DES ENFANTS. 67 50560000069662000690 LE CHAMEAU
(Planche IV , fig. 2.)
Cet animal, dont la longueur moyenne est de trois mètres et demi sur deux et demi de hauteur , a les cuisses et la queue fort petites, les jambes longues, le pied fourchu comme le bœuf, la tête petite et allongée, les yeux gros et saillants, les oreilles courtes, le front revêtu d’un duvet qui ressemble à dela laine, etle cou extrêmement long. Tout son corps est couvert de longs poils roux.
Ses principaux Caractères distinctifs sont d’avoir au milieu du dos une bosse charnue assez grosse, et cinq estomacs, tandis que les autres animaux ruminants (1) n’en ont que quatre. Ce cinquième estomac est un
(1) On appelle animaux ruminants, ceux qui remâchent ce qu’ils ont avalé,
réservoir où aucun aliment ne peut passer ; c'est celui que l'animal emplit d'eau, et d'où il la fait refluer à volonté dans un autre estomac. Elle s’y conserve plus de huit jours sans se corrompre. Les callosités que l'on remarque sur la partie inférieure de sa poitrine , ne viennent que de son attitude dans les instants du repos. Il s’accroupit au lieu de se coucher sur le côté.
Le chameau est originaire d’Arabie.
Comme les premiers hommes civilisés habitaient cette partie de l'Asie, cet animal utile ne tarda pas à devenir une de leurs conquêtes. L'industrie le répandit ensuite jusqu’en Afrique. Aucun historien ne dit qu'on ait jamais vu des chameaux sauvages. Sans le secours de cet animal , aussi sobre qu'il est vigoureux, il eût été impossible de traverser ces immenses solitudes, où le voyageur ne trouve que des sables brülants. Lui seul rend peut-être autant de services que le cheval, l’âne et le bœuf réunis. [Il n'est pas plus délicat que l'âne sur la qualité de la nourriture ; sa chair , quand il est jeune, est aussi bonne
DES ENFANTS. 69 et aussi saine que celle du veau, son poil est plus beau et plus recherché que la plus belle laine. La femelle donne du lai‘ 5endant plus de temps que la vache: il n’y a pas jusqu'à ses excréments dont on ne tire avantage, quand ils sont desséchés, puisque, mis en poudre, ils servent de litière et qu'on en fait des mottes à brûler, chose précieuse dans les déserts où il ne se trouve pas un arbre.
Les plus grands chameaux portent de cinq à six cents kilogrammes ; les plus pe- Lits trois cents à trois cents cinquante.
Dans les voyages de long cours, on règle leur marche à dix ou douze lieues par jour, quoiqu'ils puissent en faire bien davantage. Pour prendre la charge, ils fléchissent les genoux à la voix de leur conducteur, mettent le ventre contre terre, et demeurent dans cette posture jusqu'à ce qu’on leur ait commandé de se relever. Lorsqu'ils se sentent surchargés, ils demeurent constamment couchés, afin qu’on les allége. Du reste leur obéissance au maitre qui les conduit est admirable. Ils lui
épargnent jusqu’à la peine d'élever les fardeaux , en venant se coucher entre les ballots, et en attendant patiemment qu’on les ait attachés pour se relever. Celui qui conduit une troupe de chameaux, les précède tous et leur fait prendre le même pas que Sa monture , en charmant leur ennui par la voix ou par le son de quelque instrument.
Le chameau est capable de demeurer chargé pendant trente ou quarante jours, et d'en passer huit ou dix sans boire et sans manger. Sa nourriture commune est le maïs ou blé de Turquie et l’avoine. A leur défaut, il se contente de branches d'arbres, de ronces et de joncs. Loin d’aimer l’eau claire, il la trouble avec le pied pour la rendre bourbeuse. La femelle ne produit qu’un petit qu'elle porte environ un an.
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LE NILGAÜT.
Cet animal, originaire des climats chauds, est de la taille d'environ 1 mètre 30 centimètres. Ses cornes ont 17 centimètres de long. Sur ses épaules s’élève une espèce de bosse, surmontée d’une petite crinière, qui prend son origine au sommet de la tête ; une touffe de longs poils noirs pend au milieu de la poitrine. Tout le corps est d’un gris d’ardoise, la tête d’un fauve mêlé de grisätre, le tour des yeux d’un fauve clair, avec une petite tache blanche à l'angle de chaque œil ; les oreilles, qui sont grandes et larges, sont rayées de trois bandes noires vers leurs extrémités ; le sommet de la tête est garni d’un poil noir, mêlé de brun, qui forme sur le haut du front une espèce de fer à cheval. Il a sous le cou , près dela gorge, une grande tache blanche. La couleur du ventre est d’un gris d'ardoise comme celle du corps ; les jambes
de devant et les cuisses sont noires sur la face extérieure , et d'un gris foncé sur la face intérieure. Le pied ressemble à celui d'un cerf, et la queue qui se termine par une touffe de grands poils noirs, est d’un oris d'ardoise sur le milieu, et blanche sur les côtés. Le nilgaut n’est point agile comme le cerf auquel il ressemble beau- COUP , il court au contraire de mauvaise grâce, ayant les jambes trop massives, et célles de derrière plus courtes que celles de devant. Cet animal est doux , et même familier, quoique très vif. Il mange de :
l’avoine, et, de préférence, de l'herbe fraiche : comme ïil produit dans nos climats, ce serait une bonne acquisition à faire. Cn en retirerait de bonne viande, du suif et des cuirs fermes et épais.
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. Cartor. 2. Oiseau du larader. 8. La Rousse]
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CORRARERTES SRE EE SANS | LE CASTOR.
( Planche IX, fig. 4.)
Le Castor habite le voisinage des eaux et vit de poissons, d'écrevisses , et surtout de l'écorce tendre des arbres aquatiques. Ses pieds de derrière ont, au lieu de doigts, une forte membrane qui en fait des nageoires. Ceux de devant sont courts, et il s'en sert avec beaucoup d'adresse. Ses dents, au nombre de vingt, sont extrémement fortes. Tout son corps, à l’exception de la queue est couvert de deux sortes de poils : d’un duvet très-fin et très serré, long d’un pouce, et d’un poil long, qui garantit le duvet de la boue. Sa queue, large de 12 centimètres, est très épaisse, couverte d’une peau écailleuse et longue de 33 centimètres. La couleur du castor est ordinairement brune. On en
irouve cependant de noirs et même de KE)
tout blancs. Les femelles portent quatre mois, et produisent deux ou trois pelits.
Cet animal est court et ramassé. Il pèse 25 à 30 kilogrammes. Dans les cantons les plus reculés du nord de l'Europe et de l’Amérique, les castors élèvent des digues qui retiennent les eaux des rivières à la hauteur qui leur convient , et ils y construisent des habitations en forme de terriers où ils demeurent en famille. Pour couper un arbre, un nombre d'ouvriers, proportionné à la grosseur, l'attaque successivement avec les dents. Les grosses branches servent à faire des pieux pour les digues, les petites entrelacées et enduites d'une terre grasse, remplissent les vides.
La queue de l'animal sert de voiture et de truelle pour amener et maçonner le mortier. Les fondements de ces digues ont ordinairement 3 à 4 mètres d'épaisseur et vont en diminuant de manière à n'avoir plus qu'un mètre au sommet. Le côté du courant d'eau est toujours en talus, et le côté opposé est d’aplomb. Le même artse fait remarquer dans la construction des ca-
banes, ordinairement bâties sur pilotis.
Leur figure est ronde ou ovale. Elles sont voûtées en anses de panier. Les matériaux ne diffèrent de ceux des digues, qu'en ce qu'ils sont moins gros. L’enduit intérieur de la terre glaise n’y laisse pas le moindre jour. Les deux tiers de l'édifice sont hors de l’eau. C’est dans cette partie que chaque castor a sa petite demeure. Il prend soin de la garnir de feuillages. Jamais on n'y voit d'ordures. Les cabanes ordinaires servent de logement à huit ou dix castors. [Il s’en trouve, mais rarement, qui en contiennent jusqu'à trente. Elles sont toujours assez près les unes des autres pour que la communication soit facile et la réunion de ces cabanes forme une sorte de bourgade.
Ces ouvrages sont toujours finis, et la provision se trouve faite avant l'hiver.
Chaque castor n’a qu'un magasin commun pour toute la famille. Dans les contrées où l’homme s’est établi, ces animaux ont perdu , avec l’industrie , cet instinct social si digne d’admiration , et vivent
solitairement dans des boyaux longs et tortueux qu'ils se creusent le long des fleuves.
Le poil fin du castor sert à faire des chapeaux de feutre d’un grand prix. L’espèce du castor diminue de jour en jour. Elle est actuellement corfinée dans les parties les plus désertes et les plus reculées de l’'Amérique septentrionale. Il en existe encore quelques-uns dansle Languedoc,et dans les îles du Rhône.
DES ENFANTS. fus RE AE XIE AIS RUE DRE 5 MX DIE XIE AE IE AXE DE LE JOCKO.
( Planche IX, fig. 5.)
Le Jocko porte aussi le nom de Chimpauzé où Kimpezay. C'est l'espèce de singe qui se rapproche le plus de l'homme par l'intelligence.
Il y a peu d'années, il y avait à Paris un Chimpauzé femelle qu'on nommait Jacqueline. Cei animal , bon, doux et caressant, reconnaissait parfaitement les personnes qui allaient le voir et leur faisait plus de caresses qu'aux autres. M. Werner, célèbre peintre d'histoire naturelle ayant été chargé dela dessiner, Jacqueline fut au comble de la surprise en voyant son portrait. Elle demanda par signes un papier et du crayon, se plaça gravement à la table de l'artiste et se mit à tracer des traits informes. Elle voulut aussi coudre à l’imitation d’une femme qu'elle vit raccommo-
T8 LE BUFFON dant du linge, mais s’étant piqué les doigts elle se dégoût promptiement de ce métier.
Jacqueline avait un chien et un chat qu'elle aimait beaucoup et qu’elle faisait coucher à côté d’elle dans son lit, l’un à droite et l’autre à gauche. Quand le chien et le chat se querellaient, Jacqueline les séparait et les châtiait sévèrement pour les obliger à vivre en bonne intelligence.
Cet intéressant animal est mort d’une maladie de poitrine. Elle n'avait que deux ans et demi.
Le Jocko ou chimpauzé atteint la taille de l’homme. Il habite les mêmes contrées que l'orang-outang.
KO OERON RECOEOE CN DCOOCON OCORCRRTS L'ORANG-OUTANG.
(Planche VI, fe. 5.) |
L'Orang-Outang a la face plate , nue et basanée, les oreilles, les mains, la poitrine ele ventre nus, une espèce de chevelure sur la tête, du poil long , mais rare sur les épaules et les reins, les fesses charnues , et des mollets comme l’homme ; ce qui lui donne la faculté de se tenir debout. IL n’a point, comme les guenons et les baboins,, des callosités sur les fesses.
Son talon est un peu plus élevé que celui de l'homme, ce qui fait qu’il court plus aisément qu'il ne marche; il a aussi les hanches plus serrées , le cou moins long , le nez encore plus écrasé que celui du nègre , le front moins grand , le menton moins relevé, les oreilles plus grandes, les yeux plus voisins l’un de l’autre.
De ces nombreux rapports de confor-
80 LE BUFFON mation, résultent des mouvements pareils à ceux des hommes.
Ces animaux se trouvent en ne ‘et dans les climats chauds de PASsie : ils se nourrissent de fruits et de graines; leur force est, dit-on , si extraordinaire , que dix hommes robustes ne peuvent en arrêéter un seul. Dans l’état sauvage ils se rendent redoutables aux nègres, construisent des cabanes pour s’y meutre à l'abri du soleil et de la pluie, et dorment sur des arbres. Leur taille s'élève quelquefois à deux mètres. L’orang-outang a l'air triste etla démarche grave : ilest d’un naturel doux , et s’apprivoise si aisément , que, quand on le prend jeune, il obéit au moindresigne,etrend autant deservice dansune maison qu’un domestique ordinaire.On en a vu s’asscoir à table, déployer leur serviette seservir de la cuillère,du couteau et de la fourchette, se verser à boire dans un verre‘ choquer le verre lorsqu'ils y étaient invités , aller prendre une tasse ou une soucoupe , l’apporter sur la table, y mettre du sucre, y verser du thé, le laisser refroi-
DES ENFANTS. 81 dir pour le boire, se promener gravement avec les hommes, et leur présenter la main pour les reconduire.
ERA NRC LEE N MÉCONDECIDECS DE LNENENENNRS.
LE MALBROUGK.
(Planche VI, fig. 7.)
Le Malbrougk, qui a environ un demi mètre de longueur, ne marche qu’à quatre pieds :il a la face grise , les yeux grands, les paupières couleur de chair, ainsi que les oreilles, qui sont grandes et minces , le museau large , le front ceint d’un bandeau gris, et la queue de la longueur du corps :
son poil varie par la couleur; car on trouve des malbrougks noirs , blancs , gris , rougeûtres, et d’un jaune brun; cependant ces derniers sont les plus communs. Cette espèce a à peu près les mêmes habitudes que les autres guenons : elle vit dans les forêts, de graines , de cannes à sucre et d'insectes , et prend pour Île pillage " mêmes
précautions ; on la trouve au Bengale et dans quelques autres contrées de l'Inde.
Dans les cantons où la religion défend de faire aucun mal aux animaux, ces guenons se multiplient si prodigieusement, qu’elles viennent par troupes jusque dans les villes , et entrent avec tant de liberté dans les maisons , que les marchands de fruits ne savent comment se mettre à l'abri de leurs recherches. On cite même une ville, dont les habitants garnissent les terrasses de leurs maisons d'une provision de fruits, que les singes du voisinage viennent chercher deux fois par semaine. Il y a dans cette ville plusieurs hôpitaux pour les singes estropiés ou malades. La grande quantité de singes empécherait qu'aucun oiseau ne püt nicher sur les arbres , si ces animaux n'avaient eux-mêmes pour ennemis de gros serpents qui leur font une guerre continuelle.
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