CHAPITRE PREMIER
Jean-Baptiste met en fuite les protestants qui le harcelaient.—Arrivée d’un colporteur—- Manière dont le colporteur se met à table et en sort.-- Discussion préliminaire sur l'usage de colporter des bibles.— Bible de Sacy.— Les falsifications que lui ont faites des mains protestantes.— Un mot sur le schisne de Beaver.
Plusieurs années s'étaient écoulées depuis le jour où Jean-Baptiste Fidèle avait reçu une bible des mains de son curé, et, ce qui lui avait g'andement été utile, de salutaires conseils qu’il avait suivis avec la plus grande fidélité. On pense bien que guidé par son vénérable pasteur qu'il consultait très-souvent, notre brave compatricte avait retiré de grandes connaissancesreligieuses de ces livres divins. Suivant l’avis de son curé, il s'était surtout familiarisé avec les textes qui prouvent les vérités Catholiques que nient les protestanis.
Les lecteurs de ce petit livre croiront sans peine que les tristes apostats Canadiens qui le harcelaient depuis longtemps avec leurs bouts de passages bibliques, reçurent bientôt le châtiment que méritaient leur iguarance et l'ignoble métier qu'ils exerçaient en travaillant à arracher la foi du cœur de leurs compatriotes. Après deux ou trois discussions dans lesquelles Jean- Baptiste leur prouva, par la bible, qu’ils n'étaient que des ignorantsque d’autres ignorants avaient poussés dans un abime, car, a dit la vérité, «Si un aveugle en
« conduit un autre, ils tomberont tous deux dans la « fosse » ( Matth. chap. 15,,v. 14. ) Ces renégats avaient fui sa maison pour n’y plus remettre'le pied.
Jean-Baptiste s’applaudissait de la tranquillité dont il jouissait depuis la fuite de ces pauvres dupes, qu’il avait convaincus d’avoir laissé la vérité pour embrasser l'erreur, l'Eglise Catholique pour une secte protestante, lors qu’un béau jour du mois de Juin, qu'il revenait de son champ {car il était cultivateur), il vit entrer, dans sa maison, un voyageur chargé d’un assez lourd fardeau. Comme le jour était sur son déclin, cet homme lui demanda à passer la nuit dans sa maison ; ce qui lui fut accordé avec cette grâce charmante qui caractérisait l’ancienne hospitalité Canadienne.
Ayant reçu cetle permission, le voyageur alla déposer son fardeau dans un coin de l'appartement et vint s'asseoir près de notre brave Jean-Baptiste.
Comme d'ordinaire, la conversation roula d’abord sur le temps, le pays, l'apparence de la récolte et autres sujets semblables jusqu'au moment du souper.
Quand la table fut servie, Jean-Baptiste invila son hôte à partager le souper de la famille. Le voyageur affamé ne se fait pas prié longtemps. Il alla donc se mettre à table, mais sans façon, sans bénédicité, sans signe de croix, comme un cheval qu'on conduit près d’un ratelier gârni de foin, pour y prendre une nourriture dont la pauvre bête ignore le donateur suprême. Cette conduite blessa profondément le bon et religieux père de famille. Mais il dissimula son indignaiion.
Quand le souper fut terminé, le voyageur se leva de table comme il s’y était assis, sans prière, sans actions de grâce et sans aucune marque de reconnaissance envers Dieu, l’auteur premier de la nourriture qu’il venait de prendre.
Chez tous les peuples, la participation: à une table a servi à rapprocher les cœurs et à former des amis. L’hôte de Jean-Baptiste profitant de cette loi, se crut
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autorisé à déclarer à celui qui l'avait reçu à sa table, qu’il était un cclzorteur de bibles envoyé par les sociétés bibliques pour donner aux Canadiens les moyens de s’instruire de leur religion.
On ne se fera jamais une idée de l’étonnement et de l’indignation que causa au brave Jean-Baptiste une semblable déclaration. Comment pouvait-il en être autrement : puisqu'il avait dans sa maison un colporteur de bibles protestantes! 11 lui avat donné l’hospitalité pour la nuit ! Il l'avait reçu à sa table! C’en était plus qu'il ne fallait pour effrayer sa religion! Pouvait-il éprouver d’autres sentiments ? lui qui connaissait si bien l’affreux métier qu’exerçaient ces colporteurs d’une nouvelle espèce ; cette eugeance de prédicants sans mission ;. ces coureurs de maisons; ces embaucheurs hypocrites ; cette peste publique qui
-va Offrir aux Canadiens des traités injurieux à leur foi,
ou des bibles falsifiées ; ces empoaisonueurs des consciences qui n’ont d'autre but, en Canada, que de faire des apostats ; ces francs hypocrites, en un mot, qui ont des paroles mielleuses à la bouche, et, sur le frout, une hardiesse et une effronterie dignes des hommes
qui les paient pour ce trafic honteux.
Prenant cependant son parti, il se décida à ne pas manquer à l'hospitalité promise, et, adressant la parôle à ce colporteur, il lui demanda où étaient les bibles au’il colportait.
Le colporteur : Dans le paquet que je viens de déposer sur le plancher de cette chambre.
Jean-Baptiste : Quoi! ce sont des bibles que vous avez dans le paquet que vous avez jeté, sans façon, dans un coin de cette chambre ! En vérité, il paraît que vous avez un grand respect paur ce livre divin! A ce que je vois, vous ne vous contentez pas de le traîner par les chemins comme une vile marchandise, mais voilà que vous le jetez sur un plancher où je ne voudrais pas mettre le chapeau qui me couvre la tête !
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Le colporteur : Vous ne m'avez pas offert une table pour déposer...
Jean-Baptiste : Eh ! qui aurait jamais imaginé que c'était la parole de Dieu que vous traitiez ainsi — Alors Jean-Baptiste va prendre le paquet qu'il dépose sur une table.
Le colporteur : Auraïs-je le plaisir de vous donner une de ces bibles, pour vous remercier de votre généreuse hospitalité ?
Jean-Baptiste : Je vous remercie, monsieur.— Je ne veux pas d’une bible sortant de ce paquet — Vous ne leur portez pas assez de respect pour me faire croire que ce sait des bibles véritables.— A moins que vous ne sachiez pas se que c’est que la bibie.
Le colporteir. ve vivacité: Je suis protestant, mon ami, voilà pourquoi je connais ce qu'est une bible ; — voilà pourquoi je ernis à la bible, — j'aime la bible et je mourrais mille fois plutôt que de me séparer de ma bible. —
Après celte explosion d'amour biblique, le colporteur
se mit à débiter à Jean-Baptiste des phrases apprises dans les pamphlets grands et petits dont ies sociétés des bougies éteintes font inorder les routes publiques, les villes et les campagnes de l'univers et jusqu'aux maisons où un honnête homme n'a jamas mis le pied. Tenant sa patience à deux mains. le brave Jean-Baptiste le laissa parler tout à son aise, bien assuré d'avoir bientôt l’occasion de le prendre dans le piège qu'il venait de tendre dans sa maison.
€ colporteur s'animant de plus en plus dans son discours, en vint à ce degré d'effervescence protestante, nù le feu biblique fuit vorr des étoilrs en plein midi. Alors Ü vanta, loua, exalta jusqu'aux nues la marchandise qu’il trainait par les chemins. Hélas! hélas! c'était son gagne pain !!}1 1! termina enfin son grand, snlennel et chaleureux discours, sur un ton toutefois assez doucereur, en faisant une assez verte lecnn au brave Jean- Baptiste sur la simplicité qui lui faisait un devoir d'écouter
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ses prètres qui lui interdisaient la lecture de ce livre divin. Sachez, mon ami, ajouta-t-il avec l'assurance d'un homme inspiré, sachez que la lecture de la bible est absolument nécessaire an salut. Puis à s'arréta puur respirer un peu : il était vraiment hors d'haleine
Jean-Baptiste : Je vous avoue que cet avancé me semble singulièrement étrange, pour ne rien dire de plus. Il faut absolument lire la bible pour étre sauvé! Si ce principe élait vrai, il faudrait en conclure que tous Ceux qui ne savent pas hre seraient, par là même, exclus du royaume des cieux.
Le colporteur croyant par son a’:dace, en imposer & son advrrsaire : Je sais ce que je dis, mon ami: il faut absolument lire la bible pour “tre sauvé.
Jean-Baptiste: Si voire avancé est vrai, il faut en conclure que, avant de se séparer de ses Apôtres, Jésus-Christ aurait dû leur tenir ce langage : « Le « temps est arrivé où je daisretourner vers celui qui «m'aenvoyé. Je vous charge du salut de tous les «hommes présents et futurs. N'oubliez pasun mot de « ce que je vais vous dire. Au lieu d'écrire ce que je « voulais apprendre aux hommes et le leurlaisser en «dépôt, je me suis contenté d’aunoncer la parole de . « Dieu de vive voix. Vous vous garderez bien de faire «ce que J'ai cru devoir faire. Vous ferez tout le «contraire.
« Du moment donc que je serai monté au ciel, vous « vous mettrez immédiatement à l’œuvre, mettez par «écrit tout ce que j'ai fait et tout ce que j'ai enseigné, « sans omettre un iota, car la terre ne doit rien perdre « des actions ou des paroles de l'Homme-Dieu. Pôur « venir à bout.de cette immense tâche, vous aurez « soin de vous procurer un grand nombre d'écrivains « qui copieront des millions et des millions d’exem- «plaires de ce que vous leur aurez dicté. Ensuite vous «aurez soin de faire une ordonnance que vous en- « verrez porter dans toutes les parties de l'univers,
« connues ou inconnues. Cette ordonnance, siguée
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