CHAPITRE XVI
L'Eucharistie, sacrifice et sacrement. — Communion sons les deux espèces. — L'Eglise a-t-elle raison de ne donner la communion que sous une seule espèce, — Le célibat des prêtres. — Horrible accusation contre le Pape. — Système protestant sur l’antechrist, &ce., &c.
Le CoLPOXTEUR : Je n'ai jamais pu comprendre pour-
(1) Voyez à l'Appendice, 83.
quoi l'Eglise catholique privait les laiques de la commuunion du calice. |
JEAN-BAPTISTE : 11 y a bien d’autres choses dans la doctrine et les pratiques de l'Eglise catholique, que vous ne comprenez pas, parce que vous n'ouvrez jamais un livre catholique, faisant ainsi croire que vous êtes sous l'impression qu'il vous brülerait les mains.
Pour ôter l’odieux qui retombe sur le protestantisme qui ne cesse de défigurer nos croyances et nos pratiques religieuses, et vous exempter la peine d’être sans cesse obligés de relever les erreurs que son ignorance ne cesse de mettre sur notre compte, donnez-vous donc le trouble d'étudier nos conciles, nos catéchismes et nos livres approuvés, et vous saurez pourquoi nous ne recevons pas la communion sous les deux espèces ; vous y apprendrez encore que, dans l'Eglise catholique, l'Eucharistie est non seulement un sacrement mais encore un sacrifice ; vous y verrez que le prêtre, qui offre le saint sacrifice de la messe, ne communie sous les deux espèces que parce que la nature du sacrifice le demande nécessairement ; vous y apprendrez enfin que le prêtre, qui ne célèbre pas l’auguste sacrifice, ne communie que sous l'espèce du pain, comme les laïques, parce qu'alors il ne reçoit que le sacrement de l'Echaristie.
LE COLPORTEUR : Quand Jésus-Christ fit la dernière ccne, il communia ceux qui la firent avec lui avec le pain et le vin : les évangélistes le disent formellement. Pourquoi ne fait-on pas cela dans l'Eglise catholique ?
JEAN-BAPTISTE : Parce que l'Église catholique croit et enseigne que “ Jésus-Christ étant ressuscité d'entre les “ morts, ne meurt plus (1),” que, par conséquent, ii est tout entier sous l'espèce du pain et sous l'espèce du vin consacrés, et qu’en recevant l’une ou l'autre espèce on recoit Jésus-Christ tout entier.
Quant à l’objection que vous prétendez me faire de ce que Jésus-Christ communia, sous les deux espèces, ceux
(1) Row. ch. 6, v. 9.
qui firent la cène avec lui, elle n'a pour but, fe pense, que de farder les choses pour aveugler ceux qui prennent tout ce que vous dites pour du s{erling. Cette manière d'agir n'est ni honorable, ni chrétienne, Permettez-moi de vous donner un bon conseil,
Quand vous parlerez de l'institution de l'Eucharistie, ou plutôt, de ce qui se passa pendant la dernière vène, dites franchement que les seuls apôtres y étaient présents, comme le dit expressément saint Marc : “ Le soir étant venu, “il se rendit là avec les douze (1); ” dites que les laiques, ou le peuple n’y étaient point présents ; dites enfin que Jésus- Christ n'y fit communier, sous les deux espèces, que les seuls apôtres, qu’il consacra alors prêtres, par ces paroles : “ Faites ceci en mémoire de moi ” : Alors vous direz la vérité et rien que la vérité. Mais vous êtes si pen francs ; mais vous semblez éprouver un si grand désir de trouver l'Eglise catholique dans l'erreur ; mais vous aimez tant à pécher en eau trouble, qu'en rapportant ce qui eût lien pendant la dernière cène, vous dites à vos pauvres dupes qu'alors Jésus-Christ donna lui-méine la communion au peuple sous les deux espèces. Pourquoi trompez-vous ainsi le peuple ? ?
Vous mettez encore un soin tout spécial à faire croire que c’est une injustice manifeste que commettent, à l'égard du peuple, les prêtres catholiques en le privant de l'espèce du vin. Et le pauvre peuple, qui se croit bonnement frustré d’un droit acquis, lève la tête et crie bien haut à l'injustice et vous, messieurs, d'applaudir.
LE CoLPorTEUR : Nous avons raison de crier et de soutenir le droit que le peuple a de faire la cène sous les deux espèces du pain et du vin. l’uisque Jésus-Christ à institué la cène sous les deux espèces, il faut les donner toutes deux.
JEAN-BAPTISTE : Dans le sens que les protestants donnent à ce qu'ils appellent lu sainte cène, où cependant ils
(1) Ch. 14, v. 17.
ne croient recevoir que du pain et da vin, comme aliments profanes, il peut leur convenir de prendre alors un coup de vin et un morceau de pain, si cela leur plaît ; mais nous, catholiques, nous avons une autre croyance.
Je vous ai déjà parlé du sacrifice de la messe, mais l'objection que vous me faites m'oblige de répéter que “ Jésus- “ Christ étant prêtre pour toujours selon l'ordre de Melchi- “ sédech, roi de Salem, qui offrait à Dieu un sacrifice paci- “ fique composé de pain et de vin (1), dans la dernière cène, Jésus-Christ offrit ce sacrifice du pain et du vin. Il dit donc alors la première inesse, et chargea ses apôtres de continuer ce sacerdoce en son nom et à sa place par ces paroles : “ Faites ceci en mémoire de moi ” et non, comme vous prétendez l'entendre : Recevez reri en mémoire de moi, ce qui offre un contresens avec les paroles de Jésus-Christ. Jésus-Christ n'a donc Jamais ordonné de communier sous les deux espèces, mais seulement et uniquement d'offrir le saint sacrifice avec du pain et du vin, ou sous les deux espèces.
Examinons maintenant si l'intention de Jésus-Christ était qu'on ne communia que sous les deux espèces, comme vous le prétendez, ou s'il n'aurait pas plutôt sanctionné, par son exemple, la pratique que suit aujourd’hui l'Eglise catholique.
“ Si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement (2)- “ Celui qui mange ce pain vivra éternellement (verset 59). ” Il avait dit, au verset 50 : ‘“ Mais voici le pain qui est des- * cendu du ciel, afin que celui qui en mange ne meurt “ point. ”
Voilà donc la rie éternelle clairement promise à quiconque ne communie que sous l'espèce du pain. Or, Jésus-Christ eut-il pu parler de la sorte si son intention eût été de toujours communier sous les deux espèces ?
Voyons maintenant ce qu'a fait Jésus-Christ après sa résurrection. Voici ce que nous apprend saint Luc : “ Etant
(1) Héb. ch. 5, v. 6. (2) Jean, ch. 6. v. 52, 20
“à table avec les deux disciples d'Emmaüs, # prit du pain, “el le bénit et l'ayant rompu, il le leur donna. En même temps “ leurs yeux s’ouvrirent, et ils le reconnurent, mais il dis- “parut de devant eux (1). ”
Comment les deux disciples d'Emmaüs reconnaissent-ils Jésus-Christ ? Parce qu'ils le voient renouveller ce qu'il avait fait lors de la dernière cène. Or, remarquez qu'alors ie sacrifice de la croix était consommé, et voilà que Jésus- Christ consacre du pain, comme dans la cène (voilà la messe encore 11), et se donne en nourriture à ces deux disciples, mais sous la seule espèe du pain. Ceci est parfaitement chuir et prouve avec évidence la pratique catholique de n'adiainistrer le sacrement de l'Eucharistie que sous la seule espère du pain, aux papes, aux cardinaux, aux évêques et aux prêtres, aussi bien qu'aux laïques, quand les premiers veulent communier sans célébrer le saint sacrilice de la messe,
Les apôtres ont aussi donné la communion sous 14 seule espèce du pain. X1s persévéraient, disent les actes des apôtres, dans la communion de la fraction du pain (2), et dans les pricres (3). Et ailleurs : “ Le premier jour de la semaine les “ disciples étant assemblés pour rompre le pain, Paul, qui de- “ vait partir le lendemain, leur fit un discours qu'il conti- “nua jusqu'à minuit (4). ”
Naint Paul, dans sa première épitre aux Corinthiens, va nous fournir une nouvelle preuve de la pratique catholique. C'est pourquoi, quiconque mangera ce pain ow boira le “ calice du Seigneur indignement, il sera coupable du corps “et du sang du Seigneur (5). ”
J'aime à vous faire remarquer que vos deux traductions, que j'ai en mains, celle de Sacy et celle de D. Martin, ont mis le disjonctif ox, comme la bible catholique.
De ce passage je conclus 1° que saint Paul reconnaît
() Luc, ch. 24, v. 30-31. (2) C’est par ces expressions que saint Paul marque le st. sacrifice et la communion. (3) Actes, ch.2, v. 43. (4) Actes, ch. 20, v. 7. (5) Ch. 11 v. 27.
qu'on reçoit le corps et le sang de Jésus-Christ sous l’une ou l'autre espèce, tel que le croit l'Eglise catholique. 2 Il insinue clairement qu'on peut communier sous l’une o l'autre espèce.
Vous n'avez donc aucun motif, même apparent, de crier contre Ja pratique de ne communier que sous la seule espèce du pain. Il est donc prouvé que, encore ici, vous nous accusez sans raison de violer les enseignements de la bible. Mais cesserez-vous, cette fois, de faire croire au peuple que l'évangile oblige de communier sous les deux espèces (1) ?
LE MINISTRE : (voulant décharger le colporteur de l’embarras de répondre aux preuves de Jean-Baptiste et n'aimant pas trop la lumière qui en jaillit, “ Car quiconque fait le mal (accuse à faux), haït la lumière, et ne s'approche point “ de la lumière, de peur que ses œuvres ne soient condam- ” (2) jugea à propos d'attaquer le célibat du clergé catholique) :
Une autre pratique de l'Eglise catholique choque beaucoup les protestants, c’est l'obligation qu'elle impose à ses ministres de ne se point marier. Pourquoi ne feraient-ils pas comine les ministres protestants qui se marient ?
JEAN-BAPTISTE : Je pourrais me contenter de vous dire : nuits pourquoi les ministres protestants ne feraient-ils pas comme les prélres catholiques, apparus en ce monde, bien des siècles avant eux ? Mais je veux vous répondre directement. La question que vous me faites semble être une réminiscence de ce qne vous étiez autrefois. Elle est comme l'écho d’un remord au souvenir de ces paroles que, jeune lévite, vous deviez trouver si douces : “ Le Seigneur est la part qui “n'est échue en héritage, et la portion qui m'est destinée : “ C'est vous, Seigneur, qui me rendrez l'héritage qui m'est “ propre (3). ” Ce jour était beau, Mr le ministre ! Pourquoi n'a-t-il pas été suivi d'autres aussi beaux ?
Quant à l'effet que produit sur les protestants la chasteté sarcerdotale, je leur dirai : Il paraît, messieurs, que cet-
“nées,
(1) Voyez l'Appendice, 88. (2) Jean, ch. 3, v. 20. (3) Ps. 15 v. 6.
te vertu vous intrigue fort. Il faut que vous la regardiez comme quelque chose de bien beau, de bien louable, de bien saint, de bien noble, de bien angélique, puisque vous en faites le sujet continuel de vos censures et de vos récriminations. Maïs vous ne trompez personne, messieurs. On sait que vous aimez tant le clergé catholique, et que vous Jui portez un si vif intérêt, que vous voudriez l'humaniser un peu et lui faire éprouver “ cette tribulation de la chair que “ saint Paul annonce à ceux qui se marient (1). ”
Le célibat ecclésiastique est une loi de l'Eglise, et je ne crois pas que vous ayez la prétention de lui contester le droit de faire des lois pour ses ministres (2).
Vos ministres se marient et aucun de nos prêtres y trouve à redire. C’est raison et bon sens ; cela ne les regarde pas. Vous feriez bien d'imiter ieur sagesse. Vous n'êtes pas d’ailleurs compétents pour juger de la nature des fonctions qu'ils exercent. Les comparer à vos ministres qui ne sont, en réalité, que des Ziseurs de bible, est aussi maladroit qu'injuste.
D'ailleurs, messieurs, nos prêtres catholiques sont pour nous, et nous aimons qu'ils n'aient point de femmes. Voulez-vous que je vous dise pourquoi ? C’est qu’ils ne nous aimeraient pas autant qu'ils nous aiment, ne s'attacheraient pas à nous autant qu'ils le faudrait; ne voleraient peut-être pas au chevet de nos lits dans les temps de peste, de choléra, de fièvres contagieusex, s’ils avaient une femme et des enfants à nourrir, à établir et s’ils se voyaient obliok de résister à l'impression que les larmes d’une femme et d'enfants, tendrement aimés, font toujours sur le cœur d'un homme, pour ne pas manquer de venir nous aider à bien
() I Cor, ch. 7, v. 48. (2) Si Vous désirez connaître les raisons qui ont engagé l'Eglise catholique à prescrire cette obligation à ses prêtres, je Vous prie de lire, d’un bout à l’aut.e, l'ouvrage de Mgr Louis-Antoine-Auguste Pavy, évéque d'Alger. Après avoir lu ce livre, vous serez convaincu de lu haute sagesse de l'Eglise, et vous laisserez le célibat ecclésiastique tranquille. Cette loi de l’Église catholique est trop grande et trop angélique pour que vous puissiez y atteindre, messieurs les ministres protestants. Vous ne monterez jamais si haut, car vous ne inangez point le pain vivant descendu du ciel et qui seul, peut s'élever au-dessus de la corruption originelle.
mourir ; Car “ celui qui n’est point marié, s'occupe du soin “ des choses du Seigneur, et de ce qu'il doit faire pour lui “ plaire. Mais celui qui est marié s'occupe du soin des choses “ du monde, et de ce qu'il doit faire pour plaire à sa fem- “me ; et ainsi il est partagé (1). ”
Si cette courte réponse ne vous satisfesait pas, messieurs, veuillez me le dire, et je vous citetai une foule d’autorités puisées dans la bible, et vous y verrez que la virginité à toujours été en honneur et qu'elle est meilleure que l’état du mariage.
( Les deux adversaires ne jugeant pas à propos de continuer sur ce sujet, Joseph Lami leur adressa la question suivante ) :
Josepx LAMI : Puisque nous en sommes sur le clergé catholique, je voudrais savoir de votre bouche, Mr le colporteur, si c'est vrai que les protestants regardent le pape comme étant l'antérhrist.
LE COLPORTEUR, hésitant : Je vous dirai. Je vous avouerai que nos ininistres nous le disent assez souvent. Ils ie prouvent par la bible et par un grand nombre de passages.
JosEPH LaMI: Vraiment ! Ils le prouvent par la bible ? Et Mr Cumming vient de trouver dans la bible, à la suite d’autres têtes creuses, l’époque précise de la fin du monde, cette fois, en l’année 1867 ! Veuillez toutefois dire, à quiconque voudra vous écouter, qu'ils me paraissent fort mal élevés ceux quiinsultent d’une manière aussi odieuse le chef vénéré de deux cents millions de catholiques.
Allons maintenant à la bible. Je vais vous citer à peu près tous les textes qui donnent les caractères saillants de cet être exécrable, et nous verrons ensuite si on peut en faire l'application au pape.
1° ‘“ Elle (/abéte, l'antéchrist) s'éleva même contre le “ chef de cette armée; elle lui ravit son sacrifice perpétuel “et déshonora le lieu de son sanctuaire (2). ”
2 “ Il parlera insolemment contre le Très-Haut : il
(1) I Cor. ch. 7, v. 82-33, (2) Daniel ch. 8, v. 11
“foulera aux pieds les saints du Très-Faut, et il s’imagi- “nera qu'il pourra changer les temps et les lois, et ils “seront livrés entre ses mains 7usqu'a un temps, deux lemps et “a moitié d'un temps (À). ”
830 “ Que personne ne vous séduise en quelque manière ‘“ que ce soit : car ce jour (du jugement) ne viendra point “ que l’apostasie ne suit arrivée auparavant, et qu'on n'ait “vu paraître l'homme de péché, cet enfant de perdition (2). ”
4 Cet ennemi de Dieu, qui s'élèvera au-dessus de tout “ ce quiest appelé Dieu, voulant lui-même passer pour “ Dieu (3). ”
“ 5o Cet impie qui doit venir, accompagné de la puis- ‘ sance de satan, avec toutes sortes de miracles, de signes “et de prodiges trompeurs, et avec toutes les illusions qui “ peuvent porter à l’iniquité ceux qui périssent, parce “qu'ils n'ont pas reçu et aimé la vérié pour être sauvés (4).”
6 Elle (/a béte, l'antéchrist) fit de grands prodiges, jusqu'à “ faire descendre le feu du ciel sur la terre à la vue des ‘hommes (5). ”
7° ‘“ Elle fera encore que tous les hommes grands et pe- “tits, richeset pauvres, libres et esclaves, reçoivent d'elle un ‘ caractère à la main droite, ou au front ; et que personne ne “ puisse ni acheter, ni venüre, que celui qui aura le carac- ‘“ tère, ou le nom de la bête, ou le nombre de son nom (6). ”
8° “ Mais après qu'ils (Hélie et Hénoch) auront achevé “ de rendre leur témoignage, la bête qui monte de l’abîme “ leur fera la guerre, les vaincra et les tuera ; et leurs corps “ demeureront étendus dars les places de la grande ville. “ durant trois jours et de’ni (7). ”
go ‘ Et il lui fut donné une bouche qui se glorifiait inso- “ lemment, et qui blasphémait, et le pouvoir lui fut don- “ né de faire la guerre pendant quarante deux mois (8). ”
100 “ Si le Seigneur n'avait abrégé ces jours-là, nul hom-
(1) Daniel ch. 7, v. 25. (2) II Thess. ch. 2, v.3. (3) IT Thess. ch. 2, v. 4 (4) 11 Thess. ch. 2, v. 9-10. (5) Apoc. ch. 13, v.13. (6) Apoc, ch. 13 v. 16-17 (7) Apoc, ch, ll, Ve 7-3-9, (8) Apoc. ch. 13, V. 6,
4 me n'aurait été sauvé ; mais il les a abrégés à cause des “ élus qu'il a choisis (1). ”
Alors s'ad, 2ssant au colporteur : Hé! bien, Mr le colporteur, trouvez-vous, dans tous ces textes réunis, le portrait d’un seul de nos papes ? Veuillez, s’il vous plaît, ne point prendre le change. Si vos ministres ou vos ignobles écrivains appellent le pape l’antéchrist, il leur faut démontrer qu'il réunit en sa personne, tous les traits suivants :
1° Qu'il abolisse ce sacrifice perpétuel, la messe,
20 Qu'il parle insolemment contre le Très-Haut,
8° Qu'il veuille se faire passer pour Dieu.
4 Qu'il s'élève au-dessus de tout ce qui est appelé Dieu.
5° Qu'il fasse toutes sortes de miracles, de signes et de prodiges trompeurs.
6 Qu'il fasse descendre le feu du ciel à la vue des hommes.
7° Qu'il donne à tous les hommes un caractère particulier à la main droite, ou sur le front.
8° Que, sous son règne, personne ne puisse vendre ou acheter sans avoir ce caractère.
9° Qu'il change les temps et les lois.
100 Qu'il tue, de sa propre main, à Jérusalem, les deux témoins du Seigneur, Elie et Hénoch.
11° Qu'il laisse leur corps exposés, durant trois jours et demi, dans les places de la grande ville.
12° Qu'il ait la bouche pleine de paroles d’orgueil et de blasphèmes,
13° Outre tous ces traits réunis en sa personne, il faudra que son règne ne dure que frois ans et demi selon Daniel, et quarante deux mois (ce qui revient au même) selon saint Jean.
LE COLPORTEUR, l'interrompant : Maïs nos livres et nos ministres veulent dire que c’est la Papauté qui est l’antéchrist.
JosepH LAMI: Aussi insensé d’une manière que de
(1) Matt. ch. 24, v. 22,
l'autre, monsieur. Dans cette dernière supposition, la papauté, à votre très cordiale jubilation, ne devait durer que trois ans et demi, et voilà, Dieu merci, au-de-là de dix-huit cent vingt cinq ans qu'elle dure.
Au reste, monsieur, faites un peu mieux la langue à ceux qui vous désignent la papauté comme étant l’antéchrist, et dites-leur que la papauté n’est pas un homme, mais une dignité, et que c’est bien réellement, véritablement un homme, un seul homme, en corps et en âme, appelé par saint Paul, l'homme de péché, l'enfant de perdition, qu'il nous dit devoir s'appeler l'antéchrist.
Mais à quoi peut servir la lumière du soleil à celui qui se ferme les yeux pour ne l: pas voir ! Un grand nombre de protestants semblent avoir besoin de ce pape antéchrist de Luther pour surexciter le zèle de leurs suivants et le »ombre infini des fous, comme dit l’Ecclésiaste (1) et le nombre presque aussi grand des fanatiques dont ils entretiennent l’ardeur anti-catholique par cette calomnie diabolique, et le pape, même l’incomparable Pie IX, sera, pour eux et pour un grand nombre de protestants, vraiment l'antéchrist. La bible dira que ce ne peut être lui: Le pape n'en sera pas moins l’antéchrist annoncé dans la bible. Le bon sens protestera : le pape, sera toujours l’antéchrist. On prouvera, cent fois, que c’est la plus noire des calomnies: le pape sera sûrement l’antéchrist, et Rome, où il demeure, sera l'affreuse Babylone.
Pour dégoûter de ce dégoûtant jargon du pape antéchrist, tout honnête protestant, et le nombre en est assez grand, je vais me servir d’une note de l'Abbé Thibaud (2).
“ On est grandement surpris lorsqu'on voit le ton d’assurance avec lequel plusieurs écrivains protestants ont enseigné que le pape est l’antéchrist. Il est difficile d’expliquer comment des hommes raisonnables ont pu donner dans de pareilles rêveries. Pour en faire sentir tout le ridicule, il suffit de dire un mot de leurs divers sentiments et des
(1) Ch. 1, v.16. (2) Lettres adressées aux protestants,
contradictions où ils sont tombés dans leurs supputations respectives.
“Le Luthérien dnbon a prétendu que l'antéchrist papal naquit en l'année de Jésus-Christ 86, qu'ii atteignit toute sa croissance en 376, qu'il était dans sa plus grande force en 636 ; qu'il commença à déchoir en 1086 ; qu'il mourrait en 1640 et que le monde finirait en 1711.
“ L'église protestante de Transylvanie a publié que l'an-
téchrist parut, pour la première fois, en l'an de grâce 200 ; Napper à déclaré qu'il était venu en 318, et que c'était le pape Sylvestre. Mélanchton dit que le pape Zozime, en 420, fut le premier antéchrist. Théodore de Bèze ose appeler antéchrist le saint pape Léon, en 440. Fleming fixe à l’année 606 la naissance de l’homme de péché. L'évèque Newton à l’année 727. Martin Luther qui avait paru si soumis à l'autorité du pape Léon X, avant sa condamnation, ne manqua pas de l'appeler l’antéchrist lorsque ce pape eut condamné sa doctrine, le ministre Turieu qui avait d’abord adopté le système de Joseph Mèdeet de John Fox qui voulaient que la papauté, l’antéchrist personnifié, fut détruite en 1653 ou 1666, craignit bientôt que sa prédiction ne fut démentie par l'évènement, il trouva donc un prétexte pour prolongé ce terme jusqu'en 1690, et ensuite jusqu'en 1710. Mais il vécut assez pour voir qu'il s'était trompé.
“ Alix, autre prédicant, assignait à cette catastrophe l’année 1716, Whiston, l'an 1714, puis suivant un autre calcul, l'an 1736, puis enfin en l'an 1766. Daubeny et G. T. Faber, en voyant les malheurs et la captivité de Pie VI, dirent publiquement que c'en était fait de la papauté et du royaume de l’antéchrist. Il semble que les docteurs protestants tiennent à honneur de regur der comme essentielle cette doctrine dont les réformateurs ont fait un article de foi dans leur synode de Gap, tenue en 1603. Un ministre calviniste nous annonçait, il y a peu de temps, la ruine prochaine de l'Eglise romaine, la Babylone &c., mais plus prudent que
ses collègues, il n’en a pas assigné le temps précis (1). ”
LE COLPORTEUR, changeant enrore de sujet : Pourquoi vos prêtres trompent-ils le peuple en faisant les offices publics du culte dans une langue que le peuple n'entend point ?
JEAN-BAPTISTE : Veuillez ne pas mesurer nos prêtres à votre aune, Mr le colporteur. L'erreur seule peut avoir intérêt de tromper ; la vérité, jamais. En faisant les offices divins dans la langue latine, qui a été autrefois la langue de l'occident, nos prêtres n'ont jamais eu la pensée de tromper le peuple. Ils ont été conséquents d'aimer les vieilles bonnes choses. Ça été sagesse et bon sens ; je vais vous le faire toucher du doigt.
Il est faux, au reste, que la langue de l'Eglise soit une langue inconnue au peuple, puisqu'il est notoire que, dans tous les pays, un grand nombre de laïques savent le latin.
L'objection que vous me faites a été d’ailleurs cent fois réfutée. On a prouvé à satiété que l'Eglise catholique n’a conservé la langue latine, dans ses offices publics, que pour maintenir intacte sa liturgie, qui se fut inévitablement alterée par les changements continuels que subissent les langues vivantes ou parlées.
Mais vous êtes si gentils et, surtout, si équitables envers l'Eglise catholique, que vous prenez de cette sagesse l’occasion de faire croire aux ignorants qu’elle n'agit ainsi que pour cacher aux catholiques ce qu’elle fait et les tenir dans l'ignorance.
Si vous vous en sentez la volonté, vous avez toute facilité de vous convaincre de votre erreur. Daignez seulement entrer dans une librairie catholique, où l’on vend des livres de prières, et vous y trouverez tous nos offices publics traduits dans la langue que parle le peuple.
J'aime à vous faire remarquer que, par le moyen de cette langue unique, le catholique peut voyager d'un bout de l’univers à l’autre, et reconnaître partout son Eglise, en assis-
(1) Voyez à l’Appendice, 34
tant aux offices divins, car, comme dit la Genèse, des hommes avant la confusion des langues, à Babel : “la terre n'avait ‘“ alors qu'une seule langue et qu'une même manière de par- “er (1), ” et c'est un même et unique langage qu'il entendra partout dans la liturgie sacrée.
LE CoLProRTEUR : Mais pourquoi vos prêtres ne suiventils pas ce que saint Paul a réglé dans le 14° chapitre de si 1" épitre aux Corinthiens? L'apôtre n'v défend-il pas de parler un langage inconnu de ceux qui assistent aux prières ?
JEAN-PBAPTISTE : On a encore prouvé à satiété que par ce règlement (car ce n’est qu'un règlement) saint Paul n'a pas défendu de célébrer les oflices divins dans la langue latine, mais il a enseiun’ ce que dit le simple bon sens, savoir : de mettre ceux qui n'entendent pas cette langue en état de pouvoir dire : Amen, avec intelligence, Or, l'Eglise catholique s'est mise en règle, sous ce rapport, en faisant expliquer, par les curés, les prières publiques et en mettant entre les mains des fidèkes des traductions de ces prières, en langue vulgaire.
Je n'ai nul besoin, je pense, de vous apprendre que toutes les instructions données au peuple se font toujours et partout dans sa propre langue. Que cela vous suffse,
Permettez-moi, qouta Jean-Baptiste, de vous faire une question. Pensez-vous qu'un liseur de bible protestant, qui entend la bibie selon sa raison individuelle, soit en moyen de parvenir à avoir la foi et, surtout, la certitude que doit donner la foi ?
LE COLPORTEUR : Quoi! vous osez me faire une telle question ? Peut-on douter qu'un protestant, qui entend la bible selon sa raison individuelle, ne puisse parvenir à la foi et même à la certitude de la foi ?
JEAN-BAPTISTE : J'ai de très graves raisons d’en douter, Mr le colporteur, et voilà pourquoi je me suis permis de
(1) Ch. 11, v. 1.
vous faire cette question. Ni vous daignez m'écouter, je vais vous donner mes raisons.
LE CoLPORTEUR : Elles doivent-être péremptoires !
JEAN-BAPTISTE : Peut-être meilleures que vous le pensez. Je parle en général ; Dieu est maître de ses dons, et “ l'Esprit souflle où il veut (1). ”
La foi est un don de Dieu, monsieur. Si Dieu a établi un moyen pour nous faire part de cette inestimable don, il faut employer ce moyen. Or, le moyen général et ordinaire établi par Jésus-Christ pour nous faire part du don de la foi, c'est la prédication veroale de sa parole par ses envoyés. Le moyen employé par les protestants, qui est la lecture de la bible interprétée par la raison individuelle, n’est donc pas le moyen établi de Dieu pour parvenir à la foi, et surtout, à la certitude de la foi : Ce moyen est donc faux, insuffisant, parce qu'il est opposé à la volonté de Dieu. Je vais donner la preuve de cet avancé. Veuillez me suivre.
1° “ La foi donc vient de ce qu'on à entendu ; et on a entendu, parce que la parole de Jésus-Christ a été pré- “ chée (2). ” On reçoit donc la foi par la prédication des envoyés de Jésus-Christ et non par la lecture de la bible.
2° “ Allez donc, et instruisez tous les peuples. et leur ap- “ prenant à observer toutes les choses que je vous ai com- “ mandées (3).” Ce que nous devons apprendre, savoir et croire, doit donc nous être enseigné par la prédication des envoyés de Dieu. Ils le savent, parce que le Saint-Esprit le leur a appris : “ Quand cet Esprit de vérité sera venu (or “il est venu le jour de la penterôte et ne cesse d'assister “l'Eglise ) il vous enseignera toute vérité (4). ”
3° “ Celui qui croira à votre parole (c’est le sens du texte) ‘ sera sauvé; celui qui n'y croira pas, sera condamné (5). ” Et ces autres paroles de saint Paul : “ La foi donc vient de “ce qu'on a oui; et on a oui par la parole de Jésus-Christ (6) ;”
(1) Jean, ch. 3,v. 8. (2) Rom. ch. 10, v. 17. (3) Matt. ch. 28, v. 19. (4) Jean, ch. 16, v. 13. (5) Marc, ch. 16, v. 16. (6) Rom. ch. 10, v. 16,
et ces autres encore de la même épitre(1) : Mais comment “ l'invoqueront-ils, s'ils ne croient pas en lui ? Et comment “ croiront-ils en Jui, s'ils n'en ont point entendu parler ? “ Et comment en entendront-ils parler, si personne ne le “ Jeur prèche ? ” Votre moyen pour acquérir la foi, qui est de lire la bible est donc faux, parce que St-Mare et saint Paul vous disent qu'on ne peut croire que par la prédiralion (2).
4 Le moyen qui conduit à la foi n’est pas dans la lecture de la bible, surtout séparée de la tradition, mais dans l'obéissance à la parole des envoyés de Jésus-Christ, de l'Eglise: car ‘“ celui qui n'écoutera pas l'Eglise, “ regardez-le comme un paien et un publicain (3).” Or, selon l’apôtre saint Jude (4). “ La foi a été laissée par “tradition aux saints, à Eglise. ” De là cette question adressée par le prêtre à ceux que l’on présente au baptème : Que demandez-vous à l'Eglise de Dieu ? Képonse : La foi.
Ce n’est donc pas à la bible, mais à “ l'Eglise du Dieu “vivant, la colonne et la bâse de la vérité (5), ” qu'il faut demander la foi, qu'elle a reçue par tradition comme nous le dit l'apôtre saint Jude.
5° “ Or, la foi, dit saint Paul (6), est le fondement des cho- “ ses que l’on doit espérer, et une pleine conviction de celles “ qu'on ne voit point, ” :
Suivant saint Paul, “ la foi est donc une pleine convie. “ tion des chosses qu'il faut espérer et de celles qu'on ne “ voit point. ” Or, il est évident que la raison humaine ne peut donner cette pleine conviction ; la raison humaine ne peut donc être ni l’origine ni la bâse de la foi. “ Qu'y a-t- “il de plus contraire à la raison que de chercher à s'élever ‘au-dessus de la raison par la raison elle-même ? Et qu'v “ a-t-1l de plus contraire à la foi que de ne pes vouloir croi-
(1) Ch.10, v. 14. (2) On trouvera les preuves de ce que je dis dans les Ge et 7e conférences du cardinal Wiseman. C’est une démonstration irréfutable, (3) Matt. ch. 18, v. 17. (4) Ep. Cath. v. 8. (5) I Tim. ch. 3, v. 16. (6) Héb. ch. 11, v. 1,
“re ce qu'on ne peut atteindre par la raison (1) ?” Or, la foi est au-dessus de la raison. Un protestant ne peut donc jamais acquérir la foi par les seules forces de sa raison.
în rejetant l'autorité de l'Eglise, divinement instituée par Jésus-Christ pour transmettre aux hommes la foi, par le moyen de la prédication de la parole de Dieu, comme je l'ai démontré, le liseur de bible protestant, prend donc sa raison individuelle pour bâse de sa foi, Or, il ne peut Île hier, sa raison étant faillible et incertaine, ne peut donner -qu'une foi outeuse, incertaine, ou humaine. Le liseur de bibie, qu'il interprète selon sa raison individuelle, pour ne pas dire, selon ses caprices, ses passions, ses préjugés de sectes où d'influences étrangères, est visiblement en dehors de la voie, tracée par le Fils de Dieu, pour conduire à la foi, à la plénitude et à la certitude de Ja foi. C'est in chrétien qui juge un homme, qui met tonte sa force dans l’esprit humain et dans la raison humaine. Il ne peut donc avoir qu'une foi humaine. Ilest done en pleine contracaiction avec ces paroles de saint Paul (2;: “ Car les armes “ de votre milice ne sont point chorneiles, mais puissantes “en Dieu. C'est par ces armes que nous détruisons les “ conseils et les raisonnements humains. et tout ce qui s'élève “ avec hauteur contre la science de Dion, et que nous rédui- “ sons loule intelligence en servitude scus l'obcissance de Jésus- “ Christ.”
Voilà, conclut Jean-Baptiste, une yartie des raisons qui me font croire qu'on ne peut avoir la foi. en lisant la bible et l'interprétant par sa raison individuelle. Voilà ce qui me fait dire avec assurance, qu'un protestant ne peut avoir qu'une foi purement humaine, conforme au principe de sa foi, qui est sa raison. Voilà enfin ce que vous avez gagné, messieurs, en mettant la raisen humaine à la place de l’Eglise catholique, fondée sur saint Pierre auquel Jésus- Christ a dit : “ Tu es Pierre, et sur cette pierre, je bâtirai
(1) Encyclique de Pie IX aux évêques d'Autriche, 17 mars 1856. (2) II Cor. ch. 10, v, 45.
LU CATHOTIQUE. 819
“yaon Eglise, et les portes de l'enfer ne prévaudront point ‘contre elle (1).” * Mais j'ai prié pour toi en particulier, afin “ que ta foi ne défaille point. Lors donc que tu seras con- “ verti, aies soin d'affermir tes frères (2). ”
C'est de ce faux principe de l'interprétation de la parole de Dieu par la raison individuelle que sont nées et que naîtront toutes les sectes qui onf été et seront toujours “ comme des enfants, comme des personnes flottantes et qui “ se laissent emporter ça et là à tous les vents de doc- “t{rine (3). ”
LE CozPorTEUR : Vous condamnez donc tous les liseurs de bible protestants, à ne pouvoir jamais parvenir à acquérir la foi ?
JEAN-BAPTISTE : Ce n’est pas moi qui les condamne, mais c’est bien réellement la bible qu'ils ont entre les mains. Je l’ai démontré clairement. Les protestants sont donc comme des personnes dont parle saint Paul (4), ‘“ les- “ quelles apprennent toujours et ne parviennent jamais “ jusqu’à la connaissance de la vérité. ”
Au reste, ce n’est point la faute de l'Eglise catholique si vous êtes tombés dans cet abime sans fonds, par l'adoption d'un principe absurde qui met la raison humaine à la place de l'Eglise fondée par Jésus-Christ, pour nous instruire et nous guider dans toutes les vérités qui regardent la foi et les mœurs. Vous ne pouvez, avec justice, accuser de vos malheurs l'Église catholique qui vous tend les bras et vous invite à revenir dans son sein, quand au lieu d'écouter sa voix maternelle, vous prêtez l'oreille au premier venu, méritant ainsi Je reproche que Jésus-Christ adressait aux Juifs: “Je suis venu au nom de mon Père, et vous “ne me recevez pas ; Si un autre vient en son propre nou, “ vous le recevrez (5).” Or, l'Eglise nous tient la place de Jésus-Christ, et nous conduit en son nom, selon ces paroles, tant de fois citées: “ Comme mon père m'a envoyé, je
@) Matt. ch. 16, v. 19. (2) Luc, ch. 22, v.32. (3) Eph. ch. 4, v. 14, (4) I Tim. ch. 3, v.7. (5) Jean, ch. 5, v, 43.
“ vous envoie de même (1) ; et ces paroles adressées à saint Pierre : “ Paissez mes agneaux... paissez mes bre- “bis (2). ”
LE Minister : Est-ce que je ne puis faire un acte de foi sans appartenir à l'Eglise catholique ?
JosePrx LM! : Voudriez-vous me dire, Mr le ministre, comment vous pouvez faire cet acte de foi dans le protestantisme ?
LE MINISTRE : mon acte de foi protestant est fort court, le voici: Je crois à la bible.
JosePH LaMt : Vous avez raison. Il est fort court. Mais permettez-moi de vous dire qu'il n’est pas complet, dans le sens protestant. Il faut nécessairement y ajouter ce qui suit: Je crois à la bible, non interprétée par l'autorité légitime, mais par ma raison individuelle. Ce qui veut dire: je crois en moi, en ma raison, en ma science, en mon intelligence, en mon infaillibilité.
Mais la bible n’est pas un dogme: votre raison est trompeuse; votre science des choses divines fort courte et fort incertaine ; votre intelligence très étroite et très petite; votre infaillibilité plus que contestable. Or, tous ces appuis humains ne peuvent donner cette pleine conviction que doit avoir la foi; comme nous l’a dit saint Paul : ce fondement inébranlable des choses au-dessus de la raison et de l’intelligence humaine abandonnées à elles-mêmes. (Argumentum non apparentium).
Vous voilà donc condamné à ne pouvoir faire un acte de foi. Alors, qu'allez-vous devenir ? Car n'est-il pas écrit : “ que le juste qui m'appartient, dit le Seigneur, “vivra de la foi ? Que s'il se retire (comme vous l'avez “ fait en abandonnant l'Eglise du Dieu vivant, la colonne “et la bâse de la vérité (3)), il ne me sera plus agré- “able. Mais quand à nous (rontinu l'apôtre), nous n'avons “ garde de nous retirer, ex perdant courage, ce qui serait
(1) Jean, ch. 20, v. 21. (2) Jean, ch, 21, v. 16-17. {3) 1 Tim. ch. 8, v. 16,
“ notre ruine ; mais nous demeurons ferme dans la foi “ pour le salut de nos âmes (1). ”
LE MINISTRE: Sur quoi appuyez-vous, vous-même, votre acte de foi ?
JosEPH LAMI : Quant à moi, catholique, c’est une autre affaire. Mon acte de foi a pour fondement une autorité infuiiible, divinement instituée et ne pouvant m'enseigner l'erreur, l'Eglise une, sainte, catholique et apostolique (symbole de Nicée). Aussi, pour faire une acte de foi, je jette ma raison humaine de côté (car elle ne peut servir de bâse à ma foi), pour croire à l'Eglise, à ce qu’enseigne l'Église, à ce que croit l'Eglise. Voici donc quel est mon acte de foi:
“ Mon Dieu, je crois fermement tout ce qu’enseigne et “ tout ce que croit l'Eglise catholique, parce que c’est vous, “ Seigneur, qui la guidez, l’inspirez et la garantissez de “ toute erreur possible ; lui ayant ouvert l’esprit afin qu’elle “ compris les saintes écritures (2) ; ayant promis que vous “ seriez, tous les jours, avec elle jusqu’à la consommation “ des siècles (3) ; que l’Esprit-Saint lui enseignerait toute “ vérité (4); que les portes de l'enfer ne prévaudraient “ point contre elle (5) ; que celui qui l'écoute, c’est vous- “ même qu'il écoute (6) ; que vous avez prié, vous qui êtes “ toujours exaucé (7), pour saint Pierre, chef de l'Eglise, “afin que sa foi ne défaille point (8); qu’enfin, vous m'’a- “ vez appris que vous étiez le bien aimé du Père éternel ‘ qui avait ordonné aux hommes de vous écouter (9), et que “ vous-même m'avez dit d'écouter l'Eglise (10). ”
Que pensez-vous de mon acte de foi, Mr le ministre? Est-il solidement appuyé ? Est-il raisonnable ? Puis-je craindre qu’il ne soit pas acceptable aupres du Dieu qui a dit à ses envoyés: “ Allez; instruisez toutes les nations. “ celui qui croira à votre parole, sera sauvé: mais celui “ qui ne croira pas, sera condamné (11). ”
(1) I Héb. ch. 10, v. 88-89. (2) Luc, ch. 24, v. 45. (8) Matt. ch. 28, v. 20. (4) Jean, ch, 16, v.13. (5) Matt. ch. 16, v. 18. (6) Luc, ch. 10, v. 16. (7) Jean, ch. 11, v. 42. (8) Luc, ch. 22, v. 32. (9) Matt. ch. 17, v. 6. (10) Matt. ch. 18, v. 17. Voyez à l'Appendice, 85. (11) Marc, ch. 10, v. 15-16.
JEAN-BAPTISTE, voyant l'embarras du ministre, incapable de rendre raison de son acte de foi, lui propose cette question: Estil vrai que, chez-vous, on n’est point obligé de faire pénitence ?
LE MINISTRE : Non, non, non; nous ne sommes point obligés de faire pénitence, parce que Jésus-Christ a satisfait pour nous et a payé toutes nos dettes.
JEAN-BAPTISTE : Je prends en main votre grand principe: loule la bible, rien que la bible, et je vous demande comment vous vous arrangerez avec les textes suivants, tirés d'une de vos bibles ?
Les juifs, touchés du discours de saint Pierre, lui demandent ce qu'il faut faire. St-Pierre leur répond : ‘“ Faites “ pénitence et que chacun de vous soit baptisé (1). ”
“ Mais Dieu ayant laissé passer et comme dissimuler ces “temps d'ignorance (ou étaient les Juifs), fait maintenant “annoncer à fous les hommes en tous lieux, qu'ils fassent péniten- “ ce (2), ” sans ajouter : exceplé ceux qui seront protestants.
“ Moi, Paul, qui me réjouis maintenant dans les maux ‘que je souffre pour vous, et qui accomplis dans ma chair ce “€ qui reste 4 SOUFFRIR A JÉSUS-CHRIST en souffrant moi-méme “pour son corps, qui est l'Eglise (3).” Si Jésus-Christ a complètement satisfait pour nous, comment saint Paul a-t-il pu parler comme il le fait ici ?
“ J'appréhende que Dieu ne m’humilie lorsque je serai “revenu chez-vous, et que je sois obligé d’en pleurer plu- “ sieurs qui, étant tombés en des impuretés, des fornica- “tions et des dérèglements infâmes, n'en ont point fait péni- “tence (4).” Saint Paul n'était pas protestant, puisqu'il veut qu'on fasse pénilence pour les crimes qu’on a commis, sous peine de mériter d’être pleuré par les amis de Dieu.
“ Portant toujours dans notre corps la mortification de “ Jésus, afin que la vie de Jésus soit manifestée dans nos “ corps (5).” Or, la vie de Jésus est une vie de pénitence,
(1) Actes, ch. 2, v. 88. (2) Actes, ch. 17, v. 30. (3) Col. ch. 1, v. 24. (4) II Cor, ch. 12, v. 20-21, (5) 11 Cor. ch. 4, v. 10.
et d’une pénitence continuelle, depuis sa naïssance dans une étable jusqu’à sa mort sur une croix, Comment cette vie sera-t-elle manifestée en nous, si nous ne fuisons pénitence ?
“ Faites donc de dignes fruits de pénitence (1).”
“ Je vous dis qu’il y aura de même plus de joie dans Île “ ciel pour un pécheur qui fait pénitence, que pour quatre- “ vingt dix-neuf justes qui n’ont point besoin de péni- “ tence (2). ”
“ Faites pénifence de cette méchanceté, et prié Dieu, afin “ que, s’il est possible, il vous pardonne cette méchante ‘ pensée de votre cœur (3). ”
“ Or, ceux qui sont à Jésus-Christ ont crucifié leur “ chair avec ses passions et ses désirs déréglés (4). ” Comment donc appartenir à Jésus-Christ sans faire pénitence ?
“ Je châtie mon corps et je le réduis en servitude, de “ peur qu'après avoir prêché aux autres, je ne sois moi- “ même réprouvé (5). ”” Pourquoi cette haine contre son corps ? Pourquoi cette effrayante pénitence ? Pourquoi réduire son corps en servitude? Pourquoi craindre d'être réprouvé sans cette continuelle mortification, si Jésus- Christ a satisfait pour ses péchés ? Que les protestants nous le disent...
“ Soyez donc mes imitateurs, je vous en conjure, comme “ je le suis moi-même de Jésus-Christ (6). Or, dit saint “ Pierre, Jésus-Christ a souffert pour nous, vous laissant “un exemple afin que vous marchiez sur ses pas (7) ;” mais les pas de Jésus-Christ ne nous ont laissé pour traces que le sang qui a coulé de ses plaies. Il nous faut donc faire pénitence pour avoir droit au ciel. C'est dans ce sens que Jésus-Christ disait à ses apôtres : “ C’est vous qui êtes tou- “jours demeurés fermes avec moi dans mes tentations. C’est
(1) Matt. ch. 8, v. 8. (2) Luc, ch. 15, v. 7. (3) Actes, ch. 8, v. 22, (4) Gal. ch. 5, v. 24. (5) 1 Cor, ch. 9, v. 27. (6) I Cor, ch. 4, v. 16. (7) I Cor, ch. 2, v. 21.
‘ pourquoi je vous prépare le royaume, comme mon Père “me l’a préparé (1).” “ Or, ne fallait-il pas que le Christ “ souffrit toutes ces choses et qu'il entrât ainsi dans sa “ gloire (2)? ” Les souffrances, la mortification, les privations, la pénitence sous toutes les formes ; voilà donc le seul moyen de suivre Jésus-Christ sur la terre, et d'être glorifié avec lui dans le ciel. L'Eglise catholique a donc raison, ses enseignements sont donc conformes à la bible, quand elle fait une loi rigoureuse à ses enfants de faire pénitence.
Les protestants, comme vous, sont donc dans l'erreur en enseignant que nous ne devons pas faire pénitence, ou que Jésus-Christ l’a faite pour nous. Ils ne comprennent point que les souffrances et la pénitence de Jésus-Christ doivent nous servir de modèle et sanctifier nos œuvres satisfactoires quand nous les unirons aux siennes.
C'est bien pour avoir renversé toutes les digues qui génaient les passions, avoir jeté de côté toute espèce de mortification corporelle et en avoir donné l'exemple, que Luther a pu gagner à sa lamentable cause un si grand nombre d’efféminés, de débauchés, et d'hommes et de femmes qui font un Dieu de leur chair (3).
LE COLPORTEUR, intervenant : Mais nos ministres n’entendent pas ces textes comme votre Eglise les entend.
JEAN-BAPTISTE : Vous m'étonnez toujours de plus en plus, chaque fois que vous me citez l'autorité de vos ministres. Mais, de grâce, qu'ont à faire vos ministres dans ce qui regarde votre foi ou votre conduite morale, quand, dans votre révoite contre l'autorité de l'Eglise, vous avez proclamé ce principe: chacun est son propre maître; à a un droit exclusif d'entendre la bible selon sa raison individuelle.
Mais vous en revenez toujours à l'autorité ; c'est un besoin irrésistible chez vous. Vous ne voyez cependant pas que ce besoin, que je pourrais appeler l'instinct de toute créature humaine, condamne votre révolte contre
(1) Luc, ch. 22, v. 28-29. (2) Luc, ch. 24, v.26. (3) Phil. ch. 8, v. 19.
l'autorité de l'Eglise catholique, et vous met en contradietion perpétuelle avec votre faux principe d'indépendance religieuse, Jetez donc à vos pieds ce principe de révolte, et revenez à l'autorité légitime, où se trouve l'unique troupeau dirigé par l'unique pasteur, et vous suivrez ce besoin d’être sous la direction d’une autorité qui, alors, ne vous trompera jamais. Car n'êtes-vous pas digne d'une profonde pitié de la part de ceux qui vous voient aspirer sans cesse vers un guide qui puisse sûrement vous conduiré dans cette ‘ voie étroite qui mène à la vie (1) !”
LE COLPORTEUR, ému d'un saint zèle contre la pénitence chrétienne : Gardez votre pitié pour d’autres et spécialement pour les pauvres catholiques qui sont condamnés à n'avoir jamais de repos en ce monde, pressés qu'ils sont par leurs prêtres pour faire pénitence, jeùner, prier, se mortilier, faire des bonnes œuvres de toute sorte, comme si le grand Luther n'avait pas dit: Prier, jeuner, se macérer le corps, c'est se donner une peine inutile. Quand vous avez prié, jeüné, donné l'aumône, la conscience vous dira que toul ce que vous venez de faire est mauvais, condamnable, sans valeur devant Dieu.
JEAN-BAPTISTE : Quel imposante autorité vous venez de me citer! Le grand Luther (itempérant de première classe) a dit que les bonnes œuvres étaient inutiles? Qu'il ne fallait ni prier, ni jeùner, ni faire l'aumône ! Quelle belle et salutaire morale pour un chrétien !
Mais voyons quels résultats ont produit de tels principes. Souvenons-nous de la règle évangélique : “ Vous les “ connaîtrez à leurs fruits... Tout arbre qui est bon produit “ de bons fruits, et tout arbre qui est mauvais produit de “ mauvais fruits (2).” Un homme qui a vécu avec ceux qui suivaient ces principes de Luther, au commencement de la réforme, va nous dire quels fruits ils ont produit. “ On concevrait à peine, dit-il, une secte plus souillée de
“ vice et d’infégnie que ne le sont ces Luthériens hypocrites ‘et artificieux. Il ne se peut rien imaginer de plus fort. et
(1) Matt. ch. 7, v. 14. (2) Matt. ch. 7, v. 16,
“ toutefois cela va chaque jour de mal en pis. Est-il, je le “ demande, péché, turpitude quelconque qui ne soit en quel- “ que sorte à la mode parmi ces faux évangélistes (1) ? ” Je pourrais vous citer trente autres témoignages qui attestent ce que dit Wizel.
Merci donc, Mr le colporteur, pour la morale de votre grand Luther. Jen'en veux point. Elle mène à faire un Dieu de son ventre (2).
Luther ne veut point des bonnes œuvres ? Voyons si la bible en veut ; si elle les commande ; si elle les loue et si elle m'apprend qu’elles sont méritoires devant Dieu. Vous en avez appelé à cette autorité : consultons-la.
“ Celui qui opprime le pauvre, fait injure à celui qui l’a “ créé ; mais celui qui en a compassion, rend honneur à “ Dieu (3). ”
“ Car l’aumône délivre de la mort ; et c’est elle qui efface “ les péchés, et qui fait trouver la miséricorde et la vie “ éternelle (4). ”
“ Mon fils, ne privez pas le pauvre de son aumône, et ne “ détournez pas vos yeux de lui. Ne méprisez pas celui “ qui a faim, et n’aigrissez pas le pauvre dans son indigen- “ce. N'attrisiez point le cœur du pauvre, et ne différez “ point de donner à celui qui souffre. (5) ”
“ Faites part de votre pain à celui qui a faim, et faites “ entrer en votre maison les pauvres et ceux qui ne sivent ‘ où se retirer. Lorsque vous verrez un homme nu, revè- “ tez-le, et ne méprisez point votre propre chair (6). ”
“ C’est pourquoi suivez, à roi (Nabuchodonosor), le con- “ seil que je vous donne. Rachetez vos péchés par les au- “ mônes, et vos iniquités par les œuvres de miséricorde “envers les pauvres, peut-être que le Seigneur vous par- “ donnera vos offenses (7). ”
“ Soyez patients dans les maux, persévérants dans la pri-
(1) George Wizel, cité par Düllenger. (2) Phil. ch. 8, v. 19. Voyez à l’Appendice, 86. (3) Prov. ch. 14, v. 31. (4) Tobie, ch. 12, v. 9. (5) Eccl. ch. 4, %.1.2-9, (6) Isxie, ch. 68, v. 7. (7) Daniel, ch. 4, v. 24,
“ ère, charitables pour soulager les nécessités des saints, “ prompts à exercer l'hospitalité (1). ”
“ Ne rendez à personne le mal pour le mal ; ayez soin “ de bien faire, non-seulement devant Dieu, mais aussi de- “ vant tous les hommes (2). ”
“ La religion et la piété pure et sans tache aux yeux de “ Dieu, consiste à visiter les orphelins et les veuves dans “ leur affliction, et à se conserver pur de la corruption du “ siècle présent (3). ”
“ Heureux l’homme qui a de l'intelligence sur le pauvre “et l'indigent ; le Seigneur le délivrera dans le jour mau- “ vais (4). ”
“ Donnez, et on vous donnera : on vous versera dans le ‘“ sein une bon mesure, pressée et entassée, et qui se répan- “ dra par dessus ; car on se servira envers vous de la même ‘“ mesure dont vous vous serez servi envers les autres (5). ”?
“ Et ceux qui auront fait des bonnes œuvres sortiront “ des tombeaux pour ressusciter à la vie ; mais ceux qui “ en auront fait de mauvaises, sortiront pour ressusciter à “ la condamnation (6). ”
“ Vous devez aussi, de votre part, apporter tout le soin “ possible pour joindre à votre foi, la vertu ; à la vertu, la “ science ; à la science, la tempérance ; à la tempérance, la ‘ patience ; à la patience, la piété ; à la piété, l'amour de “ vosfrères ; et à l'amour de vos frères, la charité... Efforcez- “ vous donc de plus en plus, mes frères, d’affermir votre vo- “ cation et votre élection par les bonnes œuvres ; car agissant “ de cette sorte, vous ne pécherez jamais (7). ”
“ Ainsi, que votre lumière luise devant les hommes, afin “ qu'ils voient vos bonnes œuvres, et qu'ils glorifient votre “ Père qui est dans les cieux (8). ”
Qu'a répondu Jésus-Christ à ceux qui blâmaient la femme qui avait répandu sur satête, un parfum de grand prix ? À-t-il parlé dans le sens protestant? Bien au contraire.
(1) Rom. ch. 12, v. 12-15. (2) Rom. ch. 12, v. 17. (3) Jacques, ch. 1, v. 27. (4) Ps. 40, v. 1. (5) Luc, ch. 6, v. 88, (6) Jean, ch. 5, v. 29. (7) II Pierre, ch. 1, v. 5-6-10. (8) Matt. ch. 5, v. 16,
“ Laissez là cette femme, a-t-il dit ; pourquoi lui faites- “ vous de la peine ? ce qu’elle vient de me faire est une “bonne œuvre (1).” Qu'ajoute ensuite Jésus-Christ pour nous encourager à faire de bonnes œuvres ? Le voici : “Je “ vous le dis en vérité, partout où sera prêché cet évangi- “ le, c'est-à-dire, dans tont le monde ; on racontera à la lou- ‘ange de cette femme ce qu'elle vient de faire (2). ”
“ Alors j'entendis une voix qui venait du ciel et qui me “ dit; écrivez : Heureux sont les morts qui meurt dans le “ Seigneur. Dès maintenant, dit l'Esprit, ils se reposeront “ de leurs travaux, car leurs œuvres les suivent (3). ”
‘ Car le Fils de l’homme doit venir dans la gloire de son “ Père avec ses anges; et alors il rendra à chacun selon “ ses œuvres (4).”
Enfin, pour abréger, sur quoi s’appuiera le souverain Juge pour punir ou récompenser ? Sur les œuvres bonnes ou mauvaises de ceux qui seront jugés. À qui dira-t-il qu'ils ont gagné le royaume céleste ? À ceux qui auront faits des bonnes œuvres. “ Car j'ai eu faim, dira-t-il à ceux-ci, et vous “m'avez donné à manger; j'ai eu soif, et vous m'avez “ donné à boire ; j'ai eu besoin de logement, et vous m'a- “vez logé; j'ai été nu, et vous m'avez revêtu; j'ai été ma- “]lade, et vous m'avez visité; j'étais en prison, et vous “ êtes venu me voir (5).” Les élus ne pouvant comprendre comment ils ont pu rendre cette charité à Jésus-Christ, qui n’était pas sur la terre, lorsqu'ils y étaient, il leur dira: “ Et le Roi leur répondra: je vous dis en vérité, autant de “ fois que vous l'avez fait à l'égard de l’un de ces petits de “ mes frères, c'est à moi-même que vous l'avez fait (6).”
La doctrine catholique, mes prêtres qui, selon cette doctrine, m'exhortent sans cesse à faire des bonnes œuvres, ont donc raison et veulent me faire gagner un bonheur éternel. Puisque “ celui-là seul sera couronné, qui aura Le
(1) Mare, ch. 14, v.6. (2) Marc, ch. 14, v. 9. (3) Apoc. ch. 14, v. 13. (4) Matt. cb. 16, v. 27. (5) Matt. ch. 25, v. 34-35-36. (6) Matt. ch. 25, v. 40,
DU CATHOTIQUE. 829
“Tégitimement combattu (1). “ Que la foi sans les œn- “ vres est morte en elle-même (2), ” et que le figuier, quine portait point de fruit, fut condamné à être coup (2).
Au contraire, qu'a voulu Luther, votre grand Luther ;
que veulent tous ceux qui ont adopté sa funeste doctrine contre les bonnes œuvres ? Jésus-Christ va nous l’apprendre :
“ T1 dira ensuiie à ceux qui seront à sa gauche : Retirezvous de moi, maudits : allez au feu éternel, qui a été préparé pour le diable et pour ses anges. Car j'ai eu faim, et vous ne m'avez pas donné à manger ; j'ai eu soif, et vous ne m'avez pas donné à boire ; j'ai eu besoin de logement, et vous ne m'avez pas logé; j'ai été sans habits, et vous “ne m'avez pas revêtu; j'ai été malade et en prison, el vous ne m'avez pas visité. ” Puis eux, voulant se justifier, il leur dira : “ Je vous dis en vérité, autant de fois que “ vous avez manqué à rendre ces assistances à l’un de ces “ plus petits, vous avez manqué à me les rendre à moi- ‘“ même (4). ” |
LE MINISTRE: Vos jeûnes et vos bonnes œuvres n'ontils pas été condamnés dans la personne du pharisien, dont il est parlé, en saint Luc (5).
JEAN-BAPTISTE : Vous vous trompez, Mr le ministre. Ce ne sont point les bonnes œuvres, en elles-mêmes, que Jésus-Christ a condamnées dans le pharisien, mais sa jactance, son orgueil et le mépris qu’il déversait sur le publicain humilié dans le bas du temple, par ces paroles : “ Mon “ Dieu, je vous rends grâces de ce que je ne suis point com- “ me le reste des hommes, qui sont voleurs, injustes et “ adultères: ni même comme ce publicain (6).” “ Car “ Dieu résiste aux superbes, et donne sa grâce aux hum- “ bles (7).”
Jésus-Christ a d’ailleurs prononcé la condamnation de ce pharisien dans cette autre sentence divine : “ Lorsque
(1) II Tim. ch. 2, v. 5. (2) Jacques, ch. 2, v. 17. (3) Luc, ch. 13, v. 7-9. (4) Matt. ch. 25, v. 41-42-43-46. (5) Ch. 18, v. 12. (6) Luc, ch. 18, v. 11, (7) Jacques, ch. 4, v 4.
“ vous priez, ne ressemblez point aux hypocrites, qui affec- “tent de prier en se {enant debout dans les synagogues et aux “coins des rues pour être vus des hommes. Je vous dis “en vérité, ils ont reçu leur récompense (1). ”
(1) Matt. ch. 6, v. 56. Voyez à l’Appendice, 37,
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