‹ Le Petit Commerce et les Sociétés Coopératives de ConsommationChapitre 8 sur 19 · SL 48 À CHAPITRE II DS · texte numérisé non relu

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Nous ne doutons pas que les coopérateurs qui sont 3 vénéralement des gens qui se connaissent, surtout n

dans les centres ouvriers où les coopératives sont nombreuses et fonctionnent par quartiers, aient grand soin de mettre à leur tête des hommes dévoués et d’une probité irréprochable. L’honnêteté est donc une vertu que nous reconnaissons de grand cœur aux administrateurs des sociétés coopératives. Cependant il arrive quelquefois qu’un choix mal éelairé ou dicté par des préoccupations étrangères à la société a Jeté certaines coopératives dans des situations critiques. Nous avons eu en Saône-et-Loire un exemple de ce cenre, où le président d’une société a dissipé une partie de l’actif social. Mais ce ne sont là que des faits isolés et fort rares.

Par contre la seconde qualité ne se rencontre que par exception: il est difficile de placer en tête d’une coopérative des administrateurs connaissant bien le commerce. Ces sociétés vendent de tout, et immédiatement on improvise commerçants des gens n'ayant fait aucun stage dans un magasin. Comme si la coopération donnait toutes les compétences ! Quelquelois ce sera un ouvrier mineur qui sera préposé à l'achat du vin, ou bien un forgeron qui traitera avec un minotier. Naturellement ces gens-là achèteront souvent des marchandises avariées et le pauvre coopérateur, la plupart du temps malgré lui, sera obligé de les absorber. Ah! s’il avait affaire au petit commerçant, il pourrait refuser la marchandise,

à la coopérative on lui en ce droit. Qu est-ce,

sinon la consommation forcée ?

Alors se peut-il que le sociétaire fasse des économies en se fournissant à ses officines improvisées ? Paie-t-il réellement nmioins cher les marchandises dont il a besoin ? Nous voulons bien nous montrer moins cruel vis-à-vis des coopératives que M. Berry qui prétend que seuls les administrateurs s’enrichissent, (rien ne se faisant sans la commission à ces messieurs », mais que les adhérents paient plus cher que chez leurs anciens fournisseurs. Nous admettons bien volontiers que certaines denrées se vendent dans les coopératives à un prix sensiblement inférieur.

Le pain notamment revient à 2 fr. et même 3 fr. moins cher les 100 livres que chez le boulanger ; or pour une famille d'ouvriers composée de 5 personnes où l’on mange 200 livres de pain par mois c’est une économie maximun. de 6 fr. par mois, soit 72 fr. par an, ce qui doit se compter sur un salaire moyen. Mais il ne faut pas oublier que les coopératives de pain se sont généralement montées dans les villes où le pain n’est pas taxé, et à la suite d’un entêtement des boulangers à ne vouloir pas en diminuer le prix.

De plus, le pain est certainement moins bon que chez le boulanger ; l'ouvrier chargé de sa confection n’est point poussé par cet intérêt personnel qui rend le commerçant soucieux de conserver sa clientèle ; à la coopérative, on le paie tant par mois, et que le pain soit bon ou mauvais il est payé pareillement, il n’a qu'à point mécontenter le conseil d'administra-

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tion et sa place est assurée. Enfin nous avons eu l’occasion de nous renseigner auprès de plusieurs minotiers vendant des farines aux coopératives de boulangerie, et tous nous ont répondu que les farines vendues aux coopératives étaient de qualité, et de prix inférieurs à celles vendues aux commerçants. Une diminution du prix du pain dans de telles conditions s'explique donc facilement.

Certaines autres denrées de première nécessité pour l’ouvrier se vendent également à un prix légèrement inférieur à celui du petit commerce : telsle vin, certains produits d’épicerie, etc., mais trop souvent au détriment de la qualité.

Quant aux étoffes, et aux produits analogues qui exigent des acheteurs des capacités spéciales, la coopérative ne peut les livrer au consommateur dans des conditions plus favorables que le commerce. Nous en dirons autant de tous ces articles de ménage, de toilette, que tiennent les coopératives et qui demandent une connaissance approfondie de ce genre de commerce pour donner à une clientèle des objets de bonne qualité dans des conditions de prix raisonnables.

Enfin ilest un fléau qu’il nous est impossible de passer sous silence et qui menace de s'étendre à toutes les sociétés coopératives : c’est la vente de l’alcool, et de quel alcool ! Nous avons eu l’occasion d'assister dernièrement au petit déjeuner du matin d’une famille ouvrière ; quelle ne fut pas notre stupéfaction en voyant la mère donner à ses enfants comme nour-

riture un verre de rhum et un morceau de pain. Cette famille faisait partie d’une société coopérative et le rhum en question en était un produit vendu 1 fr. 25 le litre. Et pourtant un des buts rêvés de la coopération de consommation est de favoriser la tempérance ! Or, les sociétés coopératives ont pensé que les cabarets ne suffisaient pas, elles ont introduit l'alcool dans les ménages, et c’est Ià un mal d'autant plus redoutable que ces alcools étant frelatés et par suite très bon marché, l’ouvrier les achète de préférence, fasciné par la modicité du prix et surtout par la facilité de se les procurer.

B) Vente au comptant.

Le second principe que nous avons à examiner est celui de la vente au comptant.

Tout achat fait à la coopérative devrait être fait exclusivement au comptant. Or, c’est un principe contraire qui domine. Nous pouvons dire que dans toutes les coopératives ouvrières, la règle est la vente à crédit

Nous avons en notre possession plusieurs statuts de sociétés coopératives, dans aucun nous ne trouvons un article stipulant la vente au comptant.

Dans tous au contraire nous trouvons un article concernant le paiement mensuel des marchandises prises à la société. Il suffit donc de se présenter à la coopérative, muni d'un livret de sociétaire, pour se rendre acquéreur d’une certaine quantité de marchan-

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dises.Est-celà la voieouverte à lordreet à l’économie ? «Autrefois, nous disait un ouvrier ancien coopérateur, nos mères y regardaient à deux fois avant de changer les pièces ou les billets de banque si péniblement amassés par le père de famille, aujourd’hui, on n’a plus cette précaution, la coopérative prend tout à la fin du mois. On ne compte plus dans les familles ouvrières, la ménagère n'ayant qu'à faire marquer sur son livret sans donner d'argent prend une foule de choses dont on se passerait facilement : ce n’est pas seulement l’épicerie à profusion, mais ce sont jies objets de toilette, les comestibles de toute nature, les liqueurs. Quand il faut payer, le salaire du mois entier y passe, bien heureux s’il ne reste pas un reliquat ; et la femme, pour convaincre son mari, n’a qu'à lui montrer son livret de coopérateur bien rempli, trop bien, hélas ! »

Et notre interlocuteur ajoute avec une pointe d’amertume :

« La coopérative a été chez nous un véritable fléau, dans bien des familles ouvrières le vice est entré par cette porte, ayant à la maison, la toilette pour les femmes et la boisson pour les hommes ; plus d’économie et notre population est plus malheureuse qu’il y a vingt ans bien que tous les salaires aient augmenté. »

Voilà de la bouche même d’un ancien coopérateur le résultat auquel à conduit la coopération mal dirigée, et devenue une institution de crédit.

Cen’estlà évidemment,que l’opinion d’unsimple coo-

pérateur, mais nous pouvons citer également l'opinion d’un ancien président d’une des plus importantes coopératives de Montceau-les-Mines, la société coopérative de Magny.

Nous relevons, dans une lettre qu’il nous a écrite dans le courant de juillet 1900, le passage suivant qui résume son opinion sur ce point :

(uL;es coopératives sont nuisibles aux ouvriers, car elles sont devenues des institutions de vente à crédit. Le coopérateur, n'ayant qu'à faire marquer sur son livret, prend à la société une foule de marchandises dont il pourrait se passer facilement, telles que café, chocolat, conserves, bonbons, liqueurs, sans compter la parfumerie et les objets de toilette. Il dépense par conséquent beaucoup plus que s’il s’'adressait aux commerçants. »

Et nous ne parlons iei que du crédit normal, c’està-dire du crédit d’un mois, qui est la règle générale. Mais combien de sociétés coopératives se montrent beaucoup plus larges, font des crédits de deux et même trois mois. Dans des circonstances particulières, dans une période de grève, les coopératives font même des crédits beaucoup plus longs encore. Hâtons-nous de dire, du reste, que c’est là le mal invétéré, mais nécessaire maintenant, qui, dans un avenir peut-être plus prochain qu’on ne pense, amènera pour beaucoup d'entre elles le dénouement fatal.

04 CHAPITRE II C) Znterdiction pour la coopérative d'acheter à crédit.

Les sociétés coopératives doivent se garder de se faire ouvrir à elles-mêmes des crédits.

De même que les coopératives doivent vendre au comptant, de même elles doivent acheter au comptant.

La raison en est simple : les sociétés coopératives étant des institutions philantropiques devant réaliser pour l’ouvrier la vie à bon marché, doivent nécessairement se fournir là où elles trouvent à meilleur compte des objets de bonne qualité. Elles doivent donc, pour conserver leur liberté entière, pour faire le meilleur choix possible, ne rien devoir à tel ou tel fournisseur qui, à un moment donné, pourrait leur forcer la main ou exiger le remboursement immédiat des sommes arriérées.

Or, sur ce point encore, beaucoup de sociétés coopératives ont dévié de la ligne qui leur était tracée.

Des fournisseurs avisés ont su s’introduire dans les coopératives, les charger d’un stock considérable de marchandises qu’elles ne peuvent solder comptant, n'ayant point les fonds suffisants, et créer un arriéré imposant qui deviendrait immédiatement exigible le jour où la coopérative imprudente voudrait s’affranchir du joug de son fournisseur. Un paiement immédiat devant entrainer la ruine de la société, celle-ci doit subir la loi de son vendeur, qui ne manque pas d’en profiter.

Les résultats sont faciles à prévoir : la société ayant à choisir entre sa ruine ou l’achat forcé, son

choix est tout indiqué ; le fournisseur est le maître

du marché, il vend à la coopérative des marchandises qu'il ne peut écouler près de son autre clientèle, à un prix réduit peut-être, mais toujours assez élevé en raison de la qualité défectueuse, en tous cas suffisamment lucratif pour lui. Le conseil d'administration n'a qu’à s’incliner ; du reste, il est plus d’un moyen facile de capter sa confiance et ses faveurs. Les coopérateurs seuls se trouvent lésés.

D) Znterdiction de la vente aux tiers.

Les coopératives doivent-elles vendre aux tiers ?

Cette question, longtemps discutée, paraît aujourd'hui résolue dans le sens de la négative.

Il ne faut pas invoquer, pour motiver la vente au tiers, l’utilité d’écouler le trop-plein des marchandises, car dans une coopérative bien conduite il ne doit jamais y avoir de marchandises en excédent des besoins des adhérents.

Le gérant du magasin doit avoir assez d'expérience pour ne pas faire d’approvisionnement hors de proportion avec la consommation de ses coopérateurs.

Enfin, la société dont les statuts permettraient cette vente aux tiers serait recherchée par le fisc et imposée de la patente comme société commerciale, ce qui augmenterait considérablement ses charges.

Généralement, les sociétés coopératives interdisent

dans leurs statuts la vente au tiers en y insérant une

formule ainsi conçue : € Il est formellement interdit

de vendre des marchandises sans livret. » Or, comme le livret n’est donné qu'aux adhérents, on peut en conclure que les tiers ne peuvent rien acheter à la coopérative. e |

Cependant il n’en est rien ; il est une façon fort simple de tourner la règle, qui se pratique couramment et sur laquelle la société ferme bénévolement les yeux : les tiers se fournissent à la coopérative par l'intermédiaire d’un ami ou d'un parent sociétaire muni d’un livret. Celui-ci prend en grande quantité à la coopérative dont il fait partie, et revend aux personnes qui lui ont fait commande. Nous pouvons citer l'exemple bien connu au Creusot d’une excellente ménagère qui prit 20 parapluies à sa coopérative dans l’espace d’un mois ; nous ne pensons pas qu'elle les ait usés dans si peu de temps ; elle les a donc revendus.

Mais pourquoi les tiers achètent-ils ainsi aux coopératives? Y trouvent-ils donc quelque avantage ? telle est l’objection qu'on ne manquera pas de nous faire. Au premier abord, elle peut sembler embarrassante et venir à l’appui de la thèse généralement soutenue que les coopératives vendent meilleur marché que les commerçants. Ce n’est pas une raison; la vogue ne raisonne pas : les sociétés coopératives ne paient pas d'impôts, donc elles vendent meilleur marché que ceux qui en sont accablés, cela suffit à l’ouvrier pour le croire et pour acheter à la coopérative

ce qu'il aurait à aussi bon compte ailleurs. Il en est des coopératives comme de ces marchands forains qui les jours de foire ou de marché font une réclame tapageuse, autour de leur étalage, vantent pompeusement la qualité de leur marchandise, lancent à la foule ébahie des badauds le défit de leur présenter à des prix semblables des marchandises de même qualité, alors que ces marchandises sont des produits inférieurs, des déchets, des rebüuts, ou des lots de faillite qui n’ont pu se vendre ailleurs. Il suffit que quelques compères achètent avec empressement aussitôt le public amorcé veut aussi profiter de l’occasion unique. C’est à peu près ce qui se passe pour la coopérative. |

Quelques coopérateurs vantent le bon marché et l'excellence de certains produits à leurs voisins, et immédiatement ceux-ci achètent les yeux fermés.

Quelquefois, il est vrai, les étrangers à la société achètent moins cher que s'ils étaient eux-mêmes sociétaires et voici comment : c’est un abus rare, il est vrai, mais que nous avons eu l’occasion de constater, et qui à sa source dans la vente à crédit: une ménagère qui a besoin d'argent prendra à la société de grandes quantités de marchandises pour les revendre ensuite au comptant, mais à vil prix souvent, à des tiers qui ne demandent qu’à profiter d’une bonne OCCASION. :

Ces derniers, évidemment, vanteront hautement les bienfaits de la coopérative, dont ils tirent de cette manière le plus grand profit, mais ils se garderont bien de devenir eux-mêmes coopérateurs.

H). Vendre au même prix que le petit commerce.

Les sociétés coopératives de consommation ne sont pas des institutions d'assistance et n’ont pas pour but unique ni principal — comme les fourneaux économiques par exemple — de fournir de la nourriture à bon marché à ceux qui ont faim, mais d'amener une transformation économique et sociale. Or, quel que soit le but qu'on assigne à cette transformation, il faut des ressources, des capitaux que ces sociétés ne pourront acquérir qu'en gagnant sur le prix de revient.

Si elles livrent à leurs membres les marchandises au prix de revient, elles augmenteront peut-être le nombre de leurs adhérents, mais elles ne pourront faire œuvre qui dure.

Or, les sociétés qui ne visent qu’au bon marché, sont nombreuses, et c’est un fait curieux que ces coopératives se trouvent à la fois dans les sociétés les plus bourgeoises comme la Société des employés civils de la Seine, et dans celles qui sont le plus socialistes comme la « Moissonneuse » de Paris ou « l’Union des travailleurs » de Saint-Etienne. Faut-il peuttre en conclure que ces sociétés ne recherchent dans la coopération que quelques avantages immédiats sans y voir un instrument de rénovation sociale (1) ?

Alors quoi d'étonnant que ces coopératives, par la

(1) Almanach de la coopération, année 1895, page 9.

concurrence terrible qu’elles font au commerce en le forçant à baisser outre mesure ses prix, et parfois à vendre à perte, aient provoqué contreellesune animosité extrême. Ces colères ameutées ont été plus d’une fois une cause de ruine pour les coopératives que les ‘commerçants ontcombattues sans trève ni merci. Elles peuvent être d'excellents instruments de concurrence en vendant au même prix que le commerce des denrées de qualité irréprochable, mais elles ne sont trop souvent que des instruments de guerre détestables qui ruinent le commerce d’abord et celles qui s’en servent ensuite.

Enfin, comme le fait si judicieusement remarquer- M. Gide (1) dans son livre La coopération, en vendant trop bon marché, les sociétés coopératives deviennent des sociétés d'exploitation de l’ouvrier. Ces articles, en elfet, vendus à des prix d'un bon marché tel, ne peuvent laisser au travailleur de quoi vivre. Il doit y avoir un Juste prix de toutes choses : c'est celui qui rémunère suffisamment le travail consacré à les produire. Et, nous dit M. Gide, ce n’est pas en veudant des costumes complets à 10 francs que l’ouvrier qui les à faits peut trouver sa rémunération ; le client fait peut-être une bonne affaire en les achetant, mais celui qui a travaillé pendant quatorze ou quinze heures en a fait une fort mauvaise.

(1) Ch. Gide. — La coopération, page 201 et 202.

F) Restitution des bonis aux acheteurs au prorata de

leurs achats.

Cette idée qui fut émise par un des fondateurs des Pionniers de Rochdale, et qui est certainement une” idée de génie, est, il faut le reconnaitre, généralement suivie aujourd’hui dans presque toutes les sociétés coopératives de consommation. Cette conception nouvelle que le capital ne serait plus le bénéficiaire désigné d'avance de tous les profits n’a pas été étrangère au succès de la coopération. Un coopérateur a-t-il acheté à sa société pour 700 fr. de marchandises dans l’année, au règlement des comptes on porte à son actif un boni de 10 °/, soit 70 fr., qu'il touchera en capital dont on lui servira intérêt? et l’on arrive à cette conclusion paradoxale au premier abord, que plus 1l aura dépensé, plus il aura économisé.

Malheureusement, comme nous avons déjà eu l’occasion de le dire, les meilleures institutions sont souvent détournées de leur but et il en à été ainsi dans beaucoup de sociétés de cette idée merveilleuse de la réalisation de l’épargne par la dépense.

Dans la plupart des coopératives ouvrières ce principe, écrit en toutes lettres dans les statuts, est à peu près lettre morte. La raison en est simple et tient à deux causes. La première : c’est que ces sociétés vendent à des prix sensiblement les mêmes que les prix de revient, ou fort peu mayjorés, et ne réalisent que de

faibles bonis. La seconde : c’est que les quelques bénéfices réalisés passent en partie entre les mains d’administrateurs ou de secrétaires, qui n’acceptent ces fonctions qu'à la condition de recevoir un traitement suflisant.

Et alors que reste-t-il de ce fameux paradoxe : de l’économie dans la dépense ? rien ou plutôt cette simple vérité : plus on achète, plus on dépense (1).

G) Constitution d'un fonds de réserve permettant d'atteindre le

but moral de l'association.

Nous avons vu qu’à côté des avantages matériels que doivent procurer les sociétés coopératives de consommation, les admirateurs ardents de ces sociétés ont la plus grande confiance dans leurs effets moraux. Ils voient dans l'association coopérative bien conduite, un moyen d'élever le niveau moral et intellectuel des classes laborieuses. Une partie des bénéfices réalisés devaient servir à alimenter un fonds de réserve destiné à créer des bibliothèques, des cours théoriques et pratiques, à aménager des salles de lecture, autant de choses qui pourraient éloigner l’ouvrier du cabaret, et développer son instruction et son éducation.

Certaines sociétés coopératives ont fait en ce sens de sérieux efforts, et nous ne saurions trop les louer ;

(1) Parmi les 34 coopératives du Creusot, une seule distribue des bonis à ses adhérents au prorata de leurs achats, c'est (l'Union de la Grande Villedieu ».

Rule dicemen pour le plus grand nombre, ce principe d’une si haute valeur morale, est resté lettre morte. Le fonds de réserve, là où on le rencontre, est trop souvent SÉRIE à un but politique.

C'est grâce à lui que l’on fomente les grèves et qu’on les entretient ; au lieu de cours et de conférences ayant un caractère professionnel où moral,qui leur seraient d’une si grande utilité, on initie les sociétaires, aux beautés du collectivisme, on leur prêche la lutte des classes. Quelques orateurs politiques ont vite raison de ce petit fonds de réserve, ils emportent avec eux les quelques bénéfices amassés par la société, après avoir semé en retour, dans l'association, l’esprit de haine patronale et d’indiscipline à l'atelier, le mépris de l’ordre et de la propriété.

Un partisan de la coopération, M. Eugène Navarre dans une brochure intitulée : « l'association coopérative de consommation expliquée aux visiteurs de l’exposition », reconnait que ce but est rarement atteint: «il faut déplorer dit-il, la déviation qu’on a parfois fait subir à ce principe en faisant concourir les coopérateurs aux luttes politiques ou aux luttes de classe. »

$ IIT. Critiques générales.

Nous avons voulu surtout insister sur les abus de la coopération et montrer combien la pratique de cette institution répond peu aux théories si empreintes de philanthropie, aux desiderata si nobles de ceux qui

furent en France les propagateurs, en même temps que les admirateurs de ces associations.

On a voulu trop entreprendre, on a voulu assigner à la coopérative trop de buts à la fois et on les à tous manqués ; on ne s’est pas assez placé sur le terrain pratique, on à trop vu avec des yeux de théoricien tout ce que l’on pouvait tirer de telles sociétés, et aujourd'hui quand on veut être un peu plus terre à terre, que l’on regarde froidement les résultats obtenus, on s'aperçoit qu'ils ne répondent guère à l'idéal qu'on s'était tracé.

Les coopératives devaient être, et surtout auraient dû rester de simples groupements d'ouvriers qui voulant profiter des bénéfices que procure l'achat en gros des marchandises de première nécessité, s'unissent pour acheter leur vin en barriques, leur riz au sac, leur sucre en pain et réaliser ainsi quelques économies bien naturelles. Comprises de cette façon, les sociétés coopératives auraient été des œuvres humanitaires et philanthropiques, des œuvres à encourager.

« La coopérative n'est irréprochable, nous dit Mabilleau que dans la mesure où elle ne nuit pas à l'expansion du commerce, et dans la mesure où le tort qu’elle porte au commerce est compensé et dépassé par les avantages qu’elle apporte au consommateur. »

Or, ces fondations sociales n’ont pas su pour la plupart rester fidèles à leurs principes ; elles se sont vite départies de leurs idées philanthropiques pour laisser la voie ouverte à la spéculation. Elles sont

devenues des établissements exploiteurs, faisant non seulement une concurrence déloyale au petit commerce, mais se faisant même entre elles une guerre acharnée. On a pu voir assez fréquemment, notamment dans les centres ouvriers, les çoopératives chercher à se prendre réciproquement leur clientèle, ou travailler à la chute de l’une d’elles qui avait cessé de plaire, où dont la concurrence était trop redoutable. Pour grandir leur succès, multiplier leurs opérations, un grand nombre d’entre elles sont devenues les auxiliaires de l'alcoolisme en vendant au litre, quelques-unes même, au verre, des alcools de qualités inférieures ; d’autres distribuent à titre de primes à leurs membres des billets de faveur pour des spectacles d’un goût plutôt douteux, et quelquefois même immoral, ou mettent en circulation des publications plus où moins pornographiques (1).

Enfin, pour certainesdecessociétéset principalement celles qui vendent ouvertement au public, sans s’inquiéter davantage si elles ont affaire à un coopérateur, la préoccupation première est de fournir à leurs actionnaires un placement lucratif et procurant de sérieux dividendes. Et l’on a vu ainsi les astiôns de quelques sociétés atteindre au bout de peu de temps un chiffre assez élevé après avoir été émises à 25 ou 90 francs.

Siencore, malgré tous les vices de la coopération, telle qu’elle fonctionne de nos jours dans beaucoup

(1) Almanach de la coopération, année 1895, p. 29.

de villes ou de cités ouvrières, le coopérateur qui n’a. pour vivre que le fruit de son travail, y trouvait quelques avantages, le mal qu’elles font d’un côté, serait compensé par le bien qu’elles font de l’autre. Malheureusement, il n'en estrien, et la coopérative en foulant aux pieds ses principes, en ne respectant pas ses fameux commandements, fait plus de mal à l’'ouvrier que le petit commerce, dont elle voulait supprimer les abus. Avec elle, l’'ouvrier a pris des goûts de dépense, des habitudes d’intempérance, et s’est endetté en achetant à crédit.

De son côté, le petit cornmerce se vit ruiné par cette guerre aux couteaux que lui firent les coopératives ; si bien que dans de nombreuses localités le résultat est le suivant : petit commerce ruiné, ouvrier endetté et malheureux.

C’est pourquoi on se demande avec anxiété si ce double mouvement : d’un côté, développement de la coopération, de l’autre, ruine du petit commerce, s’accentuera encore, ou si au contraire il déclinera.

Pour notre part, nous pensons que ces associations coopératives sont arrivées à leur apogée si elles continuent dans les mêmes errements, et que leur vogue injustifiée est bien près de s’éteindre.

Nos prévisions du reste ne sont point purement hypothétiques, ou devant avoir une réalisation fort lointaine : elles se sont déjà réalisées et ce n’est que le commencement d’une évolution.

À Commentry existait tout un ensemble de socié-

tés coopératives dues à l'initiative d’un pairon v vraiment modèle, M. Gibon. |

Elles paraissaient même rendre certains services aux ouvriers, et quelques-uns s'étaient constitué un petit patrimoine avec leur boni. Le petit commerce lésé ne fit trêve ni merci qu'il n'ait déchainé une grève furieuse au cours de laquelle les ouvriers demandèrent eux-mêmes la suppression des coopératives. M. Gibon en fut si péniblement affecté qu’il quitta la direction de son usine et prit sa retraite. Voilà, il nous semble, une preuve bien convaincante que, tôt ou tard, les coopératives sont détournées de leur but, surtout dañs les centres ouvriers, où il est difficile de trouver des hommes capables de mener à bien ces sortes d'associations. |

Nous sommes égalementen mesure d’aflirmer, sans craindre une contradiction sérieuse, que deux des plus importantes sociétés coopératives de Montceaules-Mines, le « Magny » et « Montceau-ville », avaient voté leur liquidation pour le mois de septembre dernier:

Enfin, au Creusot, les coopératives ont vu diminuer d’une façon inquiétante dans ces derniers temps le nombre de leurs adhérents. Il suffit de passer devant les locaux affectés à ces sociétés pour se convaincre de ce que nous avançons : des pancartes sont affichées, annonçant au public que l’on demande des sociétaires. Cette propagande ouverte est un indice de leur déclin, et il est possible que très prochaine-

ment l’exemple de Montceau-les-Mines portera ses fruits dans cette cité ouvrière (1). +

Nous pouvons donc résumer en quelques lignes cette partie critique de la coopération de consommation... * |

En se plaçant au point de vue du commerce local, les sociétés coopératives de consommation ont ruiné en partie le petit commerce, portant ainsi atteinte à des intérêts respectables. Elles ont privé de, braves gens du seul gagne-pain possible pour eux.

En se plaçant au point de vue de l’ouvrier, les avantages matériels qu'elles leur procurent sont la plupart du temps illusoires, en fous cas grossièrement exagérés. Quant aux avantages moraux et intellectuels, ils n'existent guère que dans l'esprit des théoriciens.

Enfin, en se plaçant au point de vue social, les sociétés coopératives de consommation ont les plus grandes chances de mal tourner et de devenir un véritable danger pour l’ordre et la paix publique. En les supposant même animées du meilleur esprit, des meilleures intentions à leur début, en admettant qu'elles n'aient pour but unique que la vie à bon marché et l’épargne, n'empêche que les meneurs finiront toujours par s’y glisser, y semer leurs idées et persuader aux adhérents que le meilleur placement de leurs réserves est de s’en servir pour faire capitu-

(1) La société la Fraternelle eut, il y a quelques mois, un long

et coûteux procès intenté par plusieurs de ses adhérents qui demandèrent sa liquidation.

No ee no. de abus, leurs origin leurs conséquences ; la partie la plus es He. k notre eee à prévenir ces abus et à les com-

; battre. C'est donc sur le terrain de la lutte du petit 2 commerce et des sociétés coopératives de consomma-

tion tue nous devons nous placer maintenant. Es |

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