‹ Le petit arsenal du catholique ou Traité élémentaire de controverse [microforme] (volume 2)Chapitre 37 sur 49 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Mission pour prêcher. — T1 faut être envoyé par l'autorité légitime, — Des enfants conduisent les révoltés de l'Ilinois. —— L'église exige la mission pour précher, — Ne point écouter ceux qui ne sont point envoyés par l'autorité légitime.

JEAN-BAPTISTE : Vous nous avez dit que vous étiez ministre du saint Evangile. Puisqu'il en est ainsi, j'ai le droit de vous demander qui vous a donné la mission d'aller prècher l’'évangile. Car saint Jean nous dit (2): “ Mes ‘ bien-aimés, ne croyez pas à tout esprit (c’est-à-dire, à tout “ homme qui se mêle d'enseigner et qui vous parle comme “ de la part de Dieu), mais éprouvez si les esprits sont “ de Dieu: car plusieurs faux prophètes sont venus dans “le monde. ”

LE MInISTRE : Je vous dis que c’est Jésus-Chrisi qui m'a donné cette mission, puisque vous tenez tant à le savoir.

JEAN-BAPTISTE : Je tiens tant à le savoir, parce que l’apôtre saint Jean vient de me dire que plusieurs faux prophètes sont venus dans le monde, et je veux être certain que vous n'êtes pas de ce nombre, avant d'écouter votre prédication qui, entre nous soit dit, est un vrai contresens dans le protestantisme.

Vous avez reçu votre mission de Jésus-Christ !... mais où l'avez-vous rencontré, puisqu'il n’est plus sur la terre ? vous serait-il apparu comme à saint Paul ? Mais, vous ou-

(1) Voir à l'Appendice, 27. (2) 1 Jean, ch. 4, v. 1,

bliez que vons avez abandonné l'Eglise catholique, avec laquelle Jésus-Christ a promis d'être tous les jours jusqu'à la consommation des siècles (1). Vous auriez pu recevoir cette mission de votre évêque, que le saint-Esprit à chargé de gouverner l'Eglise de Dieu (2), mais il parait que vous avez été un prêtre si digne qu'il a cru de son devoir épiscopal de vous mettre à la porte. Avez-vous d’autres preuves à me donner pour me faire croire que vous avez mission de me prôcher ?

Le MixiSsTRE : Ma parole doit vous suffire.

JEAN-BAPTISTE : Vous n'avez que votre parole pour me garantir la légitimité de votre mission ? Ne voyez-vous pas que vous rendez témoignage de vous-même ? Mais Jésus- Christ a dit: “Si je rends témoignage de moi-même, mon “ témoignage n'est pas digne de foi (3).” Et vous prétendriez vous faire croire sur parole ? S'il en est ainsi, je vous consville de ne jamais laisser connaître à des catholiques que vous êtes un prétre marié, car les gens de bons sens (et ils sont assez commun en Canada) qui apprendraient que vous avez violé un vœu solennel de chasteté, pourraient bien croire qu'un homme qui a menti à Dieu, peut encore plus äisément mentir aux hommes.

LE MINISTRE, décontenancé : Sachez, encore une fois, que je suis l’envoyé de Dieu.

JEAN-BAPTISTE : Je lis dans St-Matth. (4). “ Gardez-vous “ des faux prophètes qui viennent à vous couverts de peaux “ de brebis, et qui, au dedans, sont des loups ravissants ; Vous les connaitrez à leurs fruits. ”

Voilà donc la marque, donnée par Jésus-Christ, pour distinguer ceux qui sont les envoyés de Dieu d'avec ceux qui ne le sont pas : Vous les connailrez à leurs œuvres, dit le divin Pasteur ; or, vous m'avez avoué que vous aviez contracté mariage, quoique, comme prêtre, vous fussiez lié d’un vœu de chasteté : Vous m'avez encore déclaré, d’une manière

(1) Matt. ch. 28, v.20. (2) Actes, ch. 20, v. 28. (3) Jean, ch. 5, v. 31. (4) Ch. 7, v. 15-16.

fort leste, pour ne pas dire impudente, que vous aviez abandonné l'église catholique que saint Paul apelle la colonne et la base de la vérité (1). Et pour cacher toutes ces mauvaises œuvres, vons vous êtes recouvert d'une peau de brebis, je voulais dire, Au manteau de ministre du saint évangile ! Vous êtes bien certainement du nombre de ceux que la vérité nous dit de regarder comme des loups ravissants.

JosePH LAMI: Saint Paul, dans son Ep. aux Romains (2). me donne l'avertissement suivant : “ Mais je vous exhorte, “ mes frères, de prendre garde à ceux qui causent parmi “ vous des divisions et des scandales contre la doctrine que “vous avez apprise, e{ d'éviter leur compagnie. Car cessortes “ de gens ne servent point Jésus-Christ Notre Seigneur, mais “ sont esclaves de leur sensualité, et par des paroles douces et “ flatteuses, ils séduisent les âmes simples. ”

Quel respect pouvons-nous avoir, après un tel avertissement, pour ces prêtres mariés, qui, après avoir violé leur vœu, viennent dans l’unique but de causer des divisions et des scandales parmi nous ? Nous est-il même permis de les écouter, lorsque l’apôtre nous ordonne d'éviter leur compagnie, parce qu'ils viennent nous arracher la doctrine que nous avons regue de l'Eglise de Jésus-Christ ; au reste, n'est-ce pas insulter à la foi et à l'honnêteté d'un peuple catholique, quand des hommes, comme vous, se permettent de venir montrer leurs fronts f{létris au millieu de nos campagnes ?

LE MINISTRE, fort contrarié : Nerai-je done obligé de vous répéter que, en me mariant, j'ai suivi ma conscience, et que j'ai le pouvoir d'annoncer l'Évangile.

JosePpx LaAMI: Saint Paul vient de vous dire que ces sorles de gens, comme vous, ne servent point Notre-Svigneur Jésus-Christ, mais sont esclaves de leur sensualité Pouvezvous nier qu'il n’en soit ainsi à votre égard ?

Vous vous trompez done, ou vous cherchez à nous tromper, par cet appel à votre conscience, qui n'est certainement

(1) I Tim, ch. 8, v.15. (2) Ch. 16, v. 17-18,

DU CATIOLIQUE. 259

pas celle que saint Paul invoquait par ces paroles : “ Car “ce qui fuit notre gloire, c'est le témoignage que nous “rend notre conscience que nous nous sommes conduits “ dans ce monde et surtout à votre égard, dans la simpli- “ cité de cœur et dans la sincérité de Dieu (1).” Votre conscience ne peut-être que de l'espèce de celle qui conduisait Judas quand il disait : “ Celui que je baiseraiï, c'est “ Jui-même : arrêtez-le (2). ”

Quant à la prétention d'annoncer l’'évangile, je dois vous dire que vous n'avez aucune chance de vous faire écouter des catholiques à moins de leur prouver que vous êtes en règle avec ce qu'enseigne saint Paul, dans son Epitre aux Romains (3). “ Mais comment invoqueront-ils /e * nom du Seigneur, S'ils ne croient pas en lui ? Et comment “ croiront-ils en lui, s'ils n’en ont point entendu parler ? “ Et comment en entendront-ils parler, si personne ne “ leur prêche ? Lt comment les prédicateurs leurs prêcheront- “ls, S'ILS NE SONT ENVOYÉS ?

Voilà, Mr le ministre, la règle que suivent les catholiques. Pouvez-vous y trouver un sujet de blâme ? Chez eux donc, aucun homme n’a le droit d’être entendu, comme ayant pouvoir de précher, S'ils ne prouve qu'il est envoyé.

LE MixISTRE : Tout homme est libre de prêcher l'Evangile.

Josep LAMT : Je le crois sans peine. Mais alors quiconque en aura l'envie, peut ou se moquer de ce qu’il prèchera, ou lui tourner le dos, ou se boucher les oreilles si, avant de prêcher, il ne prouve qu'il est envoyé. Car, Mr le ministre, tous ceux qui veulent annoncer la parole de Dieu, sans mission lévilime, ne sont que des faux prophètes, semblables à ceux dont Dieu parle dans Jérémie (4). “Je n'envoyais “ pas ces prophètes, etils conraient d'enx-inémes.. Je ne Ieur parlais pas, et ils proshitisaient de leur léle. ? 7 Or, tons ceux qui courent d'eux-mémes, tels que les colporleurs el les Rév.

(A) II Cor. ch. 1, v.12. (2) Matt. ch. 26, v. 48. (3) Ch. 10, v. 11-15. (4) Ch. 23, v.21,

ministres du saint Evangile, sans mission et sans autorité, parlent de leur téle et non pas au nom de Dieu, puisqu'ils ne sont pas envoyés.

Sachez d'ailleurs, Mr le ministre protestant (le nom de prêtre catholique, que vous avez mis sous vos pieds, était beaucoup plus beau et plus honorable)! Sachez qu'aucun homme n'a le droit de s'imposer à la conscience humaine, à moins que Dieu ne l'envoie, ou par lui-même, ou par les successeurs légitimes de ceux à qui il a dit: Comme mon Père wa envoyé, je vous envoie de méme... . Celui qui vous écoutera, cest moi-même qu'il écoulera.… Allez donc, el instruisez toutes les nultions.……...

Depuis que ces mémorables paroles ont été dites, aucun homme n'aura le droit de s'imposer à la conscience humaine, de prêcher l'évangile et se faire croire quand il viendra dire qu'il n’est pas envoyé par les successeurs légitimes de reux auxquels ont été dites ces divines paroles et, encore bien moins, quand il viendra prècher une doctrine opposés à celle de ceux à qui il a été dit: Je suis avec vous, tous les jours, jusqu'a la consommation des siècles (1). Voilà ce que sienifient ces paroles de saint Jean, déjà citées : # Mes b'e 1- “ aimés, ne croyez point à tout esprit, mais éprouvez si les “esprits sont de Dieu. ”

Il y a donc deux manières d'être l'envoyé de Dieu, 1° par la mission extraordinaire, 2’ par la mission ordinaire,

LE MINISTRE : Que voulez-vous dire avec vos deux missions ? Etes-vous done assez ignorant pour ne pas savoir que dès qu'on a le pouvoir de prècher, on est, par la méme, autorisé.

JosepH LAMT: Vous voulez dire, je pense, que dès qu'on peut parler, qu'on sait lire et qu'on a une bible, on peut courir les maisons pour prévcher l'évangile. C'est ce qu'on nous apprend de l'Illinois, on des enfants de 14,16 et 18 ans vont s'imposer comme des eroyés de Dieu auprès des malheureux canadiens apostats condamnés, par suite de

(1) àlatt. ch. 28, v. 20

leur révolte contre l'Eglise, à se faire conduire par des enfants.

C’est par cette licence de la parole sacrée, donnée a quiconque veut la prendre, que le protestantisme a vu surgir, de son sein déchiré, des sectes innombrables, n'ayant d’autre lien que leur haine contre l'Eglise, et, pour point de départ, la bible à laquelle elles font dire tout ce qu’il leur plaît.

L'Eglise catholique, au contraire, est toujours demeurée Ja même, dans sa foi et dans sa morale, parce qu’elle a un centre d'unité, un chef visible, et qu'elle n’a jamais laissé violer le grand précepte de l’apôtre : Comment précheront-ils, s'ils ne sont envoyés ? C'est pour cette raison majeure que l'évèque du diocèse, nommé par le souverain Pontife de l'Eglise catholique, donne toujours une lettre de mission aux prêtres qu'il envoie prendre la charge des âmes d’une paroisse. Cette lettre est toujours lue dans l'assemblée des fidèles, afin qu'ils n'aient aucune inquiétude sur la légitimité de la mission de ceux qui sont chargés de les conduire et de leur prêcher l’évangile au nom du divin Sauveur. C'est ce que Jésus-Christ a voulu dire par les paroles suivantes de l'évangile de saint Jean (1). “ Mais celui “ qui entre par la porte, est le pasteur des brebis. C'est à “ eclui-Jà que le portier ouvre, et les brebis entendent sa voix ; “ il appelle ses propres brebis par ieur nom, et ils les fait sor- “tr. Et lorsqu'il a fait sortir ses propres brebis, il va de- “ vant elles, ef Les brebis le suivent, parce qu'elles connaissent sa you”

Quant à ceux qui, comme vous, Mr le ministre, se présentent à nous sans avoir la mission ordinaire, je veux dire, sans être envoyés par “ les ministres dé Jésus-Christ (2) qui “ sont édifiés sur le fondement des apôtres et des prophè- “tes, Jésus-Christ lui-même étant la principale pierre de “l'angle (3) ; ” nous avons appris à les connaître par ces paroles du chapitre 10° de St-Jean : “ En vérité, en vérité

(1) Jean, ch. 10, v. 2-34, (2) I Cor. ch. 4, v. 1. (3) Eph. ch. 2, v. 1,

“je vous le dis: Celui qui n'entre pas par la porte des brebis, mais qui y monte par un autre endroit, est un voleur ct “un larron.”

C’est un faux propnète, un étranger. “Or, dit Jésus- “ Christ, les brebis ne suivent pas un étranger, mais elles le “ fuient, parce qu'elles ne connaissent point la voix des “ étrangefs (1). ”

La bible nous enseigne donc de ne point vous écouier parce que, n'ayant point la mission ordinaire, vous n'avez pas le droit de vous imposer à notre conscience.

Ni, par hazard, vous vouliez vous faire passer pour un envoyé erctracrdinaire du ciel, savez-vous comment nous connaitrions si vous l’êtes réellement ? Avant de vous écouter et de vous croire, nous exigerions de vous wx tout petit miracle, non pas de œuérir les malades par votre ombre seule, ou par lallouchement des mouchoirs ou des linges dont vous auriez fail usage, mais de venir avec nous dans le cimetière de la paroisse, et de ressusciter un jeune homme qui a été enterré 1] y a quinze jours.

Ni vous refusiez de nous donner cette preuve de votre mission extraordinaire et que vous fussiez de la capacité de Puther, Calvin et compagnie, dont un homme d'esprit a dit que, 4 loute leur bande, üls n'avaient pas été capables de guéré un cheval boileux : nous nous boucherions les oreilles pour ne point vous entendre et, dussions-nous vous manquer de respect, nous vous congédierions aussi vite que possible, pour obéir à cette parole de saint Jean (2). “Si quelqu'un “vient vers vous,et n'apporte pas cette doctrine, ne le recevez “ pas dans votre maison, et ne le saluez point. Car celui qui “ Le salue, participe à ses mauvaises actions ; ? c’est-à-dire, au crime qu'il commet en se donnant comme l'envoyé de Dieu, pendant qu'il n'est qu'un éiposleur (3).

Ni, au contraire, vous veniez dans nos maisons pour affaires temporeiles, &e. &e, vous trouverez toujours des cœurs amis et disposés à vous obliger, car il n’y a que sur

(1) Eph. ch. 2, v. 8 (2) LI Juan, v. 10-11. (3) Matt. ch. 7, v. 16,

la mission légitime de nous prêcher que nous sommes intraitables.

Le MINISTRE : passablement humilié: La parole d’un homme honnête doit suflire pour piccher. Je ne vois aucune nécessité de faire des miracles pour se faire croire.

JEAN-BAPTISTE : Vous cherchez à nous faire prendre le change sur une question de la plus haute importance en nous disant que la parole d’un homme honnête doit nous suflire pour croire à votre parole évangélique ; c’est un tour de passe-passe. Car vous sarez très bien que, même dans les affaires temporelles de quelque importance, la parole d’un honnête homme ne suflit pas toujours. On croit nécessaire d'exiger des süretés où des garanties. Et vous voudriez nous faire croire que dans ce qui regarde l'affaire des affaires, celle qui a pour but un bonheur ou un malheur éternel, cette parole devrait suflire ? C’est plus que de l’impudence ! Car, si jamais des garanties furent nécessaires, ce doit être pour avoir la plus grande certitude possible qu'on n'a pas confié son âme à un homme qui n'est pas responsable.

Vous ne voyez aucune nécessité d'opérer un miracle pour vous faire croire lorsque vous venez vous présenter comme l’envoyé extraordinaire du ciel ? Je dois vous répondre que Moïse, les prophètes, Jésus-Christ et les apôtres, ont décidé cette question contre vous. Je vais vous le prouver par quelques témoignages ; je pourrais vous en fournir un millier.

Moïse est chargé d'aller délivrer le peuple ju’f de la captivité. Lcoutez ce qu'il dit à Dieu qui l'envoie (1) : “ Moise “ répondit à Dieu : ils ne me croiront pas, et ils n'écoute- “ront pas ma voix ; mais ils diront : le Seigneur ne vous a # pas apparu. ” Ensuite Dieu change la verge de Moïse en serpent et ce serpent en verge, il lui fait mettre sa main dans son sein, et elle devient couverte de lèpre, et la fui fait mettre une seconde fois, et la lèpre disparaît, “ et le

(1) Exode, ch, 4.

“ Seigneur ajouta! J'ai fait ceci afin au'ils croient que le Seigneur,le Dieu de leurs pères vous a apparu” Noilà pour assurer Moise que sa mission vient de Dieu et qu’elle n'est pas une illusion de son imagination. Mais cette assurance ne suffit pas et ne peut suflire auprès de ceux vers lesquels il est divinement envoyé. Mais lisez le 21° verset du môme chapitre et vous apprendrez ce que doivent faire les envoyés extraordinaires de Dieu. “ Et le Seigneur lui dit : “Ne manquez point de faire devant Pharaon tous les mira- “cles dont je vous ai donné le pouvoir de faire. ” Voilà ce que je vous demande pour me prouver votre mission extraordinaire, ai-je tort ? Répondez.

“lie était un homme sujet comme nous à toutes les misè- ‘res de cette vie, et cependant ayant prié Dieu avec une gran- # de ferveur afin qu'il ne plût point, il cessa de pleuvoir sur “Ja terre pendant trois ans et demi. Et ayant prié de nou- “vau, le ciel donna dela pluie et la terre produisit son “fruit (1). Voilà, encorc ici, la preuve que je vous demande.

Los quatre cent cinquante prêtres de Baal et le prophète Elie sont devant le peuple d'Israël. Elie dit au peuple : “ Jusqu'à quand serez-vous comme un homme qui boite # des deux cotés ? Si le Seigneur est Dieu, suivez-le ; et si # Daal est Dieu, suivez-le aussi.” Sur l'avis d'Elie, les quatre cont cinquante prêtres de Baal prennent un bœuf et Elie en prend un autre. Les prêtres de Baal mettent leur victime sur le bucher, et invoquent le nom de leur dieu depuis le malin jusqu'à midi ; mais le feu du ciel ne vient point consumer la victime. Alors Elie prend l’auire bœuf, Je met sur le bucher qu'il fait arroser jusqu'à trois fois ; puis fait cette prière ; “ Seigneur, Dieu d'Abraham, “ d'Isaac et d'Israël, faites voir aujourd'hui que vous êtes “le Dieu d'Israël, e/{ que je suis votre serviteur, et que c'est par “ votre ordre que j'ai fait toutes ces choses... ? En même temps le feu du Seigneur tomba et dévora l'holocauste (2).

(1) Jacques, ch 5, v. 11-18. (2) II Rois, ch. 18.

DU CATHOTIQUE. 261

Voilà, encore ici, le genre de preuves que je vous demande pour prouver votre mission extraordinaire.

“ Mais pour moi j'ai un témoignage plus grand que celui “ de Jean ; car les œuvres que mon Père m'a donné le pouvoir “ de faire, les œuvres, dis-je, que je fais, rendent témoignage “de moi, que c'est mon Père qui m'a envoyé (1) ”

Or tous les esprits étaient frappés de crainte : et il se “ faisait beaucoup de prodiges et de merveilles par les apo- “tres dans Jérusalem : et tous étaient remplis d’une gran- “ de crainte (2). ”

“Je n'ai point employé, en vous parlant et en vous pré- “ chant, les discours persuasifs de la sagesse humaine, mais “ les effets sensibles de l'esprit et de la puissance de “ Dieu (3). ”

Ainsi, Mr le ministre, il n'y a pas moyen de vous faire croire comme étant l'envoyé extraordinaire du ciel, à moins que, tel qu'Elie, Moise, Jésus-Christ et ses apôtres, vousne fassiez un miracle pour prouver que réellement c'est Dieu qui vous envoie prêcher une nouvelle doctrine contre celle de l'Eglise catholique qui prouve, par des titres que la mauvaise foi seule peut contester, qu'elle a commencé avec les apôtres, mais vous avez refusé de nous donner cette preuve, la seule qui soit recevable dans Îa position où vous êtes. Je suis donc obligé de vous dire que personne ne doit vous écouter où vous croire, à moins qu'il ne consente à mettre son àme entre les mains d'un charlatan biblique.

JOsEPIT LAMI: Mr le ministre du suint évangile maunipulé, subtilisé et violenté au gré du premier ven. conne disait Luther, sera bien aise que je lui prouve, par mille autres passages de la bible, que Dicu a toujours donné la mission à ses envoyés. |

D'abord, dans l’Ancien-Testament,

Moïse. “ Mais venez, je vous enverrai vers Pharaon,

me

(1) Jean, ch. 5, v. 36. (2) Actes, ch. 2, v. 43. (3) I Cor. ch. 2, v. 4.

“afin que vous fassiez sortir de l'Egypte les enfants “ d'Israel (1).”

Isaie. “ J'entendis ensuite le Seigneur qui dit : Qui en- “ verrai-je ? Et qui ira porter mes paroles ? Me voici, dis- “ je alors, envoyez-moi. Le Seigneur me dit : Allez, et di- “tes à ce peuple...&c., &c. (2). ”

Jérémie. “ Ne dites point : Je suis un enfant : car vous ‘“irez partout où je vous enverrai, et vous porterez toutes “ les paroles que je vous commanderai de dire (3).”

Baruch. “ Nous n'avons pas écouté la voix du Seigneur “ notre Dieu selon que nous y exhortaient les paroles des “ prophètes qu'il nous a envoyés (4). ”

Ezéchiel. “ Fils de l'homme, je vous envoie, dit le Sei- “ œneur, aux enfants d'Israël, vers un peuple apostat, qui “s’est retiré de moi. Vous ieur direz donc, &c. (5). ”

Jonas. “ Le Seigneur adressa sa parole à Jonas, — et lui “ dit: Allez tout présentement en la grande ville de Ni- “nive et y prèchez... (6). ”

Sans chercher à multiplier ces preuves, qui seraient inutiles ici : je conclus que ceux qui ont annoncé la parole de Dieu, dans l’Ancien-Testament, ont été envoyés par une mission spéciale, On n’a donc pu aller parler au nom de Dieu, même dans l’ancienne loi, sans y avoir été autorisé par une mission spéciale.

Venons maintenant au Nouveau-Testameut,

JEAN-BAPTISTE : “Il y eût un homme, envoyé de Dieu “ qui s'appelait Jean (7). St-Jean-Baptiste a donc reçu de Dieu Ja mission de prècher, “ dans tout le pays qui est aux “environs du Jourdain, le baptème de la pénitence (8).”

Les Apôtres. “ Jésus, ayant &ppelé les douze apôtres, leur ‘“ donna puissance et autorité sur tous les démons, et le “ pouvoir de guérir les malades. Puis il les envoya précher “ le royaume de Dieu, et rendre la santé aux malades (9). ”

(1) Exode, ch. 8, v. 10. (2) Isaïe, ch. 6, v. 8-9. (3) Jérémie, ch. 1, v. 7. (4) Baruch, ch. 1, v. 21. (5) Ezéchiel, ch. 2, v. 3-4 (6) Jonas, ch. 1, v. 1-2 (7) Jean, ch. 1, v. 6. (8) Luc, ch. 8, v. 8. (9) Luc, ch. 9, v. 1-2.

Pendant que Jésus-Christ était en ce monde, les apôtres devaient dont recevoir de lui la mission pour précher le royaume de Dieu.

“ Quelque temps api, le Seigneur choisit encore soixan- “ te-douze autres disciples, qu'il envoya devant lui, deux à “ deux, dans toutes les villes, et dans tous les lieux où Hu- ‘ même devait aller (1). ”

Mission donnée aux apôtres en général: “Toute puis- “ sance m'a été donnée dans le ciel et sur Ja terre, A//ez donc et instruisez lous les peuples (2). ”

Mission spéciale donnée à saint Pierre : Paissez mes “ agneaux... Paissez mes brebis...(3). ?” “ Avez soin d'aflur- “ mir vos frères (4). ”

Tout Dien qu'il était, Tésus-Christ a reçu la mission de son Père pour annoncer sa parole aux hommes.

Comme mon Père w'a enroyé, je vous envoie de mè- “me (5).” Etencore: “Je suis descendu du ciel non “ pour faire ma volonté, mais la volonté de celui qui m'a envoyé (6). Etencore : “ Ce qui était impossible que la loi “ fit... Dieu l'a fait avant envoyé son Füs (7). ?

Ainsi, Mr le ministre, il n'y a pas inoyen de nier que, pour avoir droit d'annoncer la parole de Dieu, il faut en avoir reçu l'autorisation ou directement comme les prophètes, les apôtres et Jésus-Christ lui-même, ou indirectement, c’est-à-dire, de ceux qui l'avaient reçue de Dieu méme. J'ai, vous le voyez, abrégé mes preuves. Mais celles que j'ai données, ainsi que mon ami, Jean-Baptiste, sutlisent, et au delà, pour prouver que les prophètes ont 66 envoyé de Dieu ; que les apôtres ont été envoyés par Jésus-Christ et que Jésus-Christ lui-même a été envoyé par son Père céleste, |

Rien d'étonnant en cela, puisque tout homme qui prétend agir pour un autre dans des aflaires 1importantes,doit prouver

@) Lue, ch. 10, v.1. (2) Matt. ch. 28, v. 18-19. (3) Jean, ch. 21, v. 16-17. (4) Luc, ch. 22, v. 32. (5) Jean, ch. 20, v. 21. (6) Jean, ch. 6, v. 5, (7) Rom. ch. 8, v. 3,

qu'il en a reçu des pleins pouvoirs, ou une commission spéciale ; et quand le commissionnaire ou l'agent n’est pas un homime connu, éprouvé et fidèle, on prend toujours la précaution de vérifier ses pouvoirs avant de l'écouter, mettant de côté toute autre considération que celle de la prudence, Voilà jusqu'où va la sagesse des enfants de ce monde (1), pour des affaires de ce monde,

Et vous, Mr le ministre, vous voudriez nous annoncer les volontés de Dieu et, pour toute sûreté, vous nous avouez que vous avez été chassé de l'Église catholique ? Vous venez pour nous prècher l'évangile, et vous avouez que vous venez de vous-même, et que vous êtes un apostat ? “It à “ qui sera bon eelui qui est mauvais à lui-même (2),” nous dit l'Esprit-Naint ? Pouvons-nous vous écouter, sans la plus insigne folie ? Pouvons-nous vous croire, sans manquer aux règles de la plus commune sagesse ? Jugez-en vous-même !

LE MINISTRE, éacapable de répondre à celte masse de preuves : Puisqu'il faut vous le dire, je dois vous déclarer que je suis envoyé par la sociélé méthodiste-suisse.

Joseph LAMI : Je n'ai nulle peine à vous croire; car, de toutes les sectes dissidentes que nous avons en Canada, il n'y a que cette race d'hommes qui croit agir honorablement en imitant les loups et qui viennent enlever les agneaux des bergeries de leurs voisins.

Quant à la prétendue mission que vous dites avoir reçue de la société méthodiste, où de toute autre secte protestante, je suis fâché d'avoir à vous dire que, par cet aveu, vous n'avez pas rendu votre position meilleure auprès des catholiques, puisque, pour la rendre acceptable, il vous faut prouver que cette société remonte, par une succession non interrompue, jusqu'aux Àpôtres. Car le symbole de Nicée vous dit que l'Eglise fondée par Jésus-Christ doit être Une, NSuinte, Catholique et APOSTOLIQUE. Tant que vous ne m'aurez pus fourni cette dernière preuve,

(1) Luc, ch.16, v. 8. (2) Ecciésiastique, ch. 14, v. 5.

je ne puis regarder comme valable le billet de recommandation que vous aurait donnée la société méthodiste ou toute autre,

Sachez donc, encore une fois, que j'exige absolument que celui qui vient pour me prêcher l'évangile, me donne la preuve que sa mission est légitime, car j'espère n'étre jamais assez insensé pour confier mon âme au premier homme qui viont me dire qu’il est l'envoyé du ciel.

Quant à vous personnellement, je vous répète que vous ne devez plus être cru, (semel malus, semper præsumilur esse malus) parce que vous avez manqué à une parole sacrée donnée en présence de l'assemblée des fidèles. Or voici ce que saint Jean me dit des hommes qui ont abandonné l'Eglise : “ Ils sont sortis d'avec nous, parce qu'ils n'étaient “ pas des nôtres ; car s'ils eussent été des nôtres, 1ls seraient “ demeurés avec nous ; mais, ss sont sortis, c'est afin qu'on “ reconnût qu'ils n'étaient pas des nôtres (1). ”

Pour en finir sur cette question, permettez-moi de vous dire, Mr le ministre du saint évangile, que votre prétention de prêcher est un vrai contresens dans le protestantisme, où chacun est Juge, en dernier ressort, de ce qu'il doit croire et faire, après avoir lu et comparé les érente-un mille versets que contient la bible protestante.

Luther, séparé de l'Eglise catholique, où se trouve la source unique de lo mission pour prècher l'Évangile, Luther comprenait si bien ce ridicule, de prêcher sans mission légitime, qu'il a cru devoir établir, en principe fondamental, que chacun devait entendre la bible selon sa raison individuelle ; ce qui exclut toute intervention comme celle des ministres évangéliques.

C'était dire que le divin Fondateur du Christianisme était venu établir une société religieuse qui ne devait avoir qu'une foi, qu'un même esprit (2), qu'un même sentiment (3), qu'un même langage (4), qu'un même cœur et qu'une

(1) I Jean, ch. 2, v. 19. (2) Eph. ch. 4, v. 8. (3) Rom. ch. 12, v. 16. (4) I Cor. ch. 1, v. 10.

même âme (1). et qu'il avait oublié de pourvoir à sa conservation, en établissant un tribunal qui eût le pouvoir d'y maintenir l'union qui devait représenter celle qui existe entre le Pireet le Fils (2). En établissant le protestantisme sur le fondement de la raison individuelle, qui devait faire de cette révolte sacrilège ce que nous voyons de nos jours, je veux dire, une image parfaite de la confusion de Babel, “une terre de misères et de ténèbres, où habite l'ombre de “Ju inort, où tout est sans ordre et dans une éternelle hor- “reur (2). Luther jetait de côté toute espèce de frein ou de pouvoir religieux. Il laissait l’homme avec sa conscience, et avec toutes les erreurs et toutes les ténèbres de sa conseience, sans aucun moyen efficace d'y remédier.

# Veut-on savoir, dit Rohrbacher, quelle est la profession générale des protestants du dix-neuvième siècle comme au seizième ? fille peut être exposée sur une carte de visite ; la voici: je crois en moi ; el je proteste contre l'Église romaine. Je crois en moi: Voilà la souveraineté radiale de la raison individuelle ; je proteste contre l'Eglise romaine : voilà sa déclaration d'indépendance, Ce sont les seuls dogmes qui soient et qui puissent être communs entre les protestants. Après cela, on peut croire telle ou telle chose, pourvu qu'on les croie par la foi qu'on a de “ soi-même ; on peut protester sur plus ou moins d'articles, “ pourvu qu'on proteste (4).

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