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SITUATION DU PETIT COMMERCE DEVANT LES PROGRÈS DE LA COOPÉRATION

Comme il fallait s’y attendre, le développement de la coopération en France, le nombre toujours croissant des sociétés de consommation et de leurs adhérents devaient jeter une perturbation profonde dans les rangs de toute une catégorie de citoyens: les commerçants.

Il existe actuellement, nous l'avons dit, 1489 coopératives de consommation ; le nombre de leurs adhérents donne une moyenne de 552 par société (1), soit un total approximatif de 821.928 coopérateurs français. Le chiffre d'achat par tête donne une moyenne de 411 fr., soit un total de 327.812.308 fr. Or il est

de toute évidence que ces chiffres ont dù faire un trou

profond dans la clientèle et dans le chiffre d’affaires des petits commerçants. Beaucoup d’entre eux qui, dans les villes industrielles, faisaient honneur à leurs affaires, grâce à la clientèle des travailleurs de leurs

(1) Ch. Gin. — La coopération, page 18 en note.

quartiers, ont dû fermer boutique, ont sombré ou végètent lamentablement.

Le résultat en effet, n’a pas tardé à se faire sentir et à Paris comme en province, les petits boutiquiers et le moyen commerce ne tarissent pas en plaintes amères. |

Nous parlions plus haut d’une des plus riches et des plus prospères sociétés de Paris: la Moissonneuse ; celle-ci a ruiné entièrement le commerce du XI° arrondissement, et ce quartier autrefois si gai, si animé, si éclairé le soir, est maintenant triste, morne et silencieux après le coucher du soleil ; il n’y faut plus chercher les magasins d'antan ; toute l'animation d'autrefois a disparu.

M. Georges Berry, député de Paris, qui s’est fait le défenseur du commerce, nous donne également un exemple frappant du mal que les coopératives de consomation ont fait au commerce, dans une conférence qu’il a faite en octobre 1897 à la Roche-sur-Yon. Je le cite textuellement : « Un ouvrier cordonnier de Limoges était parvenu à force d'intelligence et de travail à s'élever jusqu'au patronat. Il avait loué une petite boutique, s'était marié et avait vu grandir autour de lui une famille, lorsqu'un Jour la société coopérative installa une succursale en face de son magasin. Au bout de deux ans, après des luttes Inénarrables, le malheureux était obligé de fermer boutique, heureux de trouver une place de charretier dans la société qui l'avait ruiné. La société coopérative de Limoges l'avait replacé dans le salariat, et on peut

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