‹ Le petit Jehan de SaintréChapitre 106 sur 135 · CHAPITRE LXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXIX

Cemment ma dame est en son hostel | venue : et comment on Ja va festoyer. For

L'ACTEUR, — Or nous fault ycy lesser le nom du pais : de la terre, et de son hostel où elle aloit, car l'istoire s'en t pour aucunes causes et choses e, apres mere à

l'ostel de ma die San et la cité, estoient ainsi come ung trepier. ‘4

DE LA VENUE DE MA DAME, ET DE LA JOIE ET BONNE CHIERE DES GENS DU PAIS. si

elles. bourseoys ét bossé ass fl ane Veoir ; Sacs par ra venue, peu à peu, son grant dueil commenca à passer. Eta tant laisseray à parler aulcun peu du sejour de ma dame, et. diray de abbaye et de damp [seigneur] Abbez. KA L'ACTEUR CY PARLE DE DAMP ABBEZ ET DE SON ABBAYE. — Comme j'ay dit, ceste abbaye, qui cy n'a point de nom, les predecesseurs de ma dame la fonderent ; et tant y firent de biens que aujourd'huy elle est me des dix meilleures abbayes de France. Damp Abbez, qui pour lors estoit, fut filz d'ung : riche bourgeoys de la ville, qui, pour dons et pour priere de seigneurs, aussi des amys de la court de Romme, don tant que son filz en fut Abbez, qui de l'aage de vingt ci

gecter barres, pierres, à la paulme jouer, ne trouvoit moyne, chevalier, ne escuyer, ne bourgeoys, quant il estoit à som privé, qui son maistre en feust. Que vous diroy je ? En tou joyeusetés s'employoit, affin qu'il ne fust trop oyseulx;

d'aultre part, large et liberal de tous ses biens, dont estoit moult amé et prisé de tous bons compaignons. Quani damp Abbez sceut la venue de ma. dame, il fut tres joyeulz, lors

fist uns de ses chars charger de cymiers % € cerfs, de er >

de costes de sangliers, de lievres, de connins [lapins], de faisans, de perdriz, de gras chappons, de poullailles et de pigeons, et une queue [mesure de capacité] de vin de Beaulne;

et tout envoya presenter à madicte dame, luy suppiyant qu'elle print en gré. Ma dame, qui vit ce beau present, ne demandez mye se elle fut joyeuse, et commanda festoyer le presenteur, et à damp Abbez remercyer. En celuy temps on estoit pres de karesme, et en l'abbaye estoient de grans + oo pardons le lundy, le mercredy et le vendredy de la sepmaine, 4a)166" Ma dame, esprinse de grant devocions, delibera d'y aller, mais que la presse et foison du peuple fut passée, et les quinze \,-hsax. premiers jours. Lors manda à damp Abbez qu'elle seroit demain à la messe, en son abbaye, pour gaigner les pardons. Damp Abbez, qui oncques ne l'avoit veue, en fut tres bien joyeulx ; lors ordonna à parer le grant autel de reliques, Foratoire ou la chapelle où gisoient ses predecesseurs ; et uen d'autre part l'Abbez, à la bonne ville, fist retenir lamproyes, saulmons, et d'autres meilleurs poissons de mer et d’eaue douilce que l'en porroit trouver. Puis commanda les estables à chevaulx appareiller de toutes choses, et fist semblablement appareiller viandes de diverses façons, et faire feuz en plusieurs chambres, car encores en estoit de saison. Et quant ma dame fut venue et descendue à la porte du moustier, là furent les officiers, les plus nobles religieux de l’eglise, qui, de par damp Abbez, à genoulx, offrirent tous les beaulx joyaulx de leans avecques leurs services, ce que ma dame remercya grandement. Et quant elle eut au grant autel son

oblacion faicte, fut en sa chapelle conduicte pour sa messe oyr. Lors au partir, à la fin des heures, fut damp Abbez, accompaigné des prieurs et du couvent, qui à genoulz luy dist : Ma tres redoubtée dame, vous soyez la tres bien venue en nostre maison, bien sommes tres lyez et joyeulx, quant Dieux nous a donné la grace de vous y veoir ; comme nostre patronne et fonderesse {fondatrice}, nous vous offronsFabbaye, les corps et les biens. Alors ma dame luy dist : Abbez, à tres bon cueur vous remercions ; aussi s’il estoit chose que pour vous nous puissions faire, et pour tout le couvent, nous l’'accomplirons de tres bon cueur. Alors ma dame demanda à veoir les reliques ; damp Abbez se leva, qui à genoulz estoïit, lors prent les chiefs, les bras et les ossemens de corps saincts à grant planté qui là estoient, disant : Ma dame, cy gist le

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