‹ Le petit-fils de Pigault-LebrunChapitre 10 sur 38 · LK PETIT-FH · texte numérisé non relu

LK PETIT-FH

A tout nàsàrd je rentre dans 1 analyse pour échapper à la rancune de ce Jupin démocratique.

Giboyer, successeur de Déodat, non-seulement compose les discours de MM. les députés légitimistes ; mais encore il rédige , lui démocrate, un journal de la plus entière blancheur.

Il a définitivement avoué sa paternité à Maximilien. Celui-ci a beau multiplier les supplications, il ne réussit pas à lui faire abandonner son métier honteux. Mille francs par mois, pour me servir d'une expression très- neuve employée par l'académicien qui signe la pièce, ne se trouvent pas sous le pied d'un cheval. (!)

(*j Acte V, page 146.

Avec ces respectables appointements, Giboyer fera voyager son fils. Les voyages forment la jeunesse.

Où ira Maximilien?

Je vous le donne à deviner en mille. Y êtes-vous? Pénéirez-vous le mystère? Jetez-vous votre langue à l'auteur, qui seul peut vous donner le mot de l'énieme? Oui.,. Eh bien ! Maximilien ira en Amérique.

Bah ! pourquoi faire ?

— « Tiens, parbleu ! pour y étudier la démocratie. » (')

C'est la réponse textuelle de cet honnête Giboyer. Ne riez pas! Vous seriez dans la plus profonde erreur en prenant ceci pour une épigramine.

Il n'y a qu'une application du système républicain sur toute la surface du monde civilisé.

{') Acte III, page 98,

L'Amérique seule jouit de cet inappréciable avantage, et en recueille aujourd'hui des résultats si précieux que M. Emile Augier ne balance en aucune sorte à envoyer là. nonseulement Giboyer fils, mais tous ceux qui désirent la gloire et la tranquillité de leur pays, assurant qu'ils ne trouveront nulle part des modèles plus complets de patriotisme et de plus touchants exemples de fraternité.

Voilà de quelle manière le vrai démocrate raisonne.

Sa logique est intrépide, rien ne ia déconcerte. Le malheur d'un peuple , quand il est amené par ses principes, n'est plus un malheur ; la ruine publique est un bienfait, les désastres de la guerre sont une bénédiction.

Mais votre fraternité se baigne dans le sang !

Qu'importe ? Cette espèce de bain rentre

DE PIGÀULT-LEF.RUN. 185

dans ses habitudes et fait partie de son hygiène.

Mais la démocratie engendrerait chez nous de semblables abominations, mais elle est tellement convaincue de la vérité de ses dogmes supérieurs qu'elle ne souffre même pas qu'on les discute, mais elle recommencera les septembrisades, mais elle est capable d'aiguiser de nouveau le couperet !

Ce sont là des détails insignifiants, répondra l'auteur. Permettez-lui ces petites fantaisies, et dépouillez-vous des préoccupations de l'égoïsme.

M. Emile Augier est un grand citoyen.

Les sociétés modernes lui tresseront des couronnes, et ne manqueront pas d'en décerner quelques-unes à MM. les comédiens ordinaires.

0 folie humaine!

Quand on pense que le petit-fils de Pigault- Lebrun avait une occasion, une seule, d'imiter son grand-père dans l'unique raisonnement convenable que celui-ci ait jamais tenu, et qu'il laisse follement échapper cette occasion.

Jugez plutôt.

«. Pourquoi, dit l'aïeul, Montesquieu, avec autant de génie, se trompe-t-il aussi souvent? Pourquoi affirme-t-il que les républi-

ques sont fondées sur la vertu? Les républiques fondées sur la vertu i... Nous en savons quelque chose , citoyens républicains! » (')

Et le petit-fils chante une hymne en l'honneur du parti rouge? Les pères, hélas! valaient-ils mieux que les enfants?

LXIY

Le rôle de Giboyer le démocrate, ou, en d'autres termes, dû journaliste vendu, est confié à l'acteur Got.

11 iaut rendre à Got cette justice de dire qu'il adopte un procédé tout différent de celui de ses collègues, en atténuant l'odieux du caractère, au lieu de chercher à l'exagérer.

I»j Monsieur mue, .orne t, page 135.

Par un singulier phénomène, bien propre à effrayer le sens moral et à donner le dégoût du paradoxe au théâtre, ce puhliciste impur, cet être sans conscience et sans dignité, ce paillasse du journalisme qui saute pour les blancs, pour les bleus et pour les rouges, est véritablement le seul individu qui soit un peu sympathique dans cette œuvre singulière. Maximilien, petit pédant plein de morgue, dont la vertu monte sur des échasses et se met beaucoup trop en évidence, n'obtient qu'un intérêt médiocre. Fernande est une gracieuse péronnelle, dont le rôle n'est à classer ni dans les types de convenance, ni dans les types de pudeur. Quant aux autres personnages, ils sont désolants d'imbécilité ou d'ignoble rouerie.

Nous avons laissé l'aimable baronne en train de nouer son intrigue.

Maximilien et Fernande se livrent, en plein

cercle catholique, à la joie de s'être réconciliés. Ils ne se gênent pas le moins du monde et leur entente cordiale est manifeste pour ce benêt de comte d'Outreville et pour cette grotesque Putiphar, qui a nom madame Maréchal.

Les spectateurs ne tardent pas à être prévenus par un monologue de Giboyer fils que la pimbêche du peloton de laine a décidément quelque chose de plus que son estime.

Sur les entrefaites , on annonce M. de Boyergi, subtil anagramme, sous lequel Giboyer père voile sa mauvaise réoutation de biographe.

(( Toi!

GIBOYER à paît, avec un geste de colère.

y> Va te promener!

MAXIMILIFJS'.

)) C'est toi qui signe Boyergi?

GIBOYER durf-iueut.

» Gomment es-tu là?

MAX1MILIEN.

» Tu veux donc continuer cet horrible métier? Pauvre père!

GIBOYER

» D'abord, tu m'as promis d'oublier que je suis ton père.

MAXIMILIEN

» Je t'ai promis de ne pas le dire; mais de l'oublier!... T'ai-je promis d'être un ingrat?

GIBOYER

» Ah ï je ne te demande qu'uire preuve

de reconnaissance, c'est de me laisser achever mon œuvre. Je n'ai pas besoin de ton respect.

» Mais j'ai besoin de te respecter, moi! Quelle lutte impie veux-tu établir entre ma tendresse et mon honneur? Lequel des deux souhaites-tu qui emporte l'autre?

GIBOYER assis sur le canapé.

» Je ne peux pourtant pas te laisser user par la misère !

MAXIMILIEN

)> Penses -tu que j'accepterai encore tes bienfaits, sachant ce qu'ils te coûtent? Ne m'as-tu pas mis en état de gagner ma vie et la tienne? Avons-nous tant de besoins, toi et moi? Nous connaissons la pauvreté; reprenons-en gaiement le chemin bras dessus, bras

dessous. Ne sera-ce pas charmant de vivre tous deux de notre travail dans une mansarde?

GIBOYER

» Charmant pour moi, oui!

MAXIMILIEN

)) Et pour moi donc! Je sais qui tu es maintenant. Je suis fier de toi : j'ai lu ton

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