‹ Le petit-fils de Pigault-LebrunChapitre 7 sur 38 · UO LE PETIT-FILS · texte numérisé non relu

UO LE PETIT-FILS

Quand il affirme dans sa préface qu'il n'a pas voulu mettre en scène un homme d'État considérable et justement honoré; quand il déclare que le personnage de d'Aigremont n'a aucune ressemblance avec M. Guizot, ni de près ni de loin, cela prouve le repentir tardif d'une inconvenance et un talent remarquable pour chanter la palinodie.

Mais voilà tout ce que cela prouve.

Le lecteur va se ranger à mon opinion, lorsqu'il aura sous les yeux la scène incriminée.

Comme première manœuvre pour amener la rupture du mariage de Fernande, la baronne veut enlever le discours à Maréchal et se venger en même temps de d'Auberive qui l'a jouée. Fidèle à ses habitudes, c'est-à-dire se montrant de plus en plus hypocrite et fine, elle s'arrange pour que le comité prenne l'initiative de la mesure.

Un des membres les plus influents de ce comité, M. Couturier de la Haute-Sarthe, es! assis près d'elle.

LA BARONNE

» J'ai eu cette après-midi la visite de ce pauvre M. d'Âigremont.

M. COUTURIER

» Pourquoi ce pauvre? Est-ce qu'il est malade?

LA BARONNE

» Pis que cela ! vous allez voir ! L'entretien est venu naturellement sur la politique, sur notre plan de campagne, sur Maréchal, sur le discours.

M. COUTURIER

» Eh bien?

LA BARONNE

)) Ne regrette-t-il pas qu'on ne l'en ait pas chargé lui-même?

M. COUTURIER

)> Lui? un protestant! Il est fou!

LA BARONNE

» Il l'est, je me le suis dit tout de suite. C'est d'autant plus inquiétant qu'il raisonne sa folie.

M. COUTURIER

» Comment cela?

LA BARONNE

)) Il dit que les dissidences religieuses, comme les dissidences politiques, doivent s'effacer devant l'ennemi commun, que toutes le$ églises doivent se donner la main pour

combattre la révolution , qu'un protestant yl ni dant notre cause aurait plus de poids, que ce serait un grand exemple, que... Je ne sais plus, moi! des extravagances ! » (!)

Or comparez ceci aux paroles de M. Guizot reproduites plus haut. Croyez-vous que l'allusion puisse être plus directe et en quelque sorte plus palpable?

Expliquez maintenant la préface.

Nous pouvons le dire tout ba^ entre nous, M. Emile Augier a eu peur de son acte de courage, et il s'est hâté de le rétracter par un excès de bravoure.

lu

N'importe, il obtiendra difficilement ic pardon de l'Académie.

Cette indiscrète et spirituelle Colombine

ll) Acte IV. gage lia.

du Figaro vient d'imprimer un dialogue qui pourrait bien être de l'histoire, attendu que je la soupçonne d'écouter un peu aux portes et de se glisser partout.

Deux académiciens, un vieux et un jeune, se trouvent nez à nez dans la grande salle du palais Mazarin, juste devant la statue de Minerve.

Le colloque suivant s'engage :

— A la première représentation des Précieuses ridicules, Monsieur, dit l'académicien à cheveux blancs, un spectateur osa crier au milieu des sifflets : c Courage, Molière, voilà de la bonne comédie î »

— Ce détail m'était connu, répond l'académicien à moustache noire.

— Eh bien, Monsieur, je sais un spectateur qui, le soir de la première représentation de votre pièce, s'écriait d'une voix perdue dans le tumulte des applaudissements : « Si-

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lence, Augier, voilà une pitoyable comédie! »

— Cet ancêtre, c'est vous.

— Moi-même. Je vous ai donné ma voix pour vous faire admettre à l'Académie française, qui est une compagnie d'hommes de talent et d'honnêtes gens. Je m'en repens, Monsieur, et c'est la première fois que je me repens de quelque chose.

— En êtes-vous bien sûr?

— Très-sûr! continue le vieillard. Je vous ai donné ma voix, c'est-à-dire rendu service. En échange, vous avez tiré sur moi autant de flèches que les païens en lancèrent sur saint Sébastien, qui en est mort. Je n'imiterai pas son exemple. Vous me trouvez ridicule, cela ne vous donnait pas le droit de l'imprimer. Vous me savez protestant, ce n'est pas une raison suffisante de inaccuser d'inconséquence ou de mauvaise foi. Pour-

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