‹ Le petit arsenal du Catholique ou Traité élémentaire de controverse [microforme]Chapitre 6 sur 29 · XX VIN · texte numérisé non relu

XX VIN

n'avait jamais osé en acheter une, parte qu'il craignait, non sans raison, que velte lectüre, qui avait enfanté les innombrables sectes protestantes qui déshonorent le christianisme: par leurs doctrines plus ou moins extravagantes, ne lui fut plus nuisible qu'utile et, qu'au lieu de Iui servir à se confirmer dans sa foi, elle ne servit qu'à la lui faire perdre

Mais, comme le religieux Jean-Baptiste était du nombre de ces hommes sages qui ne prennent aucune détermination importante sans prendre conseil d’un homme sage, suivant l'avis que Tobie donnait à snn fils : * Demander toujours couseil à un homme sage.” (cha. 4, v. 191; il se décida à aller consulter son curé, et à lui faire part et de son désir et de ses craintes,

Le curé de Jean-Baptiste. homme de scince et de grande vertu, le loua grandement de sa démarche, et l’'encouragea à lire les livres sainês. Mais, avant de lui confier le volume sacré, il se crut ob igé de lui donner les avis qui vonts:1ivre :

lo Je connais votre pété, votre hon sens et surtout, votre soumission aux décisions de l'Eglise, et voilà ce qui m'engage à vons donner une bible. Mais ce n’est que pour vous s'ul Car l'Eglise, notre Mere, exige que la lecture de la sainte écriture ne suit point accordée à tous indistin-tement, suivant la quatrième règ'e de l’Index des livres defendus ; la voici :

« Comme il est manifeste, dit cette règle, que si « on laisse sar:s choix la lecture de la bible en langue « vulgaire, il arrivera, par [a témérité des hommes, « plus de mal que d'utitité, il dépendra de la discré- «tion de l'évêque ou de l’inquisiteur, de pouvoir ac- « corder, sur lunis du curé ou du confrsseur,.la lecture « d'une version de la bible en langue vulgaire, qui soit : « faite par dés auteurs Catholiques, pour ceux qu'ils « connaitront en état de tirer de cette lecture, non « quelque domage, mais nie augmentation de foi et « de piété : il faut qu'ils aient cette permission par :eécrit »| Mgr. Fénélon, lestre à l'év, d'ârras:)

xxr*

Ainsi, comme vous le voyez, mon cher Jean-Bap

tiste, vos craintes étaient bien fondées, puisque

l'Eglise exige q''on ne permette la lecture de la bible, en langue vulgaire, qu'à ceux qu'on croira devoir en retirer une augmentation de fut et de piélé. Je crois devant Dieu que cette lecture produira en vous ces heureux résuitits.

20 Dans la même lettre, le grand Fénélon, après avoir longuement discuté cette question de la lecture de la bible par les fidèles, eu langue vulgaire, établit les deux principes suivants : «L'Eglise, en «paraissant changer de discipline extérieure, n’a ja- « mais changé en rien ses véritables maximes. Elle «en a toujours eu deux très constantes : la première «est de donner le texte sacré à tous ceux d’entre ses «enfants qu'elle trouve bien préparés à le lire avec « friut ; la seconde rest de ne paint jeter les perles « devant les pourceaux, et de ne point donner ce texte «anx hommes qui ne le liraient que pour leur perte. « Ma pensée, ajoute le savant archevèque, est'qu'it ne «faut jamais séparer ces deux doctrines de l'Eglise ; « l’une est de ne donner la sainte bible qu'à ceux qui « Sont déjà préparés pour la lire avec fruit ; l’autre est « de travailler sans cesse à les y préparer. »

30 Quand aux dispositions qu’on doit apporter à la lecture de ce livre divin, voici celles qu'éxige cet homme consommé dans la science des saintes écritures. .

CH fant avoir l'esprit guéri de présomption ( voilà « le principe fondamental qu'il pose. \ Alors, suivant « la régle de saint Augustin, on passe : ir totit ce que « l'on n'entend pas et on s'édifie de tout ce qu'on en- « tend. On n’a aucune péine à croire que la parle de « Dieu a une profondeur mystérieuse. qui est 1rrpé- « nétrable à notre faible esprit. Alars on écoute avec « docilité tout ce qu'on apprend des pasteurs pour jus- « fier ces endroits difficiles ; alors on tourne toûte “ son attéfition vers les principes qui servent de clef;

« alors on se déïe de soi, et on craint sans cesse de « donner trop d’essor à sa curiosité et à son raison- «nement ; alors on se laisse juger par cette parole « saus jamais la juger; alors on ne ht aucun endroit « de l'écriture qne par le conseil des pasteurs ou direc- « leurs expérimentés, et on ne les lit que dans l'esprit « de l'Eslise mème ; alors on ne prie eucore plus «“ qu'on ue lit, on ne lit qu'en esprit de priëre, et on « compte que c'est la priere qui nous ouvre les écri- « tures. »

Maintenant, conclut le digne pasteur, je puis vous confier une bible, pourvu toutefois que vous mettiez fidèlement en pratique les salutaires avis donnés par le grand archevèque de Cambray.

Mon devoir est donc de vous avertir que si vous les oubliez pour un instant vt qu, au lieu de chercher dans la lecture de ce divin livre à vous atfermir dans votre foi et à en nourrir votre piété, vous ne le li sz que par osteutation.ou pour juger l'Eglise, ou pour en tirer un vain sujet d'orgueil; cette lecture tournerait à votre ruine, et bientôt vous en svriez rendu au poiut où sont aujourd’hui un trés-grand nombre d’hommes pour qui la lectu’e de la bible a été un sujet de scandale et de ruine spirituelle. |

Soyez convaincu, mon cher Jean-Baptiste, que tout ce que vous croiriez y trouver qui ne s’accorderait pas avec Les enseignements de l'Eglise, serait ou ignorance de votre esprit ou erreur de votre jugement, car vous le croyez sincèrement, l'Eglise est infaillible. Afin d’eviter tout danger pour votre foi, je vous conseille instamment de me venir consulter, chaque fois que quelque texte vous paraîtra obscure, et que les notes

explicatives, mises au bas des pages, ne suffiraient pas

pour vous en donner l'intelligence.

Enfin, pour vons prémunir contre les attaques des ennemis de votre foi. qui viennent vous tendre des piéges jusque dans votre maison, je vous prie de vous appliquer, avant tout, à prendre connaissance des

Page 1