‹ Le petit arsenal du Catholique ou Traité élémentaire de controverse [microforme]Chapitre 24 sur 29 · non senlement se voient, mais encore conversent · texte numérisé non relu

non senlement se voient, mais encore conversent

ensemble à une immense distance... Savez-vous l’histoire ou la parabole évangélique du riche et de Lazare?

Le colporteur : Pourquoi ne la saurais-je point ?

Jean-Baptiste: Mon ami va nous la lire. Elle pourra jeter quelque lumière sur le sujet qui nous occupe. S’adressant à Joseph Lami : Commencez-en la lecture au 22e verset du chap. 16e de saint Luc.

Joseph Lami : « Or, il arriva que ce pauvre ( Lazare } « mourut, et fut transporté par les Anges dans le sein « d'Abraham. Le riche mourut aussi, et eût l’enfer « pour sépulcre. Et lorsqu'il était dans les tour- «ments. il ,Jeva. les yeux en haut, et vif ,.de «loin Abraham et Lazare dans son sein, et s'é- « criant, il dit ces paroles: Père Abraham, ayez pitié

« de moi, et envoyez-moi Lazare, afin qu’il trempe le « bout de son doigt dans l’eau pour me rafraîchir la « langue, parce que je souffre d'extrèmes tonrments « dans cette flamme. Mais Abraham lui répondit: « Mon fils, souvenez-vous que vous avez reçu vos « biens dans votre vie, et que Lazare n’y a eu que des «maux; c’est pourquoi, il est maintenant dans la « consolation, et vous dans les tourments. De plus, il «y a pour jamais un grand abime entre nous et vous ; « de sorte que ceux qui voudraient passer d'ici vers « vous ne le peuvent, comme on ne peut passer ici du « lieu où vous êtes. Le riche lui dit: Je vous supplie « donc, père Abraham, de l'envoyer dans la maison « de mon père, où j'ai cinq frères, afin qu'il leur at- «teste ces choses, de peur qu'ilsne viennent aussi «eux-mêmes dans ce lieu de tourments. Abraham lui « repartit : ils ont Moïse et les prophètes: qu'ils les « écoutent. » (19)

Le colporteur : Que pré’ ndez-vous prouver par cette histoire ?

Jean-Baptiste : Je prétends prouver ce dont vous venez de vous moquer, savoir : 1° qu’on se voit de bien loin, dans l’autre vie ; 20 que, malgré l’espace d’un grand abime, on peut encore se voir ; 3° que non seulement on se voit, mais oncore qu'on peut se faire entendre et converser ; 4° que même les damnés jouissent du privilége de voir les saints dans le séjour du bonheur, comme le riche voit Lazare dans le sein d’Abrahan ; 5° que, en outre, on se connait; 6° enfin que les saints connaissent ce qui s’est passé sur la terre, après leur mort, puis qu'Abraham, qu avait vécu avant Moïse et les prophètes, renvoie les frères du riche aux écrits qu'ils nous ont laissés.

Vous voyez maintenant, Mr le colporteur, que les ca-

-tholiques n’ont pas raison ce se troubler quand ils en-

tendent des hommes, comme vous, se:moquer d’eux, parce qu'ils croient que les âmes ont la vue assez longues pour voir ce qui se passe ici-bas. Le seul sen-

timent qu'ils ont alors, c'est celui d’une grande pitié pour l'incroyable ignorance de ces messienrs.

Je puis encore vous prouver, reprit Jean-Baptiste, par d’autres textes de votre bible tranquée que, de la hauteur du ciel, on voit Ce qui se passe sur la terre, et même, qu'on se parle. Lisons le 17e verset du chap. 21e de la Génèse. « Or, Dieu écouta la voix de l’en’ant, et un « Ange de Dieu appela Agar du ciel et lui dit: Agar, « que faites-vous là ? Ne craignez point; car Dieu a « évouté la voix de l'enfant du lieu où il est. »

Voilà bien, reprit Jean-Baptiste, un Ange qui, du haut du ciel, parle à une personne de ce monde. On communique donc du ciel avec la terre ? et on s’occupe en haut, parmi les anges de Dieu, de ce qui se passe icipes.

Vous pourriez peut-être aussi, Mr le colporteur, trouver dans le texte que je viens de citer, la solution d’un doute que vous m'avez communiqué, il ya un moment. Il yest dit que Dieu entendit la voix d’Ismaël, et chargea un Ange de parler à sa mère, Agar. Saint Paul va vous donner la clef de cette conduite de la Providence. « Tous les Anges ne sont-ils pas des esprits qui tiennent lieu de serviteurs et de ministres, étant envoyés pour exercer leur ministère en faveur de ceux qui doivent être les héritiers du salut. » ( Héb. chap. 1. v. 14.) D'où 1l faut conclure que Dieu, qui n’a besnin du secours de qui que ce soit, ( Actes, chap. 17, v. 25. ) se sert cependant de ses Anges pour en faire des messa. gers entre le ciel et la terre. Ce monde est donc en relation avec l’autre par le moyen de craétures qui sont comme des intermédiaires entre Dieu et les hommes. Supposant donc (ce qne je n’admels point) que les saints du ciel ne pussent communiquer directement avec les homimes, ils le pourraient certainement par le ministère des Anges.

Joseph Lami : Vous avez omisun texte qui me semble encore beaucoup plus fort que céux qué vous avez cités ; le voici : « Mais dans l'instant l’Ange du Seigneur

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« lui cria du ciel: Abraham, Abraham! 1llui répon- « dit: me voici.» Ici, ont voit Abraham entendre la voix d'un Ange et lui répondre, quoique l’un soit dans le ciel et l’autre sur la terre. Je puis donc conclure, à mon tour, dit Joseph Lami, que les hommes ont communication avec d’autres créatures qui sont au ciel Ainsi les catholiques, qui croient à -ces communica

tions ne sont pas aussi simples que le disait Mr le colporteur.

Le colporteur : Vous ne me parlez que des Anges qui voient ce quise passe ici-bas, et ce sont bien des saints dont il est question.

Jean-Baptiste: Ün peu de patience, et je vais vous satisfaire. D'abord Jésus-Christ nous dit en saint Matth. ( chap. 22, v. 30.) «que les saints seront, dans « le ciel, comme les Anges de Dieu.» Ce que l’on dit

des Anges, on peut donc également le dire des saints.

Vous avez, eh second lieu, dans l’histoire du riche ét de Lazare, la preuve qu'Abraham connaissait ce qui s'était passé sur la terre. Voici, en troisième lieu, une preuve que les saints, vivant en ce monde de ténèbres et d’ignorance, ont connaissance d'évènements arrivés à des distances très éloignées de lendroit où ils demeuraient. Vous allez voir qu'ils pénêétrent les intentions et voient, comme sans voile, les actions faites en secret. D'où, à plus forte raison, je puis bien conclure que, dépouillés de leur enveloppe charnelle, ils doivent et mieux voir et mieux connaitre. Je vais vous citer des exemples.

io Au moment d'être lapidé pa: les Juifs, saint Etienne. « levant les yeux au ciel, vit la gloire de « Dieu, et Jésus qui était debout à la droite de Dieu; «et il dit: de vois les cieux ouverts, et le Fils de «l'homme qui est debout à ladroite de Dieu. » ( Actes des Ap. chap. 7, v. 55.) | |

20 Tous savent que les prophètes voyaient et annonçaient à la terre les évènements futurs et toutes

: les circonstances qui devaient les accompagner.

30 Saint Jean, dans son Apocalypse, décrit avec un merveilleux détail l’histoire de l’Eglise jusqu’à la fin des temps.

40 Les amis de Dieu,en ce monde, savent ce qui s’est passé hors de leur présence. Ainsi, dans le 4e biv. des Rois, (chap. 5, v. 26.) Giézi, serviteur du prophète Elisée, reçoit de Naaman deux talents d'argent et deux habits, hors la présence de son Maitre. Giézi cache, avec soin, son vol dans sa maison. Lorsque, le soir, il vient se présenter devant Elisée, le prophète Jui apprend que son cœur élait présent avec lui, et qu’il connaît tout ce qu’il a fait. Pour le punir de son avarice et de sa duplicité, il dui lègue la lèpre de Naaman.

90 Nous voyons, dans Daniel { chap. 2.) que Nabchodonosor avait eu une vision. Il raconte ce qu’il avait vu à ses devins et aux savants de son royaume, mais aucun d’eux ne peut en donner l'explication. Daniel, l’ami de Dieu, est demandé par le roï. Ce saint homme fait connaître au roi ce qu’il avait vu et lui en donne l'explication.

60 Nous voyons encore ( Actes des Ap. chap. 5.) que Ananie et Saphire vendent un fond de terre; gardent une partie du prix de cette vente et apportent le reste à saint Pierre, lui assurant que c’est le prix total du fond qu'ils ont vendu. Mais saint Pierre, éclairé d’une lumière céleste. connaît et déclare leur tromperie.

70 Nous voyons enfin ( 4e lv. des Rois, chap. 6, v. 11, 12.) que le roi de Syrie demande à ses serviteurs quel est celui d’entre eux qui a découvert tous ses secrets au roi d'Israël : L'un de ses officiers lui répond: « Ce « n’est point qu'on vous trahisse, Ô roi, mon Seigneur, « mais c’est le prophète Elisée qui est en Israël, qui «découvre au roi d'Israël tout ce que vous dites en «secret dans votre chambre. » sh

A la vue de tous ces témoignages, vous serez forcé, Mr le colporteur, d’être assez équitable pour accorder aux saints du ciel ce que Dieu accorde quelquefois

Médine de. à chine :

aux saints de ce monde. Bien plus, vous ne pousserez as l'injustice jusqu’à refuser aux habitants de la céeste Jérusalem une clairvoyance dont jouissent les mauvais Anges.

: Or, nous voyons, lo dans le livre de Job (chap. 2, que le démon sait, en grande partie du moins, ce qui se passe sur la terre. 20 dans l’Apocalypse, ( chap 12, v. 10,) que le démon, qui accusait les hommes jour et nuit, devant le trône de Dieu, a été précipité dans l’abime Comment les eût-il accusés s’il n’avait pas eu connaissance de ce qu’ils faisaient ? 30 Nous voyons en saint Matth. (chap. 4.) que le diable avait connu le jeûne de Jésus-Christ et qu'il s’approcha de lui ponr le tenter, dès que le Sauveur eut terminé son jeûne. 4° Enfin, nous lisons en saint Matthieu, ( chap. 8, v. 29.) que les démons connaissaient que Jésus- Christ était le Fils de Dieu.

Je pense donc, Mr le colporteur, que vous ne ferez pas un grand acte de générosité en accordant aux amis de Dieu, dans le ciel, une connaissance que la bible accorde aux mauvais génies de l'enfer. Je vous prie donc de méditer ce remarquable verset du prophète David ( Ps. 35, v. 10.) « Car la source de la vie «Cest dans vous (Seigneur) et nous verrons la lumière «dans votre lumière même. » texte ne veut-il pas dire que, par leur union avec Digu, dans le ciel, les saints verront ce que Dieu voit.'de même qu’ils le connaîtront comme ils en seront connus { Z. Cor. chap. 13, v. 12.) et qu’ils seront semblables à -Jésus-Christ, parce qu'ils le verront tel qu’il est. ( de S. Jean, chap. 3, v. 2. )} Peut-il paraître étonnant après cela, qu'ils nous connaissent et qu'ils aient la connaïssance de ce qui se passe en ce monde !

Je crois devoir faire observer ici qu’il règne une union parfaite entre tous les membres de l'Eglise, qui ne font qu'un seul corps avec Jésus-Christ leur chef, selon ces paroles de saint Paul, (aux Ephés. chap: T, v, 22.) « 1l l’a (Jésus-Christ) donné pour chef à toute

«l'Eglise.» Celle qui triomphe dans le ciel, celle qui combat sur la terre, celle qui souffre dans le purgatoire, ne forment ensemble qu'une mème Eglise, dont l’état est différent, mais dont le corps est le même. Or, cette union exige nécessairement que les membres s'intéressent les uns aux autres el s’entr'aident réciproquement. La charité étant parfaite dans le ciel, et la charité faisant un devoir « de nous aimer les uns les « autres. » ( {Jean, ch.3, v.23) Peut-on même supposer que les saints qui règnent avec Jésus-Christ, dont des frères (Jean, chap. 20, v. 17) sont en ce monde, ne s'intéressent pas au salut de ces frères dont ils connaissent .es besoins ?

Aux témoignages de la sainte Ecriture que je viens de citer pour prouver que les saints ont connaissance de ce qui se passe en ce monde, j'ajouterai le passage suivant de saint Augustin, dans son livre dusoin des morts. Nous allons voir la multitude des moyens par lesquels les morts peuvent être instruits de ce qui se passe ici-bas.

« 11 faut donc avouer que les morts ignorent ce qui « se passe ici-bas, mais pour le moment nième où ce- « la se passe, et qu’ensuite ils peuvent l’apprendre de « ceux qui, mourant à leur tour s’en vont les rejoindre : « non pas toutefois ,de manière à apprendre . d'eux «tout ce qui se at parmi nous, .mais simplement « les choses qu’il &St permis à ceux-ci de leur rappor- «ter, et qu’il leur importe à eux-mêmes de connaitre. « Jls peuvent aussi en recevoir quelque connaissance « des anges qui sont présents à ce qui se fait ici-bas,au- « tant que peut le permettte ou que le juge à pro- «pos celui à qui toutest soumis. Car s'il n'y avait « pas d’anges qui eussent commerce à la fois avec « les vivants et avec les morts, Notre Seigneur n'au- «rait pas dit.( Luc, chap. 16, v. 22 ) que le pauvre, à sa « mort, fut emporté par les anges dans le sein d’Abra- « ham. Et ïls peuvent être tantôt ici, tantôt là, puis- « qu'ils enlevèrent le pauvre d’un endroit pour Je pla-

ance

« cer dans un autre, d’après l’ordre que Dieu leur en «avait donné. Les esprits des personnes décédées «peuvent encore connaitre, suivant qu’il plaît à Dieu «de les leur révéler, non seulement les choses passées “ou présentes, mais même les futures, s’il est bon «qu'ils en soient instruits et s’il n’est pas nécessaire «qu'ils les ignorent; de même que, je ne dis pas «tous les hommes, mais du moins # prophètes, «tandis qu'ils vivaient, pouvaient avoir connais- «sance de ces mêmes choses; non, encore une fois, « de toutes les choses à venir, mais de celles-là seu- « lement que Dieu jugeait à propos, dans sa sagesse, « de leur faire connaître. L'Ecriture nous atteste pa- «reillement que les âmes des morts sont quelquefois “envoyées auprès des vivants, comme saint Paul, au « contraire, fut ravi du milieu des vivants jusqu’au «troisième ciel. Car nous y lisons que le prophète « Samuel déjà descendu parmi les morts, annonça l’a. « venir au roi Saül, quoique quelques uns pensent que « ce n'est pas Samuel qui à pu être évoqué par les «moyens magiques, mais que ce fut un esprit en «rapport avec ces criminelles opérations qui emprun-

«ta sa ressemblance. Cependant l’Ecclésiastique, qu’on

« dit être l'ouvrage de Jésus, fils de Sirach, et qu’on

«n’en appelle pas moins un des livres de Salamon.à

« Cause de la ressemblance de Style, dans léloge

«qu'il fait des patriarches, raconte de Samuel] qu'il

« prophétisa même après sa mort. Mais si les Hébreux

« refusent d'admettre ce livre, sous prétexte qu'il ne

« se trouve pas dans leur canon, que dirons-nous de

« Moïse, qui certainement est mort, comme on le dit

« dans le Deutéronome, et que l’évangile nous montre

«apparaissant au milieu des vivants, de société avec

« Elie { Matth. chap. 17, v. 3.) qui, comme on le sait,

«n’est jamais mort lui-même. »

D'après le témorgnage de cette grande lumière de l'Eglise du commencement du cHeeR siècle, qui osera reprocher aux catholiques de croire que les

âmes des saints, parties de ce monde, ont connaissance de ce qui se passe ici-bas? Qui, par conséquent les blâmera, avec quelque apparance de raison, d’avoir confiance en eux et de les invoquer ?

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