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Prenons d'abord Paris qui à lui seul compte 182 sociétés coopératives. Pour donner quelques exemples parmi tant d'autres, nous pouvons citer au prernier rang la Moissonneuse, qui eut pour parrains lors de sa fondation les députés du XI° arrondissement où elle à ses locaux. Cette société compte à elle seule aujourd’hui 18.000 adhérents ; elle fait pour 7 à 8 millions d’affaires par an, c'est-à-dire autant que des centaines de commerçants réunis ; elle a de plus de nombreuses succursales qui vendent au public, à qui se présente, au passant qui voyant à l’étalage un objet de son goût verse les premiers cinquante centimes obligatoires pour être adhérent, emporte l’objet et ne revient plus.
Et à combien d'acheteurs même ne demande-t-on pasla cotisation d’adhérent ?
Après la Moissonneuse nous pouvons citer la société civile du X VIT arrondissement quiadmetindistinctement tous les adhérents sans distinction de classe ou de profession et qui atteint aujourd’hui un haut degré de prospérité. Cette association compte actuellement près de 3000 membres ; à la fin de 1898 elle était propriétaire d'immeubles évalués à près de 400.000 francs. Son stock en magasin atteignait
80.000 francs et ses bonis pour la même année dépassaient 82.000 francs. Enfin elle distribua à ses adhérents 5,89 °/, sur le total de leurs achats.
D'autres sociétés au contraire limitent l'admission de leurs adhérents à un groupe spécial de professions : telles les sociétés coopératives d'agents de
chemins de fer, ou d'employés d'Etat ou de grandes
administrations. Ce sont alors des groupements purement corporatifs. Parmi ceux-ci l’un des plus importants est l'association des employés de l'Etat du département de la Seine et de la ville de Paris qui à la fin de juillet 1898 comptait 8638 adhérents et 6955 actionnaires. Cette société réalisa dans le premier trimestre 1899 un boni de 270.000 francs.
L'inventaire des magasins à cette date accusait un stock de plus de 900.000 francs. Elle possède en outre des immeubles pour une valeur de 800.000 francs et un fonds de réserve de 610.000 francs.
En province également se trouvent des sociétés coopératives prospères. À Limoges une coopérative compte plus de 4800 adhérents et réunit, ouvriers rentiers, avocats, officiers, fonctionnaires.
Mais c’est surtout dans les centres industriels que les sociétés coopératives de consommation ont pris une extension sans cesse croissante. Quelques-uns de ces centres sur lesquelsil nous a été possible de recueillirquelques renseignements ontattiré particulièrement notre attention. Je veux parler des centres métallurgiques et miniers du département de Saôûne-et- Loire et principalement Le Creusot et Montceau-les-
Mines, qui, à eux seuls, représentent la moitié des sociétés coopératives de ce département qui lui-même occupe le quatrième rang parmi les départements où la coopération de consommation s’est surtout développée. |
Sur 102 Sociétés coopératives de consommation que compte le département de Saône-et-Loire, le Creusot en possède 34 à lui seul. Il est inutile d’en faire l’énumération, qu’il nous suffise de savoir que ces 34 sociétés réunissent près de 4000 adhérents ; leur chiffre d’affaires moyen est de 9000 francs par mois chacune, soit 306.000 fr. pour les 34, ce qui nous donne un total annuel respectable de 3.672.000 fr.
Le centre minier de Montceau occupe le second rang avec 26 sociétés coopératives groupant près de 3000 adhérents et faisant chaque année un chiffre d'environ 2.700.000 fr. d’affaires. |
C’est en 1885 nous dit M. Charles Gide, que le mouvement coopératif est entré réellement dans cette phase active.L’impulsion est venuede la province et en particulier de la ville de Nimes. Les ouvriers de cette cité avaient depuis un certain temps pris l'habitude de se grouper en « chambrées», c’est-à-dire en petits cercles où on lisait les Journaux et discutait politique, faisant naître ainsi l'esprit d'association. Parmi ces groupements, l’un d'eux, «la Solidarité », comptait parmi ses adhérents un homme imbu des idées de Fourier, ayant un caractère original, un esprit froid et méthodique, dont l'influence fut considérable. Il se nommait Auguste Kabre. Il avait été tout d’abord
patron lui-même, puis ouvrier au familistère de Guise où il avait étudié l’œuvre de M. Godin pour
laquelle il s’était enthousiasmé. Il organisa avec ses camarades une coopérative de consommation qui prit
le nom de leur groupement, « La Solidarité ».
Dans la même ville se trouvait également à cette époque un autre homme aujourd’hui célèbre dans le monde des coopérateurs, M. de Boyve. Né d’une mère anglaise, il avait étudié de bonne heure les associations d'Angleterre ; riche et indépendant, il se consacrait uniquement à des œuvres philanthropiques.
Il fonda de son côté en 1883 une autre société coopérative, « l’Abeille ». Enfin ces deux hommes qu'une communion d'idées devait fatalement rapprocher organisèrent une société d'Economie populaire qui fut en somme la première université populaire en France et qui aura bientôt dix ans d'existence.
Nimes était donc devenu en 1885 un petit foyer coopératif. C’est alors que M. de Boyve, frappé des bons résultats dus à l’union qui existait entre les sociétés nimoises, eut l’idée de jeter les bases d’une vaste fédération comprenant toutes les sociétés coopératives de consommation de France. Une réunion ut orgauisée à Paris le 26 juillet 1885, à la mairie du IV arrondissement, et un appel pressant fut adressé à toutes les coopératives de consommation par la voix de la presse. 85 sociétés répondirent à son appel. A dater de ce Jour la fédération fut constituée et il fut décidé qu'un congrès se tiendrait tous les ans, Depuis 1886 ces congrès ont eu lieu et quelques-
uns, ceux de Lyon en 1886, de Marseille en n 1890, de Paris en 1891, virent à leur tête des hommes de x grande valeur comme MM. Gide, Siegfried et 5 Cernesson. | cie Trois publications périodiques furent également : | créées, cesont: La Fédération nationale, VEmanci- Me pation fondées à Nimes en 1886 par M. de Boyve, et 20 À les Coopérateurs Français, fondé en 1885 par : M. Fougerousse ; on peut y ajouter encore le Bulletin de la participation aux bénéfices, revue trimestrielle de M. Ch. Robert qui est devenu aujourd'hui le Bulletin de l'Union coopérative ayant à sa tête M. Cernesson, professeur à Sens.
Des conférences de propagande furent one un peu partout et quelques brochures furent de notamment lAlmanach de la coopération qui parut pour la première fois en 1893.
Avec tant d'activité, tant de zèle de la part des hommes dévoués à l’idée coopérative que nous venons de citer, il ne faut donc pas s'étonner que le nombre des sociétés coopératives de consommation se soit accru en France dans de telles proportions pendant ces dix dernières années. |
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