‹ Le petit-fils de Pigault-LebrunChapitre 14 sur 38 · LXXX1V · texte numérisé non relu

LXXX1V

Tout beau, trop irascible académicien.

tout beau ! Ne nous emportons pas.

Je vais vous dire, moi, à quel budjet voi s émargez. C'est tout uniment au meilleur, su plus gonflé, au budget des autorisations amicales et bienveillantes que vous obtiennent des amis puissants.

Qu'on vous permette de faire jouer trois ou quatre petites comédies semblables au Fils de Giboyer, bien agressives, bien diffamatoires, et vous empochez trois ou quatre cent mille francs sans gêne et sans effort.

A quel autre que vous, s'il vous plaît, accorde-t-on ce genre de faveur?

Cherchez celui de vos confrères sous les pas duquel on aplanisse ainsi les obstacles, et qui ait comme vous l'avantage de pouvoir faire à dame Censure un pied de nez victorieux.

Les définitions du vocabulaire des courtisans sont au moins bizarres , si vivre de son travail signifie ce que je vous explique cidessus.

DE FIGArLT-LLliKl.N, 259

Partant de là, et chevauchant sur un autre paradoxe pins amusant encore, le collègue de M. de Laprade ajoute:

ce Je n'ai donc rien de commun avec ce que vous appelez les Pégases de cour , et je me sens fort à mon aise pour vous dire que je vous trouve bien dur envers ces pauvres animaux. Il y a quelque chose de pire que de lécher la main qui vous nourrit, c'est de la mordre ; et c'est ce que vous avez fait, Monsieur, ne l'oubliez pas. Vous vous délivrez en assez mauvais style un certificat d'héroïsme: vous vous mirez dans votre destitution comme

dans une démission. Mais, que votre muse ici daigne me Je permettre, il y aune légère différence, et la voici : c'est qu'on vous verrait encore émarger à ce gros budget, au nez duquel vous faites aujourd'hui une moue magnanime, si le gouvernement que vous attaquiez d'une main en recevant son argent de l'autre, n'avait arrêté votre 'petit commerce. »

DE MGAULT-LEBRITN. 261

L'auteur du Fils de Giboyer se redresse tout rayonnant. Il se frotte les mains et croit son homme écrasé,

Voilà pourtant à quoi nous expose, ici-bas, l'habitude des triomphes faciles.

M. Emile Augier, consultant toujours les étranges définitions de son vocabulaire, s'imagine que le budget, — non pas celui dont nous parlions tout à l'heure, — mais le budget national, celui qui se compose de la bourse des contribuables, est la propriété, la chose, le meuble du gouvernement.

Jl croit, dans sa naïveté, qu'un professeur

}§| LE l'LTlT-FILS

désigné par l'estime publique au choix du pouvoir, comme M. de Laprade, qui tenait à la Faculté des lettres de Lyon la chaire de littérature française, et dans la nécessité absolue de brider son indépendance, parce que le gouvernement , au nom du pays et avec l'argent du pays, rétribue ses fonctions.

M. Emile Augier croit cela, et, chose plus surprenante, il l'imprime.

Eh ! mon Dieu î tous les gouvernements du monde, je le sais bien , regardent les coffres du budget comme leur cassette personnelle. C'est connu. Vous n'apprenez pas à la France une vérité neuve.

Ils sont desimpies caissiers, et ils agissenten banquiers propriétaires.

Mais est-ce à dire qu'un homme soit un ingrat, lorsqu'il ne se prosterne pas devant leurs exigences? Est-ce à dire que le jour où on le destitue, soit pour n'avoir pas fait assez

DE P1GAIXT-LEBRUN. 9f>3

de courbettes, soit pour avoir ou l'énergie de sa conviction, est-ce à dire que ce jour-là lui apporte l'opprobre et le déshonneur ?

Pour un démocrate, vous professez d'étranges principes, Monsieur.

Sapristi! comme dirait Maréchal, si vous êtes en logique de cette force-là , prenez an moins un secrétaire qui raisonne pour vous !

La lettre de M. Emile Àugier tout entière est farcie d'arguments aussi baroques et aussi inacceptables,

Il annonce au public ébahi que la lyre de M. de Laprade, avant d'être une lyre cléricale, était une lyre panthéiste , — assertion complètement dénuée de preuves, — mais j'admets qu'elle soit véridique.

Je veux même croire que cette lyre infortunée frisait le rationalisme et n'était qu'à deux pas de l'athéisme.

Après ?

M. Emile Augier se figure-t-il, par hasard,

DE PÎGÀULT-LEBRTTN. 265

qu'il vient d'assener un nouveau et terrible coup de massue à son adversaire ?

Quel hercule amusant que ce garçon-là!

Supposons, terrible homme, que vous soyez empêtré dans un amas de fange. Ce n'est pas votre faute. On vous a fait prendre, dès le jeune âge, une mauvaise route, une route ténébreuse ; on ne vous a pas indiqué les périls et les obstacles du chemin ; vous n'avez pu voir ni les casse-cou, ni les ornières profondes. Bref, vous tombez dans le bourbier, où déjà pataugent une foule de pauvres diables, aussi mal dirigés que vous.

C'est triste, mais enfin vous y êtes jusqu'aux yeux. L'ordure devient votre élément.

Dans cette position lâcheuse, une lumière se montre, lumière providentielle qui vous permet d'envisager votre état. Vous frémissez de vos souillures. On vous retire du bourbier; on vous enseigne une nouvelle route, un

chemin propre, cette fois, où le flambeau protecteur vous éclaire, et vous entrez dans une salle de bain , d'où vous sortez pur et sans tache.

Or, vos camarades, vos anciens amis des ténèbres, ceux qui sont restés dans la fange, vous aperçoivent et vous reprochent sérieusement, — mais très-sérieusement! — d'en être sorti.

Plusieurs vont jusqu'à vous en faire un crime, et d'autres ne sont pas éloignés de vous traiter d'apostat.

Comment trouvez-vous l'argumentation de ces messieurs embourbés?

Absurde, allez-vous me répondre. Et pourtant c'est la vôtre en ce qui concerne le pan-^ théisme de M. de Laprade.

Vous n'êtes pas fort, mon pauvre académicien, vous n'êtes pas fortl

DK PIGAULT-LEBRUN. 267

M. Àugier ne comprend pas, ne s'explique pas qu'on puisse lui adresser un reproche.

« Que vous vous soyez exercé, dit-il au poète, à mettre en vers ce thème déjà usé de votre parti, je ne m'en émeus guère : j'ai sur ma table une pile de journaux remplis des vociférations de ces prétendus muets, et elles n'ont pas réussi à donner le change au public. La fgule compacte qui applaudit tous les soirs ma pièce sait bien que ceux que j'attaque ne sont pas des vaincus. »

Vous entendez?

Les victimes ont l'incompréhensible outre-

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