16, v. 4. (2) Ch. 19, v. 22. (3) Ps.41, v. 8.
JEAN-BAPTISTE : Vous me feriez croire que vous n'avez jamais ouvert une bible.
Veuillez, mon ami, Joseph Lami, lire à monsieur les passages que je vais vous indiquer.
JosEPH LAM:I : “ Il lui fit aussi ce commandement ; et lui “dit: Mangez de tous les fruits des arbres du psradis. Mais “ ne mangez point du fruit de l'arbre de la science du bien et du “mal. Car au même temps que vous en magerez, vous “ mourrez très certainement (1). ”*
JEAN-BAPTISTE : Je vous prie de faire attention, Mr le colporteur, que cette loi d'abstinence fut prescrite à Adam et à Eve, avant leur péché. Ainsi voilà que l’abstinence d'une certaine nourriture était ordonnée, méme pour l’état d’innocence. Première loi d'abstinence.
Josepx Lam: “ Nourrissez-vous de tout ce qui a vie “et mouvement : Je vous ai abandonné toutes ces choses, “ comme les :égumes et les herbes des champs. J'excepte seu- “ Jement la chair mélée de sang, dont Je vous défends de manger (2).” Seconde loi 'abstinence, dit Jean-Baptiste.
Josepx LAM1 : “ Vous n'en mangerez rien (l'agneau pas- “ cal) qui soit cru ou qui ait été cuit dans l’eau, mais seu- “ lement rôti au feu (3). ”
JEAN-BAPTISTE: Vous voyez, dans ce texte, une loi qui règle la manière de préparer une nourriture et une défense de la manger autrement que rôfi au feu. Troisième loi.
Josepx Lam1 : “ Vous mangerez des pains sans levain “ pendant sept jours ; et le septième sera encore la fête solennelle du Seigneur (4). ”
JEAN-BAPTISTE : Dans le texte précédent, il est défendv de manger une viande crue ou bouillie, dans celui-ci, de mettre du levain dans le pain. Quatrième loi.
JosEPH LaMi : “ Si un bœuf frappe de la corne un hom “ me ou une femme, et qu'ils en meurent, le bœuf sera lapi- “ dé, et on ne mangera point de sa chair (5): ”
(1) Genèse, ch. 2, v. 16-17. (2) Genèse, ch. 9, v. 3-4. (3) Exode, cn. 72, v.9. (4) Exode, ch. 13, v. 6. (5) Exode, ch. 21, v. 23,
232 LE PETIT ARSENAf:
“ Vous ne mangerez point de la chair dont les bêtes au- “ ront mangée avant vous, mais vous la jeterez aux “ chiens (1). ” Û
JEAN-BAPTISTE : Voilà encore deux restrictions imposées sur la nourriture, qu’il est permis de prendre, par conséquent, cinquième et sixième loi.
Permettez-moi, pour abréger, de vous rendre compte des restrictions imposées sur la nourriture, dans les trois classes des animaux, des oiseaux et des poissons (2).
Quand aux animaux, défense de manger le chamaux et tous ceux de son espèce, le lapin, le lièvre, le pourceau, en un mot, presque tous ies animaux dont la corne du pied n’est point fendue.
Dans la classe des poissons, défense de manger aucun de ceux qui n'ont ni nageoires, ni écailles dont le monbre est si grand.
Quant aux oiseaux, la défense de manger l'aigle, le griffon, le faucon, le milan, le vautour, et tous ceux de son espèce ; le corbeau et tous ceux de son espèce ; l’autruche, le hibou, le larus, l’épervier et tous ceux de la même espèce ; le chathuant, le comoran, l'ibis, le cygne, le butor, le héron, la cigogne, &c., &c.
Voyez encore, au verset 17e du même chapitre, l’obligation, sous peine de mort, de ne pas manger des oiseaux tués à la chasse, si on ne les saigne point.
Remarquez que, exceptée la défense de manger du pain fermenté qui n’était portée que pour sept jours chaque année, toutes les autres défenses sont perpétuelles et pour chaque jour. Voilà donc que votre avancé, savoir, que la bible ne met aucune restriction à la nourriture que l’on peut prendre, se trouve faux et en contradiction avec cette bible que vous suivez en tout point !!
LE COLPORTEUR, sans tenir comple de ce qui vient d'élre prouvé, s'accroche aux textes du Nouveau- Testament : Je lis, dit- 1i, dans la première Epitre aux Corinthiens (3) “ Mangez de
{1 Exode, ch. 22, v. 31. (2) Lévitique, ch. 11. (3) Ch. 10, v. 25.
bi CATHOTIQUE. QE
“tout ce qui se vend à la boucherie,” et en St-Matthieu (1) : “ Ce n’est point ce qui entre dans la bouche qui souille “ l'homme. ” On peut donc manger de toute espèce de nourriture convenable sans offenser Dieu et sans souiller son âme.
JEAN-BAPTISTE: Vous n'êtes certainement pas heureux dans le choix des textes que vous nous objectez. Je vais vous le faire toucher du doigt.
Le premier texte décide une question qui troublait la conscience des Corinthiens. Il s'agissait des viandes offertes aux idoles. Saint Paul, pour lever tous les scrupules, leur dit de ne point s'informer d'où venaient les viandes qui se vendaient au marché, c’est-à-dire, de ne point s’informer si elles avaient été, ou n'avaient pas été offertes aux idoles. Au verset 28, il modifie ainsi cette décision : “ Mais si quelqu'un vous dit : ceciest immolé aux idoles ; “n'en mangez point, à cause de celui qui vous a donné cet- “te avis, et à cause de la conscience. ” Et au verset 32 : “ Ne “ donnez point occasion de scandale ni au juifs, ni aux gen- “tils, ni à l'Eglise de Dieu.” Ainsi ce texte ne prouve absolument rien contre nous.
Quant au second : ce n’est point ce qui entre dans la bouche qui souille l’homme : je vous accorde bien volontiers ce que dit cette divine sentence, puisque rien de ce que Dieu a créé n’est mauvais, suivant la Genèse (2). “ Dieu vit toutes les cho- “ ses qu'il avait faites et elles étaient très bonnes. ”
Ce qui vous fait croire que ce texte est contre nous, c'est parce que vous nous juger d’après vos principes. C’est une injustice. Chez vous, il n’y a point d'autorité religieuse qui ait le droit de faire des lois qui oblige la conscience, car vous êtes comme les juifs, dans le temps qu'ils n'avaient point de roi, “ et chacun faisait ce qui lui paraissait bon (3). ”
Chez nous, au contraire, cette autorité existe en vertu de ces divines paroles, adressées à Pierre : “ Et je vous don- “ nerai les clefs du royaume des cieux, et tout ce que vous
(1) Ch. 16, v.11. (2) Ch. 1, v. 81. (3) Juges, ch. 2, v. 24,
“licrez sur la terre, sera lié dans le ciel ; et tout ce que “vous délierez sur la terre, sera délié dans le ciel (1).”’ Et ces autres (2): “ Obéissez à vos pasteurs et soyez-leur soumis : “Carils veillent comme devant rendre compte de vos “ âmes, afin qu'ils s'acquittent de ce devoir avec joie et “ non en gémissant, car cela ne vous serail pas avantageux. ” Et ces autres encore adressées aux évêques (8) : “ Prenez “ garde à vous, et à tout le troupeau sur lequel le Saint- *“ Esprit vous a établis évéques pour gouverner l'Eglise de Dieu, “ qu’il a acquise par son sang. ”
Enfin ces autres du prince des apôtres (4). “ Je vous “ prie, vous qui êtes prêtres, étant prêtre comme vous, et “ de plus, témoin des souffrances de Jésus- Christ, et devant ‘avoir part à cette gloire qui doit être un jour manifestée ; “ paissez le troupeau de Dieu dont vous êtes chargés, veillant ‘“ sur sa conduite, non par une nécessité forcée, mais par “une affection toute volontaire, qui soit selon Dieu... Et “ vous autres qui êtes jeunes, soyez aussi soumis aux pré- ‘tres. ”
Nous avons donc une autorité religieuse, divinement établie, ou, si vous l'aimez mieux, un pouvoir judiciaire et législatif, un sénat qui a, de droit divin, le pouvoir de donner des décisions et de faire des lois qui obligent la conscience, et auxquels nous devons obéissance, sous peine d'encourir la disgrâce de Dieu. Car, dit St-Paul (5). “ Que “toutes personnes soient soumises aux puissances supé- “ rieures ; car il n’y a point de puissance qui ne vienne de “ Dieu. C'est pourquoi celui qui résiste à la puissan- “ ce, résiste à l'ordonnance de Dieu : et ceux qui y résistent, “ feront venir la condamnation sur eux-mêmes (6).” Soit dit en passant, voilà ce qui rendra à jamais les protestants inexcusables de s'être révoltés contre l'Eglise catholique.
Cette explication mise en avant, voilà ce que j'ai le droit incontestable de répondre à votre objection : Rien de ce
() Matt. ch. 16, v. 19. (2) Héb. ch. 13, v. 17. (3) Actes, ch. 20, v. 28. (4) I Pierre, ch. 5, v.1-2-5. (5) Rom. ch. 13, v. 1-2. (6} Trad. de D. Martin,
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que l'on mange ne peut être un péché, à moins qu'il y ait une défense de l'autorité l’égitime de le manger. Ainsi, Adam et Eve péchèrent en mangeant du fruit de l'arbre de la science du bien et du mal, non parce que ce fruit était mauvais ou pouvait souiller par lui-même, mais parce que l'autorité légitime avait défendu d'en manger (1). Ainsi, après le concile de Jérusalem, les chrétiens qui, instruits de la loi qu'il avait passée, mangeaient du sang el des viandes élouffées, se souillaient, non parce que le sang des animaux ou les viandes étouffées pouvaient souiller la conscience, mais à cause de la défense de l'Eglise Ainsi encore, manger ou boire avec excès, souille l'homme, non à cause de la quantité, plus ou moins grande, de breuvage ou de nourriture, qui entre par la bouche, mais à cause que ces excès sont défendus par l’autorité divine : “ Soyez sobres (2).” Ainsi encore: celui qui mange le corps, ou boit indignement le sang de Jésus-Christ, mange et boit sa condamnation, non parce que la sainte communion est un mal (Dieu me préserve de le penser !) en elle-même, mais parce qu’elle exige l’état de grâce, selon le précepte de l'apôtre saint Paul (3). “ Que “ l’homme donc s’éprouve soi-même, et qu’il mange ensuite “ de ce pain, &c., &c. ”
Ainsi, le catholique qui s’abstient de manger certains aliments que l'Eglise lui interdit, ne peut être blamé par ceux qui, comme vous, prétendent suivre la bible, puisqu'il agit en conformité à un commandement de l'Eglise dont l'autorité est fondée sur la parole de Dieu. D'ailleurs, Mr le colporteur, sachez que, dans les défenses qu'elle fait à ses enfants, de s'abstenir de certaines nourritures, par abstinence, l'Eglise catholique a pour appui les lois portées aux 11° chapitre du Lévitique, et, surtout, la loi passée au concile de Jérusalem (4). |
Le CozProrTEUr : Tout ce que vous venez de me dire, ne peut faire d'impression sur mon esprit, puisque je lis (5) :
(1) Genèse, ch. 2. (2) I Pierre, ch. 56. v. 8. (3) I Cor. ch. 11, v. 23, (4) Actes, ch. 165, v. 29. (5) Col. ch. 2, v. 16.
286 LE PETIT ARSENAT,
“ Que personne donc ne vous condamne pour le manger, “ ou pour le boire.” Ainsi je puis manger de tout ce que je voudrai, et personne n'a le droit de me condamner.
JEAN-BAPTISTE : Rien encore contre nous, dans le texte que vous citez.
Saint Paul ne parle ici que des prescriptions de la loi mosaïque, portées au 11° chap. du Lévitique, qu'il déclare ne plus obliger les chrétiens. C’est comme s’il disait, observe le P. Lallement : “ Puisque vous n'avez point reçu “ Ja circoncision charnelle des juifs, mais la circoncision “ spirituelle de Jésus-Christ, vous n'êtes plus obligés aux “ observances légales (en ce qui regarde le boire et le man- “ ger) ; Jésus-Christ, en vous délivrant du péché, vous a “ affranchis du joug de la loi.” Aussi St-Augustin, cité par Mgr. Baillargeon, dit que “ l’Apôtre ne condamne ici “ que les distinctions légales des viandes pures et impures. ”
Votre interprétation est d’ailleurs errunée pour une autre raison, que vous ne pouvez refuser d'admettre, puisqu'elle met St-Paul en contradiction avec la loi portée au concile de Jérusalem, ou cette loi de l'Eglise en opposition avec St-Paul, ce qui est faux.