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SECTION DEUXIÈME

ASSOCIATION ENTRE COMMERÇANTS ET CONSOMMATEURS, RS à |

À côté du syndicat des commerçants, il est un autre moyen de lutte contre les coopératives, beaucoup prôné, souvent essayé, et qui mérite quelques développements : c’est l'association non plus seulement entre commerçants, mais entre Commerçants et consommateurs.

Les consommateurs, prenons par exemple des ouvriers, s'adressent aux fournisseurs et leur tiennent le langage suivant : « Vous vendez un peu cher et vos marchandises ne sont pas toujours de première quaqualité. On ne peut vous en faire un trop grand reproche, parce que vous avez beaucoup de mauvais clients, qui paient en retard, où même ne paient pas du tout, et vous étiez en quelque sorte obligés de vous rattraper sur les bons.

«D'autre part vos frais sont élevés, vous payez une lourde patente, et la clientèle est peu nombreuse en raison de la concurrence. Nous pourrions monter une société coopérative de consommation qui vous forcerait bien à baisser vos prix et à fournir des marchandises de meilleure qualité ; mais au lieu de nous combattre il vaut mieux nous entendre. Nous sommes un groupe nombreux dans le quartier, nous allons nous engager à payer comptant, et à nous servir tous chez vous, où chez ceux de vos collègues qui accepteront

nos conditions. Vous serez ne sûrs d’ avoir une clientèle nombreuse et bonne. |

«Mais cela vaut bien une concession de votre part : cette concession sera une remise déterminée, 10°/, par exemple, sur vos prix ordinaires. Cela ne sera pas un sacrifice pour vous, car, au contraire, tout compte fait, vous y gagnerez encore, n’éprouvant pas de perte et vendant davantage. »

Fournisseurs et consommateurs entrent dans cette combinaison et une véritable association se fonde, ayant des statuts et un bureau régulièrement constitué.

Les fournisseurs consentent généralement une remise, leur nom figure avec leur adresse sur une liste qui est remise à tous les membres de l’association, et sont même publiés dans les Journaux locaux.

Ces fournisseurs viennent de temps en temps au bureau de l'association se pourvoir de tickets spéciaux et verser en échange la somme qui représente leur escompte. |

Prenons un exemple: voilà un épicier qui pense vendre aux membres de l’association pour 2.000 francs de marchandises dans l’espace d’un mois. Il se présente au bureau un jour déterminé et on lui remet pour 2.000 francs de tickets. Ces tickets sont généralement de petits jetons en carton ayant une valeur conventionnelle comme les billets de banque, depuis 50 francs jusqu’à 50 centimes. Les tickets correspondent aux monnaies, Il y en a de 50, de 20, de 10, des, de 2, de 1 franc et de O fr. 50.

. L'épicier de son côté paie d'avance la somme qui constitue son escompte. S'il a consenti une remise de 10°/, et qu'il demande pour 2.000 francs de tickets, c’est 200 francs qu’il doit verser au bureau.

. Le consommateur faisant partie de l’association, se présente alors chez le fournisseur, et achète pour 25 fr. de marchandises.

Il paiera comptant, mais en même temps, .il devra montrer au fournisseur une pièce d'identité prouvant qu'il fait partie de l'association et ce dernier lui remettra en tickets une somme égale à celle qu’il vient de payer c’est-à-dire pour 25 francs de tickets.

Une fois en possession de ces tickets et quand il en aura pour une certaine somme, le consommateur se rendra au bureau de l’association et on lui remettra en échange l’escompte fait par le fournisseur, soit 10 °/, de la somme représentée par les tickets, de sorte que si le consommateur présente pour 200 francs de tickets, il recevra 20 francs ; ou mieux on porte à son compte cette somme de 20 francs. Dans ce dernier cas on paiera à l’acheteur dans le courant de janvier toutes les remises de l’année précédente, ou bien on en fera un emploi déterminé par les statuts.

Rien n’est plus simple en pratique que ce système: il fut du reste appliqué il y a quelques années par une société dite des « Coupons commerciauæ ».

Cette société avait été fondée par M. Savary, député de la Manche, homme fort intelligent du reste, mais pas toujours d’une honnêteté scrupuleuse. Après diverses malversations, M. Savary fut poursuivi et

condamné; ilquittala France, et la société fut dissoute,

non sans avoir eu un certain temps de prospérité.

Avec des associations de ce genre, les associés ne sont pas obligés, comme dans les sociétés coopératives de consommation, d’avoir des livrets, d'y faire inscrire tout ce qu'ils prennent, et de paraître ainsi soumis à une espèce de contrôle, Chacun achète ce qu’il veut, sans avoir de compte à rendre ; il n’a de rapport avec le bureau que pour se faire rembourser le montant de son escompte.

Nous prévoyons de suite quelques objections que l’on va nous faire.

Les fournisseurs qui consentent aux membres de l’association une remise de 10 °/, sur le prix de vente de leurs marchandises ne manqueront pas, nous dirat-on. detmajorersleur pric de 10P/ret la remisetme sera qu’un trompe-l'œil. La réponse est facile.

D'abord l’acheteur, s’il est avisé, ne demandera la délivrance des tickets que lorsque son achat sera fait en ne justifiant qu'après coup de sa qualité d’associé ; de sorte que le fournisseur ignorera au moment de la vente s’il est membre de l'association et s’il a droit à une remise de 10 °/,.

Dans les petites villes, nous reconnaissons que ce moyen est insuffisant, car on est vite connu, la clientèle étant assez limitée.

Mais alors il y a une autre précaution bien simple à prendre. Tous les six mois, ou plus souvent suivant les cas, le bureau de l’association s’entendra avec les fournisseurs pour fixer les prix courants des marchan-

dises les plus usuelles. Ces prix courants seront publiés et chacun saura à quoi s’en tenir. Dans ces conditions il n’y aura pas à craindre que le fournisseur surfasse ses prix.

Les fournisseurs qui consentent une remise, nous dit-on encore, se rattraperont en livrant aux associés des marchandises de qualité inférieure.

Mais rien n’est plus simple que de parer à cet inconvénient.

Des membres de l'association ayant le titre de commissaires seront chargés de recevoir les réclamations des acheteurs ; si un fournisseur est convaincu d’avoir livré des marchandises inférieures, son nom sera rayé de Ja liste ; 1l cesse d’être fournisseur de l’association et sa réputation sera vite faite dans le pays.

Enfin, il est difficile pour des ouvriers, dit-on, de payer toujours comptant.

Nous répondons : 1l n’y a que le premier pas qui coûte. L'habitude de payer comptant est vite prise et l’ouvrier s’en trouvera bien. Avec le crédit des coopératives, la misère est entrée dans bien des ménages et la raison en est simple. L’ouvrier endetté finit par être chassé de la société coopérative, et généralement ces dernières ne connaissent pas de pitié, ses salaires sont saisis. Aucune coopérative ne veut plus le recevoir, alors il ne lui reste que la ressource de s'adresser aux petits commerçants de son quartier qu’il n'aurait jamais dû quitter et qui aujourd’hui, connaissant sa situation, sachant qu'il a été chassé de sa société, resteront sourds à toute demande de crédit si des cir-

constances pénibles, si quelques événements malheureux accablent l’'ouvrier.

Avec ce système de vente au comptant, c’est Ja prévoyance qui deviendra la règle des ménages ouvriers et avec elle l’aisance.

Il peut cependant se présenter certains cas dans lesquels l’ouvrier en retard chez ses fournisseurs ou à la coopérative hésitera à entrer dans notre combinaison. Il a bien des griefs à formuler contre eux, il ne demanderait qu'à les quitter ; mais cet arriéré l’en empêche, il craint de leur part des poursuites impitoyables. Et sous l’empire de cette crainte, devant l’éventualité de voir saisir ses salaires et d’être ainsi mal noté à l'atelier, il continue à vivre dans les dettes et à s’y enfoncer de plus en plus.

Pour parer à cette difficulté, pour avoir raison de leurs craintes, un moyen bien simple nous semble tout indiqué. Que l’association s’adioigne une « catsse de prêt » toute spéciale. Voilà, par exemple, un père de famille qui à un arriéré de 200 francs chez ses fournisseurs ; il hésite à les quitter, ne pouvant les payer. Le président de l'association dira à cet homme : « Nous nous chargeons de payer vos dettes, mais à l'avenir payez comptant. Ces 200 francs, nous vous les prêtons et vous n'aurez pas à nous ies rendre ; nous nous rembourserons en gardant pendant quelque temps le montant de vos remises. »

Il nous semble done qu'il n’y à pas de raisons sérieuses à opposer à l'adoption du projet dont nous parlons. Du reste, non seulement les ouvriers pauvres

ou peu aisés entreraient dans cette combinaison, mais également les gens aisés et même riches, comme à

Marseille par exemple. Seulement les riches auraient en outre l’occasion de faire preuve de générosité, de faire un acte de charité fort louable, en abandonnant à l’association les remises qui leur ont été faites. Trouvons-nous quelque part l'application de ce système que nous venons de développer ? Nous ne sommes pas embarrassé pour en citer des exemples. Que font donc, en effet, les associations d'étudiants quand elles recommandent tels ou tels fournisseurs à leurs membres en les assurant d’une réduction de 10 ou 15°/,? Le fait est assez connu pour que nous nous dispensions d’insister. Les Compagnies de chemins de fer ont également leur pharmacien dans chaque ville

importante, et ce dernier, après entente avec la: Compagnie, consent aux employés une réduction qui

va Jusqu'à 20°/,. Les sociétés de secours mutuels ont également des remises importantes faites à leurs membres chez divers fournisseurs. A Lyon, une union entre producteurs et consommateurs est en voie de réussite tout au moins en ce qui concerne la boucherie.

Pourquoi donc ce système assez ingénieux ne pourrait-il pas se développer et atteindre le degré de perfection que nous indiquions plus haut? Il suffit, croyons-nous, pour cela que le petit commerce veuille bien secouer sa torpeur, sortir de la routine où il s’est endormi depuis trop longtemps.

Si des associations de ce genre ne se sont point

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