SECTION DEUXIÈME
AVANTAGES QUE LE PETIT COMMERCE PEUT REÉTIRER DE LA CRÉATION D'UNE BANQUE POPULAIRE.
Il est un fait à constater tout d’abord : c’est qu'il, existe une incompatibilité, une antipathie naturelle entre les sociétés coopératives de consommation et les sociétés de crédit populaire. Les unes et les autres se rencontrent rarement dans les mêmes pays. Elles: semblent s’exclure. Voici parexemple, l'Angleterre, la terre promise des coopératives de consommation : ces sociétés s'y sont développées d’une facon exCep-. tionnelle. Nous avons parlé au début de ce travail des: Pionniers de Rochdale, qui après avoir débuté dans: upe cave avec des ressources qui nous paraitraient aujourd’hui dérisoires, possèdent actuellerent plus de dix millions de réserve. Eh bien ! dans ce même pays, le crédit populaire est à peu près nul , on ne cite. aucune banque mutuelle qui ait fait parler d'elle. Prenons au contraire l'Allemagne, l'Italie, la Suisse ; les banques populaires s'y comptent par centaines. Bon nombre d’entre elles : celles de Milan, de Naples, de Berne, sont connues du monde entier. Or dans ces: mêmes pays les sociétés coopératives de consommation sont très peu répandues, et il n’en existe aucune qui puisse être comparée avec celles de l'Angleterre. La raison en est simple. Un des buts poursuivi par les banques populaires c’est d'aider, d'encourager le: petit commerce local. Celui-ci du reste constitue leur
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clientèle principale. Les banques populaires vivent,
3 prospèrent surtout, grâce au petit commerce. C’est en escomptant son papier, qu’elles font fructifier les De. à fonds déposés chez elles. 5
Les sociétés coopératives de consommation sont au contraire un coup droit porté au même petit commerce. Elles tendent à le faire disparaître, lui causent ; dans tous cas un préjudice considérable, et l'ont ruiné 3 en bien des circonstances. Ennemies du petit com- à merce, les sociétés coopératives de consommation le à sont forcément des banques populaires dont elles sup- Se priment la principale clientèle sans la remplacer. Et | cependant ces deux institutions poursuivent le même à but : «amélioration du sort du travailleur, vie à bon marché », seulement les moyens employés sont différents.
Les moyens employés par les coopératives de consommation, nous les connaissons : c’est la guerre commerciale, la concurrence.
Les banques populaires au contraire suivent une méthode diamétralement opposée, essentiellement pacifique. Au lieu de leur faire concurrence, elles proposent une entente aux petits commerçants. Elles leur tiennent le langage suivant : « Soutenons-nous, aidons-nous, au lieu de nous combattre; soyez nos clients, nous serons les vôtres; nous vous procurerons du crédit, nous nous efforcerons de diriger nos membres de votre côté, et nos membres seront de plus en plus nombreux; ils finiront par comprendre tous les habitants du pays, soit comme actionnaires, soit
comme déposants. Si vous faites des bénéfices sur nous, nous en ferons sur vous, et nos membres retrouveront sûrement chez nous sous formes de dividendes, d'intérêts, l'économie qu'ils auraient pu peutêtre réaliser en fondant des sociétés coopératives. Mais il va sans dire que notre alliance vous est acquise à la condition que vous soyez travailleurs et honnètes, autrement nous cesserions toutes affaires avec vous et nous réserverions nos faveurs pour vos concurrents. »
On a pu dire avec raison que les banques populaires remplacentavantageusement les sociétés coopératives de consommation; qu’elles atteignent le même but en moralisant le petit commerce, en le maintenant dans la bonne voie, et qu’elles présentent en outre cette supériorité de n’apporter aucune perturbation, de ne léser aucun intérêt.
Les banques populaires sont aussi pour les petits commerçants, la meilleure institution capable de les défendre contre les sociétés coopératives, et de résister efficacement à ces dernières.
Dans un pays donné, quand il n’y à pas encore de sociétés coopératives établies, si on veut empêcher leur établissement, la création d’une banque populaire est le moyen tout indiqué.
Pour peu qu’elle réussisse, et elle réussira toujours avec de la persévérance, et une sage direction, elle intéressera bientôt la plus grande partie de la population. La majorité des travailleurs lui aura confié des fonds sous forme d’actions ou de dépôts, et par
conséquent fera des vœux pour sa prospérité. Aurat-on alors l’idée de fonder à côté une société coopérative de consommation, c’est-à-dire une institution qui à un moment donné pourrait ruiner la clientèle de la banque populaire, ruiner cette dernière par contrecoup et porter ainsi atteinte aux intérêts de la masse du pays? Personne n’y songera; on ne fait pas concurrence à ses propres clients.
Seulement si les administrateurs de la banque nu bien avisés, ils perfectionneront de plus en plus l’instrument qu'ils ont en main, lui feront rendre sans peine tous les services que l’on attend parfois en vain des sociétés coopératives de consommation.
Mais supposons un pays où la coopération s’est développée, et où les sociétés coopératives menacent d’anéantir le petit commerce; la banque populaire lui procurera dans de bonnes conditions le nerf de la guerre, le crédit; c’est-à-dire l’arme sans laquelle toute lutte commerciale est impossible, toute combinalson reste stérile. Chacun sera libre d’en user suivant ses facultés et ses convenances. Pas de règle uniforme qui vienne entraver le commerce, lequel a horreur de la réglementation, et besoin avant tout de liberté.
Le crédit ne sera pas, du reste, le seul bienfait que pourrait procurer au commerce, dans de bonnes conditions pour lui, les banques populaires. A côté de ce puissant et précieux auxiliaire, les sociétés de crédits ont des moyens multiples qu’elles ne manqueront pas d'employer pour venir en aide aux petits commer-
çants. Elles auront des agences d’affaires sérieuses et gratuites toujours prêtes à conseiller leurs clients sur leurs affaires litigieuses ; elles s’adjoindront également un bureau de renseignements puisés aux meilleures sources, que les adhérents ne manqueront pas de consulter dès qu'il s'agira de traiter un marché important. Elles seront en mesure, en outre, d’organiser la petite épargne et de la faire fructifier, elles s’intéresseront à la création des œuvres sociales du pays et leur procureront des encouragements.
Enfin, les banques populaires permettront de mettre en pratique l'entente si souvent recommandée entre fournisseurs et consommateurs.
Nous avons parlé, dans un chapitre précédent, de l’émission de bons représentant les remises consenties par les commerçants à certains groupements d’individus devenus leurs clients après entente préalable et concessions réciproques. Or, la banque populaire n'est-elle pas tout indiquée ici pour Jouer le rôle de trait d'union entre le commerce et ces divers groupements de consommateurs ?
C'est elle qui sera chargée de lPémission de ces bons ; elle les délivrera contre espèces aux commercants et les remboursera aux consommateurs ou bien les portera à leur crédit.
Ces remises constitueront des dépôts productifs d'intérêts, serviront aux opérations de la banque et profiteront ainsi aux commerçants qui les auront consenties.
Disons également que les banques populaires fon-
dées dans de telles conditions n'auront point pour but la spéculation et la réalisation d’un gain exagéré. Elles pourront donc prêter leurs capitaux à des taux relativement peu élevés et faire ainsi aux autres banques une concurrence sérieuse et certainement profitable à tous ceux qui ont besoin de crédit.
A l’appui de notre affirmation, nous pouvons citer, dans le département de Saône-et-Loire, les deux banques populaires dont nous parlions plus haut, l'Avenir de Cluny et la Prudence de Montceau-les- Mines, devant lesquelles les autres banques ont dû faire place nette et renoncer à toute opération.