CONCLUSION
Cette réponse de Jean-Baptiste mit fin à la discussion. Nos deux embaucheurs reprirent leurs paquets, et.s’en allèrent piteusement, comme on peut lecroire. Ils n’avaient réussi qu'à montrer leur ignorance, leur aveuglement et leur mauvaise foi. Ils n’eurent pas même la consolation de laisser un tout petit livre protestant dans cette famille catholique ; c'était désolant pour leur zèle évangélique.
Quant aux deux amis, ils les virent s'éloigner sans regret, et rendirent grâces à Dieu de leur avoir aidé à fermer la bouche à ces vils imposteurs, qui n'ont d'autre but que celui de causer des divisions religieuses parmi les Canadiens, et de jeter dans les familles catholiques des brandons de discorde qui sépare le mari de sa femme, l'enfant de ses parents, et les rendent ainsi les uns et les autres souverainement malheureux, après avoir brisé les liens religieux qui n’en faisaient qu’un cœur el qu'une âme.
L'œuvre à laquelle travaillent ces envoyés du protestantisme, dit Jean-Baptiste à son ami, est triplement mauvaise, parce qu’elle a pour but de détruire la vraie foi pour mettre l'erreur à sa place, de troubler ce qui est en paix et à diviser ce qui est uni, tombant ainsi sous cet anathème du livre des Proverbes (1).“ IL y a six choses que le Sei- “ œneur hait et son âme déteste la septième, c'est l'œuvre de “ celui qui sème les dissentions entre les frères. ”
Nous n'avions peut-être jamais compris le bonheur d'être
QG) Oh. 6, v. 16-19.
catholiques, ajouta Jean-Baptiste, et, pour nous le faire comprendre, voilà que Dieu a permis la visite de ces deux égarés pour nous faire voir dans quel abime on tombe quand on est hors de cette Eglise catholique, dont les conducteurs sont appelés par Jésus-Christ “ le sel de la terre et la lumi- ‘“ ère du monde (1). ”
Avez-vous remarqué qu'ils se ventent de suivre la bible, toute la bible, et qu'ils en violent presque tous les enseignements? Qu'ils ne font que nier ce qu'enseigne l'Eglise, et ne savent le remplacer que par des erreurs? Nous leur avons prouvé, par leur bible tronquée, qu'il est de la reconnaissance d’un chrétien de prier avant et après le repas, et ils ne le font point; l'obligation de jeüner, et ils ne jeûnent pas ; la présence réelle de Jésus-Christ dans l'Eucharistie, et ils la nient ; le purgatoire, et ils ne veulent pas y croire; l’absurdité d’une doctrine qui, refusant d'admettre une place où s’expient les fautes légères, condamne à l'enfer les âmes qui ne se sont rendus coupables que de paroles inutiles ou d’autres fautes aussi légères (puisque rien de souiller ne peut entrer dans le ciel) et ils tiennent à cette doctrine ; l'autorité divine de l'Eglise, et ils refusent de s'y soumettre ; l’infaillibilité de ses décisions morales et dogmatiques, et ils ne veulent point y croire; le saint sacrifice de la messe, et ils le méprisent ; l’invocation des saints et les secours qu'en peuvent retirer les âmes, et ils disent que par là nous faisons injure à Jésus-Christ “ qui est admirable dans ses saints (2); ” l'honneur que nous rendons aux images et aux reliques des saints, et ils nous traitent d'idolâtres; le respect et la vénération que nous témoignons envers la très sainte Vierge, mère du Sauveur, et la confiance que nous avons en elle, et ils en prennent occasion de l’insulter ; le pouvoir que Jésus-Christ a donné à son Eglise de pardonner les péchés, et ils nous répondent qu'un homme ne peut avoir ce pouvoir; l'obligation
de confesser les péchés à ceux qui ont reçu le pouvoir de
(1) Matt. ch. 5, Y. 13-14. (2) Ps. 67 v. 86.
les pardonner, et ils nous disent qu'on ne doit se confesser qu'à Dieu; la nécessité de mortifier sa chair et de faire pénitence, et ils nous disent qu'on peut vivre sans gène; l'obligation de faire des bonnes œuvres, et ils soutiennent qu'elles sont condamnables, comme si le prophète n'avait pas dit: “ Détournez-vous du mal et fuites le bien, et vous “aurez une demeure éternelle (1);” l'autorité qu'a l'Eglise de nous accorder des indulgences pour nous aider à compléter l’acquit de nos dettes envers Dieu, et ils nous répondent que c’est un moyen de pécher plus librement ; l'obéissance que nous devons aux décisions de l'Eglise, et ils nous traitent d'esclaves, &c., &c.
Ils sont donc abandonnés à eux-mêmes, aux ténèbres de leur intelligence, aux séductions de leur cœur, aux égarements de leur raison, aux illusions du démon qui sait si bien “ se transformer en ange de lumière (2).” Puis, ils se ventent d’être libres et affranchis de tout esclavage religieux, tandis que, refusant de se soumettre à une autorité divinement instituée, ils sont soumis à la chair et à toutes les exigences de la chair, à la raison humaine et à toutes les erreurs de cette raison humaine. Ils ne croient point à l'Eglise catholique, qui est la plus grande autorité religieuse qui soit en ce monde, et ils croient à eux-mêmes et au premier venu. Aussi sont-ils condamnés par la justice de Dieu, en punition de leur révolte, à subir le joug de toutes les erreurs et à se faire conduire, pour une large partie, par tous les charlatans religieux à qui il prend envie de se déclarer les envoyés du ciel.
Remercions donc le bon Dieu, conclut Jean-Baptiste, de nous avoir donné la vraie foi, et prions-le de nous la conserver. Demandons la même grâce pour notre cher Canada.
À ces paroles, les deux amis se mirent à genoux et, dans une fervente prière, ils remercièrent Dieu de les avoir faits naître de parents catholiques et au sein d'une population
(1) Ps. 86, Ve 87. (2) II Cor. ch. 1l, Ve 14,
dont la foi s'est conservée exempte de toute erreur. Ils conjurèrent ensuite le Dieu de vérité d’éloigner de leur pays tous ces hommes qui, ayant perdu la foi, sont poussés par l'esprit du mal à travailler à la faire perdre aux autres.
Avant de se séparer, les deux amis prirent l'engagement de se servir de tous les moyens possibles pour conserver intacte le dépôt de la foi qu'ils avaient le bonheur de professer et que la discussion leur avait montrée indispensable. Ils s'engagèrent à redoubler de fidélité dans la pratique de leurs devoirs religieux, tels surtout que ceux de la confession et de la communion fréquentes, dont l’éloignement est la cause de cette indifférence religieuse qui irrite le ciel et obligé Dieu à “ retirer son royaume des peuples “ qui en violent les saintes lois et ne produisent plus les “ fruits de sainteté qu'il en exige (1) .”
Puis, après s'être cordialement serré la main, ils retournèrent à leurs travaux des champs, se souvenant de cette divine parole : “ Parce que vous vous nourrissez du tra- “ yail de vos mains, vous serez heureux ct tout vous rêus- “ sira (2).”
Joseph Lami, qui aimait beauconp la vie heureuse et paisible de la campagne, frédonna, en retournant à son champ, ce couplet d’un cantique, dont l'air est si touchant et les paroles si bien adoptées au cœur du bon cultivateur :
Heureux séjour de l’innocence, Ruisseaux, vallons délicieux ; Chantons celui dont la puissance, Forma ces agréables lieux. (bis.)
(Note) Le dimanche qui suivit cette discussion, le brave Jean-Baptiste se rendit, de grand matin, à l'Eglise paroissiale pour voir son curé et le remercier du service qu'il lui avait rendu en lui indiquant les textes de la bible qui lui avaient si bien servis à confondre les deux embaucheurs.
(1) Matt. ch. 21, v. 48. (2) Ps. 127, v. 2.
J1 lui rendit compte de la conférence qu'il avait eue avec le cvlpo:teur et le ministre, et de quélle manière ils les avaient forcés de se retirer de sa maison.
A l'instruction, pendant J2 messe, le curé prit pour texte ces paroles de la première Epitre de saint Jean (1): “ Fai- ‘ tes donc en sorte que ce que vous avez appris ,dès le com- ‘“ mencement, demeure toujours en vous. Nice que vous “ avez appris dès le commencement demeure toujours en # vous, vous demeurerez aussi dans le fils et dans le Père.
J1 se servit de ce texte pour prouver à ses paroissiens, par un grand nombre de passages, tirés des SNS. Pères, que la doctrine qu'on leur avait enseignée avait été celle de l'Eglise catholique depuis le temps des apôtres, et il en conclut qu'il fallait rejeter avec horreur toutes les nouveautés que les hérétiques voulaient introduire dans les enseionements reçus des apôtres et de leurs successeurs, conformément à cette règle de saint Vincent de Lérins : “Il faut “ recevoir et croire ce qui l’a été en tout lieu, dans tous les “ temps, et par tous. ” (Quod ubique, quod semper, quod «ab omnibus, credilum est).
Il informa ensuite ses paroïissiens que deux individus, dont l’un se disait colporteur de bibles et l’autre, ministre du saint Evangile, s'étaient présentés dans une famille de sa paroisse, avec l'intention de lui arracher la foi et de lui faire adopter une de ces milie eectes qui cherchent à inonder le monde de leurs erreurs et de leurs rêves religieux
Il prit occasion de ce fait pour dire à ses parossiens de mettre à la porte tous ces coureurs de maisons qui n'ont d'autre but que de jeter la division, le trouble et l'erreur parmi les familles canadiennes, de tout temps si unies et si heureuses. |
Ce conseil, m'assure-t-on, à été suivi à la lettre, et deux autres individus de la même société, qui se sont présentés dans une maison de la même paroisse, pour y débiter leurs
@) Ch2, v, 24.
extravagances, ont été congédiés d’une façon à leur ôter, pour toujours, l'envie d'y revenir.
Voici maintenant comment je me suis procurer le manuscrit que j'ai livré à l'impression.
Après la discussion que les deux amis avaient eue sur la religion, ils avaient compris l'indispensable nécessité d'étudier leur religion et de se mettre en état d'en rendre compte et de pouvoir la défendre au besoin. Ils se réunirent donc pour rédiger, par écrit, la discussion qu'ils avaient eue, et la firent revoir et mettre en ordre par leur bon curé.
C'est de leurs mains que je me snis procuré la copie qui doit aider mes compatriotes à se préparer à résister aux séductions qu'on leur prépare.
Quoique le but de ce traité élémentaire de controverse n'ait été que de prouver, par la Bible seule, la vérité des enseignements de la sainte Eglise catholique, j'ai cru devoir placer i ici un certain nombre de témoignages qui appuieront les thèses que j'ai soutenues contre les erreurs que nous imputent les dissidents. En confrontant ces témoignages avec ce que j'ai dit, on comprendra mieux le bonheur d'être catholique et la nécessité de-ne jamais cesser d’être catholique. Au reste, j'ai démontré la nécessité de la tradition pour compléter et expliquer les enseignements contenus dans la Bible, et j'ai pensé qu'il convenait d'en donner les preuves dans cet appendice. Au reste, cet appendice fera toucher du doigt l'accord parfait qui existe entre la Tradition Apostolique et le texte bien entendu des iivres du Mouveau Testament.
(1) Pour ma consolation et celle de tous mes frères catholiques, je vois que les premiers chrétiens, instruits par les apôtres ou par leurs disciples immédiats, entendaient la Bible comme moi, et ne manquaient jamais de prier avant et après leurs repas. Pour le prouver, je citerai quelques témoignages qui le prouvent avec évidence. L'historien Fleury (1 j parle ainsi: “ Le repas (chez les premiers chré-
‘ tiens), quelque simple et quelque léger qu'il fut, était pré- “ cédé et suivi de grandes prières, dont nous avons encore ‘une formule entre les prières ecclésiastiques, et Prudence en vivait dans le 4 siècle), a fait deux hymnes sur ce “ sujet, où l'esprit des premiers siècles est bien marqué. ”
“ Lorsqu'on se met à table, dit saint Athanase, et qu'on “ prend le pain pour le rompre, on fait dessus trois signes
(1) Mœurs des chrétiens, édition de 1862, page 182. 29
“ de croix, et on rend grâces. Après le repas, on renouvelle “ l'action de grâces, en disant trois fois, gloire au Père, au “ Fils, au Saint-Esprit (1). ”
Je crois devoir faire remarquer que nosancêtres canadiens, comine j'en ai été témoin bien souvent, traçaient une croix avec leur couteau, lorsqu'ils extamaient un pain, avant de le ns Comme on le remarquera avec bonheur, cette salu-
taire pratique date du temps de saint Athanase et probablement d'au delà. Saint Athanase vivait au commencement du VI: siècle. Je conseillerais instamment à ceux qui l'anrait oubliée, de conserver cet usage dans les familles catholiques de notre pays, car le signe de la croix doit tout sanctifier comme je vais le dire bientôt, sur le témoignage des saints Pères.
Naint Chrysostôme dit également : “ Il faut prier avant et après le repas. Entendez-vous cela, misérables brutes, ajoute le saint, qui vous nourrissez des dons de Dieusans lever les yeux vers la main qui vous les donne (2).
“ On regardait la bénédiction de la table comme tellement sainte, dit l'abbé Gaume, que nous voyons, au neuvième siècle, les Bulgares convertis à la foi, demander au “ pape Nicolas I si le simple fidèle pouvait remplacer le “ prêtre dans cette fonction, (de bénir la table). Nans au- ‘ cun doute, répond le pape ; carila été donné à c hacun “ de préserver, par le signe de la croix, tout ce qui lui appar- “tient, des embüûches du démonet, par le nom de Notre “ Seigneur Jésus-Christ, de triompher de toutes ses atta- ‘ques (3). ?
Naint Jérôme écrivait à la vierge Eustochiunm: “ Que
“jamais on ne se mette à table sans avoir prié, et que “ jamais on n'en sorte sans avoir rendu grâces au Créa- “teur (4).
“Ii est nécessaire, dit saint Chrysostome (5), que nous
“ rendions grâces à Dieu et au commencement et à la fin de
‘nos repas; car celui qui se met à table avec cette précau- “tion ne tombera point dans l'ivresse, ne donnera point “ dans l'excès du vin, ne se trouvera point incemmodé par “ le trop de nourriture dont i] aurait chargé son ventre ; “ mais l'idée de la prière sera comme un frein qui contien- “ dra ses désirs ; il ne prendra d'aliments que dans la mesu- “re convenable, et il attirera mille bénédictions sur toute
Q@) De Virg. No13%. (2) Hom. S2, in Matt (3) Ruinart, actes du martyre de St-Théodote. (4) Epist, 17, dibri 2, (5) Hoi, 79, ad pop.
“sa personne. Un repas qui commence et finit par la ‘ prière est comme une source abondante d'où découle sur ‘ nous une infinité de biens. (Gardons-nous donc bien de ‘négliger cet avantage ; car il serait contradictoire que, “ tandis que nos domestiques, à nous, se font un devoir de “ nous remercier et de nous combler de leurs louanges, “ lorsqu'ils reçoivent quelque chose de nous, nous man- FS quassions nous-mêmes à Jouer Dieu, qui nous procure la “ jouissance de tant de biens.”
Il est donc évident que la prière, avant et après les repas, est un devoir rigoureux de la reconnaissance que nous devons à Dieu pour la nourriture qu'il nous donne, car, dit le prophète royal: “ Tous attendent de vous, Srigneur, que * vous leur donniez leur nourriture dans le temps. Quand “ vous la leur donnez, ils recueillent; aussitôt que vous “ouvrez votre main, ils sont tous remplis de vos biens (1).”
Et ceux que nous obligeons, nous remercient ; et ceux à qui nous faisons quelque bien, nous remercient; et le pauvre à qui nous donnons l'aumone, nous remerci: et il rencontrera des hommes qui reçoivent de Dieu leur nourriture de chaque jour, et ils manqueront de reconnaissance jusqu'au point de ne pas remercier celui qui la leur donne ?
N'oublions jamais que celui que Jésus-Christ appelle le prince de ce monde (2) rode sans cesse autour de nous pour nous faire pécher. Et comme une source abondante de péchés est, sans contredit, la sensualité dans le boire et dans le manger, nous ne pouvons guère nous défendre d’abuser des aliments que nous somines obligés de prendre, si nous n'avons pas le soin de bénir, au moins par le signe de la croix, la nourriture que rous devons prendre, et de nous munir nous-mêmes de ce signe tout-puissant pour ne point manquer aux regles de Ja tempérance chrétienne.
Tout s'étant éloigné de Diou par le péché du premier & homme, il a plu à Dieu, dit saint Paul, de réconcilier par “Jui (Jésus-Christ) toutes choses avec soi, avant purifié
“pe le sang qu'il a répandu sur la croix, tout ce qu'il y a
sur la terre, que ce qui est dans le ciel (3). De [à vient la pratique de bénir tout ce dont nous devons faire usage et surtout notre nourriture qui s'incorpore avec nous, afin de les réconcilier avec Dieu par la prière et surtout par le signe de la croix qu: Jésus-Christ à purifiée par son sang.
(1) Ps. 103, v, 27-28, (2) Jean, ch. 12, v. 31. (:) Gal. ch, 1, v. 19-20-21,
C'est ce que nous voyons faire à la sainte Eglise qui bénit avec la prière accompagnée du signe de 13 croix, tout ce qui doit servir dans l'exercice du cuite qu'elle rend à Bieu, comme ses églises, les vêtements de ses ministres, l’ean et le pain, les rameaux, les cendres qu'elle imvose sur ia téte des fidèles, les chapelets, les médailles, &e., &c.
Ainsi l'usage protestant, que suivent les mauvais catholiques, de ne pas bénir la nourriture et de ne pas dire le bénédicité et les grâces, avant et après les repas, est condamné et par la parole de Dieu écrite et par la tradition.
Quelques citations, en passant, sur l'usage et la puis-
sance du signe de la croix, que les protestants et un certain nombre de catholiques ne font pas pour une raison que je m'abstiens de faire connaître, doivent naturellement trouver leur place ici.
“ Faire le signe de la croix, dit saint Basile (1), sur ceux “ qui mettent leur espérance en Jésus-Christ, est la première ‘“ chose qui a lieu parmi nous et la plus connue. "—‘“ La “ Croix se trouve partout : chez les princes (2) et chez les “ sujets, chez les femmes et chez les hommes, chez les vier- “ œes et chez les femmes mariées, chez les esclaves et chez “ Jes personnes libres, et tous en marquent la plus noble “ partie de leur corps, le front... Jamais ne franchissez le “ seuil de vos maisons sans dire : Je renonce à Satan et je
m'altache à Jésus-Christ, et sans accompagner ces paroles “ du signe de la croix (3). ” “ Nous devons faire le signe “ de la croix à chaque action du jour (4). ”” ‘“ Que le signe “ de la croix se fasse constamment sur le cœur, sur la bou- ‘“ che, sur le front, à table, au bain, au lit, à l'entrée et à “ Ja sortie, dans la joie et dans la tristesse, assis, debout, en “ parlant, en marchant, et pour abréger, en toutes nos œu- ‘“ vres, Faisons-le sur notre poitrine et sur tous nos mem- ‘ bres, afin que notre être tout entier soit couvert de cette “ invincible armure des chrétiens (5). ”
Nainte Paule, petite-fille des Scipions, étant sur le point de rendre l'âme, dit saint Jérome, et si faible qu'à peine nous l’entendions parler, tenait le doigt sur sa bouche et, fidèle à l’usage, elle imprimait le signe de la croix sur ses lèvres (6). Le sire de Joinville nous dit, dans la vie de
@) De Sp.S. Cap. 27. (2) Hélas ! ils l'ont ôtée de leurs couronnes ! excepté un ou deux, ils ne font plus le signe de Ja croix ! Et ils sont devenus les jouets des ré volutions et des caprices de leurs mauvais sujets. (3) Hom. 21, ad pop. 4) St-Amb. Serm. 43, (5) St-Gaud., St-Cyr, St-Eph. (6) St-Jérôme,
saint Louis, roi de France, qu'à table, au conseil, au combat, en toutes ses actions, le roi commençait toujours par le signe de la croix. Le chevalier sans peur et sans reproche, Bayard, est blessé à mort. Digne de sa vie, son dernier acte est le signe de la croix, qu'il fait avec son épée (1).
Pour ne point trop étendre cette note, je renvoie ceux qui voudraient connaître la puissance du signe de Ja croix à la quatrième lettre de l'abbé Gaume, dans son ouvrage le Sicne de la croix. Cette formule sacrée et aussi ancienne quel Eglise méme, à laquelle Notre St-Père le Pape, Pie IX, a attaché une indulgence de cinquante jours pour tous et chacun des fidèles de l’un et de l’autre sexe, toutes les fois qu'au moins le cœur contrit, et en ajoutant l’invosation de la Nainte- Trinité, ils feront le signe de la croix. Cette indulgence est applicable aux âmes du purgatoire.
(2) Tout catholique qui veut conserver pur le dépôt de la foi, doit méditer les paroles suivantes que le vénérable Pie IX adressait aux évêques d'Italie, par sou Encyelique du 8 décembre 1849.
“ Usant du secours des sociétés bibliques qui, depuis dé- “ jà longtemps, ont été condamnées par le saint Nièwe, /es ennemis de l'Eglise ne rougissent pas de répandre des sain- “tes bibles traduites sans qu'on ait pris soin de se confor- “mer aux règles de l'Eglise, en langue vulgaire, profondément altérées et rendues en un mauvais sens avec une audace inouiïe et, sous un faux prétexte de religion, d'en recommander la lecture au peuple fidèle. Vous comprenez parisitement dans votre sagesse, vénérables frères, avec quelle vigilance et quelle sollicitude, vous devez travailler pour que les fidèles fuient avec horreur cette lec- ‘ture empoisonnée, et se souviennent, pour ce qui est nommément des divines écritures, qu'aucun homim: appuyé sur sa prudence, ne peut s’arroger le droit et avoir “ la présomption de les interpréter autrement que ne les à ‘ interprétées et que ne les interprète la sainte Eglise notre ‘ Mère, à qui seul notre Seigneur Jésus-Christ a confié 1e “ dépôt de la foi et l'interprétation des livres divins. ”
Naint Jérôme (2) parle ainsi: Je vous dirai en deux “ mots et franchement mon opinion: C’est que nous de- “ vons rester attachés à l'Eglise qui, fondée par les apôtres,
(1) L'abbé Gaume. (2) Dial. contre Lucifer, ch, 9.
‘a continué de subsister jusqu'à nos jours. Si vous enten- “ dez appeler d'un autre nom que de celui de Jésus-Christ, “inéme des hommes qui se ventent de suivre la doctrine “de Jésus-Christ, tels que les Marcionites, les Valen- “tiniens, les hoinmes de ja Montagne ou de la Plaine, soy- “ez assurés des lors qu ils ne sont pas de l'Eglise de Jésus- # Christ, mais de la sinagogue de Satan; car par là mème “qu'ils sont venus depuis, ils font voir suilisamment qu'ils “ sont de ceux que l'apotre avait annoncé (1) comme de- “vant venir. Et qu'ils ne se fassent pas illusion en croy- “ant appuyer leurs assertions sur des passages de lEcri- “ture, puisque le diable Tui-même en a fuit valoir des pas- “sages, et qu'il s'agil bien moins de lire les Ecritures que de les entendre.”
Saint Augustin (2) parle dans le même sens, “ Aimez à “entendre et à concevoir, puisque ces mêmes Ecritures qui “ nous conseillent la foi, et qui veulent qu'avant de com- “ prendre les grandes choses, et pour en être capables, nous “ comimencions par les croire, #e nous sauraient élre uliles si nous ne les entendons comme il faut. Car si nous ne les en- “ tendons pas bien, il arrive fort souvent, que croyant sui- “vre l’Ecriture, nous ne suivons en effet que nos erru's et “ nos pensées particulières : et c'est ce que nous voyons dans “tous Îles hérétiques, qui font profession comme nous de “ suivre l'Ecriture et d'en reconnaitre l'autorité et qui, par “ conséquent, ze sont pas héréliques faute de l@ respecter, mais “ faute de la bien entendre. ?
Suivant saint Jérome et saint Augustin, deux des plus grandes lumières de l'Eglise, il ne s s'agit pas, pour connaitré et posséder la vérité et avoir la vraie foi, de respecter et de lire assidüûment les saintes Ecritures, maïs bien les Re
L'autorité infaillible de notre Souverain Pontife, l'admira ble Pie IX, vient de nous dire qu'à l’Église seule a ere le droit de donner le vrai sens des paroles de la sainte bible. Les hérétiques et les protestants, passés et présents, qui l'interprètent contre le sens que lui donne l'Eglise, avec leur propre esprit et leur raison individuelle, ne doivent donc jamais être écoutés, parce qu'ils se trompent très certainement. Il ne faut donc jamais croire à leur interprétation erronnée et complètement fausse, selon cette parole de l'apôtre saint Jean : “ Si quelqu'un vient vers vous, et ne
(1) I Tim, ch. 3. (2) Lettre à Consentius, No 18.
“ fait pas profession de cette doctrine (la doctrine de l'Egli- “ se catholique), ne le recevez pas dans votre maison, et ne “le saluez pas. Car celui qui le salue participe à ses mau- “ vaises actions (1).” Remarquons qu'il ne s’agit pas ici des rapports civils, mais des rapports religieux.
Sur cette importante question, écoutons le saint Concile de Trente, Session IV. Le saint Concile, voulant arrêter l'abus que l'on fait de la parole de Dieu, s'exprime ainsi: “ Pour contenir et réprimer les esprits inquiets et entrepre- “ nants, le saint Concile ordonne (remarquons bien ce mot) “ que, dans les questions de foi et de morale, qui appar- “ tiennent à l’ensemble de la doctrine chrétienne, personne “ n'ait l'audace, en se confiant en son propre jugement, de “ détourner l'Ecriture sainte à son sens particulier, et de “ Jui donner des interprétations, on contraires à celles que “ Jui a données ou que lui donne notre mère la Nte-Eglise, “ à laquelle il appartient de juger du vrai sens et de la ‘ saine interprétation des saintes Ecritures, ou opposées au sentiment commun des Pères, quand bien même ces “ interprétations particulières ne seraient pas destinées à “ étre rendues publiques : Ces contrevenants seront dénon- “cés, et punis par les peines de droit, ”?
Pour juger de la sagesse de ces paroles, prononcées par un concile général. présidé par l'Esprit Saint, il ne faut pas oublier 1° quelle insulte on fait à Dieu en changeant le sens des paroles divines qu'il a adressées à ses créatures raisonnables, 2 quelle profanation sacrilèse résulte de faire dire à Dieu ce qu'il n’a pas dit, et même tout le contraire de ce qu'il a dit, comme on le fait chaque fois qu'on détourne un passage, et mème une seule parole de Ja bible, de son véritable sens. Qu'on juge, par là, combien sont coupables ceux qui torturent la parole de Disu, pour lui faire dire ce qu'elle ne dit pas, ou le contraire de ce qu'elle dit. De là il arrive que la foi qui ne doit reposer que sur la vérité telle que Dieu la fait connaître à la terre, repose sur le mensonge et, appuyée sur un tel fondement, elle devient elle-méme fausse, mensongère, absurde et inutile au salut. |
Que fussent devenus les livres les plus vénérables qu'il y ait en ce monde, si la sainte Église catholique ne les avait pas conservés dans toute leur intégrité, et si elle ne
(1) Il Jean, ch. 2, v. 10-11,
nous en avait pas donné le véritable sens? Qu'en auraient fait les héritiques, les schismatiques et les protestants de tous les siècles, s'ils eussent été abandonnés à leurs sacrilèges mutilations ?
C’est plus qu'une honte pour des chrétiens que d'entendre parler Luther sur ce sujet. ÆEcoutons, mais rongissons d'un tel langage : “ Ma foi, dit-il, est le juge avec lequel j je “ dois dire : Cette doctrine est bonne et vraie, et celle-ci est “ mauvaise et fausse. Aussi mentent-ils tous ceux qui di- “ sent que le jugement de l'Ecriture appartient au Pape. ‘“ (Qu'on me pardonne de rapporter les paroles suivantes !) ‘“ Permets, sire Pape ; moi, je dis : Celui qui a la foi est “un homme doué de l'Esprit, et il juge toutes choses, et il ‘ n’est jugé par personne ; même à une pauvre servante de “ moulin, à un enfant de neuf ans, s'ils ont la foi et jugent
d'après l'Evangile, le Pape doit obéissance et il se “ mettra sous leurs pieds, s’ils est un vrai chrétien. Et de ‘“ même doivent faire toutes les universités, et les savants ‘et les sophistes (Dôllenger). ”
Quelle folie ! Quelle absurdité ! Quelle profonde perversité ! Quel inconcevable délire ! Et il se rencontre encore des hommes qui se font honneur de porter le nom de cet être insensé ! Et il s’en est rencontré qui en ont fait un envoyé de Dieu ! Et il y a encore des protestants qui jurent par l'autorité de Luther !
Pour terminer cette note, peut-être un peu trop étendue, je crois nécessaire de répéter les graves enseignements du ape Grégoire XVI, dans son Encyclique du 15 août 1832,
adressée à tous les évêques de l'univers.
‘ Dans les règles que rédigèrent les Pères choisis par le “ Concile de Trente, qu'approuva notre prédécesseur, Pie IV ‘ d’heureuse mémoire, et qui furent inscrites en tête de “ l'Index des livres défendus, il est expressément statué de “ ne permettre la lecture d’une traduction de la Bible qu'à “ ceux qui semblerait devoir y puisser l'accroissement de la foi et de la piélé. Cette règle, environnée de nouvelles clan- “ ses, à raison de l'astuce persévérante des hérétiques, fut “ interprétée par Benoit XIV en ce sens, qu'on pouvait re- “ garder comme permise la lecture des traductions approu- “ vées par le Siège Apostolique, ou publiées avec des anno- ‘ tations tirées des Pères de l'Eglise, ou d’inprètes savants “etcatholiques. ”
Que les catholiques n’oublient donc jamais qu'ils com-
mettraient une grave désobéissance à leur mère, la sainte
‘glise, en recevant ou gardant dans leurs maisons, où en lisant des bibles traduites Dur des protestants, onqui ne seraient pas approuvées par r'auutorité légitime, ou qui n'auralent pas de notes ex] plicatives où commentaires catholiques. Après avoir lu cé que je viens d'écrire sur un sujet qui intéresse si grandement la pureté et la conservation de leur foi, ils ne peuvent plus prétendre cause d'ignorance, pour s'excuser devant Dieu et auprès de leurs consciences.
(8) Pour prouver cet avancé qu'il me suflise de rappor-
ter le freute-neuvième Canon Au concile de Nicée, its Cunons arabiques.… Ce canon a pour titre : “ de la sollicitude et de “ Ja puissance du patriarche sur les évéques et les archevé- “ ques de son patriareat, et de la primauté de l’évêque de Rome sur tous. ” * Le patriarche, dit ce canon, doit considérer ce que Îles évêques et les archevéques font dans leurs provinces ; et S'ils trouve quelque chose de fait autrement qu'il ne faut, il le changera et le réglera comme il le jugera a propos ; carilestle père de tous, et eux sont ses fils. L'archevêque est parmi les évêques comme le frère aîné, le patriarche, comme le père. Et de même que le patriarche a puissance sur ceux qui lui sont subordonnés, de même aussi le Pontife à puissance sur tous les patriarches, étant leur prince et leur chef, comme saint Pierre luimême, à qui a été donnée la puissance sur tous les princes chrétiens et sur tous leurs peuples, et sur toute l'Eglise “chrétienne. Quiconque y contredira, est excommunié # par le concile (Rohrbacher).
Voilà une idée de la hiérarchie de l'Eglise, dont le pontife, le Pape, est le chef suprème. C’est de lui que tous dépendent, patriarches, archevèques, évêques et tous les fidèles.
(4) Sur le choix d’un apôtre pour remplacer Judas (qui hélas s'élait en allé dans son lieu), fait dans une assemblée composée d'environ cent vingt hommes, saint Pierre parle le premier et fait comprendre, par les saintes Ecritures, la nécessité de cette nomination. Ecoutons ce que dit, sur ce sujet, le plus célèbre docteur de tout l'Orient : “ Saint Pier- “re, dit saint Chrysostome, saint Pierre, sans aucun doute,
“aurait pu iui-même faire ce choix, vu que le Seigneur,
“ par ces paroles : cfermis Lex fréres, avait placé tous les au- ‘tres sous sa main. Toutefois, par condescendanee, il en “remit le jugement à lo multitude, afin de lui rendre plus “vénérable celui qu'elle choisirait, et pour ne pas exciter “sa jalousie, ”
Pour ceux qui ignoreraient ces choses, je dirai que le Pape étant le chef suprème de l'Eglise, fondée en ce monde par Jésus-Christ, et ayant reçu dans saint Pierre, dont il est le successeur légitime, le pouvoir de paitre et les agneaux et les brebis et de confirmer ses frères, c'est-à-dire, tous les fideles, depuis les évêques jusqu'au dernier des enfants de l'Eglise, a de droit et, par la prérogative de sa charge, le pouvoir de nommer les évêques qu'il veut charger de conduire une partie du grand troupeau dont il est le chef, comme tenant la place de Jésus-Christ, le divin fondateur de l'Eglise.
L'évêque, une fois nommé par le Souverain Pontife, reçoit de lui la charge de gouverner la partie de l'Église de Dieu sur laquelle % Pape l'a établi. Alors c'est à l'évéque, dans le diocèse auquel il est préposé, de choisir et d'ordonner les prêtres qu'il veut appeler à partager une partie de son autorité sur les fidèles que le souverain Pontife lui a confié. De manière que, de même que le souverain pontife, chef de l'Eglise universelle, a le pouvoir de déposer les évêques, qui sont jugés indignes de partager sa puissance sur l'Eglise, ainsi l'évêque du diocèse a le pouvoir de déposer les prêtres qu'il avait appelés à conduire une partie du troupeau que le chef de l'Eglise lui avait confiée, lorsqu'il juge que ces prêtres en sont indignes, ou par leur conduite ou par leur incapacité.
Il faut cependant remarquer que le souverain pontife, en chargeant un évêque de gouverner une partie de l'Eglise, ne se dépouille pas, par cette nomination, ni de sa juridiction, ni de son pouvoir ordinaire et immédiat sur les fidèles du divcèse confié à cet évêque, car il demeure toujours le Pasteur universel de toute l'Eglise. Les fidèles de tous les diocèses, auxquels sont proposés des évêques, doivent donc au Pape le même respect, le même amour et la méme obéissance qu'avant l’érection du diocèse et la nomination d’un évêque, et les prêtres et les fidèles de chaque diocèse ont le droit d’invoquer la protection du souverain pontife et d’en appeler à son autorité suprême.
(6) “ L'Eglise, dit notre admirable Pie IX, dans son Ency-
clique aux évêques d'Autriche, du 17 mars 1856, l'Eglise reprend fortement, et elle à toujours condamné et condamne la conduite de ceux qui, abusant de la raison, ne rougissent ni ne craignent de l'opposer et de a préférer follement et criminellement à l'autorité de Dieu, qui s'elèvent insolemment, qui, aveuglés par leur orgueil et par leur vanité, perdent la Jumière de la vérité et rejettent avec un souverain mépris cette foi dont il est éerit : qui ne croira pas sera condamné. Pleins de confiance en eu xmémes, ils nient qu'on doive croire en Dieu sur Dieu même, et accepter avec obéissance ce qu'il a voulu nous faire connaitre de sa propre nature. À ces hommes, l'Iglise ne cesse de répondre que, lorsqu'il s'agit de la connaissance de Dieu, c'est Dieu qu'il faut croire, que c'est de Jui que vient tout ce que nous croyons sur lui, parceque l’homme n'aurait pu le connaître comme il en a besoin, si Dieu lui-même ne nous avait pas communiqué “ cette connaissance salutaire. ?
Mais qui nous parle au nom de Dieu ? N'est-ce pas la sainte Eglise catholique, aux ministres de laquelle Jésns- Christ a dit : * Allez ; instruisez toutes les nations,— leur “ apprenant à observer toutes les choses que je vous ai ‘commandées (1).”
Car “ celui qui vous écoute, m'écoute (2). N'est-ce pas à cette Eglise qu'a été laissée la foi par tradition (3)? Et quel réle doit jouer la raison dans les choses qui regardent la foi ou les vérités révélées, qui sont la démonstration des choses, qui n'apparaissent point et qui sont au-dessus de l'intelligence humaine (4) ? N'est-ce pas celui d'être enseigné de Dieu (5) ?
Ni l'Église a reçu et possède la foi ou Îes vérités révélées dont la connaissance est nécessaire au salut, peut-on lui reprocher, avec quelque apparence de raison, de ne les avoir pas conservées et défendues, dans tous les temps, contre les égarements de la raison humaine ? Qui a défendu la vérité contre les Ariens, les Nestoriens, les Eutychiens, les Pélagiens, les Iconoclates, les Anabaptistes, les Vaudois, les Hussites, les Jansénistes, les Tuther, les Calvin, les ITenri VITITL et les mille et mille sectes que la raison humaine à enfantées ? Qui a foudroyé toutes les erreurs nées d'une
(1) Matt. ch. 28, v. 19-20. (2) Luc, ch. 10, v. 16. (3) Jude, v. 8 (4) Héb. ch. 11, v.1. (5) Jean, ch. 6, v. 45.
orgueilleuse désobéissance à l'ordre établie par le Dieuhomme? N'est-ce pas l'Eglise du Dieu vivant, la colonne et la bâse de la vérité (1)? Qui a empêché, qui empêche encore aujourd'hui, les principes les plus monstrueux de prévaloir, en ce monde, et d’en faire un lieu de confusion et d'éternel désordre (2) ? N'est-ce pas toujours la sainte Eglise, par la voix de ses pontifes, de ses conciles et de ses évêques ?
Dieu serait-il encore reconnu pour ce qu’il est, la doctrine chrétienne sur la foi, sur les œuvres saintes, sur les mœurs, subsisterait-elle encore au milieu de la société humaine, dans son intégrité, si celui à qui Jésus-Christ à dit : affermis tes frères (3), n’eût pas élevé la voix pour préserver de la destruction tout ce que l'enfer voulait arracher à l'humanité ?
La raison humaine, une fois sortie des limites que lui a tracées la foi, est comme une mer bouleversée par la ternpête. Qui lui a dit avec autorité: Tu iras jusque là, et tu ne passeras pas outre : ici, contre le roc qui me sert de foudement (4), tu briseras l’orgueil de tes flots (5). Comiue l'ange rebel et audacieux, dans la frénésie de son orgueil (6), elle a voulu monter jusqu'au plus haut des cieux et détrôner le Tout-Puissant : quelle autorité humaine a ét assez forte pour la convaincre de folie ? N'est-ce pas encore et toujours la sainte Eglise, parlant par ses pontifes, par ses conciles, et par ses évêques ?
Que deviendrait le monde, s’il lui était donné de réaliser le rêve de la raison dévoyée et d’abattre la colonne qui seule l'empêche de retomber dans une barbarie civilisée, la plus diabolique de toutes les barbaries, (corruplio optimi pessima) ? Ecoutez et connaissez, voyez et tremblez ! De toutes parts se font entendre les menaces de la commune, de l'Internutionale ; voyez toutes les passions surexitées et prètes à se lancer sur le monde, comme des tigres altérés de sang !
Qu'elle soit donc bénie, louée, glorifiée, exaltée et aimée cette sainte et vénérable Eglise catholique qui, seule, a su épargner au monde de si affreux malheurs, et apprendre à la raison humaine à exploiter sans danger le beau domaine que Dieu a laissé à son activité; car Dieu lui a donné la terre et tout ce qui parait dans le magnifique ouvrage de
(1) 1 Tim. ch. 3, v. 15. (2) Job, ch. 10, v. 22. (3) Luc, ch. 22, v. 32, (4) Matt. ch. 16, v. 18. (5) Job, ch. 38, v. 11. (6) Isaïe, ch. 14, v. 14.
la création (1). Ce domaine est assez vaste pour répondre à nos plus légitimes aspirations.
(6) Ecoutons saint Augustin. Il va nous montrer la
grandeur du crime que commettent ceux qui se séparent de l'Eglise catholique.
“ Ceux qui se sont séparés de cette Eglise catholique ont beau se flattés d’une vie pure et innocente: ce seul crime d'être hors de l'unité de Jésus-Christ fait qu'ils n'ont point la vie en eux, et que la colère de Dieu demeure sur eux, ” (Lettre des évêques cath. du concile de Zerte aux Donatistes).
Et ailleurs : “ Tenons-nous fermes, mes chers frères, “ dans l’unité de cet auguste corps (l'Eglise catholique) où “ nous sommes membres les uns des autres sous un chef “si élevé (Jésus-Christ). ” (Lettre à Saturnin).
Et encore ailleurs, sur ce texte de l’apôtre saint Paul: nous ne sommes tous ensemble qu'un méme pain el un méme corps, saint Augustin dit : “ L'Église catholique est donc seule “ le corps de Jésus-Christ, qui est le chef et le sauveur de “ce corps, hors duquel, nul n'est vivifié par le Naint- “ Esprit, puisque la vie qu'il nous communique c’est la “ charité, et que la charité n’est dins nos cœurs que par le Saint-Esprit qui nous est donné, comme dit le même saint Paul, et que quiconque est ennemi de lunité ne participe point à la charité. Dès là qu'on est hors de lI:glise, on n’a donc point le saint-Esprit: aussi est-il dit de ceux qui se séparent par le schisme que se sont des hommes de chair et de sang, et qui n'ont point l'Esprit ‘“ de Dieu.” (Lettre à Boniface).
Saint Cyp'ien (2) nous dit: Au milieu de la désertion de quelques rebelles qu'entraîne l'esprit d'orgueil, jamais l'Eglise ne se sépare de Jésus-Christ; et l'Eglise, c'est le peuple uni à son évêque, ie troupeau attaché à son pasteur. Nachez donc que l'évêque est dans l'Église, et l'Eoise dans l’évêque ; n'être pas avec l'évèque, c’est être “ hors de l'Eglise. Oui, c’est une vaine illusion que de se croire en communion avec l'Eglise parce que, tout en gurdunt la paix avec les évêques, on communique secrètement et dans l'ombre avec quelques-uns. L'Eglise catho- “ lique est une, chez elle point de rupture, ni de scission ; “ tous les membres se tiennent indivisiblement, et les évè-
Gi) Ps.13,v.24 (2) Epist. ad Flor.
“ ques, unis ensembles, sont le lien de cette magnifique “union.”
Comme la branche ne saurait porter de fruit par elle-méme et sans demeurer unie au cep, il en est ainsi de vous, si vous ne demeurez pas en moi. Je suis le cep de la vigne et vous êtes les branches. Celui qui demeure en moi, et en qui je demeure, porte beaucoup de fruit ; car vous ne pouvez rien faire sans moi. Si quelqu'un ne demeure pas en moi, il sera jeté dehors comme un sarment : il sèchera, et on le ramassera et on le jetera au feu, et il brülera (1). Or, cet union, nous le savons maintenant, ne peut se faire que par l'Eglise catholique et par le moyen de l'Eglise catholique, l'épouse de Jésus-Christ qu'il s’est acquise au prix de son sang (2).
Toute personne qui, volontairement et surtout en renonçant à la foi de l'Eglise par l’apostasie, se sépare de cette Eglise, ne peut plus porter de fruit pour la vie éternelle. Elle devient semblable à une branche coupée, arrachée du cep de la vigne, qui ne peut plus porter de fruits.
Quoique cette note soit un peu longue, je ne puis résister au désir de placer ici ce que Pie IX disait aux Evêques d'Autriche, le 17 mars 1856.
‘“ Ne cessez donc point de défendre attentivement vos “ peuples contre ces pernicieuses erreurs (surtout celles qui disent que le port du salut éternel est ouvert aux sectateurs de toutes les religions) ; livrez-leur avec une abondance de “ plus en plus grande et attentive la doctrine de la vérité “ catholique ; enseignez-leur que, de même qu'il n'y a “ qu'un seul Dieu, un seul Christ, un seul Saint-Esprit, de “ même il n'y a qu’une seule vérité révélée, une seule foi “ divine, principe du salut de l’homme et fondement de “toute justification, la foi dont le juste vit et sans la quel- “ le il est impossible de plaire à Dieu et de parvenir à la so- “ ciété des enfants de Dieu ; une seule véritable et sainte “ Eglise, l'Eglise catholique, apostolique, romaine ; qu’une “ seule chaire, fondée sur Pierre par la parole du Seigneur, “ chaire hors de laquelle on ne peut trouver ni la vraie foi, “ ni le salut éternel ; car celui qui n'a pas l'Eglise pour Mère “ne peut avoir Dieu pour Père, et l’on se flatte en vain d’être “ dans l'Eglise quand on a abandonné la chaire de Pierre, “ sur laquelle l'Eglise est fondée. Ilne peut donc y avoir de
(1) Jean, ch. 16. (2) Actes, ch. 20, v. 28.
“crime plus grand, de souillure plus honteuse, que de s'élever “contre le Christ, que de scinder l'Eglise engendrée et “acheté par son sang, que de mettre en oubli la charité ‘“ évangélique pour combattre, avec la fureur,d'une discor- “de ennemie, l'union et la concorde du peuple de “ Dieu. ?”
Que cela suffise pour faire comprendre aux catholiques quel détestable métier font tous ceux qui, par un moyen ou par un autre, cherchent à les séduire, à leur faire abandonner la foi en les séparant de la sainte Eglise catholique. Tout méchant que soit un catholique, aussi longtemps qu'il reste dans l'Eglise et uni à l'Eglise par les liens de la vraie foi, il pent toujours se sauver, en recevant de l’'Eglise, la vie qu'il avait perdue par le péhé mortel. Mais si une fois il est sorti de l'Eglise où trouvera-t-il la vie ?
Propositions condamnées dans le Sylabus du 8 Décembre 1864 Remarquez que lorsqu'une proposition est condamnée, c’est la propostion contraire qui est la vérité, La proposition condamnée est une erreur ou contre la morale ou contre la foi.
XV° Proposition. Il est libre à l’homme d’embrasser et de professer la religion qu'il aura regardée comme vraie, d'après les lumières de la raison.
XVI". Les hommes peuvent trouver le chemin du salut éternel et obtenir le salut éternel dans le culte de n’importe quelle religion.
XVII. Au moins doit-on bien espérer du salut éternel de tous ceux qui ne vivent d'aucune façon dans le sein de la véritable Eglise du Christ.
XVIIT:. Le protestantisme n’est pas autre chose qu’une forme diverse de la même vraie religion chrétienne, forme dans laquelle on peut être agréable à Dieu aussi bien que dans l'Église catholique.
(7) À l'appui de la démonstration que j'ai tirée de la bible sur la présence réelle de Jésus-Christ, dans la sainte Eucharistie, je rapporterai quelques-uns des témoignages des saints Pères qui ne peuvent laisser un doute sur la vérité de ce dogme catholique, comme toujours, je dois me restreindre.
Saint [rénée parle ainsi : “ Le pain sur lequelon pronon- “ ce l'invocation de Dieu, n’est plus un pain ordinaire, “ mais c'est l'Euchariste, (Lib. 4 Contrà hæreses). Le
même Père dit ailleurs, dans le même livre : “ Le pain sur “ lequel des actions de grâces sont rendues est le corps de “ Jésus-Christ, et le Calice de son Sang. ”
Saint Justig (1) déclare expressément que l’Eucharistie renferme la même chaire que le Verbe de Dieu a prise dans le sein de la très sainte Vierge.
Ailleurs le même saint nous dit : “ Nous appelons cette “ nourriture Eucharistie : nul ne peut y participer, s'il ne “ croit à la vérité de notre doctrine, s’il n’a été lavé pour la “ rémission des péchés et la régénération (le baptéme), et s’il “me vit d’une manière conforme aux enseignements du # Christ. Car nous ne les prenons pas comme un pain “ commun, ni comme un breuvage ordinaire ; mais, com- “ me en vertu de la parole de Dieu, Jésus-Christ incarné a “ pris et la chaire et le sang pour notre salut, de même ‘“ nous savons que cette nourriture qui, suivant le cours or- “ dinaire, deviendrait notre chair et notre sang, étant consa- “ crée par la prière qui contient ses divines paroles (paroles “ de la consécration) est la chair et le sang du même Jésus in- “ carné. (Rohrbacher). ”
Saint Athanase est encore plus précis : voici ses paroles tirées de son discours aux baptisés : “ Le baptisé verra les “ Jévites portant le pain et le calice du vin,et préparant “ la table sacrée. Avant que les prières et les supplications ‘“ ne soient accomplies, il n’y a que le pain et le calice ; “ mais dès que sont accomplies les grandes et merveilleuses “ prières, alors le pain devient le corps et le calice le sang de “ Notre Seigneur Jésus-Christ. ?” Et un peu plus loin : # Arrivons à la confection des mystères : Là est le pain “et là est Le calice ; lesquels, en effet, tant que les prières “et les supplications ne sont pas achevées, conservent “tout simplement leur nature ; mais aussistôt que les “ grandes prières et les saintes supplications sont montées “au ciel, /e Verbe descend dans le pain et dans le calice, et son “ corps est formé. ”
Origène nous dit : “ Lorsque vous prenez le pain et le “vin eucharistiques, vous mangez et vous buvez le corps “et le sang du Seigneur. (In Cant).”
“ Ces paroles : ceciest mon corps, dit saint Chrysostôme, “transforment au corps et au sang de Jésus-Christ le pain “et le viu qui sont oflerts. ”
Saint Cyrille de Jérusalem dit, dans sa quatrième caléchèse :
(1) In orat, ad Ant. Imp.
“ Jésus-Christ ayant prononcé lui-même et ayant dit du “ pain : ceci est mon corps ; qui osera douter ? Ayant lui- “ même assuré et dit : ceci est mon sang ; qui oserait balan- “ cer et dire que ce n’est pas son sang ? ”
Ecoutons saint Ambroise : “ Ce pain est du pain avant “ les paroles sacramentelles ; mais, après la consécration, “ le pain est changé au corps de Jésus-Christ. Vous dites : “ je voudrais bien voir la face de Dieu ; ne le voyez-vous “ pas, ne le touchez-vous pas, ne le mangez-vous pas dans “ l'Eucharistie ? (De myst. cap. IV). ”
“ De même que nous croyons fermement que Jésus- “ Christ est notre médiatur entre Dieu et les hommes, ain- “ si nous croyons d'une foi aussi ferme qu'il nous donne “ sa chair à manger et son sang à boire (1). ”
Voici un témoignage péremptoire, contre les inventions protestantes :
En parlant de l'Eucharistie, saint Jean Damascène nous dit : ‘“ Si la parole du Seigneur est vivante et efficace, et “ si le Seigneur a fait tout ce qu'il a voulu; s’il a dit: “ Que la lumière soit, et que la lumière fut ; si le ciel et la “ terre, et tout ce que le monde renferme, en particulier “ l'homme, cette créature si admirable, a été fait par la pa- “role du Seigneur ; si le Verbe-Dieu lui-même, parce “ qu'il l’a voulu, s’est fait homme et s’est formé un corps “ par le sang très pur de la sainte Vierge, ne peut-il pas “ faire le pain son corps et le vin son sang? Comment cela “arrivera-t-il? disait la sainte Vierge. Et l'ange lui répond : “ Le Saint-Esprit surviendra en vous, et la vertu du Très- “ Haut vous couvrira de son ombre. lt maintenant vous “ demandez : Comment le pain devient-il le corps de “Jésus-Christ, et le vin et l’eau son sang ? Je réponds “aussi: le Saint-Esprit survient et opère cette merveille “au-dessus de la raison et de la pensée. C’est le corps vrai- “ ment uni à la divinité, le corps pris de la Vierge ; non “ que le corps qui est monté au ciel est descendu, mais “ parce que le pain même et le vin sont changés au corps “et au sang de Dieu. Ni vous demandez la manière dont “ cela se foit, il vous suffit d'entendre que c’est par le Saint- “ Esprit, comme le Seigneur s’est fait de la Vierge un corps “ pour lui-même. Nous n’en savons pas davantage, sinon “ que la parole de Dieu est vraie, efficace et toute-puissante, ‘et la manière dont cela se fait incompréhensible. D'ail-
(1) Lib. I. contrà Advers, leg. et proph. cap. XX, 28
“Jours, le pain et le vin que nous mangeons et que nous “ buvons naturellement, se changent au corps et au sang “ de qui mange et qui boit, et ne deviennent pas autre “ corps que le sien; de même le pain et le vin avec l’eau, “ par l’invocation et la descente du Saint-Esprit, se chan- “ gent surnaturellement au corps de Jésus-Christ et en “son sang, et sont, non deux corps, mais un seul et même “corps. Enfin le pain et le vin ne sont pas la figure du “ corps et du sang de Jésus-Christ, à Dieu ne plaise ! mais “ le corps même déifié du Seigneur. Car le Seigneur lui- ‘ même a dit : Ceci est, non la figure de mon corps, mais “mon corps ; non la figure de mon sang, mais mon sang (1).”
Enfin je résumerai toute la chaîne de la tradition sur le dogme de la présence réelle, en citant le premier Canon de la 13° cession du saint Concile de Trente.
“ Si quelqu'un nie que dans le sacrement de la très sain- “te Eucharistie ne soit contenu vraiment, réellement et “ substantiellement le corps et le sang ainsi que l'âme et “ la divinité de notre Seigneur Jésus-Christ et, par consé- “ quent, Jésus-Christ tout entier, mais s’il dit qu'il n'y est “ qu'en signe, ou en figure, ou en vertu : qu’il soit anathè- «6 me. »
On verra avec consolation qu’un grand nombre des théologiens de l’église anglicane admettent, comme les catholiques, la présence réelle de Jésus-Christ dans l'Eucharistie. J'en citerai quelques-uns. L’évèque Ridley, en traitant de l'Eucharistie, nous dit : “ Dans le sacrement est le “ véritable corps et le véritable sang du Christ, celui qui “est né de la Vierge Marie, qui est monté aux cieux, est “ assis à la droite de son Père, et qui de là viendra juger “les vivants et les morts. ” “ Dieu nous préserve, s'écrie “ l'évêque Bilson, de nier que la chair et le sang de Jésus- “ Christ soient réellement présents à la sainte Table. ” L'évêque Laud n'est pas moins explicite : “ L'Eglise d’An- “ gleterre enseigne et croit la réelle présence du Christ dans “ l'Eucharistie, ”
Un autre témoignage fort remarquable est celui du célèbre docteur Pusey, encore vivant. “ Mes vues, dit-il, étaient “en quelque sorte passées au moule de l’évêque Andrews “et de l'archevêque Bramhall, que je regarde comme les “types les plus purs de l’enseignement théologique de no- “tre église. C’est par eux, et, tout en croyant que les élé-
(1) St-Jean Damuscène est mort vers l’année 780, âgé de 84 ans. (Rhorbacher).
APPENDICF. 855
“ ments consacrés deviennent vraiment et véritablement, “ quoique spirituellement et d’une manière ineffable, le “ corps et le sang de Jésus-Christ, que j'ai appris à détour- “ ner mes pensées de ce qui regarde la manière dont s’opè- “re le grand mystère, mais en T'adorant toutefois en tant
“ que mystère. Je ne croyais donc pas pouvoir parler, “ avec les Pères et les grands théologiens de notre Eglise, “ des éléments consacrés que comme étant, selon les” pro- “ pres paroles de Notre Seigneur, après la consécration, son “ corps et son sang (1).”
(8) Suivant le saint Concile de Trente et tous les théologiens catholiques, “ un sacrement de la nouvelle loi est un
‘signe sensible et sacré, institué d’une manière perma- “ nante par Jésus-Christ pour produire, par lui-même, la “ sainteté intérieure. ?
Timothée avait donc reçu un sacrement par l'imposition des mains de l’apôtre, puisque cette imposition des mains
avait produit en lui la grâce ou la sainteté intérieure.
Chaque fois donc que, dans le nouveau Testament, un signe sacré est donné comme devant produire la grâce ou la sainteté intérieure, c'est un sacrement. Ainsi le baptème est un sacrement, puisqu'il confère la sainteté intérieure, sans laquelle une personne coupable du seul péché originel ne pourrait entrer dans le ciel, puisque rien de souillé ne peut aller dans le royaume des cieux. Ainsi l'Extrême- Onction est un sacrement, puisqu'il a le pouvoir de remettre les péGReS et, par conséquent, de donner la saintelé intérieure. De même la sainte communion est un sacrement, non-seulement parce qu’ on y reçoit le corps, le sang, l'âme et la divinité de Notre Seigneur Jésus-Christ, mais parce au'à cette réception est attac hée la grâce ou la sainteté intérieure, suivant cette promesse de Jésus-Christ : “ Celui “ qui mange de ce pain aura la vie éternelle.” Ainsi des autres sacrements,
(9) Le saint Concile de Trente, se faisant l'organe de la tradition toute entière, a défini que ? * Il est de foi que la
“ confirmation n’est pas une vaine et stérile cérémonie, “mais un vrai sacrement, et qu'autrefois elle n’était pas “ une espèce de catéchisme, où ceux qui approchent de “ l'adolescence rendaient compte de leur foi à l'Eglise. ”
(1) Cités par l'auteur du Mouvement religieux en Angleterre,
La confirmation a deux effets clairement indiqués dans les textes suivants : 1° Les apôtres imposaient PS mains sur ceux qui avaient été baptisés, et ils recevaient le Saint- Esprit. 2° Par la confirmation, la charité de Dieu est répandue dans nos cœurs, dit St-Paul, par l'Esprit-Saint qui nous a été donné. Dans la confirmation, on reçoit la force de combattre contre les ennemis du nom chrétien, visibles et invisibles, et de confesser publiquement la foi par les œuvres et par les paroles.
Au reste, on aqu'’à ouvrir un livre de l’histoire de l'Eglise catholique, et on verra, à chaque page, que l'Eglise a toujours été gouvernée par les évêques. Ceci est hors de tout doute. Une société, prétendue religieuse, qui n’a pas d'évêques porte donc la marque évidente qu’elle n’est point l'Eglise fondée par Jésus-Christ.
(10) Le saint Concile de Trente, interprète infaillible de la tradition a défini que : “ Ilest de foi que Jl'Extrème- ‘# Onction est un vrai sacrement institué par Notre Kei- ‘ gneur Jésus-Christ, et promulgué par l’apôtre saint Jac- “ ques, et non un rit reçu des saints Pères, ou une inven- ‘“ tion humaine. ”
Concile de Florence (1). “ Le cinquième sacrement est “ l'Extrêéme-Onction, dont la matière est l'huile d'olive bé- “nite par l’évêque. (Ce sacrement ne doit se donner “ qu'aux malades en danger de mort. ”
Concile de Trente. session XIV, canon 4. “ Si quelqu'un “ dit que par ces prêtres de l'Eglise, que l’apôtre saint Jac- “ ques exhorte à faire venir pour oindre les malades, il faut ‘“ entendre non les prêtres ordonnés par l’évêque, mais les “ plus anciens de chaque communauté, et qu’ainsi le mi- “ nistre proprement dit de l’Extrême-Onction n’est pas le ‘“ prêtre seul, qu’il soit anathème. ”
Saint Pierre Damien (2). ‘“ Lorsque nous tombons ‘“ malades et que la fièvre de nos péchés nous rend la mort ‘ imminente, l'esprit de piété vient à notre secours, et il se “ souvient que nous sommes poussières. Car voici cequ'a “ dit saint Jacques : Quelqu'un parmi vous est-il malade, &e. ‘“ Onction admirable, précieux onguent, qui rend la santé, ‘efface le péché, imprime la crainte de Dieu! Voyez “ comme la main du prêtre soulage le malade, et apaise, au “ moyen de l’onction sainte, les mouvements désordonnés
(1) Doctrina de Sucr. (2) Serm., 1 de Dedie Ecclesiæ,
APPENDICF. 857
“ des sens. C'est pour cela que les Pères ont vu, dans cette “ onction, un sacrement. ?”
“ Toutes les f6is qu’on est malade, dit saint Augustin (1), “on doit recevoir le corps et le sang de Jésus-Christ, et se “ fortifier par l'onction sainte, pour se conformer à cette “ prescription de l’apôtre : Quelqu'un de vous est-il ma- “ Jade, &c. ”
(11) Le saint Concile de Trente, que je cite préférablement à des autorités particulières, parce qu'il nous donne, sous une garantie infaillible, ce qu’on a toujours cru et pratiqué dans l'Eglise catholique, le saint Concile de Trente nous enseigne “ qu'il est de foi que le mariage est vérita- “ blement et proprement un des sept sacrements de la loi “ évangélique institué par Notre Seigneur Jésus-Christ, et ‘* non inventé dans l'Eglise par les hommes, et qu'il confère la grâce. ”
1° Le saint Concile prouve l’indissobilité, et l’unité du mariage chrétien parce que dit Adanx, lorque Dieu lui eût donné une épouse : * Voici maintenant l'os de mes os et “ Ja chair de ma chair, c’est pourquoi l’homme quittera “ son père et sa mère, et il s’attachera à son épouse, et il “ seront deux dans une méme chair (2). ”
2° Il en prouve l'efficacité par ces paroles de saint Paul : Maris, aimez vos épouses comme le Christ a aimé l'Egli- “se et s'est livré pour elle. Et il ajoute : ce sacrement est “ grand, dis-ic, en Jésus-Christ et en l'Eglise. ”
(12) Dans le VIT canon, sur le mariage, le saint Concile de Trente décide avec une autorité souveraine que : “ Il est “ de foi que l'Eglise ne se trompe pas l’orsqu'elle enseigne, “selon la doctrine apostolique et évangélique que le mariage ne peut être dissous pour cause d'adultère dans l'un ou l’autre conjoint : que ni l’un ni l’autre, même celui qui est innocent et n'a point donné occasion au crime, be peut, du vivant de l'autre, contracter un autre mariage ; que celui qui, après avoir renvoyé celle qui est coupuble,se marierait à un autre, serait véritablement “ adultère. ”
Ecoutons maintenant notre vénérable Pontife, Pie IX, dans sa lettre au roi de Sardaigne. Elle est datée de Castelgandolpho, 19 semptembre 1852.
(1) Serim. 215, detemp, (2) Genèse, ch. 2, v. 22-23,
LS
* C'est un dogme de foi, dit le souverain Pontife, que le mariage a été élev”, par Jésus-Christ Notre Seigneur, à la dignité de sacrement, et c’est un point de la doctrine de l'Église catholique que le sacrement n'est pas une qualité accidentelle surajoutée au contrat, mais qu'il est les. sence même du mariage, de telle sorte que l'union conjugale entre des chrétiens n’est légitime que dans le mariage, sacrement hors duquel il n’y a qu'un pur concubinage. “ Une loi civile, continue l'immortel Pie IX, une loi civile qui, supposant le sacrement divisible du contrat de mariage pour des catholiques, prétend en règler la validité, contredit la doctrine de l’Église, usurpe ses droits inaliénables et, dans la pratique, met sur le même rang les concubinages et Je sacrement de mariage, en les sanctionnant l’un et l’autre comme également légitime... Que César, gardant ce qui est à César, laisse à l'Eglise ce qui est à l’Église..…......Que le pouvoir civil dispose des pouvoirs civils qui dérivent du mariage, mais qu'il laisse l'Eglise régler la validité du mariage même, entre les chrétiens. Que la loi civile prenne pour point de départ la validité ou l'invalidité du mariage comme l'Eglise les détermine et, partant dece fait qu'elle ne peut pas le constituer (cela est hors de sa sphère), qu'elie en règle les effets civils. ”
Saint Isidore (1). ‘“ Cette union entre deux époux est appelée sacrement, parce que de même que de même que l'Eglise ne peut pas séparer de Jésus-Christ, ainsi la femme ne doit pas se séparer de son époux. Ce sacrement d'une union indissoluble entre l'époux et l'épouse existe donc dans chaque mariage chrétien, comme entre Jésus- Christ et son Eglise. C'est ce qui a fait dire à lapotre : Ce n'est pas moi, mais c'est le Seigneur qui leur fuit ce commandement, Savoir, que la femme ne se sépare point de son mari, ?
Origène (2). “ De même qu'une femme est adultère, si elle se marie avec un autre homme du vivant de son époux, quand même cette nouvelle union semblerait sanctionnée par les lois du siècle, ainsi en est-il de l’homme qui, quand même il s’y croirait autorisé par ces mêmes lois,
‘ épouserait une autre femme du vivant de sa première
épouse : il serait de même adultère, en vertu de la sentence de Jésus-Christ. ”
(2) Lib. 2, de Eccl. off. (2) Traité VII sur St-Matt.
Le Quarante deuxième canon des apôtres s'exprime ainsi : Si un laïque, renvoyant sa propre épouse, en épouse une autre, quand même celle-ci aurait été congédiée par son “ mari, qu'il soit excommunié. ”
Saint Augustin (1). ‘“ Cette alliance contractée entre lies époux est tellement sacrée en vertu du sacrement qu’elle constitue, que la séparation même qui, par suite, aurait “ lieu entre eux ne saurait l’anéantir, puisque la femme ne “ peut sans adultère épouser un autre homme, tant que ce- “ Jui qui l’a congédiée est vivant ; et le mal qui en résulte, “ c’est à ce dernier qu'elle doit l'imputer. ”
Concile de Milève, canon 17. Les Pères du Concile ont décrété que, “ corformément aux enseignements de l'E- “ vangile et à 2 discipline établie par les apôtres, ni le “ mari congédié par son épouse, ni l'épouse congédiée par ‘“ son mari, ne pourraiert se marier à d’autres ; mais qu'ils “ devaient demeurer dans cet état, ou se réconciler ensem- “ ble, ”
Le concile de Florence. “ Le troisième bien ou avan- “ tage du mariage, c’est son indissolubilité, fondée sur ce “ qu'il représente l'union indissoluble de Jésus-Christ et de “son Eglise. ”
Il est donc certain 1° que le mariage chez les chrétiens est un sacrement et que l’union qui s’y forme ne peut être dissoute que par la mort. Ilest donc certain, 2" que le contrat de mariage ne peut-être s'éparé du sacrement, quand deux personnes se marient dans les conäitions voulues par les lois de l'Eglise. Il est donc certain 3” qu’il ne peut y avoir d'union sexuelle entre les chrétiens qui soit légitime que celle qui résulte du sacrement de mariage. Il est donc certain 4° que, hors du sacrement, il ne peut y avoir ni validité du contrat que font deux personnes qui se marient, ni union sexuelle légitime, mais un affreux et criminelle concubinage. Il est donc certain 5 que dès que l'Eglise décide que deux personnes sont légitimement mariées, aucune loi, aucun pouvoir hümain ne peut rompre cette union quant au lien qui les unit, car l’homme n'a pas le pouvoir de séparer ce que Dieu à unit, par le sacrement de mariage. Il est donc certain 6° que le divorce entre deux personnes mariées, est un acte parfaitement nul,et s'ilest suivi du mariage des divorsés avec d’autres personnes, ces secondes
La pe
(1) Lib. de bon. conj.
860 LE PETIT ARSENAN,
unions sont nulles et ne peuvent former qu'un concubinage (1).
(13) Par son premier Canon sur le sacrement de pénitence, les saint Concile de Trente déclare qu'il est de foi que, dans l'Eglise catholique, la pénitence est vraiment et proprement un sacrement institué par Jésus-Christ pour réconcilier les fidèles avec Dieu toutes les fois qu'ils tombent dans le péché après avoir reçu le Baptème.
Dans le troisième Canon le saint Concile décide et déclare qu'il est également de foi que ces paroles de Jésus- Christ : “ Recevez le Saint-Esprit, ceux à qui vous remet- ‘trez les péchés, ils leur seront remis et ceux à qui vous “ les retiendrez, ils leur seront retenus, ” doivent s'entendre de la puissance de remettre et de retenir les péchés dans le sacrement de pénitence ; comme l'Eglise catholique les a entendues dès le commencement, et il frappe d’anathème celui qui, contre l'institution de ce sacrement, les détournerait de leur véritable signification pour leur faire signilier qu’elles doivent s'entendre de la prédication de l'évangile.
Pour faire voir que ceux qui disent que la confession n'a pas toujours été d'obligation se trompent, il me suflira d: citer des autorités, dans chaque siècle, à l'appui de la doctrine catholique. On comprend que je dois me restreindre. Je me sers des trésors de Cornelius.
1e" Siècle. Naint Clément, successeur de saint Pierre, dit de la confession : “ Que celui qui a soin de son âme, n’ait “ point honte de conf:sser ses péchés à celui qui préside, “afin d'en obtenir le pardon. Naint Pierre, ajoute-t-il, en- ‘# joignait de dé‘ouvrir aux prêtres même les mauvaises “ pensées, Pendant que nous sommes sur la terre, con- “ vertissons-nous, carentrés dans l'éternité nous ne pourrons “ plus nous confesser et faire pénitence (2). ”
2e Siècle. Tertullien dit : ‘“ Plusieurs évitent de déclarer “ leurs péchés, parce qu'ils ont plus soin de leur honneur “ que de leur salut. Ils imitent ceux qui, frappés d’une “ maladie secrète, cachent leur mal au médecin, et se lais- “ sent ainsi mourir. Vaut-il donc mieux vous damner en “ cachant vos péchés, que de vous sauver en les confes- “ sant (3). ”
(1) Voir sur ce sujet l'excellente dissertation publiée par le Rév. P. Braün, (2) Epist. IT ad Cor. (3) De pœnitentià, cap. À.
8° Siècle. “ Pour ceux qui retombent après leur Le “il y a encore un moyen d'obtenir le pardon, moyen dur et “ laborieux, c'est la pénitence ; c’est lorsque le pécheur ne “rougit pas de confesser son péché au prêtre du Seigneur, ‘et de demander le remède... Il faut confesser jusqu'à ses “ pensées mauvaises, car tant qu'elles sont cachées, il est “impossible de les détruire entièrement, Ni donc nous “avons péché, nous devons dire comme David : Je vous “ai fuit connaître mon péché, et je n'ai point caché mon “iniquité. J'ai dit: Je déclarerai mon injustice au Nei- “ gneur contre moi-même. Car si nous faisons ceci, et que “nous révélions nos péchés non-seulement à Dieu, mais ‘encore à ceux qui peuvent guérir nos blessures, nos pé- ‘ chés seront effacés. ” (Rohrbacher).
Ailleurs, commentant cette parole du Psaume 87 : Je déclare mon tiniquilé, * considérez bien, dit Origène, comme
Le écriture nous enseigne qu'il ne faut point céler son pé-
‘ ché au dedans. Ceux qui ont dans l'estomac une nourri- “ture indijeste où bien une surabondance d'humeur et de “ bile, s'ils les rejettent, ils sont soulagés. De même, ceux “ qui commettent un péché, s'ils le cachent au dedans “ deux-mémes, ils en sont comme suffoqués ; mais s'ils “ s'en accusent et s'en confessent, ils rejettent en méme “temps et le péché et toute la cause du mal-être, seulement “ examinez avec soin à qui vous devez le confesser. LE prou- “vez auparavant le médecin qui sache être faible avec “ celui qui est faible, pleurer avec celui qui pieure, qui “ connaisse la science de condouloir ( en latin : condolere ) et “ de compatir, afin que l'ayant reconnu instruit et miséri- “ cordieux, vous suiviez les conseils qu’il vous donnera. “ N'il juge que votre mal doit être découvert dans l’assem- “ blée de toute l'Eglise, pour votre guérisonet l'édification “ des autres, il le faut faire, mais avec grande délibéra- “tion. ” (Rohrbacher).
Je me permettrai de faire observer que ce passage indique nettement que, du temps d'Origène, il y avait deux manières de se confesser, l’une secrète et l’autre publique.
4 Siècle. Saint Athanase s'exprime ainsi : “ De meme
‘“ que l'homme baptisé est éclairé par le Saint-Esprit, ainsi
“ celui qui confesse ses péchés dans la pénitence, en obtient ‘ la rémission par le prêtre (1).”
Dans le même siècle, saint Basile dit. ‘ Il faut absolu-
(1) Colect. choisie des Pères, tome II,
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“ment découvrir ses péchés à ceux qui ont reçu la dispen- “sation des mvsteres de Dieu (1).
5° Siècle. Saint Ambroise, d'après saint Paul, son biographe, pleurait tellement lorsqu'un pénitent se confessait à lui, qu'il Le faisait fondre en larmes.
Dans le méme siècle, saint Augustin prononçait ces paroles : “ Que personne ne dise: Je fais pénitence aux yeux “ de Dieu,et c’est assez que Celui qui doit m'accorder le “pardon, connaisse la pénitence que je fais au fond de mon “cœur. S'il en était ainsi, répond le saint docteur, ce serait sans raison que Jésus-Christ aurait dit : ce que vous délierez sur la terre, sera délié dans le ciel, et qu'il aurait confié les clefs à son Eglise, Ce n’est dorc pas assez de se confesser à Dieu, il faut encore se confesser à ceux qui ont reçu de lui le pouvoir de lier et de délier (2). ” 6e Siècle. Il est inoui, dit St-Jean-Climaque, que les péchés dont on à fait l’aveu au tribunal de la pénitence, aient été divulgués. Ainsi, Dieu l'a permis, afin que les pécheurs ne fussent pas détournés de se confesser, et pri- “vés de l’unique espérance de salut qui leur reste, ?” (Dans sa vie).
Saint Grégoire le Grand, expliquant ces paroles de l’évangile : Lazare, veni foras, dit aux pécheurs : “ Pourquoi * wardez-vous vos péchés dans le fond de votre conscience ?
Tirez-les de l'abime par la confession, et vous serez déliés “ par le ministère des prêtres, eomme Lazare fut délié par
les mains des disciples du Seigneur (3). ”