HO LE PETIT-FILS
des vierges héroïques traversent les mers, débarquent en Chine , y fondent des établissements, sauvent des flots et de la mort ces tristes créatures, les élèvent et en font des chrétiens.
Voilà une idée souverainement ridicule aux yeux de certains hommes , qui ont charmé les loisirs de leur adolescence avec la lecture de Mon oncle Thomas et de Monsieur Botte.
Est-il vraisemblable, je vous le demande, qu'on patronne les petits Chinois ?
Quel intérêt avez-vous à empêcher les adorateurs de Koung-Fou-Tsée de faire prendre dans le fleuve Jaune à des générations entières un premier bain qui est aussi le dernier? Cette sympathie et ce sauvetage organisé à trois mille lieues de distance seraient une originalité bien amusante, s'ils ne cachaient pas un complot clérical.
DE PîGAfLT-LEBRUN. \ 1
Pendant que M. Emile Augier et MM. les comédiens ordinaires sont en verve de sarcasme, je leur conseille de flageller rudement et de la belle façon d'autres œuvres catholiques très-connues :
1° V Œuvre des faubourgs, qui consiste à secourir les familles pauvres, à aider les mères indigentes, à tendre la main à Partisan besogneux, à porter clans les mansardes un peu de joie et de bonheur.
%° La Société maternelle, qui prend l'enfant au berceau, le suit comme une providence, veille à son éducation et dirige son apprentissage.
3° L'Œuvre des crèches, qui reçoit dans
ses bras le nouveau-né de l'ouvrière, se voue pour elle aux soins de la maternité, lui permet de vaquer à ses travaux et de ne faire acte de présence à la crèche qu'aux heures où elle doit allaiter son enfant.
4° Les associations catholiques des Amis de l'enfance, des Salles d'Asile, des Écoles, qui sauvent chaque année trois cent mille petits malheureux du vagabondage et delà perversité précoce.
5° U Œuvre des prisons, qui excite le coupable au repentir, lui ouvre des voies nouvelles où il peut retrouver l'honneur, et porte l'espérance dans les cellules, dans les cabanons, dans les geôles.
6o L' Œuvre du bon pasteur, qui rend aux filles séduites et débauchées par les lecteurs des romans de Pigault-Lebrun la paix de l'àme avec une seconde innocence.
7° Enfin la Société de Saint- François
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Régis, qui s'applique à guérir une plaie sociale ignoble, arrive à légitimer les nœuds illicites et à faire rentrer une foule de ménages sous la loi civile et religieuse.
Autant de sociétés chrétiennes, autant d'abus.
Que M. Emile Augier et MM. les comédiens ordinaires n'oublient pas d'ajouter aux prochaines représentations quelque trait moqueur et bien incisif, qui soulève le parterre, non seulement contre les associations pieuses que je signale, mais aussi contre la Société de Saint- Vincent de Paul, contre YŒuvre des pauvres malades, contre les Sœurs aveugles et contre les Petites sœurs des pauvres. (*)
(*) Je suis loin de citer toutes les admirables institutions chrétiennes, dont mademoiselle Julie Gouraud vient d'écrire Thistoire dans son beau livre qui a pour titre : Les œuvres de charité à Paris. (Charles Douniol, éditeur, 29, rue de Tournon.)
Il ne faut pas laisser la tâche imparfaite et n'enlever qu'à demi le bandeau de fanatisme qui couvre les yeux de la France.
Pauvre France !
Tant qu'elle sera catholique et cléricale, il y aura péril en la demeure. La foi, la charité, l'aumône, la bienfaisance, la compassion pour les douleurs humaines, tous les sentiments prêches par l'Évangile ne sont qu'hypocrisie, grimaces, inventions perfides, trames légitimistes et machines à complots.
Creusez le mystère de toutes ces associations, vous y trouverez le drapeau blanc.
Merci, monsieur Augier! merci, bons comédiens ! Il fallait votre intervention pour nous dessiller les yeux et votre éloquence pour nous convertir. Palpez vos recettes, gonflez vos sacoches, prenez sans remords l'argent du public : c'est la digne récompense de votre courage et de vos vertus!
L'auteur de la pièce daigne s'occuper de temps à autre de sa petite intrigue dramatique, mais seulement lorsque les cléricaux sont bien étrillés.
N'oublions pas que c'est le point essentiel.
Voici le vieux d'Auberive qui rentre en scène, accompagné du pénitent de M. de Sainte-Agathe, ce délicieux comte d'Outreville qui, je dois le dire, continue d'être l'objet des espérances matrimoniales de madame Pfeffers.
La baronne ne perd pas de vue ce nigaud, qui la fascine par ses trois besants d'or et sa bêtise.
Elle minaude, elle joue de la prunelle, et, — pourrait-on jamais le croire, si M. Augier
ne l'affirmait pas? — elle pousse la hardiesse cléricale jusqu'à demander au béat pourquoi il oublie de la saluer au milieu de la nef de Saint-Thomas d'Aquin, lorsqu'ils ne sont qu'à vingt chaises (l) de distance ?
Il est clair que l'aimable personne prend la maison de Dieu pour une salle de spectacle ou pour un coin de boulevard.
Toutes les dévotes sont d'ailleurs coutumières du fait. On les surprend à se livrer à la chasse aux maris jusqu'au pied du sanctuaire. M. Emile Augier ne l'a jamais vu, mais il en est parfaitement sûr.
D'Auberive qui tient de plus en plus à marier sa fille, ne vient pas précisément, cette fois, chez Maréchal pour causer de politique. Aussitôt que la baronne a quitté le salon il prend un prétexte pour renvoyer
1 Acte II, page 63.
Fernande et, sans plus de retard, il fait la demande en mariage à brûle-pourpoint.
Le maître de forges est aux anges et donne son consentement immédiat.
Quel honneur !
Ab '. monsieur le sénateur, Je suis votre humble serviteur !
Il n'en est pas de môme du comte d'Outreville, qui accorderait volontiers la préférence à cette divine Pfeffers (*), comme il l'appelle. Mais le marquis le déshériterait, peste !
Il se résigne.
D'Auberive invite madame Maréchal à aller chercher Fernande. Le moment est venu de lui présenter son futur.
C'est un mariage à remporte-pièce.
Vous comprenez que, si Ton s'amusait aux bagatelles de la vraisemblance, les cléricaux en profiteraient pour respirer.
(»j Acte II, page 63.